Chapitre 31 : Qui m'aime me suive !
Quoi que ce soit que je désire et recherche, je veux en jouir et ne renoncer à rien. Toute excitation de mon corps m'est un véritable plaisir. Comme je suis, je m'abandonne à la vie, et comme me vient la fantaisie j'agis.
Hildegarde Vita merit., II, 21
Gil courrait vers les navires poussant devant lui quelques ânes. Faible butin...
De petits groupes de fuyards se joignait à lui, courant vers les navires, seul espoir de survie.
Déjà, les soldats égyptiens arrivent désireux de saisir les hommes pour en faire des esclaves et les bateaux pour Pharaon, force, vie, santé.
Sur le pont, Balkis s'affaire ! Il a déchargé les ânes et il dispose les armes à feux flambant neuves sur le pont d'un navire.
Gil bondit, saisit un mousquet déjà chargé. Il l'arme et il hurle :
- Balkis prend vite une arme. Charge là comme je te l'ai appris. Nous allons embarquer et mettre les voiles. >> Tue tout ceux qui veulent nous en empêcher !
Nerveusement, Gil et Balkis chargent les armes, les disposent sur le bastingage.
Les pirates montent à bord en jurant, poussant devant eux le faible butin.
Éparpillés sur le sable, leurs compagnons blessés appellent à l'aide ! En vain.
Quand les premiers soldats sont à portée, Gil épaule, tire. Il laisse tomber l'arme, en attrape une autre, vise et tire encore !
Les détonations rageuses ne sont pas couvertes par le ressac. Il semble à tous que les dieux aboient, crient des ordres insensés ! Des pirates se bouchent les oreilles de leurs mains, hurlent de peur !
À terre, les soldats égyptiens et les caravaniers s'immobilisent, figés par ce soudain miracle !
À bord, quelques durs bondissent sur les rames et souquent pour pallier au manque de vent. Le navire manoeuvre lentement, lourdement. Enfin, il s'éloigne sur les vagues...
Quelques barques parviennent aussi à prendre la mer et suivent le navire. Là-bas, il y a une île sûre, où relâcher, faire le point, où reprendre des forces... Là-bas des amis leur viendront en aide.
Jamais inactif, Gil fait l'inventaire du butin.
Un des ânes était chargé du matériel des prêtres de SOBEK le dieu crocodile. Parmi les étoffes, les coupes et les coffrets, Gil découvre la tenue rituelle du grand-prêtre : un bustier en peau de crocodile et le casque assorti. Bien tannée, cette peau de crocodile est agréable à porter et elle est assez solide pour arrêter une lame[1].(1)
Profitant de l'aubaine, Gil enfile cette tenue plus guerrière que religieuse et il brandit sa dernière lame de fer au soleil couchant. Le sang teintait la lame et la pourpre du soir illuminait l'homme d'une lueur sinistre !
Les truands, impressionnés s'inclinent devant lui comme devant un dieu. Balkis approuve bruyamment :
- Ton dieu crocodile t'aime. Te voici vraiment SEBEK-Djed..
- Pirap ! s'exclame Gil, nous n'avons pas revu Melkrot, il doit être mort ou prisonnier ! Il faut le remplacer, veux tu te battre contre moi ? ... Ou, me laisses-tu le commandement ?
- Non frère, je connais le tranchant de ton poignard et la foudre de ton arme. En dieu crocodile tu es vraiment puissant. Tu es le seul à avoir fait du butin, tu as tenu parole et tu as payé notre intervention.
>> Conduis nous pour venger nos frères tombés en ce jour. Nous te serons fidèles tant que tu seras victorieux.
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[1] Une cuirasse en peau de crocodile des prêtres égyptiens est visible au British Muséum à Londres.
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