Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - texte intégral

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

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Table des matières
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Chapitre 37 : Terreur

 
    Là où est la haine, que je mette l'amour.
Là où est l'offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l'union.
Là où est l'erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l'espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.
    Saint François d'Assise
     
    Dans le Delta du Nil, les pêcheurs et les paysans se cachent, apeurés. Un nouveau dieu crocodile sème la terreur. Djed-Sebek, Gil est content d'avoir assassiné le représentant de l'ordre institué par les dieux.
    Sa silhouette vêtue de cuir de crocodile est devenue célèbre dans tout le Delta, où ses pillages et les coups de main en font un homme craint et redouté.
    S'il est puissant, ce dieu néfaste n'est pas inaccessible. Sur un îlot tranquille, Gil accueille un visiteur plus redoutable que lui.
    Nashash vient lui rendre visite. Cet homme important n'oublie pas la main qui l'a épargné, le matin funeste où Pharaon (V,S,F) a accueilli la mort ! Surtout il n'oublie pas que toutes les occasions sont bonnes pour s'enrichir...
 
    Gil veut écouler son butin. Toutes les marchandises arrachées par la violence valent leur pesant de larmes et de sang. Pour Gil et Nashash ces marchandises valent des millions de châts. Une valeur bien théorique car cette monnaie est virtuelle. Les choses ne valent que ce que l'on veut donner en échange.
    Mais qu'importe la base du marchandage. Nashash louche de désir en contemplant le stock accumulé par Gil. Le hangar de roseaux est devenu une véritable caverne d'Ali-Baba. Il y a là des rouleaux de papyrus, des coupons d'étoffes, du bois précieux, des meubles. Gil soulève négligemment le couvercle d'un coffre d'ébène décoré de plaques d'ivoire sculptées.
    Nashash reste ébloui devant les pierres précieuses, l'or, l'argent, l'ivoire, les perles. Il y a là de quoi équiper une armée, prendre Thèbes, Memphis ou Byblos.
    D'un geste sec, Gil ferme le couvercle du coffre :
    - Si nous nous rencontrons, c'est pour que tu m'aides à écouler mes marchandises. Tu pourras accroître ta puissance; moi, je pourrais obtenir ce que je veux.
    - Mais cher ami, je suis toute ouïe. Conte-moi tes désirs, toutes les portes te sont ouvertes.
    - En effet, je veux que les portes me soient ouvertes. J'ai déjà des contacts avec des trafiquants de la Mer Rouge. Le Delta tremble à mon nom. Mon nom est connu sur les côtes de la Très Verte. Byblos me craindra bientôt.
    - Byblos est une grande amie de l'Égypte, une soeur même. Si tu as le pouvoir en cette ville, tu auras la haute main sur
tout le commerce.

    - Je pense que nous allons nous entendre. En gage de bonne amitié, je vais te demander de te surpasser.

    - Cela me sera un plaisir que de satisfaire tes désirs, répond obséquieusement Nashash.

    - Tu as du remarqué les Bédouins qui sont entrés en Égypte avec Amenemhat ?

    - Oui. Des braves qui se sont bien battus, dit-on. Un roi-berger sémite, sa ravissante soeur mise dans le Harem de Pharaon, un homme au coeur de lion qui se répand en larmes au souvenir de sa belle, de nombreux esclaves, quelques troupeaux. Tu as largement de quoi les acheter.

    Gil prend un ton de voix plus bas, plus rauque et menaçant :

    - Écoute bien. Ces pouilleux se sont battus contre moi. Melkrot est mort par leur faute. Leurs biens m'appartiennent.

    >> Je veux au plus vite arracher Saraï du Harem de Pharaon. Et même lui prendre ses autres femmes et trésors si je le puis. Il comprendra qu'il ne doit pas prendre ce qui est à moi.

    >> Je veux aussi l'étranger larmoyant, je veux l'écorcher de mes mains.

    Les mains jointes sur son ventre replet, Nashash réfléchit à voix haute :

    - Tu n'auras aucun mal à reprendre les troupeaux.... Potolerri est dans une maison à Memphis...

    - Et la femme ? s'énerve Gil.

    - Dans le Harem, ils sont mieux gardés. Il me faut plusieurs jours pour acheter des complicités. Tout dépend si tu veux t'introduire en voleur dans le Harem ou si tu veux le prendre d'assaut ?

    - Je ne veux pas attaquer de front, ce serait mettre toute l'Égypte contre moi.
    >> Il faut que les prêtres et les nobles m'acceptent. Ton travail, Nashash est de préparer le terrain pour obtenir leur adhésion, ou au moins leur neutralité.
    >> Pour constituer mon trésor de guerre, je dois élargir mon champ d'action tout autour de la Très Verte. J'effectuerai des pillages chez ceux qui sont contre moi.
    >> Avant d'attaquer le trône, je multiplierais les coups de main en Égypte pour que l'armée soit disséminée dans tout le pays.
    - Et tu vas attaquer avec tes nouvelles armes qui lancent la foudre ? demande Nashash, les yeux brillants de convoitise.
    - Avec mes nouvelles armes et celles de mes alliés, si tu veux une part du gâteau.
    >> Qu'en est-il de l'alliance avec le prince Djehutynakht ?. Il continue à faire piétiner ses armées dans les marais, cela me dérange quand même un peu.
    - Ses troupes fouillent le Delta à ta recherche, comme l'a demandé Pharaon, Vie, Santé, Force. Mais tu vois bien qu'il ne te fait aucun mal. As tu plus confiance dans mes talents ou dans la protection de ton dieu crocodile Sebek ?
    Gil prend un ton plus sec :
    - Sans toi, j'ai appris que le prince Djehutynakht désire le trône. A t-il assez de puissance pour l'obtenir seul et craindre mon courroux ?
    >> Va. Tiens ta langue. Donne moi les clés du Harem, il me faut Saraï avant que le Pharaon ne la touche.
 
    >> Le fait de lui enlever ses femmes sous son nez lui retirera de la crédibilité.
    Nashash se fait rassurant :
    - Tu n'a pas à craindre que Pharaon appelle Saraï dans sa couche. Il tient d'abord à vérifier s'il a l'énergie d'Apis, le taureau sacré. Je pense qu'il veut symboliquement conquérir toutes les femmes de son prédécesseur pour s'affirmer le maître du troupeau.
    >> Ensuite si tu connaissais mieux nos coutumes, tu saurais qu'un contrat doit être fait avant qu'une concubine entre dans le Harem. Ensuite, elle doit être formée aux goûts de Pharaon, Vie, Santé, Force. Après, seulement, et si les favorites lui en laisse l'occasion, elle sera appelée à partager la couche royale. Et je peux te dire que la lutte sera rude entre les favorites de l'ancien et du nouveau Pharaon. Les commandes de magie et de poisons ont déjà commencées. Les favorites survivantes feront tout pour que Pharaon, V,S,F, oublie ta Saraï.
    - Bien, mais hâte toi quand même, les douces nuits d'Égypte font bouillir mon sang.
     
    Le vaisseau de Nashash remonte lentement le Nil, poussé par le vent du Nord qui souffle toute l'année. Les cales sont pleines de marchandises de valeur, de quoi acheter bien des complaisances.
    Nashash, satisfait et rêveur, regarde se dérouler les berges verdoyantes. Il admire les barques de papyrus qui se glisse depuis des millénaires sur le Nil. Son lourd bateau est l'un des rares en bois. Les bateaux proviennent de Phénicie, ils apportent des marchandises, ils halent des troncs. Arrivés à destination, ces bateaux sont démontés et servent à la menuiserie.
Bien peu repartent vers la Très Verte.
     
    Nashash rêve d'être le maître du commerce de Byblos, et pourquoi pas, du Caucase à la Bactriane, des sources du Nil à l'Europe.
     
    Il faut que le commerce du lapis-lazuli reprenne ! Mais avant il faudrait assujettir la ville syrienne d'Ebla, elle est indispensable pour le transport du lapis-lazuli, et c'est une grande concurrente pour l'exportation de tissu.
    Et, Nashash songe. Il voit le lapis-lazuli, extrait des Monts Badakshan, en Afghanistan, se diriger vers le Sud de la Mésopotamie par la route du Nord, Tepe Hissar, ou par la route du Sud, Tepe Yahya. De là, les caravanes traversent les déserts syriens, arrivent à Ebla, et de là, par le Sinaï, les pierres précieuses arrivent en Égypte[1].
     
    Nashash continue à rêver à ses conquêtes commerciales, cela lui est aussi agréable que de rêver à de belles femmes. Il ricane doucement : "quand je pense à ce Gil qui pleure des larmes de crocodile pour une seule Saraï. Avec la fortune que je vais faire, je pourrai m'en offrir 360, une pour chaque jour de l'année[2] !".
     
    "Il faudrait aussi finir de repousser les peuplades au-delà des cataractes. Ainsi, avec le Sinaï, nous contrôlerons nos voies d'importation. A nous le bois de cèdre et de pin, le bronze, le cuivre, l'obsidienne de Cappadoce.... Et, aussi, recommencer à exporter : les céréales, les tissus, les vases en pierre, albâtre, diorite, les bijoux....."
 
    Nashash poursuit son rêve au fil des eaux du Nil. Il imagine l'Égypte, redevenue puissante, redevenue productrice, en train d'exporter des objets finis et d'importer des matières premières.
    Réalise t-il, ce petit homme, que pour produire, il faut la sécurité, une bonne économie. Il ne faut pas que l'art artisanal soit perdu par des guerres. A chaque période de tuerie, il faut des générations pour retrouver les techniques perdues[3].
    Réalise t-il ce petit homme, qu'en ouvrant la route à la violence et à l'arbitraire, il ferme la porte au commerce et aux industries !

=============== Notes ==============

[1]              Cette voie commerciale a souvent été interrompue, ou doublée par la voie maritime, au rythme des moussons. Des fouilles dans Ebla prouvent une grande interruption, puis une reprise de cette voie à la XIIIeme  dynastie.
[2]           Nashash sait compter. Douze mois de trente jours font bien 360. Et, me direz vous, les cinq autres jours ?. Eh bien, par superstition, ces jours hors calendrier sont maléfiques (les peuples d'Amérique précolombiennes le pensaient aussi).
[3]              Les émaux existent depuis plusieurs millénaires avant J.C. Il a fallu attendre Bernard Palissy pour retrouver ces techniques de fabrication pendant la Renaissance !

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