Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - texte intégral

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

Chapitre 39 : Dans le Harem

 
    P'ong-tsou a dit : « L'Empereur Jaune eut commerce avec douze cents femmes et par là devint un Immortel. Les hommes ordinaires n'ont qu'une femme, et qui suffit à les faire périr.... »
    Robert Van Gulik « la vie sexuelle dans la Chine ancienne »
     
    Un messager couvert de poussière frappe à la porte d'une blanche maison de Memphis.
    Suzanne ouvre la porte et accepte un courrier en provenance du Harem principal de Pharaon (le Harem secondaire du Fayoum recueillait les femmes âgées ou en disgrâce, aucune femme mariée à Pharaon (V,S,F) ne peut appartenir à un autre homme)
    C'est un message de Saraï, prisonnière du Harem, elle recherche un ami pour partager sa solitude dorée.
    Chevaleresque, Potolerri se précipite au secours de sa belle amie.
    Mais les gardes du harem barrent la route à l'inconnu qui se targue de rencontrer les femmes du Taureau Divin, Pharaon !
    Potolerri en appelle au chef des gardes, au général Ameny, à Sinouhit !
    Craignant une bavure, un garde va chercher l'officier de jour.
    L'officier toise Potolerri puis flaire le sol en signe de respect à l'Ami de Pharaon ! Il reconnaît ce héros. Fièrement, il ouvre la lourde porte et précède notre ami dans le harem.
     
    C'est un petit paradis clos où jouent l'eau et la lumière. Les arbres se reflètent dans les plans d'eau. Sous les galeries des femmes bavardent en tissant, brodant, cuisinant. C'est un univers féminin actif !
 
    Sans laisser le temps au visiteur, l'officier le conduit à la cellule, pardon, à la chambre de Saraï.
     
    En prévision de l'immense honneur d'être accueilli dans le Harem, Potolerri s'est apprêté : il a coiffé une lourde perruque surmonté d'un cône de parfum. Un lourd gorgerin pend sur sa poitrine. Son pagne est retenu par une ceinture où pend un court glaive de bronze.
    Il est accueilli par un immense éclat de rire :
    - Ainsi, c'est toi !. J'ai failli ne pas te reconnaître.
    >> Où est ta barbe ?, comment es tu habillé ? Tu n'as pas emmené Bourik ?
    Les questions fusent, les rires résonnent. Ensemble, ils discutent pendant un long moment, assis sur les coussins, devant une table basse chargée de mets raffinés. Potolerri n'a eu que l'embarras du choix, les cuisiniers Égyptiens, Assyriens, Phéniciens, des îles de la Très Verte... sont là pour permettre que les nombreuses femmes et concubines de Pharaon puissent consommer les plats de leur pays.
    D'une voix musicale, Saraï demande des nouvelles d'Abram. Ici, les troupeaux et les grands espaces lui manquent.
*
* *
    La nuit tombe sur le palais. L'obscurité et le calme règnent à cette heure tardive. Quelques lampes à huile luisent sans faire concurrence aux étoiles de cette nuit de printemps.
     
    Des ombres rôdent dans les couloirs. Les gardes ont été drogués, ils sont affalés au pied des portes. Gil et ses compagnons se sont introduits dans le Harem pour enlever Saraï, et le plus de femmes possibles, ainsi que les bijoux.
Surtout les bijoux !
     
    Inconscient du danger, Potolerri et Saraï bavardent... Une lampe à huile donne une douce lumière parfumée.
     
    Potolerri se relève enfin pour prendre congé.
    Il marche vers la sortie, le couloir éclairé par les lampes à huile est empli de clair-obscur... Le vin lui échauffe un peu les idées, et il met un instant à réaliser que des ombres traversent le jardin, marchant en essayant de ne pas faire de bruit.
    Fanfaron, il dégaine son glaive et crie à tue-tête :
    - Qui êtes vous là à quatre pattes, chiens, hyènes ou fils de chacal ??
    Un boomerang jaillit et heurte Potolerri à la tête. Il tombe .  Heureusement, la perruque a amorti le choc, lui évitant un séjour définitif chez Anubis au royaume des ombres.
    Des formes sombres jaillissent. Des mains se referment sur Saraï et l'entraîne dans la nuit.
    Potolerri reste un moment étourdi, puis il se relève, il entend les cris étouffés des femmes qui sont emmenées de force. La nuit résonne des craquements sinistres des coffrets de bois précieux que l'on force pour en arracher les bijoux.
    Potolerri prend une grande inspiration et il se lance en hurlant vers les ravisseurs. Une épée glisse vers lui, le frappe violemment à la poitrine, et le projette à terre. Le gorgerin a empêché la lame de le traverser, mais Potolerri en a le souffle coupé.
 
    La lame revient, s'approche de la gorge. Potolerri voit sa dernière heure arrivée. Quel malheur de finir ainsi, 4000 ans avant d'être né !. Et, en une fraction de secondes, un sourire détend ses traits, il n'a plus peur de la Faucheuse, de la Mort, car il aspire à retrouver Messouada.
    A Sa grande surprise l'épée ne lui fait qu'une légère coupure, elle s'éloigne, se fiche en terre. Son agresseur tombe au sol, agrippant à pleine mains la hampe d'une flèche qui lui laboure le torse.
    Alerté par les premiers cris de Potolerri, les cuisiniers, se sont rendu compte que la garde a été droguée, et ils ont prévenu la garde personnelle de Pharaon.
     
      Gil a vite compris le danger, il hurle ses ordres :
    - Lâchez les femmes et le butin, fuyez. Pas de quartier pour ceux qui vous coupent la route.
     
    Au petit matin , le Harem montre un aspect désolé. Les fleurs sont piétinées, le gazon est jonché de morceaux d'épées, de flèches, de coffrets et de bijoux. Des flaques de sang marbrent les dallages...
    Pharaon arpente nerveusement le terrain. Il examine les dégâts. Au milieu, près du bassin, les agresseurs sont alignés côte à côte. Ces hommes, blancs ou burinés par le soleil, nus, ils s’étaient enduits de suie grasse. Ainsi ils étaient invisibles dans la nuit et ils étaient difficiles à saisir.
    Maintenant, leurs corps recouverts de traînées noirâtres et sanglantes inspireraient la pitié.
 
    C'est du moins l'avis de Potolerri, qui les regarde sans rancune. Sa vie est sauve, il en est quitte pour un emplâtre sur le cou et un autre sur la poitrine pour soigner la coupure et la contusion.
     
    Pharaon regarde tous ces hommes avec un petit rictus de mépris et de colère :
    - Ces hommes ont violé mon Harem, que leurs corps soient offerts aux chacals.
     
      Pharaon s'approche de Potolerri et le toise :
    - Ainsi, toi aussi, tu viens voir mes femmes en pleine nuit. Je ne peux pas ignorer cet acte.
    >> Mais comme tu m’es sympathique et que tu alerté ma garde, je vais te faire cadeau d'une matière rare, importée et chichement distribuée.
    Pharaon laisse planer un silence
    - Je t'offre du bois.
    Les courtisans, au ton cassant d'Amenemhat, devinent une punition et ils ont un sourire satisfait. Ils pensent qu'un bon sarcophage conviendrait bien à cet homme trop bien en grâce à la cour.
    - Je t'offre du bois... Mais, ce n'est pas pour une bastonnade car ce que tu as fait ne mérite pas une bastonnade. Tu mérite plutôt un bois provenant de Syrie, un bois qui te tiendra chaud... Sache homme, que l'adultère est puni de mort par le feu sur le bûcher.
    >> Comme tu es dans le Harem royal, et bien, un royal bûcher t'attend.
     
    Potolerri commence à connaître les coutumes égyptiennes. Avant d'adresser la parole à Pharaon, il s'agenouille et il met la tête au ras du sol, il flaire la poussière en signe de respect :
 
    - Pardon, notre seigneur, Saraï avait demandé l'autorisation de ton chambellan pour que je puisse venir prendre de ses nouvelles.
    >> Il est vrai que nous avions beaucoup de choses à nous dire, et c'est pour cela que je suis resté après la chute du jour.
    >> Cela m'a permis, noble seigneur, de remarquer des ombres et d'appeler.
    >> Je fus blessé en défendant ton bien, le reste regarde ta garde.
    >> Puis-je invoquer ta bienveillance ? Ou puis-je rejoindre ma chère Messouada ?
     
    Pharaon éclate de rire :
    - Très bien répondu, Potolerri. Je vois que tu t'habitues à nos coutumes.
    >> Je vois aussi que pour la deuxième fois tu viens de te battre pour moi. Tu as fait beaucoup mieux que ces gardes qui dorment dans le couloir.
    >> Comme tu n'es pas un criminel, je te rends l'usage de ton nom, je demande à mon scribe Urirenptah d'en prendre note et d'y adjoindre un titre : Semer Ouâty, l'Ami Unique.
    >> Je désire que tu sois près de moi à mon sacre et que tu deviennes l'instructeur de mon fils. Je l'ai fait mander, il sera bientôt ici, à mes côtes.
    *
    * *
    Dans son bateau, Gil ne décolère pas :
    - Le plan était bon ! Nashash avait réussit à faire endormir les sentinelles. Le butin aurait été magnifique et Pharaon ridiculisé.
 
    >> Malheureusement, cet avorton de Potolerri s'est encore mis en travers de ma route.
    - Et si l'on commençait par capturer ton ennemi ? demande Pirap.
    - Non, calcule Gil Depuis longtemps je dois le tuer. Maintenant, je veux qu'il souffre longtemps.
    >> Oui, c'est cela. Je veux qu'il attende sa mort, qu'il l'implore ! Je vais d'abord tuer ce Pharaon, et cela très vite. Ensuite j'aurais le temps de faire hurler Potolerri de souffrance pendant mes nuits d'amour avec Saraï.
    - Tu veux tuer Pharaon ? Est-ce utile ? C'est le fils de Ré, c'est lui qui fertilise le pays et assure les moissons.
    - Oui, et ce soir même ou demain au plus tard. Il ne pensera pas que l'on veuille attenter à sa vie; surtout si peu de temps après l'attaque manquée du Harem.
    >> Emmène moi nos informateurs qu'ils m'expliquent comment atteindre sa chambre.

Chapitre suivant : Chapitre 40 : L'île du Kâ