Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - texte intégral

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

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Table des matières
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Chapitre 22 : Bétyle

     
    Jacob s'éveilla de son sommeil et dit : "En vérité, Yahvé est en ce lieu et je ne le savais pas !" Il eut peur et dit : "Que ce lieu est redoutable ! Ce n'est rien moins que la maison de Dieu et la porte du ciel." Levé de bon matin, il prit la pierre qui lui avait servi de chevet, il la dressa comme une stèle et répandit de l'huile sur son sommet. À ce lieu, il donna le nom de Béthel...
    La Bible
     
    Les chemins caravaniers sont de véritables autoroutes de l'information. Là, se croisent les commerçants de tous les pays. Les Cananéens, les Bédouins, les diverses caravanes se racontent l'état de la route, les bonnes étapes. Ils s'entretiennent aussi des lieux à éviter, où l'on est mal accueilli ou parce qu'un danger vous y guette.
    Fréquemment, plusieurs caravanes campent à côté l'une de l'autre, permettant de renouer des liens amicaux, d'échanger des histoires, de nouer une idylle.
    Ce soir, les jeunes ne vont pas roucouler à l'abri des bosquets. Ils écoutent un aïeul.
    - Il ne faut pas aller dans la forêt qui est entre Bethel et Aï. C'est une forêt où l'homme n'a jamais mis les pieds, elle est réservée aux dieux. Nul n'y va pour y couper du bois, aucune main n'a osé y ramasser une pierre. Aucun chasseur ne s'aventure entre les arbres centenaires. Les animaux y vivent heureux. Les pères de mes pères disaient déjà que cette forêt est tout ce qui reste de la grande forêt qui couvrait tout le pays à l'époque où les pluies étaient plus fréquentes. Elle était là, il y a des dizaines de siècles, avant même que les chèvres arrivent dans ce pays et dévorent tout.[1] Ces animaux aux yeux fendus ont d'abord mangé les lisières des taillis, puis elles se sont aventurées sous les arbres.
Regardez le désert autour de vous, elles ne laissent que les broussailles et les épineux !
     
    C'est dans cette forêt sacrée qu'Abram et Saraï s'aventurent le lendemain, accompagné du seul chant des oiseaux. Au centre de ce paradis, un clair ruisseau s'écoule en gazouillant dans la verdure, serpente entre les collines. Il jaillit d'une grotte décorée de lierre nichée au fond du vallon.
    Un sentier longe le ruisseau, sinue entre les arbres et pénètre dans la grotte. Hormis ce chemin peu fréquenté, aucune trace d'activité humaine. Les arbres sont intacts, aucune pierre n'est taillée, le sol n'est pas marqué par le feu d'un bivouac. L'ancien avait raison, une terreur superstitieuse éloigne les hommes !
     
    Pourtant des ombres habillées de longues robes patientent dans l'ombre des taillis... Abram et Saraï sont attendus et accueillis avec le sourire par les gardiens. Après les salutations d’usages et les mots de passe, des bandeaux sont solidement fixés sur leurs yeux. Menés d'une main ferme, Abram et Saraï sont conduits dans un lieu frais.
    La grotte est fréquentée par les prêtres du culte Chtonien[2], le culte de la terre-mère. Ici, est un des hauts-lieux du magnétisme terrestre, symbolisé par le serpent, la vouivre ou le dragon.
    Une fois les bandeaux ôtés, Saraï et Abram dévisagent leurs hôtes et les cataloguent à leurs tenus vestimentaires :
     - Un chaman, un prêtre sorcier venant de l'Oural. Sur son manteau est le signe à trois branches, appelé la marque de l'outarde.
 
     - Un mage perse reconnaissable à son bonnet pointu.
     - Un prêtre babylonien à la lourde barbe tressée.
     - Un prêtre d'Arabie avec une fausse barbe tressée.
     - Des prêtres égyptiens, gardien d'Isis.
    - Le visage couvert de son masque rituel, un sorcier du pays de Pount.
     - Quelques autres venus de divers horizons, leurs vêtements sont inconnus.
     
    Tous sont venus ici pour se ressourcer, et tenir une convention. Abram et Saraï ne pouvaient rêver une meilleure compagnie pour comprendre comment le culte de l'Unique est devenu une religion de superstition où l'on invoque tel dieu ou tel saint suivant ses problèmes et ses désirs.
     
    Un des assistants frappe sur un arbre creux avec un gourdin. Un long son profond s'élève, fait trembler les feuilles, appelle au calme. Tous se figent. L'instant est grave ! À part le bruissement des feuilles, l'on n'entend plus que le frais gazouillis du torrent. Le soleil imperturbable éclabousse le sol de taches dorées. Quelque part, une abeille bourdonne.
    Au signal d'un prêtre, le groupe se scinde en deux. Chaque colonne pénètre lentement dans la grotte de part et d'autre du cours d'eau. Après un court couloir sombre, une rampe inclinée les mène au-dessus de la source sur une esplanade circulaire. Les murs de pierre semblent de marbre poli, ils étincellent de mille feux comme s'ils étaient de diamant, pourtant aucune flamme n'est visible.
 
    Par terre, au centre de la grotte, un symbole est profondément gravé dans un cercle.
    Une voix basse et mélodieuse magnifie (exalte la grandeur), s'élève.
    - Ici, nous sommes à l'abri au sein de notre mère la Terre. Tous nous l'aimons et la servons sous des aspects et des noms divers. Ici dans ce lieu magique, elle met à notre disposition ses forces les plus élevées et elle nous enfante à nouveau.
    La voix retombe. Les parois lisses la répercutent longuement.
    Tour à tour, chacun s'avance dans le cercle gravé, s'immobilise, ouvre les bras, étend les mains. À chaque fois, une voix différente s'élève en une prière chantée ou psalmodiée... Les paroles sonnent étrangement en plusieurs langues inconnues, mais toutes s'élancent vers le ciel !
     
    Après un rituel émouvant, ponctué de sons musicaux et enrichi par les fumées d'encens, le silence s'installe, profond, nullement troublé. La source coule sans bruit, reflétant la lumière de l'orifice, morceau de ciel bleu et de verte végétation...
    Quand la qualité du silence est à son maximum, chacun entame son mantra à voix sourde. Dix, vingt fois, simultanément, le son primordial est offert par chacun. Chacun porte en soi une note de musique dont l'émission vocale lui procure la Paix.[3]
    Toute la grotte frémit au rythme de ces harmonies. Au centre de la salle, tous aperçoivent, ou ressentent, une longue colonne bleutée qui relie le cercle gravé au sol avec le plafond.
 
    Le maître de cérémonie prend Saraï et Abram par le bras et les pousse fermement pour qu'ils entrent dans le cercle et qu'ils pénètrent dans cette colonne de lumière bleutée.
    L'impression éprouvée n'est pas désagréable, des milliers d'étincelles parcourent leur peau, montent le long de la colonne vertébrale et explosent dans la tête et devant les yeux.
    Malgré eux, ils sentent leurs muscles se tonifier, leur sang circule plus vite. Abram et Saraï se redressent et entonnent leur mantra à pleine voie.
    Quand la colonne de lumière s'estompe et disparaît, leurs yeux étincellent, leur peau est éclatante de santé. Après ce bain de jouvence, ils ont l'impression de vivre à nouveau.
    Ils sortent alors du cercle, irradiant de joie. Ils échangent l'accolade fraternelle avec toutes les personnes présentes, pleurant presque de bonheur.
    Ensuite, revenus au soleil, dans la clairière, c'est avec un grand appétit que tous partagent les agapes[4].
     
    Une journée aussi mémorable doit être marquée d'un bétyle[5]. Tous se dirigent vers le campement pour l'ériger.
    À l'entrée de la forêt, les sages et les prêtres sont accueillis par les membres de la caravane.
    Les hommes s’empressent à satisfaire les désirs des saints hommes. Armés de cordes et de levier, ils déménagent de longues roches… Trois dalles sont élevées, coiffées par une quatrième. Les murs intérieurs sont enduits d'argile blanche diluée dans du blanc d'oeuf. Saraï exécute ensuite d'artistiques dessins bigarrés à l'ocre et au charbon de bois pour symboliser les beautés de la Nature, ce don de Dieu.[6]
 
    Abram monte ensuite sur cet autel. Il invoque le Seigneur et saigne un agneau. Il projette un peu du sang de l'animal sacrifié aux quatre coins cardinaux et il demande que soit à jamais l'Harmonie entre le Feu, l'Eau, la Terre et le Ciel.
    Puis derrière leur chef et prêtre, toute la tribu tourne autour de l'autel, en le conservant à leur droite, dans le sens de la marche du soleil et de la lune.
    L'animal sacrifié est ensuite rôti et partagé entre tous sous le ciel étoilé parmi les multiples senteurs méditerranéennes.

============= Notes ============
[1]              Les chèvres ont été introduites cinq millénaires avant JC, à l'époque de la création de Jéricho.
[2]               Chthonien :  relatif à la terre, aux catacombes, au monde souterrain.
[3]              Voir glossaire
[4]              Agape : 1) repas liturgique des premiers chrétiens Repas fraternel. 2) : noce, repas joyeux et plantureux.
[5]              Bétyle : pierre levée symbolisant Dieu dans les civilisations du Moyen-Orient
[6]              Les dolmens ont été gravés, peints ou peints sur gravure. La signification des dessins est inconnue.