Robert Christian - PHARAON CONTRE MAFIA - In Libro Veritas

In Libro Veritas

PHARAON CONTRE MAFIA

Par Robert Christian

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Table des matières
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Chapitre 2 : septième ciel

Chapitre 2
Septième ciel
    
    Méfie-toi de la couleur du sable
dans le désert, ce peut être un lion.
    
     Quelques heures plus tôt, des policiers en civil avaient investi l'aéroport. Ils patrouillaient en dévisageant les passagers désireux de s'envoler vers le Caire.
    La surveillance est renforcée car un haut fonctionnaire se cachait dans la foule anonyme. Il se rend discrètement à une rencontre au sommet pour coordonner la lutte mondiale contre la Mafia.
    Depuis des années, il lutte dans l'ombre contre "la famille" sous le nom de code : JULES. Personne ne le connaît à l'exception du responsable de la sécurité.
    
     Un curieux personnage ce responsable de la sécurité qui a préféré s'engager dans les services secrets plutôt que de briguer un grade de général ou d'amiral ! Élevée à la dure par un père militaire, elle ne voulait pas faire moins que son frère. Elle a lutté durement pour assumer le rôle de femme et de guerrier. Visiblement, elle a réussi sur les deux tableaux ! Belle et intelligente, elle joue au mannequin de mode, au barbouze, à la petite soeur des pauvres...
     Ce matin, elle sillonnait l'aéroport avec son équipe quand elle a aperçu Gill !
 
     Grâce à un sang-froid exemplaire, elle a fait semblant de ne pas le remarquer. Elle a laissé glisser son regard vers un groupe de touristes. Si Gill avait été moins éloigné, il aurait aperçu une lueur d'affolement dans les jolis yeux, une blancheur blafarde brouillant le teint de pêche.
     Sandra avait reconnu son plus mortel ennemi : Gill, un tueur à gages réputé ! Un homme suspecté de nombreux crimes et que l'on n'avait jamais pu arrêter faute de preuves suffisantes. Sa présence ne signifiait qu'une chose : la Mafia avait été informée du voyage de Jules et ils avaient placé un contrat sur sa tête !
     Pour découvrir l'identité du fameux Jules, l'assassin observait Sandra et son équipe de protection. Il espérait un signe, une anomalie, n'importe quoi pour lui désigner l'homme à abattre.
    
     Quand, les lacets noués, nos deux hommes attirèrent l'attention en embrassant le carrelage, Sandra s'aperçut que Potolerri avait une vague ressemblance avec le fameux Jules. En un éclair, elle réalisa l'avantage qu'il y avait à profiter de la similitude. Elle se précipita donc sur l'étourdi.
    
    
     Potolerri est fasciné par les yeux verts de sa compagne. Il est loin de penser qu'il est attaché à un piquet comme une chèvre et que le loup est attiré dans le piège dressé par sa belle panthère rousse.
 
     Insouciant de l'enjeu, bassement matériel, il mijote d'amortir les deux billets d'avion et la réservation d'hôtel. Il se fait charmeur pour engager sa nouvelle conquête à l'accompagner.
     - Vous devez avoir terminé votre travail pour cette semaine et, pour vous changer les idées, vous rêvez sûrement à une île méditerranéenne écrasée de soleil ?
     - Oh oui, ce week-end, j'aimerais profiter du soleil !
     - Que diriez-vous de prendre l'avion tout de suite avec moi ?
     - Quelle bonne idée. Je ne savais pas comment vous le proposer. Votre valise est prête ?
     - Bien sûr et l'avion pour les Baléares décolle dans une heure. Alors je peux compter sur vous ? affirme Potolerri plein d'espoir.
     - Bien sûr que tu peux compter sur moi, ronronne Sandra d'une voix langoureuse. Mais je préférerais plus d'exotisme... Allons au Caire !
     Le sourire de l'homme charmeur se fige. Tel un ordinateur, ses yeux clignotent pendant qu'il estime le prix du vol, l'hôtel, les faux-frais... Et, oh miracle, il réalise qu'il n'a pas de passeport et qu'il faut au moins deux semaines pour s'en procurer un.
     - Ce serait avec plaisir, mais ..., mais il faut un passeport et un visa .... soupire hypocritement Potolerri. Et, je n'en ai pas !
     Sans écouter la dérobade, apparemment émue, Sandra lui saisit la main.
     - J'oubliais que je ne peux pas partir avec un homme que je ne connais pas. Tu me troubles trop ! Mon rêve de jeune fille est de ne succomber qu'à l'homme dont la photographie est sur mon coeur !
 
     Avec un sourire attendri et compréhensif, Potolerri tapote la main de Sandra.
     - Que de charme et de sensibilité ! Votre mère vous a bien éduquée. Je ne peux pas vous donner la photo de ma carte d'identité, mais je peux en faire une tout de suite au Photomaton ?
     - Que cela me ferait plaisir ! Fais vite, je t'attends ici !
     - Mais c'est loin ! C'est à l'étage au-dessous. J'en ai au moins pour dix minutes ! Viens avec moi ?
     - Tu sais, gourmande amoureusement Sandra. Une femme a quelquefois besoin d'être seule. C'est la première fois que je me fais enlever et je dois me préparer à cette idée.
    
     Ravi, Potolerri se lance vers l'escalier. Il se retourne pour saisir encore une fois le regard vert qui le met en transe. Il se trouble, ses pieds en profitent pour se prendre dans une valise. Il se rattrape à un chariot à bagages. Après avoir glissé quelques mètres, accroché au chariot, il opère un miraculeux rétablissement, il dévale les marches de l'Escalator. Il court vers les Photomatons. Il s'introduit dans la première cabine et écrase une matrone assise sous les flashs !
    
     Sans plus s'occuper des avatars de son nouveau compagnon, Sandra approche un minuscule téléphone portable à ses lèvres tracées au pinceau.
     - Attention, les événements se précipitent ! Gill est dans l'aéroport, vous savez !, le tueur à gages ! Que Luc reste en protection rapprochée de Jules. Auguste et Michel, vous descendez vers les Photomatons. Vous y trouverez un gars ressemblant à Jules.
Vous avez dû le remarquer, je bavardais avec lui, il y a quelques minutes. En cas de doute, vous vérifiez : les lacets de sa chaussure droite sont coupés. Vous lui subtilisez les photos d'identité et vous courez les livrer à la police de l'aéroport. Je leur téléphone pour qu'ils préparent un passeport et qu'ils nous ajoutent une place dans l'avion du Caire pour cet individu. Nous devons à tout prix détourner l'attention de Gill sur lui...
     Sandra cogite encore une seconde et ajoute :
     - Vous me glisserez discrètement le passeport et les billets d'avion. Je vais l'attirer à la terrasse du café près de l'embarquement.
    
    
     À l'étage au-dessous, après avoir réfléchi si Sandra valait une photo d'identité ou une photo plus un portrait : << Mets-je 4€ ou 8€ ? >> Potolerri s'installe dans une cabine vide. Il se réordonne les bouclettes et dirige l'éclat de ses dents vers l'éclair destiné à l'immortaliser avant de reposer sur le coeur de la belle.
     Puis, l'air vainqueur, il attend patiemment que l'appareil lui rende les photos et le portrait prévus pour tenir dans le soutien-gorge de Sandra qu'il se rappelle trop bien être provocant.
     - Quel plaisir cela aurait été de partir en Égypte, surtout avec elle, pense-t-il. J'aurais bien fait comme Dominique, mais le vol est coûteux, ainsi que le passeport. Cela me limite à l'Europe...
 
     Le regard de Potolerri se fait lointain.
     - Pour une fille comme Sandra, je me sens prêt à me battre contre le monde entier. Passer un week-end avec elle aux Baléares sera un enchantement.
    
     Une tape amicale sur son épaule le fait sortir de sa rêverie.
     - Salut Bernard. Que fais-tu là ?
     - Je ne suis pas Bernard, balbutie Potolerri en redressant la tête pour rencontrer le regard chaleureux d'un noir gigantesque.
     - Nous nous sommes bien rencontrés à Lomé l'année dernière ?
     - Lomé, où est-ce ? s'étonne le malheureux Potolerri pendant que Michel dérobe les précieuses photos d'identité et lui laisse le portrait.
     - Désolé, répond l'athlète. Je croyais vraiment vous avoir rencontré aux dernières vacances. Excusez-moi encore.
     - Il n'y a pas de mal, dit Potolerri en revenant au Photomaton pour récupérer ses photos.
     >> Mais il n'y a que le portrait ! Cette saloperie de machine m'a pris 8€ pour rien !
     >> Tiens ! Je ne suis pas mal sur ce portrait, se dit-il en admirant le cliché. Au moins Sandra aura une bonne image de moi !
     *
     * *
     Un merveilleux sourire illumine le hall de l'aéroport, elle l'attend à l'autre bout de l'Univers. Marchant sur un nuage, les pieds douloureux dans des chaussures élégantes mais étroites, Potolerri fait une prestation digne d'Aldo Maccione. Il rejoint celle qui lui a définitivement fait oublier la désertion de Monique.
 
    
     - Un peu de moi-même, dit-il en tendant modestement son portrait à Sandra.
     - Toutes ces émotions me donnent soif, dit-elle en jetant un regard rapide sur la photo. Allons au bar, ajoute-t-elle d'un ton enjôleur. Offre-moi une coupe de champagne.
     Sans plus s'inquiéter de l'inestimable cadeau, elle envoie le cliché rejoindre la carte de visite dans les profondeurs de son sac à main.
     Potolerri prend sa valise et se dirige vers le bar. Il masque son désarroi causé par l'estimation du prix de la coupe derrière un sourire approbateur et il se rassure en pensant à la prestigieuse et enviable conquête qu'il vient de faire.
    
     Avec un sourire narquois et un hochement de tête dubitatif, Sandra soulève sa valise - galamment oubliée à ses pieds - et suit à trois pas son chevalier (presque) servant.
     - Au moins, ironise-t-elle, je me prépare à ce que je dois subir au Caire si mes collègues sont misogynes et obligent les femmes à marcher derrière eux.
    
     Potolerri s'assoit, le sourire aux lèvres, il pousse galamment une chaise du pied pour y installer son invitée.
     - Que désires-tu boire ? demande-t-il plein d'économiques espoirs ?
     - Avec toi, je boirais une bouteille de Don Pérignon, répond la vengeresse Sandra avec un regard et un sourire à damner un saint.
 
     En essayant de reprendre son souffle, Potolerri, grand seigneur, commande une bouteille de champagne. C'est vraiment incroyable ce que les femmes arrivent à faire faire !
    
    
     Après avoir échangé quelques banalités sur la qualité artistique du portrait - et du modèle -, sur l'aéroport et la qualité du champagne, Sandra détourne l'attention de Potolerri. N'attendant que cela, un membre de son équipe lui refile discrètement le passeport et le billet d'avion.
     Satisfaite du bon déroulement des opérations, elle se cale dans son siège et lance tout son charme vers Potolerri :
     - Avons-nous encore beaucoup de temps à rester ensemble ?
     - Nous pouvons prendre l'avion dans cinq minutes... Ne le refuse pas ! Je n'ai pas envie de te quitter à nouveau. Me séparer de toi pour aller au Photomaton a été une épreuve terrible !
     - À moi aussi cela a semblé être une éternité, dit-elle en battant des paupières. Viens, partons au Caire.
    
    
     Que peut répondre Potolerri devant tant de séduction ? Seules, économie et froide logique peuvent l'empêcher d'envisager un tel enlèvement.
     - Mais, mais, bêle-t-il faiblement ! Je ne l'ai pas prévu, je n'ai pas de passeport, ni d'argent et je travaille lundi matin.
 
     - Voyons, persuade Sandra. Le billet d'avion est là, un ami s'est décommandé à la dernière minute. Nous aurons de l'argent avec une carte VISA et tous nos frais sont remboursés. À propos, donne-moi la facture pour le champagne. Et regarde ! j'ai retrouvé ton passeport pendant que tu allais faire tes photos.
     Tout en parlant, tel un prestidigitateur, elle sort la pochette de Potolerri de son sac, exhibe fièrement passeport et billet d'avion.
     Muet, bouche bée, yeux écarquillés, Potolerri est figé. Il ne comprend plus rien ! C'est encore mieux qu'un conte des mille et une nuits !
     Sans lui laisser le temps de réaliser, Sandra empoigne les valises, entraîne Potolerri et se rue vers le terminal d'embarquement.
    
     Après l'enregistrement des billets et les contrôles douaniers, Potolerri refait surface dans la salle d'attente des passagers en partance.
     - Mais alors, c'est vrai que j'avais un passeport ! Je ne le savais pas ? Il devait être valable puisque nous avons passé la douane ! Je n'y comprends vraiment rien ! Mais qu'importe, profitons du voyage et de toi, ma Sandra...
     Dans un accès de joie subite, il se penche pour déposer un baiser sur la peau nacrée de la jeune femme. Surprise, celle-ci se dérobe. Potolerri embrasse fougueusement son col, juste assez longtemps pour se rendre compte de la méprise. Il relève la tête, cherche son souffle, renifle...
 
     Il explose en un magnifique éternuement !
     - Qu'est-ce qui se passe ? larmoie-t-il. La dernière fois que j'ai ainsi éternué, c'était une allergie aux poils de chat ?
     - C'est la faute de Socrate, mon chat siamois, s'excuse sa compagne. Il adore se frotter à mes vêtements.

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