Perrine Cambon - Je l'aime, ne me le tuez pas - texte intégral

In Libro Veritas

Je l'aime, ne me le tuez pas

Par Perrine Cambon

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Table des matières
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Trois mois passèrent. Chaque jour ressemblant au précédent, je me lassais souvent de mon travail. Chaque jour je voyais des morts, j'entendais des hurlements, cha-que jour des larmes, jamais de rires. La mort était là, bien présente, elle tuait, encore et toujours, et de plus en plus. Lorsque que j'étais à la lessive, j'entendais les cris de l'homme qu'on amputait à l'autre bout du camp.
Nous eûmes un mois d'août caniculaire. L'herbe du pauvre jardin craquait sous le pas, on aurait dit de la paille. Les fleurs, qui mettaient auparavant un peu de gaieté sur les tombes, étaient desséchées, et l'eau manquait.
Le 23 août, ce fut mon anniversaire. Je reçus ce jour-là deux lettres. La première était de mes parents. Elle accompagnait un colis.


13 août 1918

Ma chérie jolie,

Je me joins à tous ceux qui t'aiment pour te souhaiter un joyeux anniversaire. Papa et moi allons bien, rien de nouveau à la maison depuis notre dernière lettre. Mamie est très fière de toi, comme nous tous d'ailleurs. Elle a dit que,
comme elle avait fait avec ta cousine, Caroline, il y a deux ans, elle allait, si tu veux bien, t'engager pour l'aider (lorsque tu seras bien reposée, bien sûr). Ce qui te per-mettra de gagner un peu d'argent de poche.
Seize ans est un bien grand âge, ma chérie, et tu deviens une femme. Louis est venu me voir à la maison hier soir, il m'a demandé ta main. Je lui ai répondu que c'était à toi de décider, et que sans doute tu te pensais trop jeune. Il dit qu'il est capable d'attendre. Réfléchis bien ma puce, nous en reparlerons à la maison.

Je t'aime,
Maman

PS : Ci-joint, un colis d'anniversaire, ce n'est pas très original mais c'est utile : du savon, du shampooing, de l'encre et du papier.


Ma grande fille,

Tout d'abord, bon anniversaire. Je ne sais que rajouter à ce qu'a écrit maman. Ah, si, j'allais oublier. Sais-tu que Pierre, notre stagiaire, m'a parlé de toi ? Tu es jolie ma chérie, et tu lui plais. D'après ce qu'a dit Maman, il n'y a pas qu'à lui que tu plais.
Je n'étais pas là lorsque Louis est venu à la maison, mais Maman m'a tout raconté. Mais ne sois pas influencée. Tu épouseras l'homme que tu aimes quand tu en auras envie.
Je t'embrasse ma grande fille,
A bientôt,
Papa


J'étais contente de ce colis, il me fut utile, cela faisait bien longtemps que je m'étais pas lavée avec du savon. Malheureusement il y avait un problème. Moi, Anna Durandier, 16 ans à présent, était demandée en mariage par Louis de la Fontaine, jeune bourgeois de 18 ans. Ma mère, bien qu'elle ne me forcerait jamais dans un tel choix, aurait sûrement aimé que je l'épouse, car il était riche et m'aurait promis un bel avenir. Mais je ne l'aimais pas. Il était orgueilleux et très vantard. De plus, beaucoup de filles étaient amoureuses de lui, parce qu'il était très beau. Il devait donc penser que jamais je ne pourrais refuser ses avances. Mais hélas pour lui, mon cœur était déjà pris. Je n'avais pas revu Allan depuis son départ, je n'avais pas pu lui écrire, il n'avait pas d'adresse fixe. Mais je l'aimais toujours autant, et mon amour grandissait chaque jour.
La seconde lettre était de mon frère :

Ma petite princesse,
Tu devines sans doute ce que je vais te dire : bon anniversaire ! 16 ans, voilà une année importante, n'est-ce pas à cet âge qu'on commence à s'intéresser aux personnes du sexe opposé ? Sache que j'ai vécu mon premier amour à 16 ans. Alors bonne chance avec qui tu sais !
De là où je t'écris, je suis en repos, tout le monde dort, et moi je t'écris à la lumière de ma bougie. Je pense que ma lettre ne sera pas très longue car la bougie est presque entièrement fondue. Il me reste quelques secondes pour te souhaiter encore une fois un joyeux anniversaire, prends bien soin de toi.

Je t'embrasse,
A bientôt,
Paul


Le papier de sa lettre m'était familier. Il avait utilisé le papier à lettres que je lui avais offert pour son dernier anniversaire. L'écriture était soignée, contrairement à l'ordinaire, où j'avais peine à le lire.
Ce jour-ci fut pour moi un jour ordinaire, et personne ne savait que c'était mon anniversaire. Mais que pouvait-on trouver, dans cette guerre, de plus superficiel ?
Trois mois passèrent donc, trois mois sans grand événement, mis à part mon anniversaire. Le vrai changment arriva le vingtième jour du mois d'octobre.

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