Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - In Libro Veritas

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

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Table des matières
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Chapitre 27 : Douce colombe

 
    Patiente, me dit-on, la patience portera ses fruits :
elle les portera sans doute dans une seconde vie,
car j’ai passé ma vie entière à patienter
et pour en récolter les fruits il m’en faudrait une autre.
    Daqiqi  Xème siècle.
    Anthologie de la poésie persane.
     
    Abram s'approche d'Hébron, la colline exposée à tous les vents. Impatient, il fait planter le camp pour la nuit, parquer les troupeaux. Il est pressé de voir l'empreinte de pas d'Adam.
    Le site est presque désertique ; au bord de la rivière, une unique maison abrite un cultivateur et sa nombreuse famille. Ce brave homme sert d'aubergiste et de guide aux pèlerins.
     
    Le site des chênes de Mamré plaît tellement à Abram qu'il se promet d'y revenir, et il avoue à Saraï que c'est l'endroit où il aimerait terminer ses jours. Saraï pose sa tête sur l'épaule d'Abram et elle rêve avec lui de terminer leurs vies ici, âgées, avec leurs enfants et petits enfants dans ce havre de paix.
    Abram prend la main de Saraï et, les yeux au loin, il laisse parler son coeur :
    - Cela me fait du bien de venir au lieu symbolique où Adam a posé le pied, après son séjour en Eden[1]. Tu sais, après mon échec de Gezer, je vis une véritable coupure de moi-même. Je me sens comme un ange déchu.
 
    >> Ici, vois-tu, je reprends conscience que notre mère Éve est l'Ame Collective de l'Humanité, une âme qui doit sortir de la Matière.
    >> Contrairement aux Anges, l'Homme a le choix entre le Bien et le Mal. Plus exactement, il a le choix de vivre en harmonie avec Dieu, la Nature, ou de vouloir tout plier à ses désirs. Mais nous connaissons mal ce qui nous entoure, les pensées des autres, et nous faisons des erreurs.
    >> Loin de moi de vouloir être un "roi" et de laisser mon nom. Je réalise maintenant que mon plus cher désir n'est pas de laisser une marque dans le souvenir de notre descendance, mais tout simplement de rallumer le Désir de l'Idéal dans leur coeur. L'Histoire se rappellera les noms des rois d'Ur, de Charan, de Mari, de Jéricho. Mon nom sera vite oublié, il sera simplement chanté dans la liste généalogique de la famille, comme les noms de mes pères. Mais, si je redonne un peu d'Idéal, je n'aurais pas vécu pour rien.
    *
    * *
    Interrompant ce tendre monologue, une petite caravane arrive, saluée par des cris de reconnaissance !
Ce sont Gil et Balkis. Ils rejoignent la caravane d’Abram au mauvais moment car ils rompent l'enchantement, la paix de ce lieu sacré !
 
À l’aube, Abram donne l'ordre de se remettre en route par la route caravanière d'Hébron à Gaza en traversant les collines calcaires de Maresha.
Un messager part en direction opposée...
Abram a appris que le sol aride de ces collines est pauvre en herbages. Les pâturages sont sûrement insuffisants pour ces troupeaux. Inutile de s’y attarder pour attendre son neveu Lot, il vaut mieux avancer et se rejoindre plus tard. Le messager le préviendra.
    *
    * *
Le soir au campement, Abram veut réfléchir et il erre, solitaire, au milieu des grottes creusées de mains d'hommes.
    Quelques grottes sont extrêmement anciennes. Elles ont été plusieurs fois emménagées pour l'habitation, l'artisanat et l'élevage suivant les besoins du moment.
    Abram s'arrête pour admirer un pressoir patiné par l'usage. Un vieil homme sort du trou obscur et il échange les salutations habituelles avec ce nomade pensif :
    - Que la paix soit avec toi. Tu dois faire partie de la caravane qui a planté ses tentes à l'entrée du village ?
    >> Veux-tu partager un peu de lait de chèvre avec moi et me conter ce que tu as vu en route ?
    - La paix soit avec toi, vieil homme, répondit Abram. J'admirais la façon dont vous avez aménagé ces grottes. En partageant ta boisson, j'aimerais que tu me contes pourquoi vous habitez dans ces trous ?
    - Ces trous sont notre gagne-pain, le calcaire extrait est transporté vers la côte. Après cuisson, sous forme de plâtre, il revêt les murs des belles maisons, fixe les carrelages. Les poussières servent aussi à amender nos champs.
 
    >> Et, tu le vois, ces trous nous servent de domicile, la température reste constante, été comme hiver.  L'air y reste sec, nous avons ainsi de bonnes caves pour entreposer nos réserves. Quand nous avons un enfant de plus, il est facile de creuser une chambre. S’il nous faut ranger quelque chose, il est aisé de creuser une niche dans la paroi…
    *
    * *
Gil profite de l'absence d'Abram pour faire la cour à Saraï et, en bavardant avec elle, il l'entraîne dans une grotte aménagée en colombier. Balkis surveille les alentours pour que personne ne vienne les surprendre.
    Dans la pénombre de la grotte, Gil s'assied au pied des niches aux colombes. Il attire Saraï près de lui et il lui roucoule des choses tendres. Saraï l'écoute attentivement, mais elle ne veut pas lui céder. Gil se met en colère :
    - Tu me réclames des poèmes d'amour, et tu me regardes te les conter avec des yeux de gazelle soulignés d'un trait de khôl.
    >> Tu m'interdis de saisir ta taille, alors que ta gorge au teint de lait est couverte de la pourpre que je t'ai offerte.
    >> Tu ne veux pas que mes lèvres baisent les tiennes, douces comme des grenades, alors que tes dents brillent comme les perles de verre que tu as autour du cou.
    >> Depuis des semaines, tu me permets de prendre ta main, et tu refuses que je te prenne autre chose…
    >> Offre toi à moi !
 
     
    Saraï se rend alors compte qu'elle a cédé trop de choses. Elle n'aurait jamais dû accepter ses cadeaux et rester si souvent en tête à tête avec lui.
    D'un geste brusque, elle enlève tissu et verroteries et les jette sur les genoux de Gil.
    - Reprends, bel étranger, ces cadeaux que j'avais acceptés en signe d'amitié et de confiance entre nous.
    >> Je suis la première à regretter que tu aies cru qu'il puisse y avoir autre chose entre toi et moi.
    >> Je me sens à jamais lié à Abram, et c'est de lui que je veux des enfants.
     
    Gil ne veut pas laisser échapper sa proie, il ceint Saraï des bras et il tente de l'embrasser. Elle se débat et crie.
    Les pigeons, affolés par les mouvements et les cris s'envolent, tournoient dans la grotte et sortent bruyamment !
     
    Balkis, inquiet, vient vers eux. Il ne remarque pas que les villageois et Abram sortent des grottes voisines, curieux de l’origine d’un tel tapage dans la douceur du soir…
    - Que se passe-t-il ici ? J'ai cru reconnaître les cris de Saraï, s'inquiète le patriarche.
    Celle-ci sort en courant de la grotte pigeonnier et se précipite dans les bras d'Abram :
    - Oh, mon aimé, j'ai eu peur de ne pas te revoir. Je me promenais avec Gil et Balkis. Fatiguée, j'ai voulu me reposer dans cette grotte. J'ai failli chuter dans un trou, Gil s'est précipité pour m'empêcher de tomber…
 
    Le maître de cérémonie prend Saraï et Abram par le bras et les pousse fermement pour qu'ils entrent dans le cercle et qu'ils pénètrent dans cette colonne de lumière bleutée.
    L'impression éprouvée n'est pas désagréable, des milliers d'étincelles parcourent leur peau, montent le long de la colonne vertébrale et explosent dans la tête et devant les yeux.
    Malgré eux, ils sentent leurs muscles se tonifier, leur sang circule plus vite. Abram et Saraï se redressent et entonnent leur mantra à pleine voie.
    Quand la colonne de lumière s'estompe et disparaît, leurs yeux étincellent, leur peau est éclatante de santé. Après ce bain de jouvence, ils ont l'impression de vivre à nouveau.
    Ils sortent alors du cercle, irradiant de joie. Ils échangent l'accolade fraternelle avec toutes les personnes présentes, pleurant presque de bonheur.
    Ensuite, revenus au soleil, dans la clairière, c'est avec un grand appétit que tous partagent les agapes[4].
     
    Une journée aussi mémorable doit être marquée d'un bétyle[5]. Tous se dirigent vers le campement pour l'ériger.
    À l'entrée de la forêt, les sages et les prêtres sont accueillis par les membres de la caravane.
    Les hommes s’empressent à satisfaire les désirs des saints hommes. Armés de cordes et de levier, ils déménagent de longues roches… Trois dalles sont élevées, coiffées par une quatrième. Les murs intérieurs sont enduits d'argile blanche diluée dans du blanc d'oeuf. Saraï exécute ensuite d'artistiques dessins bigarrés à l'ocre et au charbon de bois pour symboliser les beautés de la Nature, ce don de Dieu.[6]
 

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