QU'IMPORTE LE FLOCON POURVU QU'ON AIT L'EVEREST !
Alors là, j'en reste comme les deux éléments d'un serre-livres qui se regarderaient en chien de faïence ! D'accord, c'est Annette qui régente ma vie, c'est désormais une chose connue, reconnue et avérée, mais maintenant, en plus, même mes écrits me trahissent. Oh, mais je sens que je m'en vais reprendre les choses en mains (oui, un pluriel sur 'en mains', les choses étant assez imposantes pour. Ce ne sont pas les miennes). J'explique : j'ai mon lecteur qui pense que ce que je rédige est directement dicté par ma vie de tous les jours. Je serais donc marié à une mégère sadique, malheureux, torturé, tourmenté, incapable de réagir mais drôle malgré tout. Je serais aussi tyrannisé par une belle-mère envahissante, despotique, abusive, envahissante, querelleuse, belliqueuse même, envahissante, mais je garderais mon sens de l'humour contre van et ma raie.
Hé ben je m'insurge ! Je dis non ! Non, non et non !
Où es-tu allé chercher cela, ami lecteur ? As-tu interrogé les gens qui m'entourent ? Evidemment, non ! Car si c'était le cas, tu saurais que je ne suis pas drôle du tout.
Pour tenter de lever le voile obscur posé sur ma vie et sous lequel personne, même pas toi, n'aurait eu l'idée saugrenue d'aller jeter un coup d'œil, je vais de ce pas t'expliquer ce qu'est réellement la vie d'un Philippe en plaine flamande : ses us et coutumes, ses habitudes, ses marottes, ses penchants, ses mœurs, son mode de vie, ses tics et manies, ses faiblesses, ses points forts. Non, je confirme : ses faiblesses. Si ça n'intéresse pas, je ne retiens personne. Y'a certainement un excellent numéro de 'Nous Deux', d'Intimité' ou de 'Gala' qui traîne pas loin et dans lequel les histoires à l'eau de rose étancheront honorablement la soif de lecture qui t'étreint.
Voilà, t'es prévenu. T'es encore là ? Ben, allons-y : en route pour un nouveau voyage exaltant vers ma banalité quotidienne.
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Tout d'abord, et pour remettre les choses dans leur contexte, je ne suis pas si mal marié que cela. Les descriptions de ma vie de tous les jours que j'en ferai dans les chapitres suivants essaieront de te le démontrer. Et sache que ma femme n'autorise la publication de mes écrits qu'après lecture et élagage, si besoin est. Autant s'autocensurer et se canaliser, non ? Je dois d'ailleurs reconnaître et humblement avouer qu'il est extrêmement rare, pour ne pas dire exceptionnel, que mes premiers jets passent sans encombre le filtre annettien. D'ailleurs, à y réfléchir plus avant, je n'ai pas en mémoire un seul exemple de texte n'ayant pas déplu à mon inestimable tendron et qu'il m'a fallu reprendre, repriser, alléger, tronquer.
Ah, quel fret j'ai fait le jour où elle m'a rencontré.
Les choses étant clairement posées, je vais pouvoir entamer la relation d'une journée type chez nous. Chez elle, plutôt.
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L'heure de mon levé est laissée à mon libre arbitre. Quelques petites limites intrangisibles cependant : je ne dois plus être encore au pieu dans les dix dernières minutes précédent la deuxième sonnerie du réveil d'Annette. Par contre, j'ai tout loisir de me sortir du lit bien avant ce moment fatidique, si le cœur m'en dit. En cas d'oubli ou de ré endormissement de ma part, quelques coups de tatane savamment assénés me font apprécier le fait que mon épouse dorme pieds nus. Mais je ne me plains pas : elle m'accepte encore parfois dans sa couche.
Sitôt debout, le travail ne me manque pas : Déclenchement du chauffage les petits matins frisquets, débarrassage des tables de salle à manger et cuisine de la veille, préparation du café, installation des bols, cuillères, couteau, beurre, pain, confiture, sucre et médicaments. Choix des agrumes à presser. Mise au micro-onde du bol d'Annette avec un fond de lait, et de ses deux tartines au toaster. Fut un temps où je devais en plus aller la chercher, la charger sur mon dos encore endormie et la poser sur sa chaise. C'est aujourd'hui à ranger au rayon des souvenirs, exactement à partir de ce jour béni où j'ai simulé un déséquilibre bien imité et que je l'ai adroitement laissée choir sans le faire officiellement exprès. Elle s'est écrasée lamentablement dans le couloir. Beaucoup de difficultés à s'asseoir pendant une petite semaine.
Depuis, elle fait le voyage seule.
Maintenant, je me contente de veiller fébrilement l'instant où elle débouchera dans la cuisine. Je tente de faire chauffer le lait et griller les tartines juste avant qu'elle arrive, pour éviter qu'elle ait à attendre ou que les ingrédients de son petit-déj soient refroidis. Elle traverse la petite pièce, s'assied en bout de table, côté fenêtre. Elle pose ses pieds sur le barreau de sa chaise et attend en baillant que son café au lait lui soit servi, ainsi que ses morceaux de pain légèrement brunis et correctement beurrés qu'elle consentira à couvrir elle-même d'une couche de confiture. J'en profite alors pour petit-déjeuner en milieu de table.
J'ai fini de manger avant elle. Je me lève et attends. Je sais qu'à un moment elle se reversera un fond de lait dans son bol, y ajoutera l'une des moitiés du sucre qu'elle aura facilement cassé en deux et attendra. A moi de jouer : prendre le récipient et le mettre à chauffer dix secondes, pas plus. Le ressortir, le reposer devant elle et y ajouter du café. J'ai déjà débarrassé mon bol et nettoyé mon coin de table. J'ai le droit de parler, mais uniquement si elle m'adresse la parole et que celle-ci nécessite une réponse. Quand elle a fini son breuvage, elle part se nettoyer la carcasse et se l'habiller. J'ai l'insigne honneur alors de garnir le lave vaisselle de son bol sale. C'est à cet instant que j'ai l'autorisation de préparer le jus de fruits matinal, quand les bruits du presse-agrumes sont atténués par la distance séparant la cuisine de la salle de bains.
Elle n'a encore rien critiqué. Qui ne la connaît pas pourrait la croire agréable à vivre, aimable et de bon poil. Patience ! Elle n'est que pas encore réveillée.
Dès la sortie de la salle de bains, la vraie Annette apparaît dans tout son éclat, mais de voix, principalement. Je ne suis pas sûr qu'à force, nos voisins prennent encore la peine d'enclencher leur réveil avant de s'endormir : ils savent que vers sept heures moins le quart, moins dix au plus tard, il ne leur sera plus possible d'ignorer qu'Annette est réveillée, debout et pas contente. Certains locataires de l'immeuble doivent encore penser que c'est moi qui me lève du pied gauche chaque matin en râlant au saut du lit sur tout et rien de ma voix mâle et rauque amplifiée.
Deux éléments m'interloquent fréquemment : comment est-elle capable de vitupérer prestement en gesticulant hardiment tout en se maquillant simultanément et en faisant les deux choses parfaitement, d'une part, et, subséquemment, pourquoi suis-je tenté de mettre énormément d'adverbes dans mes phrases ?
Elle est prête. Dernières recommandations, derniers ordres pour la journée, puis arrive le moment où elle s'en va. Il est sept heures et quart, à une ou deux minutes près.
Ouais !!!!!!! Vive les petites vacances !!!!!
Je peux continuer mon ménage plus sereinement. Je suis bien.
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Il n'est pas encore huit heures : elle me manque déjà.
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Cette description ne concerne que les jours de semaine. Il y a malheureusement les week-ends qui tombent généralement chaque fin de semaine. Et Annette ne part pas, ces deux jours-là. Par contre, souvent, elle se lève quand même. Le rituel décortiqué ci-dessus reste valable, mais le déroulement de la journée varie. Il nous arrive de nous promener, d'aller aux commissions…
Une des choses au monde qui a le don de m'irriter au point maximal, c'est la rentrée de balade, des courses ou de toute réunion familial lambada, pour ne pas dire de base. Je ne cherche plus l'Annette, je suis au parfum, elle m'a habitué à son comportement égoïste : elle s'installe devant sa télé ou son ordinateur. A moi de ranger les courses, de pendre le linge ou de le ramasser, de préparer la bouffe…. Et je ne parle pas du temps où les enfants étaient tout petits et qu'ils demandaient un regain de travail et d'attention.
C'était l'enfer. Je haïssais les week-ends. L'ingratitude du partenaire !
Donc, Madame se décroche du monde familial pour cause de grande fatigue, de résultats sportifs importants à connaître ou d'impératifs de communication avec un ou des internautes.
Quelquefois, j'avoue que je pète un fusible et que je m'autorise à le faire savoir : je prépare le souper dix minutes en retard, quitte à me faire enguirlander vertement, je ne retourne pas les chaussettes avant de les passer à la machine à laver, je ne tends pas impeccablement le drap de son côté en faisant le lit, je mets son litre de vin un long moment au frigo. C'est mesquin mais souvent mérité. Tous les maris de la terre qui se retrouvent dans mes descriptions vous le confirmeront, Mesdames.
Vive le Philippe libre !
Merde ! J'm'étais promis de ne plus écrire de conneries sur mon petit couple, et la vie qui en découle, et j'ai encore failli à cette tache ! Quoique tout n'est pas faux là-dedans, loin s'en faut.
La prochaine fois, s'il y en a une, je ferai ré intervenir la belle-mère. C'est quand même plus comique quand elle est là.
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Chapitre suivant : LE PULL-OVER BOUGE