Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - texte intégral

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

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Table des matières
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Chapitre 44 : Rêves d'Avenir

 
    L'empire de la honte? Ce pourrait être cette emprise généralisée du sentiment de honte provoqué par l'inhumanité de l'ordre du monde. En fait, il désigne l'empire des entreprises transcontinentales privées, dirigées par les cosmocrates. Les 500 plus puissantes d'entre elles ont contrôlé l'an passé 52 % du produit mondial brut, c'est-à-dire de toutes les richesses produites sur la planète.
    Jean Ziegler
     
    Après l'initiation dans le Temple, les officiants et les initiés vont se retrouver pour les agapes fraternelles. La collation a lieu dans une grande salle à l'extérieur du Temple.
    Les serviteurs disposent les mets sur des tables basses, arrangent les coussins sur les tapis, placent des chaises basses.
    La salle donne sur un beau jardin, avec un plan d'eau, planté d'arbres. Là se mélangent harmonieusement les fleurs, les légumes et les plantes médicinales.
    La salle et le jardin sont reliés à une autre cour par un couloir à travers les murs épais. Dans cette autre cour, une activité intense règne.
    Trois hommes nus entourent un mortier de pierre et ils chantent en exécutant une danse barbare. Entre leurs mains, de lourdes massues tombent en cadence dans le mortier et broient l'orge, faisant s'élever une fine poussière odorante.
    A la fin de la chanson, des femmes rieuses s'approchent, et ramassent prestement les grains éclatés dans un panier finement tressé. Puis elles répandent le grain sur une grande pierre entre deux auges. Dès qu'elles ont vidé le mortier, un autre sac d'orge y est versé et le chant reprend, scandé par le choc sourd des pilons.
 
    Les tamiseuses s'assemblent autour des grains cassés, une pierre à la main, et, sans cesser de jacasser, elles travaillent le mélange. Le son va dans une auge, il servira à engraisser les oies et les autres animaux; la fine farine tombe dans l'autre auge.
    Sans cesse, l'orge pilée est déposé sur la pierre, trié et tamisé.
     Quand enfin, le stock d'orge est broyé et tamisé, les employés se mettent à l'ombre pour boire une dose de bière. À leur tour, les boulangers se mettent en action, remplissant le pétrin de la fine farine...
    Gourmands, les enfants les regardent y ajouter de la graisse, des oeufs, du miel, pétrir le mélange pour obtenir de belles boules de pâtes qui sont mises dans des moules en terre, sortis tout chaud du four.
    Les moules pleins sont à nouveau enfournés et, pendant la cuisson, les boulangers vont eux aussi goûter à la bière et au repos.
    Les scribes sont là, avec leur calame, ils notent sur leurs tablettes la quantité de céréales, le nombre de pains et de gâteaux au sortir du four.
    Juste à côté, les oies rôtissent sur un lit de braises. Des fourneaux en poterie supportent des marmitent où mijotent des ragoûts de boeuf et de légumes.
    Les serviteurs viennent prendre les mets et houspillent les cuisiniers :
    - Vite, vite, j'ai entendu résonner le gong, tout le monde va sortir, il faut se presser.
     
 
    Les serviteurs se mettent ensuite en rang, tenant chacun une coupe en calcaire poli, pleine de vin d'une couleur rouge généreuse.
    La coupe à la main, les prêtres, Dominique, Abram et Saraï hument le parfum enivrant plein de soleil et ils dégustent lentement le vin. La chaleur de l'alcool éloigne la fatigue de la longue cérémonie et ravive leurs sourires de joie.
    - Quel beau jardin ! s'exclame Saraï, éblouie de voir tant de variétés de fleurs et de légumes. Même dans le Harem, il n'y en avait pas autant ! Après le désert, c'est si bon de retrouver l'eau et la verdure !
    En quelques pas elle est au milieu des oignons, des ails, des radis. Elle se penche pour humer les fleurs de melon et de pastèque. Elle effleure un concombre, se redresse et fait une chiquenaude aux poireaux, puis éclate d'un rire cristallin.
    Abram traverse les laitues, les fèves, les lentilles et les pois chiches, pour prendre sa bien-aimée dans ses bras, et, ensemble, ils tournoient les yeux au ciel, regardant les branches des arbres se détacher sur le ciel.
    Il lui murmure :
    - Tes bras m'enserrent comme des ceps de vigne, ils ont la douceur des figues, tes lèvres sont sucrées comme les dattes, tes baisers ont le goût du miel. Combien j'aime cette étrange façon de prouver son affection que nous a montrée Potolerri.
    Les Egyptiens les regardent, amusés. Pour eux le baiser sur la bouche est inconnu. Les amoureux se témoignent l'affection en se frottant le bout du nez. Il faudra encore plusieurs siècles pour que la mode du baiser vienne des îles grecques. Pour les égyptiens, l'embrassement est vitalisant, il transmet le souffle de vie (1).
 
     
    Abram et Saraï, mains dans la main, viennent se rasseoir; une coupe en albâtre pleine de bière mousseuse leur est offerte. Saraï y goûte.
     Abram l'admire, elle est si belle avec ses lèvres couvertes d'une mousse dorée. Leur union est telle que c'est ensemble qu’ils s’exclament :
    - Que cette bière est bonne, comment l'obtenez vous ?
    Le chef des serviteurs s'avance, respectueux, s'incline, puis il explique que cette bière a été préparée juste à temps pour être servie à ce repas. Les pains d'orge sont cuits différemment, la croûte doit être dorée et l'intérieur cru; ensuite, ces pains sont émiettés dans une grande cuvette et brassés avec un liquide sucré obtenu avec des dattes, quelques uns y ajoute du miel. Après filtrage, le liquide fermente rapidement. Il est mis en jarre; un disque d'argile est scellé avec un peu de plâtre pour que la bière garde toute sa force, pour faciliter le transport et attendre le bon plaisir des invités.
    Sur un geste du maître de cérémonie, les assiettes, les couteaux et les fourchettes sont distribuées. Puis, on fait circuler les plats de volailles rôties : oies, pigeons, sarcelles; puis les ragoûts et les desserts. Entre chaque plat, on tend des cuvettes aux invités pour qu'ils puissent se rincer les doigts.
    - Ce luxe me change de ma vie de pasteur, il ne faudrait pas longtemps pour y prendre goût ! s'exclame Abram.
    - Vous pouvez rester avec nous tout le temps nécessaire, répond Râhotep avec un sourire.
 
    - Moi, j'ai hâte de rentrer chez moi, pense Dominique à voix haute.
    Abram hausse le sourcil d'un air interrogateur.
    - Oui, dés que possible, je désire retourner à mon époque avec Potolerri.
    - Vous êtes un ami de Potolerri ! Combien êtes-vous en provenance de son temps ? S'il vous plaît parler moi de votre époque, je n'ai pas compris tout ce qu'il m'a raconté ?
    - Nous ne sommes que trois à avoir franchi 4.000 ans pour venir ici, dans notre passé. Potolerri et son poursuivant ont été accidentellement projetés dans votre monde, et je les ai suivis pour venir en aide à mon ami Potolerri.
    - Et, ajoute le grand-maître Râhotep en le désignant, Dominique est resté volontairement pour son ami. Tout en suivant nos enseignements, il a suivi votre progression et il nous avertissait de ce qui pouvait être perturbant pour notre futur. Aujourd'hui, il a appris assez de choses pour accomplir consciemment le retour à son époque en ramenant son ami et son ennemi.
    - Vous voulez dire que vous êtes de l'époque de mes arrières, arrières, arrières petits enfants ?
    - Exactement, entre vous et moi, il y a environ 180 générations. Notre époque est si lointaine que même une grande partie de ces magnifiques temples n'existera plus.
    - Si vous avez connaissance de tous les siècles qui nous sépare, vous savez ce qu'il adviendra de nous ?
    - Je connais les grandes lignes de l'Histoire, mais beaucoup d'événements ont disparus des mémoires, mêmes les pierres gravées n'ont pas pu nous éclaircir sur certains points.
 
    - Vous allez raconter tout ce que vous avez vu ici, alors ?
    - Cela aussi m'est difficile. Je ne pourrais pas prouver que j'ai vécu quelques temps avec vous. On m'accusera d'avoir rêvé.
    - Dominique, je veux bien croire que vous avez rêvé que vous êtes parmi nous. Je comprends que l'esprit aille voir ce qui c'est passé ailleurs, quelque soit l'époque[1], mais je ne savais pas que le corps pouvait le suivre ?
    - En temps que grand-prêtre, je me dois d'intervenir. Les voyages dans l'Esprit et dans le Temps sont soumis à des règles précises que je vous révélerais. Sachez seulement que vous ne pouvez pas aller voir ce que fait une personne si elle le refuse, consciemment ou inconsciemment. De même, elle doit vous permettre de lire ses pensées.
    - J'attendrais donc pour étudier ce point. Ce qui m'intéresse, c'est de savoir vers où les dieux, pardon Dieu nous guide.
    - Permettez encore à l'instructeur de se manifester. Dominique a une vision des événements de son passé. Une partie des actes et de leurs conséquences lui semblent évidentes. Mais il ne sait pas toutes les grandes lignes du Plan. L'Unique ne les a dévoilés qu'en partie et c'est à chaque pas que nous découvrons le Chemin...
    Un instant de silence couvre le repas, les mâchoires se remettent à ingérer les mets délicieux. Saraï s'interroge :
    - Si Dominique a une vue de nos actes et de leurs conséquences, peut-il nous dire pourquoi nous sommes venus jusqu'ici, ce que nous en attendons, et quel seras notre avenir ?
 
    Un instant, Dominique s'imagine être une voyante devant sa boule de cristal. Comment rassurer et donner les bons conseils sans influencer leur libre arbitre ? :
    - Ces questions sont simples et j'ai quelques réponses. Pourquoi vous êtes ici ? ... A ma connaissance, Térach, votre père a quitté Ur; le pourquoi exact en est perdu. Abram a suivi deux voies : respecter le voeu de son père et aller en Canaan, s'éloigner de l'iniquité et de la corruption.
    - C'était donc, pourquoi vous êtes ici.... Maintenant, ce que vous en attendez ?
    - Comme l'a dit le sage Râhotep, je ne suis pas au courant du Plan. Je pense que, comme tout mystique, vous êtes poussé par une petite voix en vous qui vous pousse à chercher. Vous avez encore un peu conscience de l'Unique. Vos cultures divulguent peu de connaissance au peuple, seuls quelques prêtres ont encore conscience des Vérités; je pense que vous Le recherchez aussi et sincèrement.
    - C'est bref, mais exact. Puis savoir notre avenir ?
    - Votre avenir est en partie en vos mains; c'est à vous de prendre vos décisions. Cet avenir est bien sur conditionné par l'Avenir de tous ceux qui existent. Les Celtes emploient trois temps dans leur langage. « Ce qui est irrémédiablement révolu. Ce qui est en train de se produire, conséquence du passé. Et ce qui ce passera, conséquence du passé et de nos choix actuels. »
    Abram rit à gorge déployée :
    - Ce jeune homme est digne d'être un Maître ! Je pense que vous êtes initié en temps que prêtre, pourtant vos cheveux ne sont pas rasé, êtes vous circoncis comme les prêtres égyptiens ?
 
    - Non, je ne suis qu'un humble chercheur, je travaille pour gagner ma vie... Je ne suis qu'un chercheur.
    - Ces connaissances de base sont ignorées de bien des gens, et ce sont les premières que devraient avoir les chercheurs. A ton époque, on instruits des gens qui ne sont pas prêtres ?
    - Les connaissances et la réflexion à base de symboles ont disparus à mon époque. Des milliers de chercheurs suivent l'appel de leur petite voix et étudient dans des écoles de mystères. Il y en a une douzaine de sérieuses. Les autres chercheurs tombent parfois aux mains de "sectes" qui vampirisent leur esprit, leur travail, leur santé, leur argent.
    - Tu as donc quitté ton pays  pour aller étudier  dans un Temple ?
    - Certains de ces ordres respectent encore l'ancienne coutume d'aller étudier dans un Temple. Depuis le début de mon siècle, l'Ordre Rosicrucien AMORC diffuse ses enseignements par courriers et il tient aussi des assemblées et des initiations dans ses Temples.
     
    Saraï en femme pratique revient au présent :
    - Peut tu me dire quel est notre avenir, aurons-nous beaucoup d'enfants ?
    - Cet avenir est en devenir, les enfants sont le fruit qui sanctifie le mariage, Abram sera père.
    >> Quand aux directions de l'Avenir, les problèmes sont les mêmes à votre époque et à la mienne.
    >> Le partage des ressources est un vain mot. Le travail n'est pas rémunéré à sa juste valeur.  Une élite se dégage grâce à l'argent et prend le pouvoir. Elle maintient le peuple dans l'ignorance, et elle ne dispense que l'instruction nécessaire à ses besoins industriels[2] ; Cette élite concentre les biens entre ses mains.
Cela se traduit par une montée de la violence. Les véritables problèmes humains et économiques sont masqués par la course à la force et à la puissance.
    - Si vous êtes si conscients de ce changement, pourquoi ne pas réagir ?
    - Des hommes se sont élevés contre l'injustice par la violence, le résultat a été la souffrance. D'autres ont prôné la non-violence, leur combat a marqué leur époque, et leur méthode ne leur a pas survécu[3].
    >> Les techniques des puissants pour assujettir les plus faibles ont été démontrées. J'ai lu les livres d'un député suisse, Ziegler, qui explique comment les multinationales affament les plus pauvres pour augmenter leurs revenus. Son ouvrage n'a pas assez alerté l'opinion, car vingt ans après, son pays et ceux qui l'entourent, sont victimes de ces mêmes techniques[4].
    - Tout effort est donc vain ?
    Dominique rit en voyant leurs têtes :
    - Non, les efforts ont souvent porté. Le peuple, chaque fois qu'il a été uni, a eu des avantages sociaux, du respect, un meilleur salaire, une sécurité pour ses vieux jours ou en cas de maladie.
    - Que devons nous faire pour améliorer notre époque ?
    Abram se lève et marche nerveusement ... Il se retourne :
    - L'Homme est tel un âne qui s'engraisse. Quand il n'a plus faim, il désobéit, rue et marche naturellement sur les voies de l'iniquité !... Le Mal est dans la possession, la richesse ! Il faudrait garder des ressources identiques pour chaque famille !
 
    Râhotep se lève aussi, entraîné par l'effort de réflexion :
    - C'est à cela que pensaient nos anciens quand ils ont institué notre civilisation. Chacun produit et profite des fruits de son travail, l'excédent est collecté par Pharaon, par l'intermédiaire des prêtres, et redistribué selon les besoins. C'est aussi pour cela qu’ils ont institué le troc avec une monnaie fictive, le chât.
    - Et, ajoute Dominique, les valeurs monétaires seront encore refusées pendant des siècles, l'Égypte sera un des derniers pays à remplacer le troc par de la monnaie.
    - Ce n'est au système égyptien que je pensais. Les biens devraient être repartis équitablement entre chaque famille. Si un membre de la famille a un problème, un autre membre pourrait lui racheter provisoirement son bien. A défaut, tous les, voyons, tous les SEPT ans, les biens rachetés reviendraient à la famille d'origine pour rétablir l'équilibre[5].
    - C'est assez révolutionnaire, mais ce serait freiner le commerce !
    - Exact, cela assurerait une meilleure entente.
    Dominique se lève lui aussi, surpris :
    - J'ai compris pourquoi Israël, à la jonction de deux grands pays est resté pauvre ! Je comprends pourquoi ce pays de passage n'est pas devenu un creuset de civilisation malgré qu'il ait fait la synthèse de deux cultures[6], le fait de travailler sans dégager une forte valeur ajoutée freine l'invention. Israël est donc viable, mais reste semblable à elle même.
 
    Abram est ravi :
    - Avec le Yeschiva (tribunal des anciens du clan) c'est ce que nous allons donner à l'Eternel, un pays où l'on adore et où l'on craint Dieu au point de refuser la richesse pour garder l'égalité et la bonne entente.
    >> Et quelle meilleure garantie de l'égalité que celle des nomades. De suivre les troupeaux limite la masse des biens transportables. Notre Dieu a bien guidé mon existence en me faisant préférer la vie de Roi-Pasteur ! Grâce lui en soit rendue.

=============== notes ===============
[1]           Voir "Documents Insolites en Égypte Ancienne" du Prof Max GUILMOT.
[2]           Si Jules Ferry a pu instituer l'enseignement obligatoire et gratuit en France, ce fut pour transformer des agriculteurs illettrés en ouvriers, et lutter contre l'expansion industrielle de l'Angleterre. Les différentes manifestations montrent, à ce jour, que l'on est mécontent des directives données pour l'instruction.
[3]           Gandhi a réussi une révolution non-violente.
[4]           Ziegler a aussi écrit de nombreux ouvrages, certain contre la Mafia et le blanchiment de l'argent.
[5]           Voir le Deuteromone pour les lois sur le prêt sans intérêt; la 7ème année de remise des dettes et du produit des terres laissé aux indigents.  Tous les 49 ans, au jubilé, il y a des mesures d'affranchissements et de reprise des droits sur le patrimoine.
   [6]  La semaine de sept jours avec un jour de repos est attribuée aux patriarches (les Égyptiens avaient une semaine de dix jours). Les mois lunaires ont pris des noms en fonction des travaux agricoles, ainsi que des chiffres dans le calendrier officiel.