Dimanche, après midi
Il est arrivé comme prévu en début d’après-midi, après le déjeuner. Elle a fait du café et puis lui a montré l’étendue des dégâts.
Elle vivait seule depuis quelques temps et, au désarroi causé par la rupture, s'ajoutait un sentiment d'impuissance devant tout petit ennui matériel du quotidien dont elle ne s'était jamais souciée auparavant. Quand, la veille, elle avait raconté ses mésaventures à la cantonade, à grands renforts de détails et d’effets de manches, il avait beaucoup ri et s’était spontanément proposé pour lui venir en aide et réparer les fils du téléphone grignotés par le chat.
Bien que le connaissant à peine, tout nouveau venu, "pièce rapportée", dans ce petit groupe de ses amis, elle avait accepté.
Beau garçon... Bon public… Il manifestait comme un début d’empressement qui ne la laissait pas insensible et qui titillait un sentiment naissant de liberté, de la vie sans attache et sans compte à rendre. Un sentiment tout nouveau aux prémices grisantes, surprenant et qui, salutaire, allait la chercher au coeur de sa peine...
...
Et maintenant, il est là... Dans la cuisine, grand debout et nu. Un corps lisse et musclé, effilé et luisant. Le regard clair... Un sourire satisfait.
Il ouvre familièrement le frigo et s'étonne de son contenu désolé... Il finit par dénicher une bière, et repousse du pied, sans ménagement, le chat qui s'approchait curieux.
Elle, elle s'est glissée dans un grand gilet ample, en laine et qui gratte un peu. Adossée au mur, un peu plus loin, elle le regarde, comme absente... C’est un peu incongru, cet homme, conquérant, dans sa cuisine.
Il la trouve belle, très belle. Il le lui dit, lui donne même du "chérie"!... Il s'assied dans le canapé et pose ses deux pieds croisés sur la table basse. Il attrape et feuillette machinalement une revue qui traînait par terre, la repose négligemment et promène son regard sur le décor alentour.
Elle a froid, toujours… Le café est encore chaud. Ils ne l’ont pas bu tout à l’heure.
..
Il est donc là, lui, maintenant, à coté... Le chat se méfie. Il vient se réfugier dans ses jambes à elle. D'un bond agile rejoint ses bras et se coule en douceur dans son cou.
Un homme est là, à ses cotés... Et pourtant qu'il est loin ! Cette chaleur illusoire d'un instant, animal et charnel, n'aura pas fait long feu. La déréliction et le douloureux ressenti de l'absence s'infiltrent en elle... le manque... le vide la mine...
Elle a froid, encore... très froid, et soudain il lui tarde d'ouvrir la porte à cet inconnu devenu intrusif et de raccompagner ses pas jusqu'au sortir de sa vie.
Chapitre suivant : Réveil de bonheur