Claude Colson - Léna, une rencontre - texte intégral

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Léna, une rencontre

Par Claude Colson

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Table des matières
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I Léna, une rencontre

Pour mes enfants
 Léna, une rencontre      par  Claude COLSON
   
Un soir d'octobre, rentrant chez lui par le train, il l’entendit et  dut la regarder.
Il n'était pas remis d'une rupture qui s'était éternisée, dix mois plus tôt, et avait fini par le laisser déboussolé et meurtri. Les antidépresseurs lui permettaient de tenir.
Ce soir là, lisant, il prêtait une oreille distraite au babil des deux dames qui le côtoyaient dans le compartiment. Il se souvint avoir déjà vu la femme aux cheveux châtains qui lui faisait face, probablement sur le quai où chaque jour il prenait son train. Il avait alors juste remarqué une taille élancée et une certaine recherche dans 1 'habillement qui immédiatement l'avaient fait se sentir incapable d'intéresser une telle personne. Trop bien pour lui. Un vieux réflexe.
Il ne put néanmoins s'empêcher de sourire visiblement à certaines des remarques des deux voyageuses qui de toute évidence se savaient écoutées. Lorsqu'il la revit sur le quai quelques jours plus tard, il lui demanda la permission de voyager avec elle. Elle accepta mais comme elle faisait depuis longtemps ce trajet qui la menait au travail avec quelques connaissances, elle le fit pénétrer dans ce groupe hétéroclite. Bientôt ils voyagèrent ainsi, à plusieurs, matin et soir.
Très vite il eut envie de la voir seule et il l'invita à déjeuner, peu sûr de son acceptation. Contre ses prévisions ce fut oui.


 

«En tout bien, tout honneur» dit-elle, précisant encore « à charge de revanche ». Elle le vouvoyait et l'appelait Jean-Yves et il trouvait cette distance
 délicieuse. Comme elle n'aimait pas son propre prénom, désuet, il la nomma Léna.
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Léna était mariée. Peu à peu elle avoua à Jean-Yves que cette union
était devenue insipide et formelle depuis plus de 10 ans déjà. Elle prenait plaisir à rencontrer son nouvel ami, même s'ils ne pouvaient
s'isoler, et encore,seulement pour discuter, que très épisodiquement.
Lui, éternel rêveur, s'éprit vite mais superficiellement de cette incarnationd'un mystère qu'il chérissait, la féminité. Depuis quelques années il avait pris goût à l'écriture, qui exaltait ses sensations et il remit bientôt à Léna des sortes de poèmes qu'elle devait conserver cachés. Déjà ils partageaient un secret. Son intention n'était pas d'impressionner cette femme en jouant d'une
intellectualité facile ; l'écriture était plutôt pour lui une façon de vivre plus intensément.
Complices, ils s'enivraient chaque jour dans le train de leurs jambes qui se frôlaient et se cherchaient.
Léna était malgré son infortune conjugale d'une fidélité parfaite et elle livrait bataille contre elle-même, gratifiant souvent Jean-Yves d'un « arrêtez! » qui l'incitait à tout, sauf précisément à lui obéir.Bien vite elle lui abandonna sa main et tous deux se contentèrent longtemps de ces attouchements furtifs. Elle lui remit aussi de menus objets qui lui appartenaient, un stylo pour qu'il lui écrive les poèmes, un grigri africain censé le protéger.
Il fut également très touché de son premier cadeau, matériellement insignifiant, deux tickets de loterie à gratter. Ils étaient à l'effigie de leurs deux signes astraux.
Leur attirance était celle d'adolescents, mais toutes ne débutent-elles pas ainsi?

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Jean-Yves était encore marié mais il vivait les derniers temps d'une union qui se désagrégeait et qui moins de deux ans plus tard allaient l'amener au divorce.

Pour Noël il réussit à détourner un peu de temps et il emmena Léna dans un restaurant chic où, comme une enfant, elle se réjouit du père Noël qui faisait couleur locale, à ceci près que c'était cette fois une mère Noël. Ce fut là qu'elle lui donna un premier baiser fougueux et il aima beaucoup le fait que malgré sa plus grande expérience ce fût elle qui le pénétrât la première.
 Ils passèrent le reste de l'après-midi à s'embrasser, insatiables, sous des porches d'où ils se firent même chasser et s'éloignèrent en riant.
Leurs cœurs commençaient à s'éprendre, la passion s'installait, alimentée par les conditions difficiles de sa réalisation.

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Quelque temps plus tôt, comme Léna achetait avec Jean-Yves un cadeau de Noël, il devina que c'était pour son mari et il fut envahi de
jalousie pour cet homme qu'elle n'aimait plus et qui pourtant avait le droit de la côtoyer.
Des absences familiales leurs furent alors mutuellement imposées et renforcèrent le manque. Durant cette période Jean-Yves était furieux car il n'arrivait pas à reconstituer l'image mentale de Léna. Seule lui restait la mémoire de sa silhouette. Au retour cependant il
dut constater que leurs corps étaient impatients d'à nouveau se toucher et s'enlacer. Alors ils oubliaient tout, les contraintes, la discrétion imposée et seule restait, prédominante, omniprésente, la joie.
Un jour de janvier pourtant, Léna et Jean-Yves, qui à présent déjeunaient ensemble chaque midi ouvré de la semaine, purent profiter de l'intimité d'une chambre d'hôtel qu'elle avait dû prendre pour nécessité professionnelle. Enfin le bonheur de s'embrasser sans se cacher et bien vite ils furent nus dans les bras l'un de l'autre. Jean-Yves se souvient de la rougeur de Léna qui pour la première fois «trompait» son mari. Du reste elle fit ce jour là un compromis avec elle-même et permit à Jean-Yves tout sauf de la pénétrer de son sexe. Ainsi pensait-elle ne pas tromper vraiment. Lui eut un mot malheureux juste avant qu'ils ne se quittent en évoquant - fût-ce par une comparaison au bénéfice de Léna - sa liaison précédente.
Etait-ce le propos, était-ce le trouble de sa compagne, elle se fâcha et quand ils se revirent deux heures plus tard elle lui annonça, brutale, la rupture, le jour même de leur union. Pour lui, tout s’effondre à nouveau et il ne retient pas ses larmes.
Elle reste impassible. Une nuit sans dormir, la peur au corps et au matin il se précipite pour la retrouver. Elle le reprend, elle a
pardonné, oublié. Il apprend même qu'il est le deuxième homme avec qui elle a couché et cela l'emplit de joie. Il va pouvoir sur ce plan parfaire sa formation, être son professeur. Ce qui pourtant le touche le plus c'est la confiance qui lui est témoignée dans cet aveu.
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Jean - Yves et Léna se virent alors presque chaque semaine dans un hôtel de passe où la force des sentiments leur faisait oublier le prosaïque du lieu et les amours minutées. Curieusement, après leur première relation, elle ne s'abandonna que progressivement, de mois en mois : usage du préservatif, ensuite renoncement à celui-ci, enfin rapport complet.
Le week-end ils détournaient une heure pour se retrouver dans une nature complice où là aussi à l'abri des regards ils célébraient le plus souvent ces fêtes du corps qui les liaient de plus en plus l'un à l'autre. Léna se révéla une élève appliquée et douée et quand les orgasmes s'enchaînaient, elle disait simplement« tu veux me tuer ». Il avait la faiblesse d'en tirer, à côté du contentement pour elle, aussi quelque fierté. Il se prenait à croire au mythe qui veut que les femmes soient amoureuses des hommes qui les font jouir.
Un jour de juin ils purent s'évader une journée entière. Souvenir merveilleux d'un moment où tout fut juste. L'instant aussi où devant Notre Dame, à cheval sur le méridien matérialisé, ils firent un vœu.
Celui de Jean – Yves fut plus réaliste que celui de Léna, qu’il lui fit avouer bien plus tard : il avait déjà été meurtri par la vie ; elle, croyait encore à l’amour.

Bientôt ce furent les vacances d'été et Jean-Yves partit en famille
pour quelques semaines . Il se souvient encore de la colère de Léna lorsqu'ils se dirent au revoir. Malgré sa propre peine il y vit la
preuve d'un attachement. A l'époque elle paraissait d'ailleurs plus attachée que lui. Il avait une plus grande expérience, était aussi plus diplômé et cela le confortait dans un sentiment d'invulnérabilité. Comment Léna pourrait-elle se détacher de lui, elle à qui il apportait le plaisir, l'aventure et même la poésie qu'elle lui inspirait? Il la retrouva avec plaisir et d'abord celui du corps qui avait été frustré par leur séparation.
Puis ce fut elle qui accompagna son mari à l'étranger. Deux ou trois semaines. C'est à cette époque, un an après le début de leur liaison, qu'il réalisa son attachement pour elle, même s'il souffrait encore de la trahison infligée par sa maîtresse précédente, ce dont elle n'ignorait rien. Léna souffrait aussi: elle s'était persuadée ne jamais pouvoir égaler cet ancien grand amour. Plusieurs fois elle le lui écrivit. Il n'y prit garde, s'arrêtant à l'amour qui transpirait de ces écrits pourtant parfois désespérés. Il apportait de molles dénégations. Il se dirigeait parallèlement et lentement vers le divorce qui, croyait-il, devait à terme le libérer.


 

6  Le mari de Léna s'absentait toute la semaine pour raisons professionnelles et ne rentrait que les week-ends. Jean-Yves voyait se profiler pour Léna et lui des jours meilleurs, un surcroît de liberté. Ils se connaissaient depuis seize mois et il pensait qu'entre
eux tout allait de mieux en mieux. Il imputait les moments d'assombrissement de Léna à son inexpérience de la situation qu'elle vivait. Les fins de semaine, ces périodes où elle lui était enlevée, la rage le tenaillait et souvent il passait en voiture devant chez elle, prenant soin d'alterner ses deux véhicules afin de moins risquer d'être repéré par le mari ou le voisinage. Il arrivait qu'alors ils s'apercevaient et ils jouissaient tous deux du bonheur fugace des « illégitimes ».
Un dimanche après-midi, comme il passait ainsi devant sa maison, il vit les volets fermés. Certes elle lui avait dit que le samedi son mari et elle devaient sortir, mais leur absence le lendemain était tout à fait inhabituelle. Ceci suffit à nourrir chez lui un violent accès de jalousie. Pourquoi ne lui avait-elle pas dit qu'ils pourraient ne pas rentrer? Trois fois ce jour là-il rôda dans son quartier. La maison restait close.

Ce n'est que le lendemain matin qu'il apprit par une amie commune le décès brutal du mari de Léna. Jamais il n'avait souhaité la mort de ce rival qui ignorait l'être, même si, les derniers temps ce dernier commençait à nourrir des doutes ..

Ensuite ce fut le silence radio. Neuf jours durant. Mort d'inquiétude il envisageait le pire : Léna qui depuis le début était culpabilisée allait sous le choc mettre un terme à leur liaison. Il se croyait sur le point de la perdre.

 
Ces pensées ne lui laissaient aucun répit et c’est avec un immense soulagement qu’il réentendit sa voix au téléphone le neuvième jour. Au bureau. Elle l’avait appelé mais était usée, méconnaissable. Il fut envahi d’une immense commisération pour celle qu’il devait maintenant  s’avouer aimer.
Trois jours plus tard ils convirent d'un "rendez-vous" pour un passage en voiture devant chez elle et, le coeur battant, il aperçut la pauvre silhouette de noir vêtue qui lui fit signe discrètement. Léna avait perdu quinze kilos.

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Jean-Yves partit ensuite pour quelque temps en vacances et au retour il passa directement prendre Léna à sa sortie du travail. Son émotion encore devant ce corps chéri, meurtri par l'épreuve. Mais il la retrouvait aimante et aussi, trois semaines après cette mort soudaine, ils connaissaient à nouveau l'attirance fulgurante des corps que seul le contact apaisait.

Très vite ils reprirent leurs habitudes: l'hôtel de passe, les déjeuners et trajets communs. Cela dura un mois, comme si la vie avait repris son cours ordinaire, « normal ».

Jean- Yves, toujours marié, se disait qu'ils ne pouvaient se contenter de si peu et il échafauda un plan pour qu'ils puissent prendre ensemble quelques jours de vacances qui auraient été les premiers. Cependant de lui même il y renonça par égard pour l’entourage de la jeune veuve et pour le qu’en-dira-t-on, par amour en quelque sorte. Suprême ironie, elle crut qu'il ne l'aimait pas assez pour partir avec elle. Lui se disait qu'attendant cette liberté depuis un an et demi, il pouvait bien attendre encore un peu.

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Lors des obsèques de son mari, Léna avait retrouvé un copain d'enfance, très lointain cousin, perdu de vue depuis plus de trente ans, Pierre. Bien sûr pas plus à lui qu'à quiconque elle n'avait soufflé mot de l’existence de Jean-Yves

. Du reste lors de la cérémonie elle était dans un tel état de choc

qu'elle l'avait à peine remarqué. Quelques semaines après il se manifesta à nouveau au téléphone et bientôt ses appels se firent très fréquents. Il sortait d'une rupture.

Un mois après la reprise de la relation entre Jean-Yves et Léna, Pierre lui rendit visite et elle prévint son amant qu'elle devait déjeuner avec ce lointain parent. Le soir Jean-Yves trouva Léna excitée par l'évocation avec Pierre de ses souvenirs d'enfance. Il la taquina sur ces retrouvailles et elle s'insurgeait, se déclarant comblée par son amant, n'ayant besoin de rien d'autre que d'un copain. Le lien familial, même ténu, était pour Jean-Yves rassurant..

Le lendemain, à l'hôtel avec lui, elle prit curieusement l'initiative de tous les ébats, le condamnant même à la passivité, ce qui n'était pas dans leurs habitudes. Toujours taquin Jean-yves lui demanda s'il s'agissait d’un cadeau d'adieu. Fâchée elle répondit qu'il avait l'art de tout gâcher. Deux jours encore ils déjeunèrent ensemble et le troisième elle déclara avoir un repas de travail. C'était le premier et pauvre mensonge car Pierre, en fait, était revenu. Le soir Jean-Yves vit Léna désemparée et très pessimiste. C'était la veille d'un week-end où elle ne le rejoignit pas et dès le lundi elle mit fin au mensonge en lui annonçant

Chapitre suivant : II Léna, l'amour