Chapitre 7 : Le patriarche
Chapitre 7
Le patriarche
Le patriarche
Les éléments du ciel et de la terre ont été engendrés dans l'océan primordial de Nout.
Quand il n'y avait pas encore de ciel ni de terre, il n'y avait pas d'hommes, les dieux n'étaient pas encore nés, la mort n'existait pas encore.
Texte des pyramides de Pépi Ier
Sous le soleil brûlant du Moyen-Orient, des barques en roseaux descendent les flots jaunes de l'Euphrate alors que d'autres préfèrent remonter vers le Nord en empruntant le canal latéral.
Gaiement, les marins clament leurs salutations vers une caravane d'ânes gris qui soulève la poussière d'argile entre les roseaux géants. Un flot d'oiseaux s'envole des berges en obscurcissant le ciel de cris stridents. Le monde est encore neuf !
Une caravane de bédouins chemine. Deux hommes marchent en tête du convoi. Ils se protègent du soleil et de la poussière soulevée par le piétinement des ânes, des chèvres et des moutons, grâce à de longues robes de laine à rayures et avec un tissu artistiquement enroulé pour couvrir leurs têtes. Leurs pieds sont à peine protégés par une simple semelle de cuir lacée jusqu'aux chevilles.
Le plus jeune a encore les rondeurs de la jeunesse, une barbe légère ombre son menton sans cacher des lèvres rouges de bon vivant. Le plus âgé a une figure allongée, noircie d'une barbe drue occultant des lèvres minces.
- Oncle Abram, demande le plus jeune. Nous approchons de Mari, ne pouvons-nous pas charger l'âne de ces glaives de bronze qui pèsent si lourd ?
- Que non point, mon neveu Lot. Ces lourdes lames sont le garant de notre sécurité, de notre vie, et avant tout, la sauvegarde des marchandises que nous transportons.
- Un homme puissant s'est levé entre le Nil et l'Euphrate, continue-t-il en jetant un regard méfiant aux alentours. Babylone est devenue une cité puissante, c'est notre principale ennemie ! Hammourabi est un roi puissant et belliqueux. Il veut conquérir tout le pays de nos pères. Il rêve de posséder nos villes, nos femmes et le fruit de notre commerce. Ses espions sillonnent les routes caravanières et les canaux. Des brigands se réclament de lui, ils pillent et tuent. Ce mauvais voisin n'aura de cesse avant d'être notre maître et nous ses esclaves.
- Oncle Abram, regarde !
Lot s'est immobilisé. Ses yeux s'écarquillent de surprise. Loin devant eux, apparaît la ville de Mari flottant, tel un mirage, entre le sol surchauffé et le ciel d'azur. La muraille dorée couronne la colline, cerclant maternellement un enchevêtrement de maisons blanchies à la chaux. Au centre, le palais et les temples s'élancent vers le ciel, lourds de plusieurs siècles de paix et de richesse. Entre la ville et le fleuve, l'eau des canaux scintille entre les palmeraies, les vergers et les champs verdoyants...
- C'est magnifique, mon oncle ! Quelle puissance ! Il faut être fou pour envisager de s'attaquer à une ville d'une telle importance ! Elle est belle comme une jeune fille au lever du soleil. Elle rutile comme une bague posée sur une blanche main.
Les bateaux viennent vers elle par dizaines comme des amoureux transis chargés de cadeaux. Les fruits font crouler les arbres, les épis de blé s'inclinent devant elle. C'est un vrai Paradis !
Abram hoche tristement la tête.
- Toutes ces richesses attirent les cupides ainsi que le miel attire les mouches et les ours. Ils deviennent riches grâce aux canaux qui facilitent le négoce. Cela leur permet de commercer à vil prix avec ce qu'ils arrachent aux artisans et aux paysans. Et je ne te parle pas du tort qu'ils nous font, à nous les caravanes ! Vois, mon neveu, comme les bergers sont plus heureux. Leur sommeil est calme, ils ne craignent pas pour leurs biens... Les hommes sont plus cruels que les loups.
- Raconte-moi la ville ? mendie Lot, les yeux amoureusement fixés sur la belle ville.
- Dieu a quitté ces hommes, gronde Abram. Ils sont semblables à des enfants, ils adorent des images. Ils interrogent l'avenir alors qu'il n'appartient qu'à Dieu ! Ils commettent la luxure et tous les vices. Leur vie n'est qu'une course sans fin à la recherche du plaisir. Prends garde à ne pas devenir comme eux, garde ton coeur pur avec le ciel pour toit et pour juge.
- Tu m'as dit cela des centaines de fois. Mon oncle, parle-moi de la ville, du palais !
- D'ici tout a l'air magnifique, mais ils sont trop à l'affût du gain. L'entretien coûte cher, très cher. Tout tombe en ruine. Les remparts s'écroulent, le palais s'effrite. C'est vrai que c'est gigantesque, un véritable labyrinthe. D'ici, le palais semble minuscule, pourtant il couvre trois hectares. Plus de deux cent cinquante chambres s'imbriquent le long de sombres et frais couloirs.
Les murs plâtrés sont couverts de fresques, les sols de tapis ! De place en place, les cours et les jardins donnent de la lumière et de la vie. La main de l'homme a concurrencé le génie divin ! Ils ont créé un univers clos qui leur semble merveilleux et parfait. Ils en sont tellement heureux qu'ils n'en sortent plus jamais, à part, quelquefois pour la chasse. Ils ne vont plus se laver au fleuve... Il y a des pièces réservées pour la toilette, l'eau y coule à profusion, comme partout dans ce pays grâce aux canalisations. L'eau sale ne s'écoule pas dans les rues, des égouts les collectent et les rejettent loin des remparts.
- As-tu visité le palais ?
- Pas vraiment. Il est ouvert aux plaignants, mais on ne peut accéder aux harems, ni aux ateliers de tissage des épouses et des concubines. Je n'ai vu que les premières cours et quelques salles. Par contre, je peux te parler des blanches demeures qui l'enserrent dans l'émeraude des jardins. Notre cousin, Nahirila, a une plaisante maison. Un couloir en forme de croix dessert toutes les pièces. Les murs de briques protègent de la chaleur. Les murs intérieurs sont décorés de peinture d'ocre et de couleurs. Quand il fait chaud, ils dorment sur les terrasses. Mais cela ne vaut pas nos tentes en feutre et la nuit en plein air. Là-bas, les quartiers des artisans puent. Des milliers de remugles proviennent du tannage, des forges, des échoppes encombrées. Encore heureux qu'il y ait les égouts, sinon... Les ouvriers et les esclaves sont entassés dans de sombres cahutes. Ils n'ont que la terrasse pour profiter des bienfaits de la lune après une harassante journée de labeur.
>> Dès qu'il y a une épidémie, souligne-t-il d'une mine défaite, la maladie et la mort saute de l'un à l'autre ainsi que le ferait une sauterelle...
Aux portes de la ville, il fait signe à la caravane de s'arrêter. La cour du caravansérail est accueillante, mais, il y a encore beaucoup de travail à faire avant de visiter la cité merveilleuse. Il faut décharger les lourds ballots, donner à boire aux ânes. Les moutons et les chèvres sont parqués à part. Quand tout est en ordre, Abram s'adresse à son neveu, Lot :
- Nous sommes bien arrivés, grâces en soient rendues ! Tu vas rester ici à surveiller le troupeau et les marchandises. Je vais de ce pas saluer notre cousin Nahirila. Nous allons marchander longuement et sceller nos accords devant un bon repas. Ne m'attends pas. Demain, nous livrerons les marchandises, et nous irons nous promener, tous les deux dans le souk. Surtout, mon neveu, ne te fies pas à la quiétude de ces lieux; nos biens attirent les voleurs comme la carcasse d'un mouton attirent les hyènes. Reste vigilant !
Dans le quartier des commerçants, un homme encore robuste, habillé de tissus de qualité aux teintes neutres, reçoit Abram. Nahirila est un commerçant avisé, mais il a gardé des habitudes de bédouins. Il préfère une vie simple et saine, un luxe discret. Les parois sont presque vierges, au sol les épais tapis sont noués sans fioritures.
- Bonjour, Abram, que la Paix soit sur toi. Je suis content que le fils de mon ami vienne me voir. Assieds-toi, je te prie. J'ai hâte que tu me donnes des nouvelles de la famille. Asmïliha, ma fille, donne-nous à boire et préviens ta mère que Abram, fils de Térach1, est enfin arrivé et qu'il mangera avec nous. Maintenant, Abram, raconte-moi, as-tu apporté les statuettes que j'ai commandées à ton père ? 2 Tu ne les as pas détruites cette fois ?
- Merci, Nahirila, de la chaleur de ton accueil. Je vois que ta fille Asmïliha est de plus en plus belle. Elle est lumineuse comme la lune, douce comme le miel, ses yeux brillent comme ceux d'une gazelle. Heureux sera l'homme qui l'épousera. Rassure-toi pour les statuettes. Les teraphims, les idoles, que mon père te fait parvenir sont de bonne qualité. Les acheteurs crédules et superstitieux ne douteront pas que les dieux protègent leurs foyers. Je t'en prie mon frère, ne réveille pas cette blessure. Ne me rappelle pas ce jour où j'ai détruit tout le stock de teraphims parce que je voulais revenir à la pureté du culte de nos aïeux, à un Dieu innommable.
- Tous les adolescents se révoltent. Je suis heureux de voir qu'avec la barbe, la sagesse t'est venue. Vas-tu reprendre la succession de ton père pour la fabrication des teraphims et leur négoce ?
- Ne te trompe pas, Nahirila, j'accepte de ne plus détruire ce qui permet à mon père de gagner sa vie, mais je ne veux plus en vivre. Je ne veux plus servir un monde où la richesse et la superstition font la loi. Je veux revenir à un monde plus juste et plus heureux. Pour assurer mon existence, j'élève des chèvres et des moutons. J'ai acquis quelques ânes et je veux monter une entreprise de transport.
J'ai d'ailleurs un service à te demander, si tu as toujours tes entrées au palais ? Je désirerais vendre mon troupeau au meilleur prix.
- C'est avec plaisir que je t'aiderais à les vendre ! Tu arrives au bon moment, nous manquons de viande fraîche. Je vais m'en occuper tout de suite. Viens, montons au palais et voyons Ahaqhb'el. Il te les achètera à un bon prix.
La promenade est agréable pour monter vers le palais. Les rues sont bien dessinées, ombragées par des claies ou des calicots. Le soleil éclabousse le sol de taches dorées. Les rues sont encombrées par les commerçants venus du monde entier. C'est un tourbillon de couleurs et d'odeurs. Hommes et femmes se pressent dans les rues. Les femmes ont des coiffures hautes et tuyautées, des manches en tulles, les seins dressent leurs pointes en l'air, juste séparés par un cordon tressé multicolore qui fait le tour du cou. Des bijoux brillent sur les gorges, les poignets, s'imbriquent avec les tatouages. L'or, l'argent, le cuivre, étincellent. De magnifiques bracelets tintent aux chevilles. Abram se sent perdu hors le silence et la solitude des pâturages...
Il reprend vite ses esprits en écoutant les marchandages concernant les petits ânes gris. On offre beaucoup pour ces bêtes vaillantes et courageuses qui déplacent des montagnes de marchandises dans l'odeur des épices et des cuirs ou dans les déserts.
Ici s'échangent l'encens d'Arabie, l'ébène et l'ivoire du Pount, le cuivre et les turquoises du Sinaï, le silex, l'obsidienne, l'étain du Golan, la pourpre de Tyr, le lapis-lazuli de Bactriane, le vin de Chypre et même le butin dérobé dans les tombes égyptiennes.
À l'entrée du palais, les gardes s'écartent au seul nom de Nahirila. Ahaqhb'el, l'intendant les reçoit. Leur hôte égrène d'abord les salutations rituelles. Puis, il s'enquiert de son ascendance exacte, il demande des nouvelles de ses parents, de sa famille... sa curiosité satisfaite, il condescend à satisfaire celle de ses visiteurs et il les guide à travers le labyrinthe des couloirs ombreux.
D'abord, Abram pénètre dans le palais en maudissant tout ce luxe inutile. Mais, rapidement, ses yeux s'ouvrent, il regarde autour de lui, il en reste muet de surprise !
Le confort est stupéfiant : les sols sont carrelés avec une double épaisseur de dalles d'argile crue et cuite, recouvertes de djuss. Le djuss est une sorte de stuc ou de plâtre qui donne le fini aux sols. Les murs de briques crues, revêtus de djuss sont peints de fresques aux couleurs vives.
Sous ses pieds, il entend gargouiller l'eau. Les eaux usées s'écoulent dans des tubes en céramique encastrés sous les sols carrelés.
Les portes de la salle d'apparat sont grandes ouvertes. C'est depuis cette salle que le dynaste gouverne la région. Les murs sont décorés de panneaux de mosaïque en perles et en schiste.
Avant de rejoindre la Cour du Palmier, Abram s'immobilise devant un des panneaux les plus magnifiques. Son coeur amoureux du Dieu bat à grands coups. Il vient de reconnaître les grandes lignes de la Genèse3 !. Deux déesses tiennent chacune un vase d'où partent quatre flots, les quatre fleuves de l'éden. De part et d'autre de ce panneau, il y a deux arbres protégés par trois chérubins.
Les deux arbres du paradis perdu !
Ahaqhb'el interrompt sa rêverie, le temps passe si vite et il a tant et tant de tâches à surveiller pour satisfaire son royal employeur ! À pas nerveux, il court presque vers ses appartements. Il est temps de commercer. Avec un soupir, Abram se laisse tomber sur l'épais tapis aux motifs rouge vif et aux bleus profonds. Le sourire aux lèvres, il passe alors du domaine de l'art et de la religion à celui de la négociation. Il a hâte de conclure ses affaires, de quitter cette cité prospère où il est si facile de vivre et où le luxe pousse davantage à consommer.
C'est avec un sourire satisfait qu'Abram retraverse la ville. La pénurie de viande fraîche lui a fait faire une excellente affaire ! Malgré son amour du calme et de la nature, il apprécie les maisons que les hommes ont construites pour leurs dieux.
Les temples s'élancent vers le ciel sur un côté des places. Un groupe d'hommes est assis à l'ombre des colonnades pour écouter un prêtre. Une fois formés, ils seront initiés, ils pourront enfin entrer dans les lieux sacrés interdits au peuple ! Les colonnes et les murs de briques crues se dressent sur le bleu cobalt du ciel. Ils sont incrustés de mosaïques faites avec des cônes d'argile émaillés ou avec des pierres de couleurs. Les émaux renvoient la lumière crue du soleil. Cela fait plus d'un millénaire que les peuples de l'Indus, de la Mésopotamie et de l'Égypte émaillent avec du sable, du cuivre, des argiles, des cendres et des colorants.
Au pied des gigantesques lions de pierre peints éclosent des fleurs artificielles en argile couvertes de pétales en pierres multicolores collées au bitume.
Abram s'immobilise. Une vision d'horreur traverse son esprit. Il voit les ombres qui s'avancent, il voit la fin de cette civilisation, la destruction des opulentes cités4. Il voit l'invasion des Hittites par le Nord et des Indo-européens par l'Est.
Il tremble en constatant que rien n'arrêtera cette vague. Il n'y a plus de force morale. Les gens s'amollissent dans une vie trop facile. L'ancienne religion du dieu Lune Sin ne s'étend plus depuis longtemps du Sinaï à l'Euphrate. Le culte de Seth a conquis le Monde, du Sahara à la Mésopotamie, son nom change suivant les régions. Et si, en Égypte, le culte du dieu soleil l'emporte par courts instants, en Mésopotamie s'installe un nouveau culte démoralisateur venu d'Asie. Depuis des années, Abram se révolte contre le changement religieux qui s'opère en profondeur. Les nouveaux dieux sont horribles, leurs images sont telles qu'il les assimile à celles du mal. Il invente un mot nouveau pour ces êtres abjects et abominables : Diable.
Dieu parle alors en lui. Il lui montre comment fuir cette douceur de vivre, cet âpre désir de profiter des biens de ce monde : il faut reprendre la vie de ses pères, il faut redevenir nomade ! Plus question d'amasser la fortune et le pouvoir dans les mains de quelques-uns ! Une grande égalité règne parmi les bédouins. Ils sont pauvres, mais libres; chez eux l'entraide est réelle et quotidienne.
C'est alors qu'un Égyptien monte sur la terrasse d'une l'auberge. Il brandit un luth et chante, effaçant les sinistres pensées d'Abram.
- Fais un jour heureux sans te lasser. Vois, personne n'emporte ses biens avec lui. Vois, personne n'est revenu après s'en être allé.
Encore une fois, Abram pense : << Combien plus heureux sont les pasteurs accompagnant leurs troupeaux de chèvres et de moutons dans la campagne. Les bergers saluent gaiement les caravaniers. Ils sont heureux de vivre, ils égaient d'un air de flûte le passage de ceux qui vont de l'Inde à l'Égypte.>>
Et alors, il lui revient à l’esprit une vieille prière sumérienne :
Je me suis tourné vers toi ô mon dieu,
je suis venu en ta présence,
Je t'ai cherché ô mon dieu,
je me suis agenouillé à tes pieds, accueille ma prière...Sois secourable, rend tous les jours de bons services,
A celui qui t'a fait du mal, rend le bien en échange !
Sois juste avec celui qui est méchant.Ne dédaigne pas ceux que le destin éprouve,
Ne calomnie personne et ne prononce que de bonnes paroles.Les jours de l'homme sont comptés, mais quoiqu'il fasse, il ne soulève que du vent !
En traversant les faubourgs, Abram se masque le nez dans son turban. L'odeur est insoutenable ! Les artisans travaillent sans arrêt, au seuil de la misère, logés dans des masures ou des huttes. Des enfants harassés de fatigue le regardent passer. Lui, l'homme libre et religieux, il fuit lâchement le regard des petits citadins esclaves.
Aux portes de la ville, le soleil se lève sur le caravansérail.
Sous un palmier, Abram médite. Après avoir remercié le divin de ce nouveau jour, il fait le bilan des dernières journées. Il a bien vendu son troupeau de chèvres ainsi que les teraphims. Il les a négociés contre de l'or du Caucase, des bijoux égyptiens et de la vaisselle égéenne, ainsi que du lapis-lazuli de Bactriane.
Un joyeux brouhaha interrompt sa méditation. La caravane de petits ânes gris s'apprêtent à repartir. Les bâts sont solidement attachés sur leurs dos. Les ballots de marchandises dépassent largement la croupe des animaux placides.
Tous se préparent gaiement à rentrer chez eux, à Charan en Chaldée (au sud de la Turquie).
Abram reste pensif. Il espère retrouver son père Térach en bonne santé. Le vieil homme s'est usé pour réaliser un rêve, permettre la migration de sa tribu pour le vert pays de Canaan, loin des envahisseurs.
Il pense aussi à sa gazelle, sa fleur de miel, la jeune et belle Saraï qui l'attend à la maison paternelle. Elle est si belle avec son visage d'un ovale parfait, son nez aquilin et ses cheveux aux mèches folles ! La moindre séparation lui semble un supplice, alors que près d'elle il s'imagine être dans un champ de fleurs au doux parfum de son amante.
Secouant ses rêveries, il se lève et prend la tête de sa caravane. Son pas s'accélère car il désire parcourir le plus de chemin possible dans la fraîcheur matinale avant que le soleil ne les oblige à s'arrêter pour la sieste.
*
* *
Arrivé à Charan, Abram guide la caravane vers les entrepôts familiaux et la fabrique de teraphims. Ému, il admire les longs bâtiments de briques crues bâtis sur de solides fondations de pierres. Ce carré englobe le jardin potager familial. Dans ces bâtiments, il sait retrouver le logement du maître, de ses fils, des esclaves, des serviteurs, les ateliers et les écuries...
Abram agrippe la cassette pleine d'or et de bijoux, le résultat concret d'une si longue absence... Un peu brusque, il confie le déchargement des marchandises au contremaître Laban. Pendant que ce dernier s'active pour décharger les ânes, il court, il vole vers la demeure paternelle.
Heureusement, son vieux père est toujours en vie, et même relativement en forme. Rassuré, Abram s'incline et le salue avec tout le respect dû à l'aïeul. Il dépose le précieux trésor entre ses mains puis il rejoint son logis pour enlever la poussière de la route et changer de robe. Il imagine déjà la tendre Saraï, frémissante d'émoi, ouvrant deux tendres bras dorés.
Il sent déjà le flot parfumé de la lourde coiffure sur son épaule. Il désire l'abandon du corps contre lui, puis sur la couche...
*
* *
Dans la plus belle pièce de la maison, blanchie à la chaux et décorée de simples fresques à l'ocre rouge, le chef de famille attend. Térach est assis très droit sur les coussins. Chaque repas est une fête, une cérémonie immuable. Il reçoit sa descendance avec joie et dans la dignité. Le patriarche fait asseoir son fils Abram à sa droite et son petit-fils Lot se met en face de lui, de l'autre côté de la table basse. L'assemblé ne comporte que des hommes. L'ancien sourit en regardant ses fils et petits-fils, ses neveux et petits-neveux. Il a un regard ému vers les femmes qui attendent pour apporter les plats et servir les hommes. Il les remercie dans ses prières car elles sont celles qui maintiennent les valeurs matérielles et spirituelles, elles sont la Vie, la continuation de la famille et des coutumes !
Très digne, le patriarche attend que le silence devienne palpable, juste froissé par le bruissement de l'étoffe agitée par un esclave pour faire du vent.
Satisfait, une lueur amusée passe dans ses yeux bleus, un sourire se propage dans les multiples rides de son visage, faisant frémir les poils de la barbe. Térach claque dans ses mains et les femmes entrent pour servir un repas de fête.
Elles posent d'abord des paniers de fine vannerie dont les brins d'osiers blanc et noir forment des dessins géométriques emplis de radis, d'oignons, d'ail. Des saladiers en bois soigneusement polis contiennent les salades de poireaux et de laitues.
Dans des récipients vernissés fument les légumineuses : pois, fèves, lentilles, et les pois chiches cuisinés avec de l'aneth. Tout chaud et odorant, le pain sort du four familial.
Avant d'oser toucher aux mets, Térach remercie Dieu de ce repas. D'une main tremblante, il remplit les coupes de vin à ras bord. Il les bénit et tous ensemble boivent religieusement le vin âpre. Puis, le patriarche rompt posément le pain et le partage. Un à un, il tend chaque morceau vers l'un de ses hôtes. Chacun s'incline pour recevoir sa portion, secrètement impatient de se précipiter vers les plats aussi vite que le permet la décence.
- Mes fils, annonce le patriarche dans un silence recueilli quand les plats sont vides. Mes fils, souvenez-vous de l'immense territoire conquis par nos tribus. Nos ancêtres sont descendus de leurs montagnes comme un flot déchaîné. Ils ont envahi les vallées, ils sont allés droit devant eux, toujours vers le Sud. Ils ont soumis tout le pays de Sumer, et ce jusqu'à ce que la mer les arrête. C'est pour cela que nous avons ensuite vécu en paix à Ur5.
- Mes fils, continua l'ancien après avoir repris son souffle. Mes fils, mes biens aimés, ne prenez jamais les viles coutumes de ceux que nous avons vaincus. Les enfants de nos parents ont copié leur écriture, assimilés leurs dieux et les dieux de leurs voisins. Heureusement, ils ont réussi à imposer nos lois domestiques : l'homme doit être le maître chez lui ! Les Sumériens étaient trop amollis à tout partager avec leurs femmes. Ce n'était ni des guerriers ni des hommes. Vous verrez mes enfants, les Égyptiens subiront le même sort ! Eux aussi chérissent leurs femmes et en font les maîtres.
Eux aussi seront pulvérisés, éparpillés sur la terre à la face de Dieu.
- Vous entendez mes filles, lance-t-il avec un sourire tyrannique. Soyez soumises à vos maris, ils sont là pour vous protéger, vous engrosser. Servez-les et Dieu vous sera reconnaissant, IL vous octroiera des fils.
- Recueillez-vous, ajouta-t-il en ouvrant les mains pour les bénir. Remerciez notre Dieu vainqueur. Appréciez la nourriture qu'IL nous envoie. Maintenant, ma bru, servez l'agneau immolé pour fêter le retour de mes fils et les richesses que Dieu a permis qu'ils rapportent !
Saraï, l'amour d'Abram, entre, très fière. Elle porte un plat de terre noire émaillé de blanc. Le ragoût de mouton aux aubergines fume de mille parfums, embaumant toute la pièce. C'est vraiment un jour de fête pour que l'on ait sacrifié la plus belle bête du troupeau, la richesse familiale !
Pendant que les hommes mangent avec recueillement et appétit, les femmes disposent d'autres coupes de vannerie sur une petite table à côté. Elles sont tapissées de serviettes et contiennent les fruits : pêches, abricots, raisins, figues.
Le repas terminé, le patriarche attend silencieusement que les femmes aient débarrassé les reliefs du festin. Quand elles se sont réfugiées dans la cuisine pour manger à leur tour, il reprend la parole.
- Vous savez que nous sommes partis d'UR suite aux événements qui ont causé la mort de Haran, ton père, dit-il en regardant Lot. Abram, et ta demi-sœur Saraï, ainsi que Lot, vous n'avez pas hésité à tout laisser pour me suivre. Mon fils Nachor et sa femme Milca sont restés à Ur. Je regrette vivement qu'ils ne se soient pas joints à nous.
>> Ils me manquent beaucoup.
Térach songe un court instant à son frère si éloigné, à l'autre bout du pays, non loin de l'océan où vivent tous les monstres imaginables et d'où viennent les marchandises exotiques.
- Nous avons remonté la vallée de l'Euphrate et ses jardins opulents jusqu'ici. Nous vivons depuis des jours heureux, nos troupeaux sont devenus importants. Nous avons de beaux ânes pour les caravanes que nous affrétons ou pour les louer à d'autres caravaniers. Nos entrepôts sont petits, mais nos marchandises nous assurent l'aisance.
Tous se taisent, suspendus aux lèvres décolorées, craignant de ne pas entendre un des mots soufflés par le patriarche.
- J'ai décidé de partager les troupeaux entre Abram et Lot. Tu auras, Lot, la part que j'aurais donnée à ton père Haran. Mon fils Nachor et Milca, ma bru, sont restés à Ur avec leur fils Bethuel. Nachor est un bon administrateur. J'aimerais qu'il continue à gérer nos biens à UR, et, comme vous allez partir vers le pays de Canaan, j'aimerais qu'il administre aussi notre comptoir de Charan. Dieu veuille que vous continuiez à travailler en commun, que vous continuiez à vous entraider et à accroître les biens de la famille.
Térach ouvre la bouche. Plus un mot ne sort. Il devient brusquement rouge, violet, puis à nouveau pâle, diaphane. Il s'écroule sur les coussins en essayant de retrouver sa respiration dans des râles. Abram et Lot se précipitent. Ils l'étendent sur la couche et ils lui tamponnent les tempes avec du vinaigre. Alertées, les femmes glapissent et se lamentent en tournant autour d'eux.
Saraï a quelques notions des herbes qui guérissent. Elle court à la cuisine, jette une poignée d'anis et d'écorce de saule6 dans l'eau bouillante. Les minutes s'écoulent longues, mortelles... Enfin, elle revient avec un bol fumant. Elle fait boire la décoction à petites cuillerées à l'aïeul. Silencieux, accroupis, ils attendent jusqu'à ce que le souffle de Térach redeviennent régulier. Alors, ils murmurent : << Dieu est bon ! Une fois de plus, il éloigne la main de la mort de notre père. Grâces lui soit rendues ! >> Puis tous se retirent pour le laisser dormir.
Seul, Abram est resté au chevet de son père. Il contemple le visage aimé et il songe. Ce vieil homme, ce père, est l'axe de sa vie depuis que sa mère est morte. La nouvelle femme de Térach, la mère de Saraï, ne l'a jamais remplacée.
Abram était jeune lors de ces funestes événements. Avec souffrances, il se remémore, une fois de plus, les faits.
Comme d'habitude, la famille fuyait les chaleurs estivales en suivant les troupeaux dans les montagnes à l'Est d'Ur.
Ce jour-là, le jeune Abram poursuivait une chèvre au front têtu qui s'était perdue loin du campement.
Inquiets de sa trop longue absence, son père Térach et sa mère s'étaient lancés à sa recherche. Ils criaient son nom parmi les rochers et les prairies encore émaillées de fleurs.
Abram revoit sa mère, une femme jeune et belle; tellement belle que tous les hommes la comparaient à leur dieu Lune et éclatante comme leur déesse soleil7.
Abram rattrapa enfin la chèvre. Il plongea ses petites mains dans la toison, et la retint. À ce moment, il entendit l'appel de ses parents, il plongea le regard dans la vallée sous ses pieds. Il vit le couple cheminer le long du ruisseau, remontant vers le col.
Ce col d'où surgirent quelques hommes bruns, venus de l'Est. Leurs épées de bronze étaient encore dans les fourreaux dorés qui reflétaient l'éclat du soleil. Une impression de force se dégageait de leurs torses puissants protégés par un baudrier de cuir.
Le couple aperçut les soldats, les héla et leur demanda s'ils n'avaient pas vu un jeune enfant.
Les événements se déroulèrent ensuite très vite. Mais ils restèrent à jamais gravés dans la mémoire d'Abram.
Les soudards prirent les bras de sa mère. D'une violente gifle, ils projetèrent son père sur le sol. Des mains déchirèrent la robe de laine de sa mère pendant qu'une épée pointa le cou de son père. Une perle de sang en rougit le bout.
L'air était si pur que les sons et les images parvinrent nettement à l'enfant aux yeux écarquillés, cramponné au cou de la chèvre, les cheveux clairs mélangés à ses longs poils.
Un soldat s'adressa brutalement à Térach :
- Ta femme est très belle, je vais te tuer pour te la prendre.
Abram entendit la voie implorante de sa mère qui s'interposa et mentit :
- Ce n'est pas la peine de le tuer, c'est mon frère, il ne vous fera pas de mal, ce n'est qu'un berger, laissez-le aller.
Le soldat donna un violent coup du plat de l'épée sur la tempe de Térach pendant que la femme dénudée était entraînée sur l'herbe à l'ombre d'un rocher. Heureusement l'enfant ne vit pas la suite. Il ne comprit pas que son père était inconscient. Il se demandait pourquoi il restait allongé sans intervenir alors qu'il entendait les cris de sa mère et les halètements rauques et les rire gras de la soldatesque.
Une fois leur désir assouvi, les soudards relâchèrent leur surveillance. Puisant dans son énergie, la jeune femme, submergée de dégoût, s'enfuit. Elle voulait rejoindre son clan, chercher de l'aide, venger le déshonneur, sauver son époux et son fils. Elle voulait effacer cette horreur !
Elle vola de rocher en rocher, la peur lui donnait des ailes.
Abram la vit, nue, agile comme un bouquetin, et simultanément il vit un soldat sortir une flèche de son carquois, l'ajuster posément sur son arc et bander l'arme. Il entendit le claquement sec de la corde, le sifflement de la flèche empennée qui fendait l'air. Puis, avec un bruit sourd, la flèche traversa le coeur de sa mère.
La jeune femme tournoya sur le rocher, la flèche ressortait de sa poitrine. Et pendant qu'elle s'écroulait sur l'herbe, l'enfant échappa à cette horreur en sombrant dans un gouffre noir.
La voix de son père le fit revenir à lui.
- J'étais évanoui, la chèvre est venue me lécher le visage. J'ai essuyé le sang sur mon visage, j'ai bu un peu d'eau au ruisseau. Je l'ai ensuite suivie jusqu'à toi. As-tu vu ta mère ?
Abram ne pouvait plus répondre. Il tendit la main vers... Térach prit son fils dans ses bras, marcha vers les rochers où il s'abîma au sol en découvrant le cadavre de sa bien aimée.
Après les funérailles, la vie a repris, mais le père et le fils n'ont jamais parlé de cette journée.
Térach ruminait souvent le fait qu'il n'avait pas pu sauver la vie de sa femme et que son fils était resté marqué par cette horreur. Pouvait-il en vouloir à sa femme d'être morte parce qu'elle était trop belle ? Les soldats auraient sûrement agi de même avec une femme quelconque ?
Abram se sentait coupable. Ses parents seraient encore ensemble s'ils ne s'étaient pas lancés à sa recherche ? Et lentement, avec l'âge, une autre idée se fit jour dans son esprit : son père a failli être tué car on voulait prendre possession de sa femme.
Plus tard, sa ravissante demi-sœur Saraï, aussi belle que sa défunte mère, mais d'une beauté différente, prit beaucoup de place dans sa vie. De protéger la gamine le rendit amoureux de l'adolescente et vraiment épris de la jeune femme.
Un soupir du vieillard le sort de ses souvenirs. Respectueux, il aide son père à s'asseoir sur sa couche. D'une main patiente, il essuie la sueur aigre qui perle sur son front.
- Mon fils, je viens de faire un rêve étrange. Dieu vient de me parler et de me révéler Son Nom. Dieu m'a dit : "Je suis l'Unique, Je suis EL : la Justice; Je suis YHWH : la Clémence. Obéis-moi et tu auras tout ce que tu désires."
- Mon fils, souffle l'agonisant. Mon fils, te voilà dépositaire de ce secret. Ne L'invoque jamais en vain, car vraiment IL est terrible. Ne LE nomme jamais, car il est innommable. YHWH et EL ne sont que des attributs, quand tu le pries, invoque Adonaï. Tu sais que si l'on connaît le nom secret de quelqu'un, on peut en devenir le maître ? Mais LUI est et sera toujours le Maître !
Térach ferme les yeux et se repose encore quelques minutes. Puis, il soulève les paupières, ses yeux sont déjà ternes. Il souffle, s'inquiète de l'avenir de ses fils et de sa tribu.
- Abram, mon fils, je pense que je verrai encore le soleil se lever demain. Mais je ne pourrai jamais partir pour la terre promise de Canaan. Pars avec Lot, soyez en paix et heureux à Canaan. Mets-toi sous la protection de ton parent : Eliezer à Damas. À Salem, Melchisédech sera un frère pour toi.
Térach se redresse péniblement, se cale sur les coussins. Il prend une longue inspiration douloureuse et continue avec un sourire triste :
- Abram, mon fils, va maintenant au Temple de notre Dieu Sin, et avec ton cousin Sedek, préparez mes funérailles. Fait prévenir Nachor à UR et Eliezer à Damas.
>> Intercède auprès de Sedek pour qu'avec son pouvoir de devin, il te fasse voir ce que l'avenir te réserve. Viens ensuite me confirmer que, toi, au moins, tu vivras mon rêve, que le combat de toute ma vie aboutira.
- Bien mon père. Je ferais tout ce que tu dis, mais tu sais que je suis contre la recherche de ce que l'avenir nous réserve. Dieu seul dispose de nos jours.
- Je vais aller rejoindre ta mère, as-tu quelque chose à lui transmettre ?
- Oh si, s'écroule Abram. Je voudrais tant qu'elle vive encore. Pourquoi l'ai-je tuée ?
- Tu ne l'as pas tuée, s'écrie Térach, surpris. Non, mon fils, ce sont ces envahisseurs en maraude qui l'ont assassinée. Rappelle-toi, nous les avons ensuite pourchassés pendant des jours. Nous les avons piégés, capturés comme du bétail, emmenés au campement. Nous les avons torturés pendant presque une lune avant d'immoler les survivants sur la tombe de ta mère. Leur sang a lavé la faute, leurs os nourrissent les chacals.
- Mais père, si je n'avais pas couru après la chèvre, vous ne seriez pas venu à la rencontre de ces méchants hommes ?
- Fils. Le responsable est alors la chèvre. Rappelle-toi ce qu'il en advient. Les prêtres ont pensé que le malheur était sur la tribu. Ils ont pris ta chèvre, qui était en réalité un jeune bouc. Ils l'ont chargé de nos pêchés et ils l'ont envoyé dans le désert, en émissaire vers nos dieux. Ce bouc émissaire, sacrifié, devait intercéder pour le bien de la tribu. Ce en quoi il a réussi, car depuis nous avons vécu des jours heureux.
Père et fils s'étreignent maladroitement, brutalement, presque honteux de montrer leurs sentiments, leurs chagrins. Ils pleurent enfin, sur l'épaule l'un de l'autre, enlacés. Là haut, une très belle femme s'appuie sur un bouc, et les regarde. Elle est heureuse que le père et le fils aient enfin parlé, qu'ils soient réconciliés avec eux-mêmes et apaisés.
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1 Les noms ont plusieurs traductions différentes. J'ai pris Térach de préférence à Terakh, Charan de préférence à Harran.
2 D'après le livre "les Hébreux", dans la tradition hébraïque, Térach serait fabricant de statuettes, d'idoles.
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1 Les noms ont plusieurs traductions différentes. J'ai pris Térach de préférence à Terakh, Charan de préférence à Harran.
2 D'après le livre "les Hébreux", dans la tradition hébraïque, Térach serait fabricant de statuettes, d'idoles.
3 Peinture dite "de l'investiture", Musée du Louvre Fig. 114 salle III.
4 La date de la destruction de Mari n'est pas fixée avec exactitude. Elle a été détruite à l'époque supposée du patriarche Abraham.
5 La ville d’UR est le port où arrivent les richesses : cuivre de la pointe de l’Arabie, lapis-lazuli d’Afghanistan, épices de l’inde… C’est à UR que fut construite une pyramide à étages entre -2650 et -2600, juste après la période du grand premier ministre égyptien : Imhotep.
Sur cette voie maritime, dans la mer de Barhein, il y a l’île de Dilmoun en grec : Tylos.
Cette île a de nombreuses sources d’eau potable, un comble sur le tropique désertique. L’eau jaillissait en geysers sur l’île et dans la mer. Les anciennes conceptions racontent que la terre est sur l’eau salé qui repose sur l’eau douce.
Là résidait Ziusudra, l’unique survivant du Déluge…
Cette île doit être le lieu d’origine des légendes qui se seraient répandues dans le bassin pré-sémitique, par exemple : le Paradis Terrestre, les anges gardiens. Donc, Ur était le point d’accostage obligé en sortant du paradis terrestre de Dilmoun. Le mythe d’Enki et Ninhursag (l’un des textes clés de la religion sumérienne) paraît en effet décrire Dilmoun comme un lieu mythique et paradisiaque :
« Sainte est la ville qui vous est octroyée, Saint (aussi) est le pays de Dilmoun;
Saint est Sumer..., saint est le pays de Dilmoun;
Le pays de Dilmoun est saint, le pays de Dilmoun est pur,
Le pays de Dilmoun est lumineux, le pays de Dilmoun est rayonnant.
Lorsqu’il se fut installé le premier à Dilmoun, le lieu où Enki s’installa avec son épouse,
Ce lieu (devint) pur, ce lieu est rayonnant ».
« A Dilmoun, nul corbeau ne croassait
La perdrix (?) ne caquetait pas,
Le lion ne tuait pas,
Le loup n’emportait pas l’agneau,
Le chien ne savait pas soumettre les chevreaux,
Ni le sanglier manger le grain ;
Le malt étalé par la veuve sur son toit, les oiseaux du ciel ne venaient pas le picorer ;
La colombe ne courbait pas la tête ;
Aucun malade des yeux ne disait : « J’ai mal aux yeux !»,
Aucun malade de la tête ne disait : « J’ai mal à la tête !»;
Aucune vieille femme ne disait :: « Je suis vieille ! »,
Aucun vieillard ne disait : « Je suis vieux ! »;
6 Les vertus de l'Aspirine contenues dans l'écorce et les feuilles de saule étaient déjà connues, il y a plus de cinq mille ans.
7 Le genre de la Lune et du Soleil était inversé en Mésopotamie, il y a quatre mille ans.
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