Perrine Cambon - Je l'aime, ne me le tuez pas - texte intégral

In Libro Veritas

Je l'aime, ne me le tuez pas

Par Perrine Cambon

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

14

Une semaine s'écoula, ce fut la semaine la plus paisible que je vécus depuis de longs mois. Les combats étaient bel et bien finis, nous allions bientôt pouvoir rentrer chez nous. Nous attendions juste la confirmation de fin de guerre, mais nous n'étions pas inquiets.
Le 11 novembre fut une date mémorable, la réelle fin de cette abominable guerre. La France et l'Allemagne signèrent enfin l'armistice tant attendu.
Durant toute cette journée, chacun alla se recueillir sur les tombes de ses amis défunts, dans notre petit cimetière. Allan et moi y allâmes ensemble, et nous priâmes tous les deux pour les âmes de Geoffrey et de Paul.
Le soir, au dîner, nous eûmes tous une pensée, cette fois-ci, pour toutes les victimes de ce trop long cauchemar. Ensuite, pour célébrer la paix, nous fîmes la fête toute la nuit, et je dansai, je dansai, avec tous ceux qui me le demandèrent, mais mon cavalier préféré fut bien sûr Allan. Vers la fin de la nuit, alors que nous nous étions assis, parce qu'épuisés, il me murmura à l'oreille :
- Anna, mon ange, la lettre que je t'avais donnée pour ma mère, est-ce que tu l'as lue ?
- Non, tu ne m'avais dit de la lire que si tu venais à mou-rir, répondis-je simplement.
- Alors fais-le. Tout de suite.
- Tout de suite ?
- Tout de suite.
Je l'abandonnai donc, mais pour très peu de temps cette fois-ci, je pouvais en être certaine, et courus chercher cette lettre. Pourquoi avait-il voulu que je sache ce qu'il avait écrit à sa mère ? J'étais impatiente d'en connaître la raison. J'arrivai essoufflée dans ma chambre, mais n'avais pas à chercher cette lettre, car je savais très bien où je l'avais rangée.
De l'enveloppe glissèrent deux feuilles. Je les ramassai, sur l'une il était inscrit "Maman", et sur l'autre mon nom, en belles lettres. Et voilà ce que j'ai pu lire :


Ma chère Anna,

Lorsque tu liras cette lettre, je ne sais pas si je serais encore en vie, mais, qu'importe, j'ai quelque chose à te dire. Je ne suis pas poète, je ne sais pas écrire de jolis vers, mais mon cœur est plein de doux sentiments. Anna, je t'aime. Je ne sais pas ce que tu en penses, et si je suis mort cela ne sert à rien. Mais je veux que tu saches que dès que je t'ai vue, j'ai ressenti quelque chose que je n'avais jamais ressenti auparavant, et non pas parce que tu étais la seule fille du camp et que tu
es très belle, mais parce que j'ai vu dans tes yeux quelque chose de magnifique. Une flamme qui brûlait et qui brûlera toujours, cette beauté intérieure que tu ne perdras jamais.
Anna, je ne sais que te dire de plus, à part que je t'aime comme jamais je n'ai aimé personne.
Je t'embrasse mille fois,
Ne m'oublie pas,
Allan


PS : Lorsque je serai au front, que les balles et les obus voleront au dessus de ma tête, et quand le calme reviendra, tout le temps je penserai à toi, et je graverai sur le sol, partout où je passerai :

Je l'aime, laissez-moi le lui dire, ne me tuez pas.




Fin


P.C
10/10/99 - 11-02-2001