Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - texte intégral

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

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Table des matières
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Chapitre 24 : Jéricho millénaire

 
    Ce mot : “MOI”, en égyptien “INEK”, ne signifie pas l’être animé ni caractérisé, “NEK” exprime la soif d’existence, en soi-même et « pour soi », sans autre but que de ne pas disparaître.
    Her Bak « Disciple »
de Isha Schwaller de Lubicz
     
    Gil a installé ses forgerons à Tel el Farah, mais il a préféré prendre domicile à Jéricho, la grande ville six fois millénaire, un creuset culturel et commercial ! Il y a bien longtemps, Jéricho la belle avait été abandonné par ses habitants lors d’une grande sécheresse. Elle avait végété en tant qu’étape pour les rares caravanes. Puis un peuple était arrivé, avait occupé cette région inoccupée. Et depuis, elle était devenue un centre important.
     
    Un concert de cris, de hurlement, de trompes, pousse les habitants à se ruer sur les remparts. Là, dans le chemin arrivent de pauvres hères en larmes, couvert de poussière, hagards ! Ce sont les habitants de Beit-Yerah fuyant devant Lot et sa tribu !
    Gil avait grimpé sur la terrasse de sa maison, curieux, désireux de tirer bénéfice de tout. Un verre de vin épais à la main, il éclate de rire en voyant arriver ces pauvres gens groupés autour de leurs ânes. Hommes et bêtes sont surchargés de ballots, ils traînent lamentablement des pieds. Les enfants sont agrippés aux jupes de leurs mères, les visages couverts de poussière sont marbrés de larmes…
 
    Ils transpirent la colère et désirent se venger !
    Amis ou parents, les habitants de Jéricho se précipitent vers eux et leurs viennent en aide au milieu de cris et d’injures ! Assoiffée de vengeance, la foule entoure le brancard d’un blessé, elle hurle et tend le poing !
    Gil avait déjà été prévenu par ses espions, il savait que ces gens avaient fui, plus devant leur peur que devant Lot. Et maintenant, il s’amusait à écouter les hommes raconter d’imaginaires faits d’armes. L’imagination  avait fait un héros blessé d’un pauvre homme tombé dans le fossé car il s’était endormi sur son âne !
     
    Pour Gil l’opportuniste, c’était l’occasion ou jamais de renforcer sa puissance ! Il demande et obtient un rendez-vous avec la famille royale en leur promettant un moyen infaillible pour appeler les foudres divines sur la tête de leurs ennemis.
    Devant le trône, entourés de gardes hargneux, les épées nues, Gil leur certifie sur sa vie qu’il peut prouver ses dires, mais, ajoute-t-il, en échange il demande une récompense digne d’un roi ! D’ailleurs, qu’est-ce qu’un peu d’or s’il leur donne des outils divins ! ?
    Une heure après, le roi et les nobles suivent Gil et son âne sur la colline proche. Le roi s’installe sous un dais. Il regarde l’homme et l’âne descendre dans la vallée. Les prêtres, inquiets, surveillent les rites inconnus permettant de déclencher la foudre divine !
    D’abord, Gil débarrasse l’âne d’une cruche en terre et d’un sac. Il claque la croupe de l’âne pour qu’il remonte sur la colline, avec les hauts personnages !
 
    Resté seul, il cale soigneusement la cruche entre de grosses pierres… Il prend ensuite une longue mèche en étoupe de lin huilée. Il l’enfonce dans la cruche emplie de poudre noire.
    Après avoir mis le feu à la mèche, il hurle une phrase abracadabrante : « Tonnerre de Brest ! » et il court rapidement (et dignement) se cacher derrière un muret de pierres sèches.
    L’explosion fait voler en morceaux les grosses pierres ! Une pluie de roches s'écroule alentour, crépitant sur les murets.
    Sur la colline, le roi reste estomaqué ! Comment un simple homme peut-il invoquer les puissances célestes ou démoniaques sans avoir suivi une semaine de jeûne, sans avoir brûlé des tonnes d’encens, sans avoir prié longuement ? Tous les hommes sages et les prêtres de sa cour hochent dubitativement de la tête, ils avouent être incapables d’un tel prodige !
     
    Gil revient alors vers eux. Il s’incline devant le roi et le prie de le suivre, lui et son âne, pour lui apprendre à utiliser la force des dieux.
     
    Dans la vallée, loin des yeux indiscrets, Gil montre au roi comment caler une deuxième cruche, comment y installer la mèche… Cette fois, c’est le roi qui met le feu aux poudres en hurlant « Tonnerre de Brest ! » !
    *
    * *
Devenu l’égal d’un Dieu, le roi de Jéricho fait donner une grande fête en l’honneur du héros du jour ! Les habitants de Beit Yerah et leurs amis clament leur joie avinée ! Enfin, ils vont pouvoir repousser les vils envahisseurs, ceux qui avaient massacré leurs soldats, violé leurs femmes et leurs filles ! Ils oublient la honte d’avoir fui dans des rodomontades !
Dès le lendemain, des femmes bassinent les murs des caves et des grottes pour récolter le salpêtre. Des bûcherons emplissent des sacs de poudre de charbon de bois. Des sacs de précieux soufre sont acheminés vers les ateliers royaux où Gil opère, loin des prêtres inquisiteurs. Personne hormis lui ne doit connaître les proportions du mélange divin !
Des jarres pleines de poudre noire sont ensuite stockées, bien au sec dans des salles secrètes, ménagées dans les remparts…  Protégées tel un bien divin, ces jarres ne devaient être employées que pour protéger la cité d’un grand danger. Seul, le roi et ses intimes les plus dignes de confiance ont appris comment y mettre une mèche et provoquer l’explosion… Qui pourrait imaginer, que bien des années plus tard, affolé par un envahisseur descendant d’Abram (et de Lot), une main malhabile allait mettre le feu aux poudres et faire s’écrouler les remparts sous un concert de trompettes !
    *
    * *
    Le roi, fort de cette protection divine fait alors venir Gil devant son trône. La grande salle est vide. Il n’y a qu’un officier, muni d’une torche.
    Les yeux de Gil sont bandés. Une main lui saisit le coude. Il sent l’odeur résineuse de la torche. Un glissement fait penser à une porte que l’on ouvre, une odeur de cave envahit son odorat !
    On lui fait descendre un escalier. Une grille s’ouvre, puis une autre…
    Quand on lui enlève son bandeau, il reste ébloui par l’éclat de l’or !
 
    Il est dans une grotte au sol sablonneux. Une banquette court le long des parois. Parmi les objets en or, en argent, en bronze, les armes, les bijoux, il y a de curieuses têtes !
    - Cette salle servait de caveau funéraire bien avant que mon peuple vienne peupler la région, explique le roi. Ce que tu vois est le résultat d’une ancienne coutume que nous ne connaissons pas. Les crânes sont remodelés avec de l’argile, les yeux sont en coquillage, les cheveux sont peints. Nous ne savons pas comment ils pouvaient copier la peau avec tant de réalisme[1].
    - Mais, continue le roi, tu n’es pas là pour honorer des morts inconnus. Tu nous as donné une puissance égale à celle des dieux, choisis donc dans notre trésor de quoi honorer un dieu, ton dieu ou tes projets… Choisis !
    Alors, Gil s’attarde sur les colliers, les poignards, les broches… Conscient du chemin à faire, il préfère choisir des objets facilement monnayables, faciles à transporter.

============Notes ===============

[1]              À Jéricho, la coutume de remodeler les crânes, de leur faire des yeux et de les peindre est vieille de plusieurs millénaires et inexpliquée. Elle n’a duré que quelques siècles.