COMMENT VOULEZ-VOUS ECRIRE ?
La brume était épaisse. Les premières lueurs du soleil s'y diluaient péniblement. L'opacité de l'air nous enveloppait d'une surréaliste gangue lumineusement claire. Rien n'avait l'air de ce qu'il était. Les arbres devenaient des géants menaçants et son voisin n'était qu'une forme opaque sans visage distinct.
Ce brouillard laissait supposer qu'une superbe journée estivale débutait. Et nous devions mourir.
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Ça fait du bien. J'avais envie de commencer cette histoire comme ça, un peu lyrique, grandiloquent. J'suis content de moi. T'en penses quoi, Annette ? T'as raison, j'suis le meilleur.
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Mes hommes attendait sans la moindre appréhension apparente le combat où ils étaient sûrs de laisser leur vie. Mais qu'est leur destinée à côté de la grandeur du royaume ? De la souveraineté retrouvée de notre roi ?
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Tu sais, moi, à leur place, j'aurais les copeaux, j'te le dis. Savoir que tu vas claquer, tu te rends compte ! Hein ? Qu'est ce que tu racontes ? Toi aussi tu sais que tu vas y passer un jour ? Oui, mais un jour, c'est pas comme je l'écris là, comme si je te disais qu'avant quatorze heures, hop, t'es sur le dos ! C'est autre chose, non ?
Ne lis pas au-dessus de mon épaule, j'aime pas ça, tu le sais bien. Quoi ? Non j'ai pas qu'un soldat dans mon histoire! J'en ai plein, pourquoi ? Ha oui, 'e n t' à 'attendait'. J'ai pas fait attention, mais je l'aurais vu un jour, celle là, elle est assez grosse.
Ha elle est contente, hein, elle m'a cassé, hein ! C'est ça, retourne à ton ménage. Et laisse la bouffe, je m'en occuperai. J'ai envie de manger du bon aujourd'hui.
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Vingt contre un. Notre défaite était pré-programmée. Je savais que ne nous représentions qu'une diversion qui accaparerait l'ennemi, le mènerait là où l'état-major avait prévu qu'il serait, pendant que le gros de nos troupes frapperait un coup qui se voulait décisif sur la base de retranchement du souverain ennemi. Mes hommes ne connaissaient pas ce 'détail'. Il le pressentaient, le ressentaient, le sentaient.
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Quoi encore ? Je t'ai déjà demandé de ne pas lire par-dessus mon épaule (…) Par-dessous non plus ! Ça m'énerve, tu ne le sais pas ça ? Tu liras quand j'aurais fini. Merde, combien de fois faudra le dire ? Quoi, j'ai encore fait une connerie ? Ha, le 's' à 'IL pressentaient...'. Regardez-la comme elle jubile, ma dame ! Ben va z'y toi, si t'es si maligne, écris-en un texte avec tes petits doigts, qu'est ce que tu attends ? Ha, on fait moins sa fière, là ! Ça veut dire quoi, ça, "moi au moins, je ne m'attaque qu'aux choses que je sais bien faire" ? Tu cherches quoi au juste ? C'est ça, va faire les courses, va ! T'es pas obligée de te presser ! Laisse-moi un peu respirer. J'ai une bataille à finir.
Je sens qu'un de ces jours, j'oserai lui sortir tous ces reproches qui me trottent en tête.
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Le gros de ma troupe restait assis. Peu de paroles étaient échangées. Aucun sourire ne venait dérider des visages graves, fermés, réfléchis. Beaucoup se dosaient une contenance en fourbissant leurs armes. Ainsi, à gauche, à droite, devant, partout, de sporadiques éclats lumineux de soleil miroitaient sur les épées manipulées et plaquaient des tâches éblouissantes sur mes rétines déjà éprouvées par ma dernière nuit sur terre.
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Punaise ! Ce que je suis content de celle là ! Ça en jette un max ! Et l'autre qui n'est jamais là pour lire au-dessus de mon épaule quand j'ai envie de frimer et d'être flatté en me laissant entendre que je suis quand même meilleur que Xavier, mon ami écrivain internaute ! Qu'est ce que tu me veux, toi ? T'es déjà levé ? C'est mercredi et t'es débout à cette heure ci ? Alors qu'en semaine c'est l'accroc et la bananière pour te saquer de ton pieu ?
Qu'est ce que ça veut dire quoi ? (…) 'beaucoup se dosaient' ? Mais j'en sais rien moi! Tu l'as vu dans quelle bande dessinée ? Dans mon texte ? Où, fais voir à papa. Ben oui, c'est une faute de frappe. (…) Ça signifie qu'on a enfoncé une touche pour une autre, ça arrive quand on a de gros doigts. Regarde, je corrige : 'Beaucoup se DONNAIENT une contenance'. Ha non, lâche-moi, tu le demanderas à ta mère quand elle rentrera, ce que ça veut dire. C'est tout ce que tu sais faire ? Me reprendre sur tous les mots soulignés rouge ou vert par Word ? Dis-donc, on aurait dû t'appeler Correktor, toi ! Va manger tes céréales, ingrat ! Ça n'a pas dix ans, ça sait à peine lire et ça veut vous donner des leçons ? T'as gagné : pas de PlayStation aujourd'hui.
Me dis pas merci, c'est à moi que ça fait plaisir.
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Les brumes matinales se dissipent. Ce bouclier naturel va se dissoudre et permettre ainsi que s'engage notre acte d'héroïsme, notre don ultime, notre sacrifice suprême, notre offrande à la nation. Puisse t'elle s'en trouver grandie, forte, puissante, souveraine.
L'un de mes lieutenants s'approche. Il a la tête des mauvais jours. Du dernier jour.
- Je crois qu'il sera temps de se regrouper et d'instruire nos soldats de la tactique à adopter, Messire.
- Faîtes venir les différents chefs de sections, que je les exhorte à appliquer ma vision du combat qui nous attend.
- Bien Messire. Mais j'ai pas trouvé de beurre Oméga 3 au rayon frais, j'ai pris du tout-venant.
***
Hein, quoi ? y'avait plus que du beurre basique, t'as pas trouvé d'Oméga 3 ? T'as vraiment le chic pour tomber au moment où on t'attend le moins. T'es vraiment la reine des klottebrecks, toi. Tu débarques là, tu causes pour ne rien dire et tu coupes la parole à mes personnages ? Mais tu te crois où, malapprise ? Oui, ton fils est levé, ça se voit pas ? J'arrive, je finis ma phrase, et je t'aide à ranger les courses.
Quoi, gamin ? Ha oui, un message MSN. Oui, je vais voir tout de suite qui c'est.
{"Félicitations, "Bernard LANCOURT" vient de laisser un commentaire sur l'œuvre suivante : "Pull envie"
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C'est rien , Juju, c'est LANCOURT qui me dit qu'il m'aime. Quoi ? Ben ouais moi aussi je l'aime bien. Non on ne s'est jamais vu. Non, y'a pas de raison qu'on se voit un jour. C'est un amour virtuel, quoi. (…) C'est ça, vas demander à ta mère.
Faudra que je leur signale qu'ils ont oublié le 's' à 'dans les plus bref délais', chez Inlibro. Y'a pas de raison. On ne se gêne pas avec moi quand il s'agit de me signaler mes fautes.
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Il fait grande clarté à présent. Comme pressenti, la température monte vite. A bien réfléchir, cela doit ajouter à la morosité de mourir par temps pluvieux. Béni soit notre Seigneur qui nous permettra de le rejoindre secs. J'ai envie de faire un dernier geste pour mes compagnons qui, pour la plupart, me suivent depuis des lustres et jusqu'au tombeau. Pourquoi n'aurait-ils pas droit de jouer une dernière fois à la PlayStation ? (…)
***
Mais parce qu'il est puni ! Un point c'est tout. Ton fils est un effronté ! Juste au moment où j'allais attaquer la bagarre finale. Y'a de quoi se l'enrober de papier aluminium pour se donner des airs de lavabo qui fuit. Ho pis j'en ai marre, là, j'vais arrêter, parce que je sens que ça part en vrille, ce bazar.
J'vais aller m'occuper de la bouffe.
T'as de la chance que je t'aime, parce que quand il s'agit de me pourrir la vie, tu le fais jusqu'au bout, toi. La preuve : qu'est ce que tu veux que je vous cuisine sans margarine Oméga 3, moi ?
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Chapitre suivant : J'AIME PLUS ALEXANDRE ASTIER