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Le lendemain, j'eus droit au même scénario que la veille. Cela allait être mon emploi du temps, mon travail, avec tout de même quelques changements de temps à autre, car les malades ne nécessitaient pas tous de piqûres tous les jours. Cette nuit-là, j'avais rêvé de mes parents, et je m'en voulais de ne pas encore leur avoir écrit.Il n'y avait que le matin que nous n'avions pas droits aux traditionnels haricots, on nous servait de l'eau chaude, avec du thé parfois, du pain et rarement du beurre. Ce n'était pas bon, mais nous n'avions pas le choix.
Allan arriva vers huit heures, j'avais déjà nourri les vieillards et déjeuné moi-même. Je restais avec lui quelques minutes, je devais partir travailler, aujourd'hui, j'allais laver des vêtements. À dix heures, on allait lui enlever ses plâtres, et on m'avait demandé mon aide.
Les vêtements qu'on me donna à lessiver étaient tous abîmés, déchirés, les soldats changeaient de chemise, en moyenne, tous les deux mois. Tous empestaient la sueur, la moisissure. Même après plusieurs lavages, ils ne regagnaient pas leur couleur d'origine. Certains étaient à jeter, ceux qui avaient appartenus à des malades, et qui auraient pu répandre une épidémie, mais ceux des morts par blessures étaient récupérés.
Je travaillais jusqu'à neuf heures et demie,
puis je regagnais ma chambre, il fallait que j'écrive à mes parents. Allan s'occupait du courrier, il était chargé de le ramasser et de le distribuer. Je m'assis sur mon lit, pris une feuille de papier et écrivis :
15 juillet 1918
Chère maman,
Cher papa,
Je vous écris aujourd'hui parce que j'ai du temps libre et que j'étais occupée auparavant. Tout d'abord, le voyage s'est bien passé, il m'a tout de même pa-ru un peu long, parce que je ne savais pas comment m'occuper.
( Je n'osais pas leur raconter l'histoire du jeune homme dans le train.)
Lorsque je suis arrivée, les soldats m'ont accueillie avec beaucoup de sympathie, ils avaient préparé une pe-tite fête en mon honneur. Je me suis liée d'amitié avec un jeune garçon, il s'appelle Allan, il a seize ans. Il repart au combat demain.
En travaillant, j'ai fait la connaissance d'un homme, Jean-Paul Gransard,
et de ses amis, qui sont allés au front avec Paul. Ils m'ont beaucoup parlé de lui, et il est encore en vie. Vous écrit-il ? Pourriez-vous m'envoyer ses lettres, ou me donner l'adresse d'un lieu où je pourrais lui écrire ? J'espère le revoir bientôt.15 juillet 1918
Chère maman,
Cher papa,
Je vous écris aujourd'hui parce que j'ai du temps libre et que j'étais occupée auparavant. Tout d'abord, le voyage s'est bien passé, il m'a tout de même pa-ru un peu long, parce que je ne savais pas comment m'occuper.
( Je n'osais pas leur raconter l'histoire du jeune homme dans le train.)
Lorsque je suis arrivée, les soldats m'ont accueillie avec beaucoup de sympathie, ils avaient préparé une pe-tite fête en mon honneur. Je me suis liée d'amitié avec un jeune garçon, il s'appelle Allan, il a seize ans. Il repart au combat demain.
En travaillant, j'ai fait la connaissance d'un homme, Jean-Paul Gransard,
Je vous quitte, il faut que je reparte travailler, nous allons enlever ses plâtres à Allan. Ne vous inquiétez pas pour moi, je vais bien.
Je vous embrasse.
Anna
Je pliai la lettre, la glissai dans une enveloppe timbrée.
Je la remis à Allan, il remit son lot au facteur, et nous partîmes vers l'hôpital.
- Tu as peur ?
- Non, répondit-il, on va juste me retirer mes plâtres. C'est surtout quand on m'a retiré la balle du bras que j'ai eu mal. Et puis… tu seras avec moi !
Je rougis, j'étais gênée, mais reconnaissante de l'attention qu'il me portait. Je me sentais vraiment bien avec lui. Il s'appuya sur mon épaule, il pouvait marcher avec son pied plâtré, mais cela n'était pas très facile. Nous arrivâmes dans une pièce blanche, un médecin demanda à Allan de s'asseoir. Il découpa, à l'aide d'une sorte de grosse pince coupante, le plâtre de sa jambe, puis celui de son bras, pendant que j'enlevais les bandelettes qui entouraient sa cheville.
- Tu as beaucoup de chance, tu sais, expliqua le médecin, en s'adressant à Allan, car tu as été le dernier à être plâtré. Désormais, tous les blessés sont amputés. Je trouve cela stupide, et même grave, mais nous n'avons plus le matériel pour plâtrer. Prends garde à toi !
- Oui, merci docteur, répondit l'intéressé.
- Bien, tu peux partir te reposer maintenant. Tu sais que demain sera une dure journée. Je te souhaite beaucoup de chance, mon garçon. Anna, conduis-le dans ta chambre, veux-tu.
- Bien docteur, acquiescai-je. Tu viens Allan ?
Il me suivit. Le soleil brillait fort par la fenêtre de ma chambre, je tirai les rideaux pour cacher les rayons éblouissants qui nous gênaient.
- Allonge-toi, et repose-toi, murmurai-je. Je viendrai te voir souvent…
- Attends… Veux-tu rester un peu ?
Sa voix tremblait, ses grands yeux verts me suppliaient.
- C'est d'accord, je reste, répondis-je.
Il me sourit, susurra un "merci", et me fit signe de m'asseoir sur le lit, à coté de lui.
- Anna, j'ai peur de partir…
Son visage était redevenu triste, il avait les larmes aux yeux. Malgré cela il continua :
- Prends ma montre, et si je meurs, envoie-la à ma mère. Qu'elle en fasse ce qu'elle veut, qu'elle la vende ou qu'elle la garde en souvenir, peu m'importe. Mais je veux qu'elle lui soit remise. D'accord ?
- Bien sûr, je le ferais, il faudrait que tu me donnes son adresse. Mais tu resteras en vie, tu es solide, n'est ce pas ? Garde courage !
- Tiens, voilà l'adresse. Je te remercie Anna, tu es vraiment une amie pour moi.
Je pris le papier qu'il me tendait, et le rangeai dans une enveloppe, dans ma valise.
- Prends aussi cette lettre, envoie-la lui avec, mais seulement si je meurs, dit-il.
Je la glissai dans la même enveloppe, avec la montre.
- Tu pourras la lire avant de la poster, ajouta-t-il.
- Je ne souhaiterai pas me montrer indiscrète…
- C'est moi qui te le demande.
- D'accord.
Il se laissa tomber sur le lit, ferma les yeux.
- Tu veux que je parte ? demandai-je.
- Non, reste. Enfin, si ça ne te dérange pas…
- Non, bien sûr, murmurai-je.
Je restais longtemps à ses cotés, je l'observais longuement. Il dormait paisiblement. J'éprouvais une drôle de sensation, j'aimais à le regarder, il était vraiment beau, et puis il était doux, gentil, et tellement attachant.
Dis-moi Paul, est-ce que je suis amoureuse ?
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