Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - In Libro Veritas

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

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Table des matières
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Chapitre 5 : La chèvre bêle

Chapitre 5
La chèvre bêle

    La chèvre bêle,
le tigre feule,
le sol s'ouvre
    Le piège a fonctionné !
    
     Dans un sifflement strident, l'avion abandonne un peu de la gomme de ses roues sur la piste brûlante du Caire. Assommés par la chaleur, les passagers descendent. Ils se hâtent pour aller se réfugier dans l'ombre climatisée de l'aéroport.
     - Potolerri. Veux-tu être un ange ? Cette chaleur est étouffante, je désire me refaire une beauté. Puis-je te demander de récupérer les valises ?
     - Bien sûr ma douce, se rengorge-t-il, désireux d'être et de rester indispensable.
     Sandra s'éloigne. Elle sort son émetteur et fait discrètement le point.
     - Auguste accompagne Jules jusqu'à son hôtel. Pas question de passer par les bureaux de police de l'aéroport, il faut agir comme des touristes normaux. Michel et Luc vont me suivre en nous protégeant. Gill va sûrement nous filer. Nous devons savoir s'il est accompagné. S'il prend une autre direction, Michel le suit et Luc assure notre couverture.
     >> Je mets mon émetteur en position 'balise' pour que vous puissiez me suivre dans les embouteillages. Je vais demander au taxi de faire un tour de ville pour détecter nos suiveurs.
 
    
     Quand Potolerri paraît une valise à chaque main et un sourire conquérant aux lèvres, Sandra se précipite vers lui, épanouie. Elle lui prend le bras et l'entraîne vers le taxi. Tout en débitant des banalités, elle se dit que c'est plaisant un homme galant pour porter les bagages...
    
     Dès qu'elle s'assoit dans le taxi climatisé, elle sort un délicat miroir et vérifie son maquillage. Discrètement, elle s'en sert comme rétroviseur pour contrôler que Gill les suit et que ses hommes assurent l'arrière-garde.
     Rassurée, elle pose une main langoureuse sur la cuisse de Potolerri et, dans un anglais impeccable, elle s'adresse au chauffeur :
     - Je désire faire le tour de la ville avant d'aller à l'hôtel. Fais-nous voir la place Al-Tahir, le palais de Abdin. J'aimerais aussi voir le musée Égyptien.
     - Bien Madame. Le musée est à côté de Al-Tahir et du Hilton. Si vous vous intéressez à l'Égypte, je peux vous commenter les quartiers où nous passons.
     - Je sais déjà que neuf millions de personnes vivent dans cette ville tentaculaire, commente Sandra tout en surveillant ses arrières dans le miroir. Le quart de la population égyptienne y vit. Certains vivent même dans les cimetières. Certains quartiers comme Bulaq ont 100.000 habitants au km2 soit 25 fois la densité moyenne de Londres !
     Tout en parlant, elle joue distraitement avec son miroir pour vérifier par intermittence que Gill, puis Michel et Luc la suivent.
 
    
     Désireux de satisfaire des clients si érudits et grimaçant de satisfaction à l’idée du bakchich, le chauffeur se faufile dans la circulation alourdie par la canicule. Il leur fait voir l'élégance décrépie d'Al-Sayyidah Zaynab et le quartier des immeubles résidentiels de Madinat-Al-Muhandisin avant de s'embouteiller au centre-ville et de se diriger vers Bab-Al-Luq et la place Al-Tahrir.
    
     - Beaucoup de touristes viennent des pays musulmans, expose-t-elle encore à Potolerri. Ils profitent d'un milieu de langue arabe plus permissif, avec des plaisirs que certains pays prohibent au saint nom du Coran.
     Ce dernier reste bouche bée, stupéfait par les connaissances de sa conquête et par la vision des rues écrasées de chaleur, de lumière, de poussière. Malgré la climatisation, il transpire, les odeurs dérangent son petit nez délicat. Dans les rues, les citadins et les fellahs déambulent dans les parfums divers, agréables comme ceux des brochettes ou répugnants, et ils évitent les ânes des livreurs.
     - Ici, commente le chauffeur, habitait un couple charmant. Malheureusement pour eux, il y a eu la conférence du Caire sur le Devenir Mondial de l'Enfance et des Droits de la Femme en 1994. Beaucoup de femmes ont cru à ce qui a été dit. Quand son épouse n'a pas voulu céder sur commande à ses instances amoureuses, de rage, il l'a tuée.
     - Anecdote oh combien triste mais moderne ! J'aurais aimé connaître l'ancien peuple, celui des Pyramides, demande Sandra. Lui au moins n'établissait pas de différence entre l'homme et la femme.
 
     - Vous voyez les fellahs, grands, minces, les épaules carrées, jette le chauffeur en évitant un groupe de piétons. Ce sont les descendants de ces constructeurs. Dans l'Antiquité, c'était un peuple heureux et satisfait, fier de ses vertus et profitant d'une bonne administration.
    
     En arrivant devant le musée, Potolerri s'exclame :
     - Mais c'est Dominique. Arrêtez-vous vite. STOP PLEASE !
     Il jaillit de la voiture, frôle un groupe de japonais, attrape Dominique et lui fait faire demi-tour.
     - Que fais-tu ici, s'étonne son ami ! Je te croyais aux Baléares avec Monique ?
     - Bof, Monique n'est pas ce qu'il y a de mieux. Viens, je te présente Venus !
    
     Potolerri désire briller avec sa conquête et il fait tout son possible pour rester avec ses amis. Dominique est heureux de leur présence, mais son programme de vacances est chargé. Ce soir, il doit aller à Héliopolis où était le temple de Rê le Dieu Soleil. Il propose simplement d'aller boire un rafraîchissement, le temps de bavarder.
     - Non, non, réclame l'enfant gâté, Potolerri, passons la soirée ensemble ! Pourquoi n'irions-nous pas voir les danseuses du ventre ?
     - Que désirez-vous voir à Héliopolis ? interroge Sandra. Il ne reste plus qu'un obélisque ?
    - Tout à fait vrai, le temple a servi de carrière pour construire la ville. Sous une des maisons de Matarich, l'on a découvert une chapelle vieille de quelques millénaires(1)
>> Elle n'est pas ouverte au public, mais Youssef, un responsable du musée, nous y attend pour une visite privée.
     - Croyez-vous qu'il reste quelque chose à voir ? s'étonne Sandra.
     - Tutoyons-nous, cela sera plus sympa. Nous ne verrons sûrement pas le Phénix ; il revient tous les cinq cents ans et sa visite n'est pas annoncée pour ce soir. Plaisanterie historique mise à part, ce site a dû servir à des initiations et à d'autres rites encore plus secrets. La construction de ce lieu a été très soignée. Savez-vous que les maisons d'habitation étaient en briques crues ? Le travail de la pierre était réservé aux demeures royales et aux temples. Plus le lieu était important, plus le travail était soigné. Le soin apporté à la construction de ce lieu a étonné les rares spécialistes qui y ont eu accès.
     Sandra fixe Potolerri dans les yeux :
     - Mon cher Potolerri, je préférerais de beaucoup aller voir cela à l'heure du coucher de soleil, plutôt que d'aller applaudir l'une de mes congénères qui danse du ventre pour exciter la concupiscence des touristes.
     - Ravissante et érudite Sandra, loin de moi cette idée. Je croyais que ces danses venaient du fond de l'Antiquité. Je désire juste m'instruire.
     - Si tu veux t'instruire sache donc que ces danseuses sont quelquefois excisées, comme beaucoup de femmes africaines depuis l'époque des Pharaons.
     - Crois-tu ? doute-t-il en haussant les épaules.
 
    - Le Conseil d'État Égyptien a de nouveau autorisé l'excision - ablation plus ou moins complète du clitoris et des petites lèvres - depuis juillet 19972. As-tu toujours envie de considérer ces pauvres femmes comme des objets sexuels ?
     - Quelle horreur. ! Allons plutôt voir de vieilles pierres...
     - Myriam, Dominique, avons-nous le temps de passer à l'hôtel pour nous rafraîchir ?
     - Bien sûr, répond Myriam. La journée fut éprouvante. Cela me convient. Il est encore tôt. Rendez-vous au bar de l'hôtel dans une heure.
    
    
     Quand Sandra et Potolerri arrivent à la réception, ce dernier est tout émoustillé à l'idée de se retrouver seul avec sa belle rousse aux yeux verts. Il est prêt à tout pour un premier baiser, même à porter les valises si le personnel de l'hôtel est en grève.
    
     Le visage de Potolerri était plein d'heureux espoirs, puis il eut une lueur de surprise en voyant le réceptionniste prendre deux clés. L'affolement le pétrifie quand l'une de ces clés est posée devant lui et l'autre devant Sandra, et un gouffre s'ouvre sous ses pieds quand Sandra lui déclare :
     - Je suis impatiente de prendre une douche et de me changer, nous nous reverrons dans une heure au bar ?
     - Mais, déglutit Potolerri. Ne pourrions-nous pas boire un verre dans ta chambre ou dans la mienne ? Le bar est sûrement approvisionné.
 
     - Tu es gentil, même attendrissant quand tu me regardes comme cela, et quelquefois amusant, mais le temps passe vite. À tout à l'heure, la soirée est encore longue.
    
     En effet, le temps passe vite, Sandra doit joindre les membres de son équipe et Jules pour s'assurer que tout va bien. Une bonne nouvelle, Gill, le tueur, travaille seul. Deuxième bonne nouvelle : Potolerri fait toujours l'appât tel un chevreau à son piquet.
     - Michel et Luc, informe Sandra, ce soir, nous allons à Matarich. Le lieu devrait être presque désert, cela nous facilitera la tâche. Veillez à ce que Gill ne profite pas de l'obscurité pour abattre Potolerri tel un lapin. L'idéal serait de l'arrêter en flagrant délit !
    
     Pendant ce temps, dans sa chambre, Potolerri se met sur son 31. Il s'imagine en Nemrod, prêt à traquer Sandra sans imaginer que c'est lui le gibier.
     *
     * *
     Alors que le soleil se couche, le petit groupe abandonne les taxis pour se balader entre les vieilles maisons aux toits plats. Avec le calme et l'arrivée de la fraîcheur, ils se croient à mille lieues de la capitale bruyante et étouffante.
     Guidés par Youssef, ils rentrent dans une cour dominée de toits en terrasses. Idéal pour un tueur ! À tout hasard, Sandra se colle à Potolerri pour lui faire un rempart de son corps, l'appeau est aux anges de la sentir si proche de lui, que pour lui. Pour un peu, il fermerait les yeux et ronronnerait...
 
     Se faufilant d'ombre en ombre, Michel et Luc assurent la protection rapprochée. Ils sont inquiets car ils ne perçoivent plus la présence de Gill ! Aux aguets, Michel reste devant le portail tandis que Luc, couleur de muraille, prend position dans la cour.
    
     Aimablement accueillis par le maître des lieux, le petit groupe se laisse guider par Youssef dans une petite pièce au sol partiellement effondré. Au fond du trou étroit, sous leurs pieds, il y a une grande salle aux murs de granit et de calcaire soigneusement polis. Un escalier en bois a été posé et leur permet de descendre en toute sécurité. Quelques projecteurs diffusent une clarté insuffisante dans le Temple antique.
     La salle a été creusée dans la roche calcaire, à moins que ce ne soit une grotte naturelle aménagée. Toutes les parois ont été revêtues de plaques de pierre soigneusement polies. Aucun autre accès n'a été décelé, ni de passage secret.
     La découverte de cette salle et la transcription des textes muraux sont restées confidentielles en attendant que des fouilles plus complètes soient effectuées.
    
     Le guide explique brièvement que le Temple d'Héliopolis est le plus ancien de toute l'Égypte. Hiélopolis est le nom grec, le nom égyptien est ON ou IOUNOU. À l'origine, le Temple de roseaux et de briques était édifié autour d'une pierre tombée du ciel. Cette pierre, appelée BenBen était considérée comme un rayon de soleil pétrifié envoyé du ciel sur la terre par le Dieu créateur.
 
     Ce Temple est celui du dieu unique, le maître de toute chose : ATOUM. Il est le maître des quatre éléments qu'il a créé. Il est la raison mystérieuse du TOUT ! Ses couleurs sont le rouge et le noir.
    
     - Si vous vous intéressez aux hiéroglyphes, le nom Ben-Ben, lu à l'envers, comme cela est fréquent, donne Neb-Neb. Neb signifie maître ou seigneur.
     >> Autour de l'obélisque, coiffé d'or massif sur son esplanade de sable fin, Imhotep a construit le premier grand ensemble de temples. Cet ensemble fut reconstruit 1000 ans plus tard sous Sésostris 1er, au début du culte d'Amon à la XIIe dynastie.
     >> Imhotep fut un grand médecin, un architecte de génie et il fut aussi le grand-prêtre de Rê.
    
     Admiratifs, ils parcourent des yeux les murs sculptés de hiéroglyphes enluminés de teintes vives. La peinture des lettres semble encore fraîche bien qu'elle date de plusieurs millénaires.
     Au centre de la salle, un magnifique autel de granit rouge luit sous la lumière diffuse des projecteurs.
    
     Des yeux luisent dans l'ombre de l'autel. Ce sont ceux d'un chat noir, magnifique, au pelage brillant et aux yeux d'agate.
    
     D'autres yeux plus dangereux guettent aussi. Gill a repéré Michel et Luc. Il a réussi à grimper sur les terrasses et à pénétrer dans le Temple sans être vu. Caché dans l'ombre, il visse un silencieux sur son revolver.
 
     Potolerri est seul, à quelques pas de la mort personnifiée par Gill, qui, appuyé de l'autre côté de l'autel, le guette. Inconscient du danger, il rêve. L'Égypte ancienne n'est pas un de ses sujets de réflexion favori et, il s'est remis à rêvasser au roman de Lovecraft et à ses monstres.
    
     Passionnée, Sandra s'est absorbée dans la visite du Temple. En s'approchant de l'autel, elle reste en arrêt devant le chat. Machinalement, elle sort son vaporisateur du sac et se parfume, puis, taquine, elle en projette un peu sur le dos du chat.
     Mécontent de cette fragrance et du manque de respect, ce descendant du dieu chat Bastet, bondit, s'agrippe un court instant à Potolerri et s'enfuit.
     Surpris de cette féline agression, Potolerri prend une large inspiration chargée de poils de chat et de parfum. Son allergie se réveille, les larmes lui viennent aux yeux, il éternue énergiquement au moment où Gill s'approche de lui.
     - AT-CHA-RA-OUM
     L'éternuement éclate comme un coup de tonnerre répercuté et amplifié par les murs millénaires.
    
     Après cet éternuement à réveiller des fantômes, tous regardent dans sa direction et personne ne le voit.
     - Il a dû glisser derrière l'autel, se dit Youssef.
     Ils font le tour de la pièce. Plus de Potolerri ! Affolée, Sandra saisit son portable et appelle Michel et Luc qui, bien sûr, n'ont rien vu.
 
    
     Dans la salle, il n'y a plus que Youssef, Sandra, Dominique et Myriam.
     Potolerri et Gill ont disparu !

=============NOTES===================

        1    L'ensemble d'Héliopolis a été entièrement détruit, hormis l'obélisque. On ne sait pas s'il reste des temples ou des chapelles à découvrir.
    
        2    Revue ELLE de Juillet 1997. L'article spécifie aussi que les    femmes sont souvent leurs propres et premières ennemies. 82%    des mères pensent que c'est une bonne tradition, et que, si leur fille n'est pas excisée, elle ne pourra faire un bon mariage !

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