In Libro Veritas

Je l'aime, ne me le tuez pas

Par Perrine Cambon

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Je déjeunai seule ce matin là, ce fut une matinée bien triste. N'ayant pas dormi depuis vingt-trois heures la nuit passée, je me demandais comment j'allais pouvoir tenir éveillée jusqu'au soir.
Dans la matinée, je donnais des soins, et rendis visite à Jean-Paul et à ses compagnons. Jules était avec eux. Il avait, posée sur les genoux, un vieux seau de ferraille, et régulièrement, il crachait du sang, et des morceaux de chair noircie. C'était horrifiant. Certains prétendaient que c'étaient ses poumons. Toujours est-il qu'il rendait, minutes après minutes, tout ce qui se trouvait à l'intérieur de son maigre squelette. Il était en train de mourir, doucement, en souffrant affreusement, à petit feu. Je fus prise de panique, je ne savais que faire pour l'aider, pour apai-ser ses souffrances.
- Que peut-on faire ? demandai-je, affolée.
- Rien, me répondit-on. Ne regarde pas. Dans dix minutes, il sera mort.
Le spectacle était réellement terrifiant. Tout ceci était l'œuvre de tous ces malheureux gaz qui lui avaient rongé les poumons. Hélas, il n'était pas le premier à mourir de cette façon, nombreux l'avaient fait auparavant, et nom-breux le feraient après lui.
Mais dès les premières minutes de cet affreux spectacle, je ne pus tenir, et courus chercher un infirmier. Il lui fit prendre l'air, deux minutes après, il n'était plus de ce monde.
Le midi, je déjeunai seule avec Jean-Paul, j'essayais d'oublier la scène de la matinée. Je lui parlai d'Allan, il me dit qu'il ne le connaissait pas, je le lui décrivis, mais je compris que mon héros s'était fait tellement discret qu'on ne le remarquait pas. Je pensais à lui, était-il encore vivant ?

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