Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - texte intégral

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

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Table des matières
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Chapitre 23 : Couper / Diviser

     
    Je ne suis pas en vie pour encaisser et le laisser imposer une volonté. Si quelqu'un vient me toucher, je lui en servirai plus que son compte.
    Hildegarde Vita meritor, II, 15
     
     
    Fier et rechargé par l'expérience vécue dans la grotte, Abram guide sa caravane d'un pas guilleret vers Gezer.
     
    Gezer ! Ville importante, point de surveillance et de communication entre l'Afrique et l'Asie ! Sa situation élevée lui permet de voir arriver les caravanes ou les envahisseurs jusqu'à Ascalon et Tel-Aviv sur la côte.
    En langue sémitique GEZER veut dire couper, diviser. En effet, cette citadelle peut couper la Route de la Mer d'Égypte en Mésopotamie. Elle peut aussi couper la route qui relie Salem (Jérusalem) à la côte.
    Malgré son importance, Gezer n'a jamais été vraiment fortifiée, ni par les Cananéens, ni par l'occupant égyptien. Son statut de ville commerçante, où tous font des bénéfices, avait toujours entretenu une paix intéressée.
    L'approche des envahisseurs de l'Est et de la Mer, lui a fait lancer un appel au secours ; il lui faut beaucoup de main d'oeuvre pour bâtir de hauts murs et des défenses.
     
    Abram répond à l'appel, il possède assez de bras valides, ceux de ses bergers et de ses vachers. À ces nomades se sont joint des artisans de grande valeur. Beaucoup d'autres se sont ralliés en chemin.
 
    Côte à côte cheminent les tisserands, les forgerons, les bijoutiers, les menuisiers, les maçons, les tailleurs de pierre, les bourreliers, les potiers. En bref des représentants de tous les métiers.
    Tous espèrent trouver une place dans le pays de Canaan ; ici, non loin de l'Égypte mythique. Tous veulent se bâtir une nouvelle vie. Abram est fier d'être leur chef.
     
    La route de Gezer est aussi encombrée par d'autres voyageurs. Huit autres rois-pasteurs se dirigent vers la ville pour une réunion importante, une réunion au sommet.
    Au sommet de la colline, dix tentes sont dressées en rond autour du lieu de réunion. L'ennemi commun oblige à renouveler les alliances, il faut se mettre d'accord pour fortifier Gezer. Chaque roi-pasteur, chaque représentant des cités-états espère en retirer du prestige et même, pourquoi pas, un avantage politique ou richement matériel.
    Abram est, lui aussi, tenté par le pouvoir ; ses biens sont assez importants, sa petite armée est bien entraînée. Il aimerait mener ses nouveaux voisins dans un renouveau spirituel et affirmer leurs différences par rapport à leurs grands voisins Égyptiens et Mésopotamiens.
     
    Au matin, au sommet de la colline, les dix chefs et les anciens échangent leurs salutations matinales avant de s'asseoir en rond. La tradition orale est très forte, mais étant donné l'importance de la réunion, des scribes restent à porté de voix, leurs tablettes enduites d'argile sur les genoux, les calames épointés dans la main. Au moindre signe, ils noteront les choses importantes dans l'argile pour les immortaliser.
 
    Le premier constat est l'insécurité :
     - Les Égyptiens ne se sont pas encore relevés de leurs 150 années de révolution, l'ordre ne règne pas encore en Égypte et la corruption y règne en maître.
     - Les Mésopotamiens et les Babyloniens sont eux aussi rongés par la corruption. La course au profit paralyse les institutions. L'armée se désagrège et ne peut empêcher les pillards de traverser le pays.
     - En plus des envahisseurs de l'Est, un autre peuple d'au-delà la Mer prend de la puissance et il lance des attaques côtières. De purement sporadiques, ces attaques se font plus fréquentes et plus puissantes. Bientôt les remparts des villes côtières ne seront plus assez dissuasifs.
     
    Abram propose de fédérer les villes autour d'un pôle commun. Par exemple, chaque ville adore son dieu, son BAAL. Pourquoi ne pas réunir tous ces cultes sous l'autorité d'un seul grand-prêtre ?
    Ainsi, Abram pense répondre aux grandes préoccupations : établir une union économique et militaire puissante et unifier le peuple autour d'un dieu commun ; redonner aux tribus et aux clans une façon de raisonner identique et le sentiment d'appartenir à une unité. Ensuite, il se ferait le missionnaire du Dieu Unique !
    Abram propose que grand-prêtre soit le plus sage d’entre eux : Melchisédech, et, modestement, il déclare que ses frêles épaules sont volontaires pour la lourde charge de gestionnaire, chef des armées et coordinateur des tribus.
 
    Comme d'habitude, le "roi" doit être élu par ses pairs, et Abram pense que sa puissance, ses idées nouvelles peuvent lui donner l'espérance de pouvoir infléchir le Destin. Si Melchisédech devient le grand-prêtre, il aurait une chance de devenir le "roi".
     
    Le "roi" de Jéricho le fait descendre de son piédestal :
    - Comment veux-tu nous regrouper pour un avenir en commun quand ton neveu Lot chasse mes parents de Beit-Yerah. Ces pauvres gens ont eu du mal à échapper à un massacre complet. Les survivants se sont réfugiés chez moi ; tous réclament le prix du sang !
     
    Cette intervention marque le glas des espérances rénovatrices d'Abram. Les chefs et les anciens délibèrent et décident de ne pas changer le paysage politique de la région. Gezer sera fortifiée, elle remboursera ses voisins grâce à des avantages commerciaux, et elle conservera son indépendance.
    Chaque tribu continuera à veiller à sa propre sécurité et devra se tenir prête à venir en aide à son voisin.
     
    Par contre, une vision religieuse unitaire ne leur déplairait pas, car ainsi ils reviendraient à la conception que leurs aïeux avaient de Dieu. Après une longue et âpre discussion, il est décidé que la ville sainte de Salem sera vraiment le coeur spirituel de la région. Les pèlerinages, générateurs de commerce et de profit, seront donc en majorité pour cette ville qui accepte en échange de redistribuer une partie des profits en commerçant avec ses voisines.
 
     
    Heureux d'une entente, somme toute, matérielle, ils décident d'élever vers le ciel un mémorial de dix monolithes (ou menhir) symbole de leur alliance[1].
     
    Abram est déçu de ne pas devenir le "roi" et de voir aussi lui échapper le pouvoir de marquer de façon durable cette région. De plus, il rage de voir ce symbole divin, le bétyle, être élevé pour fêter un événement matériel et non spirituel. Comment rester près de ces pierres quand le bétyle d'Héliopolis l'attend ?
     
    Abram réunit ses gens, fait ses adieux à ceux qui désirent s'installer à Gezer, et il donne ses directives, sans dévoiler sa rancoeur, ni son désir d'éviter Jéricho :
    - L'automne et l'hiver ont été secs. La neige et la pluie ne sont presque pas tombées. Comme vous le savez, la sécheresse apporte la famine. Pour l'éviter, nous allons emmener nos troupeaux dans le Delta de l'Égypte.
    >> Nous allons traverser les collines par Lakish vers Hébron où je tiens à voir l'empreinte du pied de notre père Adam.
    >> Balkis, tu vas rejoindre Gil pour lui demander de nous rejoindre là-bas. Des messagers vont aussi prévenir Lot.
     
    Une fois seul avec Saraï, Abram lui commente son désir de quitter cette ingrate Terre Promise et de se tailler une place en Égypte. Ainsi, se dit-il, j'y conduirai Gil et je remplirai ma promesse. J'ai hâte de le voir repartir dans son monde. Puisse-t-il emmener Balkis, je ne veux même pas d'argent pour me débarrasser de cet esclave : le Mal est en deux.
============= Notes =============

[1]              Il y a effectivement dix emplacement de monolithes, et une pierre manque.