Chapitre 40 : L'île du Kâ
Dans la Bhagavad-gïta (Vii.23) il est dit que les adorateurs d'un deva particulier iront sur sa planète. Ceux qui révèrent le deva de la lune iront sur la lune, ceux qui révèrent le deva du soleil iront sur le soleil...
A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada : La Sri Isopanisad
Semet Ouâty, l'Ami Unique de Pharaon est chaleureusement accueilli au Palais pour assister au banquet Quotidien.
À sa grande surprise, il n'y a aucune femme ; elles se restaurent au harem.
Prônant la rigueur, Pharaon a peu d'invités. Quelques amis, des princes, des hauts fonctionnaires et les ambassadeurs.
Discrètement, Potolerri va s'asseoir dans un coin, sur un coussin. Une servante s'approche et pose un cône de parfum sur sa perruque.
Meri, le chef des travaux, le reconnaît et lui fait signe de venir rejoindre son petit groupe.
Potolerri se rappelle ce jeune et brillant jeune homme qui a extrait et véhiculé une lourde dalle de pierre pour le défunt Pharaon. Il a eu largement le temps de faire connaissance avec lui entre le Sinaï et l'Egypte.
Meri se penche à l'oreille de Potolerri :
- Bravo d'être entré dans les bonnes grâces de Pharaon, Vie, Santé, Force. J'aimerais discuter avec toi et l'architecte Khenbik de ce que tu as commencé à me raconter. Les pièces d'architecture que tu appelles ponts et voûtes.
>> Mais de suite, je veux que tu écoutes l'histoire de ce marin.
L'homme en question est âgé, mais il est resté vif, nerveux. L'air et le soleil de la mer l'ont boucané. Il se penche vers son auditoire, et il narre son aventure sans remarquer que, dans un coin, le scribe Urirenptah prend note de son récit pour le conserver dans les archives la Maison de Vie[1] : « Je partais en expédition vers les Mines du Prince et descendais sur la Très Verte dans un navire mesurant 120 coudées en sa longueur et 40 en sa largeur. Il était monté par 120 marins, choisis parmi l'élite de l'Égypte; qu'ils voient seulement le ciel ou qu'ils soient en vue de la terre, leur coeur était plus résolu que celui des lions; ils pouvaient prévoir la tempête bien avant qu'elle n'advienne, ou un orage avant qu'il ne se manifeste.
>> Or, une tempête, justement, s'étant élevée alors que nous étions sur la Très Verte, avant que nous ayons atteint la terre, on dut supporter les attaques du vent; celui-ci, redoublant de fureur, souleva une vague haute de 8 coudées. Ce fut le mât qui fut frappé à ma place. Mais le navire périt, et aucun de ses occupants ne survécut. Quant à moi, je fus déposé sur une île par une vague de la Très Verte. Solitaire, je passai là trois jours, mon coeur étant mon seul compagnon. Je m'allongeai à l'abri d'un arbre, étreignant mon ombre. Puis je me relevai, afin de rechercher quelque nourriture; je découvris alors qu'il y avait là des figues et des raisins, de riches légumes de toutes sortes, des fruits de sycomore, et des concombres semblables à ceux que l'on cultive; il y avait encore des poissons et des volatiles; aucune nourriture n'existait qui ne fût en cette île.
Je pus me rassasier; puis je posai à terre une part de l'abondance qui surchargeait mes bras, je saisis alors un bâton à feu, fis surgir une flamme et fis un holocauste aux dieux.
>> Soudain, j'entendis un bruit de tonnerre et crus qu'il s'agissait d'une vague de la Très Verte. Les arbres se mirent à bouger, la terre à trembler. Lorsque j'eus découvert mon visage, je m'aperçus qu'un serpent s'en venait; il mesurait 30 coudées, sa barbe dépassait la longueur de 2 coudées; son corps était recouvert d'or, ses sourcils étaient recouvert de lapis-lazuli; il s'enroulait tout en avançant. Il ouvrit alors sa bouche dans ma direction, moi qui me prosternais sur mon ventre en sa présence, et il me dit : "qui t'a amené en ce lieu ? Qui t'a amené, petit homme ? Qui donc t'a amené ? Si tu tardes à me dire qui t'a amené sur cette île, je ferai que tu reprennes conscience de toi alors que tu seras réduit en cendre, devenu comme un homme que l'on n'a jamais vu" - "Tu me parles, mais je ne puis entendre tes paroles, car en ta présence je perds la conscience de moi même." Il me prit alors en sa bouche et m'emmena dans son repaire; il me déposa sur le sol, sans me heurter, et je me retrouvai sain et sauf, sans que rien ne m'ai été arraché.
>> Il ouvrit à nouveau sa bouche dans ma direction, tandis que je me prosternais devant lui.
>> Le serpent me fit raconter mon histoire, quand j'eus terminé, il me dit alors : "N'aie pas peur petit homme ! Que ton visage ne soit pas bouleversé ! Tu es venu jusqu'à moi, car c'est Dieu qui a permis que tu survives, il t'a amené jusqu'à cette île du
ka, et rien n'existe qui ne soit en elle, elle regorge de belles et bonnes choses. Tu vas maintenant passer mois après mois, jusqu'à ce que tu aies accompli quatre mois en cette île. Alors un navire viendra, depuis le Résidence royale; tu reconnaîtras l'équipage qui le monte et tu repartiras avec ses marins vers la Résidence. Plus tard, tu mourras dans ta cité. Combien heureux est l'homme qui peut raconter ce qu'il a éprouvé, après que sont passées les choses malheureuses.
>> Je vais te raconter une histoire semblable qui m'est arrivé dans cette île. Je vivais là en compagnie de mes frères, des enfants étaient parmi nous; nous étions 75 serpents, avec mes enfants et mes frères; je ne mentionnerai pas une petite fille amenée jusqu'à moi par le destin. Un jour, une étoile descendit du ciel et, à cause d'elle, ils s'élevèrent tous dans une flamme; cela leur arriva à un moment où je n'étais pas avec eux, ils brûlèrent sans que je sois en leur compagnie. Je fus paralysé lorsque je les découvris réunis en un unique monceau de cadavres carbonisés.
>> Si tu possèdes du courage, ton coeur sera revigoré. Tu serreras à nouveau tes enfants dans tes bras, tu embrasseras ton épouse, tu reverras ta maison; cela est meilleur que toute chose. Tu rejoindras la résidence où tu vivais au milieu de tes frères."
>> Ainsi, j'existais à nouveau; alors je me prosternais et touchais le sol devant lui, en disant : "Je parlerai au souverain de ta puissance glorieuse, je ferai qu'il soit informé de ta grandeur. J'agirai pour que te soit apportés du ladanum (sorte d'encens)
le parfum hekenou, l'arôme ioudeneb, la cannelle, la résine de térébinthe appartenant aux temples et dont tout dieu se satisfait. Je raconterai ce qui m'est advenu, ce que j'ai vu de ton pouvoir. On adorera Dieu pour toi dans la cité, devant les notables du pays tout entier; pour toi, je découperai des taureaux et je ferai un holocauste, pour toi encore je tordrai le cou à des volailles, je ferai que l'on mène jusqu'à toi des navires chargés de toutes les richesses de l'Égypte. Ainsi fait-on pour un dieu qui aime les hommes dans un pays lointain que les hommes ignorent encore."
>> Il se mit alors à rire de moi, à cause de ce que je venais de dire et qui à ses yeux, était insensé; il m'adressa ainsi la parole : "Tu ne possèdes pas beaucoup d'encens, alors que tu es venu à l'existence possesseur de la résine de térébinthe (l'encens vient du Pays de Pount). Moi, en vérité, je suis le régent du pays de Pount, et l'encens est ma propriété; quant à ce parfum hekenou, dont tu viens de dire que tu me l'apporteras, c'est un produit important de cette île. Après que sera survenu le moment de te séparer de cette place, tu ne reverras plus jamais cette île, qui s'abîmera dans les flots."
>> Conformément à ce qu'avait prédit le serpent, un bateau vint d'Égypte au jour dit. Je courus annoncer la nouvelle à mon hôte divin, mais celui-ci en avait déjà connaissance, comme tout dieu connaissant l'avenir et les destins.
>> Le serpent me remit des offrandes en grand nombre, et me demanda : "Fais en sorte que mon renom soit heureux dans ta cité, c'est l'affaire dont je te charge".
>> Vint le moment où je me prosternai enfin, adorant Dieu en sa faveur. Il me dit encore "Vois, tu atteindras la Résidence dans deux mois, et tu étreindras tes enfants; puis tu sauras rajeunir, vigoureux, à l'intérieur de ton sarcophage." Je descendis jusqu'au rivage, auprès du navire, et hélai l'équipage; sur la rive, encore, je prodiguai des hommages au Seigneur de cette île, et ceux du bateau firent de même. Puis, on fit voile pendant deux mois, conformément à tout ce qu'il avait dit. Le jour vint enfin où je fus introduit auprès du souverain; je lui offris les présents que j'avais ramené de cette île. Alors le roi adora Dieu pour moi, en présence des notables du pays tout entier. Je fus promu au rang de Compagnon et fus pourvu des domestiques afférent à ce titre. »
Sinouhit arrive, il s'incline devant le Compagnon :
- Pharaon, Vie, Santé, Force, est prêt à te recevoir. Si tu veux bien me suivre.
- Eh bien, s'écrie Potolerri, c'est une belle histoire de soucoupe volante; elle est recouverte de métal, elle avance en tournoyant et elle peut prendre quelqu'un pour l'emmener ailleurs. J'ai aussi entendu des histoires venues d'autres planètes capables de se battre en eux avec des lasers qui réduisent en cendres.
- Mais, s'écrie un prêtre. S'il vient d'autres planètes c'est bien un Dieu et il nous faut l'adorer comme tel !
Un vieil homme chenu s'interpose : <<Que non, c'est le rêve d'un mystique; son songe est plein de symboles. C'est le récit d'une expérience spirituelle en contact avec Dieu. Cet homme n'est pas un homme du peuple, puisqu'il adore Dieu, l'Unique et non un des dieux qu'adore le peuple.
- Que non point. C'est l'histoire d'un homme qui est mort. Il reste trois jours sans connaissance, puis il expérimente les fruits du Paradis. Le jour dit, il lui faut revenir parmi les hommes.
>> Sa nouvelle vie est fonction des mérites qu'il a accumulés dans ses vies passées.
Un prêtre de la Maison de Vie se lève : « Je reconnais là que notre ami est allé dans la dernière île qui a survécu au naufrage de l'Amentet (Atlantide) où fut fondée la religion égyptienne. Il a rencontré le dernier survivant et sa machine volante capable d'aller d'une île à l'autre »[2].
================= Notes ===============
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[1] Le papyrus 115 du musée de l'Ermitage de St Pétersbourg date vraisemblablement de la XIIeme dynastie. Il raconte le retour d'expédition d'un Prince. Celui-ci a eu des problèmes, et, pour le rassurer, un de ses amis lui narre une aventure "semblable" qui lui est arrivée.
[2] Voir les notes du Chapitre 36
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