Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - texte intégral

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

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Table des matières
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Chapitre 17 : Euphorie

Chapitre 17
Euphorie
    
     Si de quelque action toi-même tu as à rougir,
tu dois dans le plus profond secret tenir les fautes d'autrui.
     Qui veut comme le miroir refléter le beau et le laid,
comme lui doit être fait d'un métal inaltérable.
     Djamâl d'Ispahan
    
     Dans un ordre immuable, la caravane a repris sa route.
     En cheminant, toujours aimable, Gill discute avec Abram. Il s'inquiète de la route qu'ils vont suivre. La réponse du patriarche le contrarie, ils vont se diriger vers les collines de Judée, s'éloigner de la mer. Abruptement, il en demande la raison.
     - Mon fils, répond sereinement le patriarche. J'ai plusieurs raisons de pénétrer dans le pays de Canaan. D'abord, mon père Térach rêvait de s'établir dans ces terres fertiles et bien arrosées par les pluies. Ensuite, ici doit être le berceau de sa descendance. J'ai décidé de réaliser ses souhaits en établissant plusieurs colonies. Ces colonies occuperont pacifiquement le pays, partagé entre la culture et l'élevage. Ainsi cette terre de Canaan sera entièrement occupée par mon peuple et les enfants de mes enfants.
     - De plus, ajoute l'ancien. J'ai grand désir d'aller à Salem m'entretenir avec le sage et très vieux Melsichedec.
 
     - Les terres du Delta du Nil sont très riches, le tente Gill. Pourquoi rester dans ces collines quand l'Égypte est à porté de main. Il suffit de longer la côte et nous serons rapidement dans le Delta. Les Égyptiens ne s'opposeront même pas à votre présence.
     - Il suffit, tranche Abram. Nous avons volontairement quitté les fertiles vallées des fleuves de la Genèse : le Tigre et l'Euphrate, et je ne compte pas profiter des tristes évènements. Je sais mieux que toi qu'après la révolution arrivée sous le Pharaon Sânkhibtaoui Mentouhotep, la famine et la violence ont décimé la noblesse. L'Égypte s'est trouvée affaiblie et l'armée a disparu. Il n'y a plus de troupes égyptiennes en Canaan, ni dans le Delta pour freiner l'expansion du peuple sémitique. De nombreux bédouins sont déjà installés dans le Delta. Je respecte le rêve de mon défunt père en m'établissant en Canaan. Plus tard, je conduirais le reste de mon peuple en Égypte. En agissant ainsi, mes parents seront établis du Nil à l'Euphrate. Tout le croissant fertile sera nôtre pour le plus grand bien du Dieu Bon.
     Abram se tait et reste plongé dans son rêve : tout un peuple vivant dans le respect de Dieu.
     Gill le voit tellement concentré qu'il n'ose insister. C'est Abram qui rompt le silence.
     - Comme promis, je t'accompagne en Égypte. Que changeront quelques jours de plus ou de moins avant de retourner chez toi ? Si vraiment tu veux être à Héliopolis au plus vite, je peux te donner un guide et une escorte ? À marche forcée, tu y seras en moins de dix jours.
 
     - Non, père, tu as raison, comme d'habitude. Quelques jours ne changeront rien. Je suis bien en ta présence et si j'ai hâte d'arriver avec toi en Égypte ce n'est pas pour autant que je suis pressé de quitter un homme qui me témoigne autant d'affection. À ton contact, j'apprends ce qu'est réellement la sagesse. Tu es un père pour moi.
     - Tu es un bon fils. J'ai tort de retarder ton retour. Tes parents doivent être inquiets et guetter ton retour. Excuse-moi. Tu peux partir en avant avec ma bénédiction ; si tu préfères que nous allions ensemble, alors je ne m'attarderais pas.
     - Merci père. Les jours à passer ensemble seront comme du miel, répond hypocritement Gill en baissant la tête pour recevoir la bénédiction du roi-pasteur
    
     Gill serre les poings et serre les dents. Que peut-il contre Abram ? C'est un meneur d'hommes obstiné qu'il ne peut pas conduire à sa guise. Pourvu que Melkrot ne s'impatiente pas !
     Déçu et déprimé, il ralentit le pas et laisse Abram cheminer à la tête de la caravane. Il traîne, pensif, la tête baissée. Balkis le suit du regard sans oser interrompre sa rêverie.
    
     Pour lui remonter le moral, l'esclave lui prépare une surprise au repas du soir. Il apporte à Gill une soucoupe de terre vernissée contenant un brouet au parfum indéfinissable à la fois sucré et amer.
     Avec une cuillère en bois, Gill en prélève un peu. Il en teste quelques gouttes avec un peu d'appréhension, puis il y prend goût et il torche l'assiette avec la galette de pain noir.
Un état de bien-être l'envahit presque immédiatement. Il s'allonge sur le tapis, pose la tête sur un coussin. Il se sent partir dans un monde hallucinogène où ses problèmes et ses déceptions semblent bien insignifiants.
     Attentionné et moqueur, Balkis soulève la main de Gill et la laisse retomber, molle et flasque.
     - Qu'as tu fais ! s'extasie Gill. Tu as voulu m'empoisonner ? Que cette mort est douce ! Je me sens très heureux, flottant sur un nuage.
     - Tu as simplement mangé une soupe aux graines de pavots. C'est souverain pour endormir la souffrance, qu'elle soit du corps ou de l'esprit.
     - Du pavot ! Il y a donc du pavot ici en plus du chanvre ?
     - Oui. Il est réputé. Les paysans en vendent beaucoup aux médecins égyptiens et sumériens. Je te l'ai fait ingérer sous forme de soupe car l'effet est plus rapide et délicieux que par la fumée.
     La dose était faible, Gill est conscient, euphorique.
     - Euréka, encore un autre moyen de m'enrichir ! Je vais faire cultiver toute une montagne de pavots et faire fabriquer de l'opium ! Comme les Européens l'ont fait avec le Vietnam et la Chine, je vais obliger mes voisins à acheter l'opium en échange de leurs matières premières. Ainsi je les rendrais plus faibles, et j'augmenterais leur dépendance... Et puis, je pourrais obliger mes ouvriers et paysans à en consommer. Ils ne travailleront plus que pour la drogue, plus de risque de révolte !