Chapitre 21 : Illumination
Siddhartha se dirigea ensuite vers la région de Bodh Gaya, en Inde, où il trouva un lieu approprié pour méditer. Il resta dans cet endroit et pratiqua tout spécialement une méditation appelée « concentration semblable à l'espace sur le dharmakaya », dans laquelle il se concentra en un seul point sur la nature ultime de tous les phénomènes.
Guéshé Kelsang Gyatso, Introduction au Bouddhisme
Abram, chef et guerrier, contemple les défenses de la ville montagneuse et biblique de Sichem : Tel Balata.
Cet important carrefour entre la route de la Mer et la vallée du Jourdain est une petite ville puissamment fortifiée après d'importants travaux. Sur de larges soubassements de pierres, de hauts murs de briques protègent une esplanade artificielle.
Cette ville forte ne manifeste aucune hospitalité. Les éclats métalliques des casques et lances étincellent au-dessus des remparts. Les gardes surveillent la ville de toile aux pieds des hauts remparts. Là, hors la Cité, se font tous les échanges économiques. Un marché incessant permet de troquer les marchandises circulant dans la région.
Abram laisse sa tribu au caravansérail. Solitaire, il flâne sur la route inclinée qui longe le mur cyclopéen. Arrivé devant la lourde porte, il marque un temps d'arrêt. Il détaille les deux hauts fûts de cèdre tournant sur un axe. Chaque ventail de pin est revêtu de plaques de bronze. Les hautes portes massives sont conçues pour résister aux béliers et aux flammes.
Il a peu de temps pour détailler la merveille[1], les gardes accourent, désireux de chasser l'intrus ou de punir l'espion.
Après lui avoir demandé le but de sa visite, une petite escouade escorte Abram le long de la caserne. On l'emmène au centre de la ville. De chaque côté de la place, il y a un temple fortifié : un temple pour le peuple et un pour le souverain.
L'architecture du Temple fut copiée des siècles plus tard par Salomon pour Jérusalem : une antichambre, une pièce carrée où les piliers du toit reposent sur des pieds équarris. L'autel est face à l'entrée, suivi d'un compartiment rectangulaire.
Fort de son statut de chef de tribus et de sa dernière initiation, Abram annonce fortement au gardien du temple.
- Serviteur de Dieu, annonce que Abram désire le voir.
Tout en parlant, il trace discrètement quelques signes dans l'espace, à l'attention du gardien sans que les soldats puissent les voir. Chacun de ces signes prouvait son initiation aux mystères du culte et servait de clé pour être introduit.
Le gardien acquiesce d'un bref hochement de tête. Il fait signe aux gardes de rester dehors et il précède Abram à l'intérieur du lieu sacré. Dans le temple, le grand-prêtre Dbure l'attend. Prévenu par Melchisédech, ce dernier l'accueille fraternellement. Après avoir respecté les rituels de lustration - lavage des pieds et des mains - il guide le pèlerin dans le lieu sacré, lui expliquant : les particularités locales du culte.
Après le Culte, de retour aux appartements du grand-prêtre, ils s'accordent une détente devant une collation.
Ensuite, Dbure sort de la ville, salué respectueusement par les gardes. Il tient à accompagner Abram pour lui indiquer la route menant à un autre lieu saint entre le mont Ebal et le mont Garizim.
Avant de laisser Abram seul, Dbure lui donne quelques conseils :
- En étant nommé grand prêtre, j'ai reçu un nouveau nom : DBR, l'abeille, la Parole. N'oublie pas qu'une période de repos semblable à la mort précède le printemps où l'on peut ensuite vivre entre fleurs et soleil.
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* *
Seul avec son âme, Abram quitte la vallée verdoyante aux nombreuses sources pour accéder au Mont.
À chacun de ses pas, les arbres s'espacent, des rochers gris, nus et stériles remplacent l'herbe folle et s'élèvent de façon sinistre sous le ciel bleu hivernal.
Devant lui se dresse enfin un escalier d'une soixantaine de marches accédant à une plate-forme coiffant le sommet. Une dalle de blocs maçonnés d'environ 20 mètres de côté et de 10 mètres de haut attendait, de toute éternité, la visite du patriarche.
Dans ce Haut-Lieu, Abram est seul face à l'Éternel.
Ce lieu saint conserve les prières d'une multitude d'hommes depuis que les premiers chasseurs se sont aventurés dans la région, suivis par les bergers. Déjà les hommes du néolithique invoquaient Dieu à travers les puissances de la Nature. À l'âge du cuivre, les hommes pervertis n'invoquent plus l'Unique mais les Dieux.
À l'âge du bronze, Abram veut ranimer le culte du DIEU UNIQUE ; seul, et oh combien en communion avec tous les hommes sur la surface de la terre.
Debout sur la dalle de pierres façonnée par les siècles, il sent ne faire qu'un avec toute l'Humanité : ses sens s'affinent, la Lumière le pénètre un peu plus, il est conscient d'être une parcelle de la Vie qui agite le Cosmos, qui éveille la Nature, qui transforme une petite graine en un grand arbre.
Assis, les mains ouvertes vers le ciel, il continue de méditer. L'Être enfoui au fond de lui fait éclater son enveloppe. Il est LUI. Tout est inclus dans son être.
Submergé par trop de Lumière, incapable de supporter cette grande Illumination, il s'évanouit sur cette dernière marche face au Ciel.
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* *
Revenu à lui, Abram décide de construire un autel pour célébrer son union entre LUI et DIEU.
Suivant la tradition de ses pères, que perpétuera Jacob, il construit un bétyle[2], lien entre la terre et le ciel, pierre levée commune aux religions solaires d'Héliopolis et au culte d'Apollon[3].
Puis, il s’allonge par terre, se drape dans son manteau de laine et s’endors paisiblement…
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* *
Il n’a pas dormi longtemps… Juste ce qu’il fallait pour récupérer. Le soleil est encore haut dans le ciel.
Rayonnant de bonheur, il redescend de la Montagne et retourne en ville. Cette fois, les gardes le saluent respectueusement et le guide vers le Temple.
Le grand prête Dbure l'attendait patiemment, environné de prêtes habillés en blanc.
Sans un mot, deux disciples s’approchent d’Abram et le dévêtent. Les lourds vêtements de laine jonchent le sol. Dans les plis, les rayures s’enchevêtrent, contrastant avec les tenues immaculées des assistants.
Deux autres disciples s’approchent à leur tour. Ils portent un seau de bois, une seille et une éponge pêchée dans la mer proche. Presque tendrement, ils lavent l’homme. L’eau est tiède, parfumée aux herbes de la montagne…
Deux autres disciples en blanc viennent à leur tour, portant religieusement une longue pièce de tissu lilial, couleur du lis…
Dbure prend alors la parole. Il explique d’une voix grave et douce qu’après le séjour sur ce haut lieu, Abram a acquis le droit de porter la tenue immaculée des initiés. Mais, il reste une dernière épreuve à supporter, et non des moindres, avant de passer une nuit dans le Temple et de pouvoir rejoindre sa tribu.
Le grand-prêtre guide le postulant dans le coeur du Temple, jusque devant le Saint des Saints. Des flambeaux percent à peine l’obscurité de cette fin d’après-midi. Les fumées d’encens flottent, lourdes, entêtantes…
En ce Lieu, deux colonnes se dressent de chaque côté de l’endroit le plus sacré ! Dans la pénombre, elles semblent gigantesques, les contours en sont indistincts, elles ont perdu toute couleur…
- Ces deux colonnes représentent tout l’Univers. Étant placées de part et d’autre du lieu le plus saint, elles sont ce qu’il y a de plus élevé et de plus beau dans la Création…
- Frère Abram, ordonne Dbure, place-toi là. Tu vas maintenant te concentrer sur une colonne et invoquer Dieu, tel que tu le conçois. Puis laisse faire les événements… Ensuite, concentre-toi sur l’autre colonne. Garde à l’esprit que rien n’est jamais tout noir ni tout blanc.
Laissé seul, Abram choisi d’abord la colonne qui lui semble la plus claire dans le rougeoiement fumeux des torches.
Immobile, les yeux fixes, il fait corps avec le fût de pierre coiffé d’airain…
La pierre lui semble être belle, pure, cristalline… Elle est blanche comme neige, tranchante comme un silex… Elle est une vision entière et exclusive comme sa foi !
La colonne se dédouble… Un espace s’ouvre entre elles dans lequel paraît un ange à la robe pure, aux ailes virginales et à l’épée d’or.
- Je suis toi ! Une voix claire et haute résonnait dans le Temple. Je suis toi, je suis ce qu’il y a de meilleur en toi ! Prêt à trancher ce qui est impur... À conserver le droit chemin… À couper la main pécheresse… Je suis celui que tu retrouves quand, en ermite, tu te retires pour rechercher le droit Chemin…
- Invoque-moi quand tu as besoin de moi ! Ordonna l’Ange avant de s’effacer dans la colonne redevenue Une.
Abram se concentre alors sur la deuxième colonne.
Le monolithe semble noir comme la nuit, rouge comme le feu, brûlant comme la braise, étouffant comme de la poussière surchauffée…
Un homme paraît ! Ses pieds sont ailés, son sourire est espiègle…
- Je suis là, lui dit-il plaisamment. Je suis le meilleur de toi. Je suis la Vie, le Plaisir. C’est grâce à moi que l’Homme ensemence les champs, récolte, engrosse sa femme. C’est grâce à moi que des temples et des palais sont construits. Je suis l’or de la terre, le feu pour griller la viande, l’habit qui tient chaud. Fais appel à moi quand tu veux…
Le blanc messager ailé de blanc intervient :
- Attention, Abram. Il veut te faire profiter des plaisirs terrestres. Si tu fais appel à lui, circonscrit bien ce que tu lui demandes, dans le temps et dans l’espace. Ne fais appel à lui que pour une aide matérielle limitée…
Avec un rire enjoué, l’autre rétorque, imitant l’ange :
- Attention, Abram. Cet ange de glace, sous prétexte d’une aide spirituelle, t’empêchera de vivre ta vie. Attention ! À te confire de religion, tu ne pourras pas vivre suffisamment pour parvenir à la fin de tes expériences !
Un souffle de vent sembla animer les colonnes de pierre et pourtant les flammes des torches ne vacillèrent pas ! Les mentors disparurent…
Abram secoue la tête… Il lui semble avoir fait un impossible rêve. Il a bien des images en lui et, surtout, il se sent empli d’une certitude !
Abram joint les mains, s’adresse à l’Éternel : « Merci de cette leçon. Je n’ai sûrement pas tout compris, oh mon Dieu. Mais, permet que ceci revienne en mon esprit quand le besoin s’en fera sentir. »
En voyant revenir l’Initié, Dbure frappe dans ses mains, ordonne qu’un repas leur soit apporté. Au cours du déjeuner fraternel, Dbure tend à Abram une assiette d'excellentes échalotes, des oignons d'Ascalon, et il lui fait un affreux calembour :
- Prends, frère, de ces échalotes, qu'elles te fassent penser aux Hekhalot, aux sept demeures célestes ; et que par une nuit solitaire dans le sanctuaire, tu puisses atteindre le septième et dernier palais pour y goûter les saveurs de la Connaissance.
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À la deuxième heure (à partir du lever du soleil) Abram rejoint Saraï et il lui raconte son expérience de la veille et l'érection du Bétyle.
Son épouse écoute la narration. Son coeur est divisé entre deux sentiments contradictoires : partage du bonheur de son époux et le désir d'éprouver, à son tour, une si merveilleuse sensation mystique.
Elle n'est pas triste d'avoir été exclue du temple de Sichem, elle sait qu'elle participera à d'autres cérémonies. Dans le bassin méditerranéen, rares sont les cultes qui acceptent les femmes, tout au plus, elles peuvent y servir en tant que vestales[4].
=============Notes ==========
[1] Une porte identique est reconstituée au British Muséum de Londres
[2] Les bétyles élevés par les patriarches ont été des lieux de pèlerinages, jusqu'à ce que la religion juive fasse raser ces survivantes des cultes païens. Il reste cependant des mégalithes en Israël.
[3] Cela sans présumer des mégalithes européens, américains et asiatiques…
[4] Même au 20eme siècle les femmes et les hommes ne sont pas considérés comme égaux.
[4] Même au 20eme siècle les femmes et les hommes ne sont pas considérés comme égaux.
Heureusement certains organismes traditionnels, comme la Rose-Croix AMORC ont des membres et des hauts responsables des deux sexes.
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