Chapitre 38 : Parade
Celui qui reçoit une idée de moi reçoit un savoir sans diminuer le mien ; tout comme celui qui allume sa bougie à la mienne reçoit la lumière sans me plonger dans la pénombre. Que les idées circulent librement de l’un à l’autre partout sur la planète.
Thomas Jefferson, président des États-Unis d’Amérique de 1801 à 1809
Quand le soleil, le divin Râ, se lève, il voit toute la population massée dans les rues, aux portes de la ville et le long des grands murs blancs. La ville créée par le légendaire Ménès, la ville de Memphis est en fête pour recevoir le représentant des dieux de l'Égypte : PHARAON.
La garde royale fait une haie d'honneur.
Dans la poussière du chemin, les hommes sont debout, un court pagne blanc rehaussé d'une écharpe rouge leur ceint la taille. Un baudrier met en valeur leurs épaules de sportif. Les yeux sont fixés hauts et loin : Pharaon V.S.F. arrive. Les mains serrent fièrement les lances et les longs boucliers.
Un peu plus loin, une rangée de plumes d'autruche ondule au dessus d'une ligne noire. Les mercenaires, venus du Koush, au Sud des cataractes, restent immobiles, tel des blocs d'ébène. Pas de bouclier ni de glaives, mais des arcs et des massues.
Derrière les soldats, les hommes, les femmes, les enfants attendent Pharaon V.S.F. en dansant et chantant.
Tel un souffle de vent sur un champ de blé, une grande vague courbe tous les corps. Tous s'inclinent respectueusement devant lui.
La lourde chaise à porteur avance lentement. Deux gigantesques fûts de cèdre mettent le trône au-dessus des têtes. Pharaon est debout, aux lèvres : le sourire d'un père aimant. Amenemhat 1er est heureux de paraître pour la première fois devant son peuple.
Sans attendre les fêtes du sacre, Pharaon veut honorer le temple de Ptah de sa visite.
Le fils d'Amon vient saluer le taureau Apis; celui qui porte Rê entre les cornes.
Pour être vraiment Pharaon, Amenemhat doit prouver que les dieux l'aiment et qu'ils trouvent bon de le démontrer. Et n'est-il pas bon que les dieux lui accordent sa confiance avant que d'autres princes revendiquent le trône laissé libre par son prédécesseur ?
Si le taureau Apis consent à remarquer Amenemhat au lieu de lui tourner le dos, sa vie est sauve.
Si le divin Apis vient vers l'ex Vizir et lui mange dans la main, c'est que les dieux sont avec lui, la prospérité sera accordée à l'Egypte.
Le temple est magnifique !. Les murs sont peints d'éblouissantes couleurs vives. A la lumière matinale l'ensemble de pierres semble irréel après la blanche ville de briques.
Potolerri en reste ébloui :
- Vachement bien votre religion. Votre appartement témoin donne envie de loger chez l'architecte !
Les prêtres ont bien sûr préparé la royale visite. Le magnifique taureau a été bichonné, lustré, câliné. Il ne faudrait pas qu'il ait un mouvement d'humeur !.
Amenemhat s'approche de l'enclos, les prêtres et les courtisans s'écartent respectueusement avec quelques murmures, le taureau se retourne, manifestement dérangé. Il lève le mufle, et il aspire assez d'air pour meugler sa colère. Déjà son sabot se soulève, prêt à gratter le sol et à charger.
Et oh, miracle, il rebaisse la tête, balance négligemment la queue et il vient en trottinant pour manger dans la main de celui qu'il consacre comme Pharaon.
Quelqu'un de plus perspicace aurait eu une autre vision de la scène :
Le taureau Apis se fait un peu vieux, il n'a plus la forme, sa vue baisse... Ses épouses les plus âgées l'ont déjà quitté. Il se dit que lui aussi va mourir, être embaumé, et être emmené aux milieux des chants et des danses pour être enfoui dans une chambre du Serapeum à Saqqarah.
Puis les prêtres introniseront son successeur à la pleine lune. Le vieux taureau se rappelle comment il a été choisi. Il a été remarqué pour sa magnifique robe blanche et la forme parfaite de ses cornes. (Dans l'ancien temps, l'on préférait la robe noire, couleur de la renaissance.)
Surtout il avait les marques requises, des taches noires; sur le front, un triangle; sur le flanc, un croissant; sur le cou un aigle.
En repensant à sa jeunesse, le vieux taureau en a la larme a l'oeil.
Il remarque un mouvement de personnes autour de son enclos d'habitude si calme. On peut être un dieu et aimer garder ses habitudes !.
Le taureau se détourne lentement et il se prépare à manifester son mécontentement à l'intrus.
Le regard tout embué par les souvenirs, il distingue vaguement des hommes en blanc et son odorat perçoit sa nourriture préférée.
Apis se dit que son petit-déjeuner a été frugal et qu'un petit supplément serait le bienvenu. C'est pour cela, que, trottinant, il alla vers une forme vague et une odeur appétissante.
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* *
Amenemhat 1er est tout heureux d'être agréé par les dieux. Le grand-prêtre satisfait se penche à son oreille et murmure :
- J'avais donné l'ordre de le laisser sur sa faim et de vous préparer sa nourriture préférée pour que mon cher vieux taureau n'ait pas à hésiter à venir vous voir.
Le grand-prêtre se redresse :
-- Notre dieu Apis est seigneur de vérité et de justice, il entend nos prières. Il a jugé bon de manifester son attachement à Pharaon, Vie, Santé, Force.
>> Maintenant, Pharaon, Vie, Santé, Force, va conduire le rituel pour rappeler que nos vies suivent des cycles immuables comme l'est le cycle végétatif. La vie se reproduit grâce à la puissance sexuelle. Et le respect en nous des vies végétale et animale permet à l'Esprit de sa manifester pleinement.
Pendant le rituel, le taureau Apis marche aux côtés de Pharaon, Vie, Santé, Force. Ce qui permet au monarque d'assimiler les forces de l'animal.
- Oh, la vache, il vampirise les forces du taureau, ne peut s'empêcher de ricaner Potolerri.
Suzanne bâillonne sa bouche d'une main énergique pour l'empêcher de continuer :
- Tu es trop bavard. Il y a un temps pour chanter, il y un temps pour parler. Tu as manqué l'instant où il faut se taire. Essaie maintenant de respecter l'instant où ton Être essaie de comprendre.
>> Osiris est la vie végétal, Apis est la vie animale. L'un des deux représente la vie sexuée.
>> Après ces deux principes, veux-tu plus de Lumière et arriver à Horus ?
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