P'TIT KIKI BOUM
Aujourd'hui.
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On va s'en sortir comment, ce coup-là ? On n'avait pas besoin de ça, tiens ! On était pépères, peinards, et elles baignaient mollement dans la chantilly, nos vies. Ça roulait dans des habitudes dont les pignons baignaient dans l'huile, et v'là que notre grande fifille nous envoie dans la belle mécanique une poignée de graviers qui risque de nous faire dérailler du braquet : les parents de son copain souhaitent nous rencontrer.
Cette nouvelle me consterne, m'anéantit ! Déjà, voir du monde n'est vraiment pas mon idéal. De plus, je ne suis pas particulièrement fier de montrer ma famille, et ceux qui n'en font pas partie m'indiffèrent. Le gouffre des convenances nous séparant de ces gens me terrorise. Je vais devoir, en moins de trois semaines, tenter de me souvenir et d'amener toutes les bases d'un comportement social plus ou moins correct à ma progéniture. Elle n'a aucune idée de ce qu'est la bienséance. Pour elle, ses limites consistent à essayer de péter le moins bruyamment possible dans l'ascenseur quand on n'y est pas seul.
Cette tache herculéenne me file le tournis. A un point tel que j'en attrape un coup de flou pas racontable. J'aurais sévèrement besoin d'un petit remontant. Et c'est toujours dans ces circonstances-là que le frigo est vide, malgré le remplissage effectué le matin même. On devrait toujours penser à se conserver une petite liqueur de poire pour la soif.
Oui, j'aime pas bien les autres ! C'est viscéral. J'ai rien à leur dire ni à en attendre, je crois. Y'a un mot pour désigner ça, je l'ai entendu l'autre jour où j'ai zappé malencontreusement sur Arte, un soir d'inadvertance correctement arrosée.
Attends voir que je me souvienne… Voilà : je serais un mis-en-cloque ! Quelle connerie ! Je ne vois même pas le rapport ! Tiens, ça me rappelle que je n'ai pas encore pris le temps de déprogrammer cette chaîne pourrie de mon téléviseur.
J'en ai marre. Cette annonce de visite à rendre m'a tué. Et inculper les bonnes manières à mes rejetons, c'est mon combat à vide contre Goliath. J'vais arrêter d'écrire pour aujourd'hui et compenser par une petite sieste pour attendre plus sereinement l'heure du coucher. Peut-être qu'à mon réveil, le frigo sera ré empli…
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Le lendemain
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La nuit est passée là-dessus. D'ailleurs, comme je l'ai noté au début de ce nouveau chapitre : on est demain. Rien n'a évolué dans mon esprit. Je n'ai pas trente scies solutions disponibles : je vais devoir te leur servir la soupe au travers de situations précises et bien choisies, en tentant d'exposer à mes salopiots des exemples circonstanciés. Pas gagné d'avance.
Première chose : interroger ma grande, débusquer les particularités de l'adversaire, les pièges à éviter, les limites minimales à imposer au niveau politesse et respect. Si ça se trouve, ce sont de braves pue-la-sueur comme nous, et on se finira à la gueuze brune ou blonde, en roulant sous la table, bourrés.
- Diane, tu peux m'en expliquer un peu plus sur la parenté de Richard-Emmanuel ?
- J'en ai pas rien à dire : j'en connais pas grand chose, à part ses vieux que j'ai croisés vite fait lorsqu'ils nous ont surpris dans son pieu.
- Ah bon ! Mais t'en as déjà causé avec lui, non ?
- J'sais qu'il a une tante aveugle qui ne veut plus voir les autres membres malgré qu'elle vive chez eux.
Ils sont originaires de Montauban, près de Auch, en Touraine.
- Montauban, en Touraine ? J'ai un p'tit doute, là ! J'suis pas fort en géométrie, mais ça m'a pas l'air de coller, ton truc.
- Ben si, y m'semble ! Ah non, t'as raison, c'est un bled près de Loches ! J'me souviens que ce nom m'avait fait rigoler.
- Loches ! En Touraine ? Ma pauvre fille ! Dès qu'il y a une connerie à dire, on peut compter sur toi !
- Bouge pas, j'vais regarder au dico !
Ma puînée arrive dans le salon sur ces belles paroles. Diane la questionne.
- Dis, Aude, t'es balaise en Touraine, toi ?
- Tu sais bien que ta sœur est forte en tout, qu'on se demande même d'où elle débarque, celle-là !
- Qu'est que tu veux savoir ?
- Tu connais la ville de Loches ?
- Oui, c'est en Val de Loire, à un peu moins de trente kilomètres de Tours, près de Ligueil, Montrésor, Mantelan, Cornery …
- Mantelan, c'est ça. J'ai confondu : c'était pas monte au banc, mais Mantelan. T'as vu, vieux, que j'avais raison, pour Loches ? Merci, Aude.
La cadette prend son téléphone portable qui traînait à sa place habituelle, sous le buffet, à côté des jouets, boites d'allumettes et autres petites cuillères ou crayons que mon jeune gamin balance inlassablement sous ce meuble. Elle s'en retourne dans sa chambre.
- Elle m'énerve, cette petite je-sais-tout-et-je-le-montre.
- T'inquiète, elle le fait pas exprès d'être intelligente, un peu comme toi d'être un peu glandu sur les bords, quoi.
- Et qu'est ce qu'ils font, les parents de ton copain ?
- La même chose que ta femme et toi : ils ne bossent pas non plus.
- Ouais !! Des collègues !
- Non ! Eux, Richard-
Emmanuel m'a expliquée que ce sont des ratiers.
- Qu'est ce tu me racontes là ?
- Ben oui, ils vivent de leur rate, qu'il a dit !
- Ah ! Des rentiers ! Merde ! On n'est pas sortis de la berge ! Bon, ben tant pis : j'ferai avec. Tiens, en passant devant le buffet, regarde voir en dessous, des fois que ton frelot y aurait rangé une cannette : j'ai une tite soif.
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Toujours le même lent de mains, mais en fin d'après-midi.
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- Mes enfants ! Si on vous a réunis, avec maman, c'est pour vous annoncer une ardoise en forme de tuile qui nous tombe dessus : on devra se rendre chez Richard-Emmanuel dans deux samedis, pour faire connaissance avec ses parents.
- Tiens ! Juste le jour où j'ai mon concert de flûte traversière ! J'pourrai pas vous y accompagner, c'est dommage !
- C'est rien, Aude, on fera sans toi !
- J'veux rien dire, mais j'crois que Julien est invité par un de ses copains de classe qui fête son anniversaire au Mc Quick, ajoute t'elle. C'est pas ça, maman ?
- Qu'est ce que j'en sais moi ? J'suis pas sa mè… Ah si, c'est vrai ! Mais j'en sais rien quand même.
- Bon, ben c'est rien ! On n'ira qu'avec toi, Diane, et puis voilà tout.
- Ah non, j'ai une sortie de prévue avec mon pote Jonathan, moi ! Et j'peux pas remettre !
- Tu crois que j'vais y aller qu'avec ta mère ? Mais ça va pas non ?
Annette prend la balle au bond :
- Ha non, ça va pas du tout, ça ! J'ai une réunion "Tu perds where" chez Catherine ! Tu te débrouilles tout seul, mon gars !
- Si c'est comme ça que tu le prends, ça va être vite fait, bien fait, et tant pis pour les éclats : j'enverrai ta mère !
- T'as raison, ça lui occupera son après-midi.
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Deux dimanches plus tard
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- Alors, Mémère, ça s'est passé comme tu voulais, ta visite d'hier chez Richard-Emmanuel ?
- Ben mon gars, tu vellais la balaque qu'ils ont ! Avec bibliothèque, billald, cheminée de feu de bois, papier-toilettes bleu et tout le tlemblement. Chez eux, c'est beau comme à Confolama !
- Et ils t'ont accueillie correctement, au moins ?
- La vieille, oui. On a beaucoup causé, en attendant que les palents de Lichald-Emmanuel allivent. On aulait même bien ligolé, si seulement elle avait eu un peu d'humoul. Elle est aveugle des yeux et du coeul, cette femme-là ! Mais elle a une petite léserve de Chaltleuse velte pas mauvaise du tout et une descente qui doit pas êtle facile à lemonter. On s'en est mis une paile de velles dans le colnet.
- Ça a été aussi avec le père et la mère du gamin, quand ils sont arrivés ?
- M'en palle pas ! Ils m'ont donnée l'implession d'êtle un cheveu dans un jeu de quilles.
- Ils ont eu du mal à accepter que tu sois seule ?
- Oui, déjà ça ! Mais en plus, ils n'étaient pas tlès contents que vous ne soyez pas là !
- Ben explique, Maman, te fais pas prier !
- Ils m'ont fait une de ces salades malbecs : ils sont une famille sélieuse, soble, tlavailleuse, cloyante et tout le toutim ! Et chez eux,
on ne couche pas avant le maliage.
- Quelle bande de mous-de-la-vie !
- Tu l'as dit, Fi. Qu'est ce que tu leur as répondu, m'man ?
- Un tas de glos mots, pour leur montler que j'avais du lépondant. J'ai clu complendle qu'il était plus tlop question que Diane levoit encole ce galçon, je clois. Je suis paltie alols que la vieille tante venait de soltil poul faile un toul. Je l'ai rattlappée et on a fait un bout de chemin ensemble.
- Alors, t'as laissé tomber le morceau ? C'est encore une fois nous les vilains pas-beaux, alors ?
- Pour une fois, il a pas tort, le Philippe : c'est toujours les richards qui font leur loi et qui s'en sortent le mieux !
- Clois pas ça, ma glande fille : j'en ai plofité pour donner le blas à la vieille. On s'est baladé un peu. Quand on s'est sépalées, j'y ai lefiler ma canne mallon foncée et j'ai galdé la sienne, la blanche…
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Hier
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- Annette, t'aurais pas vu mon dentier ?
- T'as regardé sous le meuble du salon ?
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Chapitre suivant : AMIS CALMANTS