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LA MEMOIRE EST ELLE SOLUBLE DANS L'EAU LITHINEE?
Choeur pour dix femmes égarées. Une gare en pleine forêt noire.
Sur les murs des affiches:Hôtel «Sol y ombra»
Les sachets lithinés, l'eau, la vraie.
Hôtel du Huron: spécialités d'Amérique du Nord
Récital unique de piano: Indiana Keith.
Le train du soleil
Grande corrida de Pentecôte avec Paco
La chanteuse, Paquita Madrid, ce soir.
Personnages: Indiana Keith: pianiste américaine
Paquita Madrid: chanteuse
Olga Kleist: Propriétaire du grand Hôtel de Wathveiller
Maria-Dolores: bonne et philosophe à ses heures.
Claudine Martin: parisienne;
Magalie Carpentier: sans profession connue.
Lisbeth: on ne connaît que son prénom. Carolina della Chiesa: porte le titre de baronne.
Gaelle Lebrun
Kate.
Claudine Thomas:Quelle idée de venir ici! J'aurai mieux faire de ne pas répondre à ce défi. Je n'ai plus l'âge des voyages à travers l'Europe.
Surtout avec ces trains qui sont toujours en retard.
Retard! Retard! Grèves oui!
Tous des communistes! Allez, allez au travail!
Holà, il y a quelqu'un!
Mais enfin il n'y a personne pour porter ma valise?
Communistes! Fatigués! Ramollos du cerveau! Je ne vais quand même pas la porter toute seule!
Les autres rentrent, chacune avec une valise, elles se regardent, bougent les lèvres, sans aucun son .
La voix: Vous êtes priés de porter vous mêmes vos valises
Per favore dovete portare i vostri bagagli
Attention, please, take your luggage.
Toutes: Oui, d'accord, ok ...etc...
Olga: »Faut d'abord dire qu'on est contentes d'être là.
Magalie »D'être toutes là pour l'événement.
Claudine-Sûr.
Olga-faut ensuite dire qu'un événement...
Maria Dolores-Eh bien un événement... ben c'est pas si simple un n'évènement.
Claudine-non.
Magalie:» Moi j'aime les événements, surtout quand je suis invitée.
Lisbeth: Pour moi, il est là dans le noir et il m'oppresse,non plutôt je m'oppresse autant qu'il me presse. Lui il est au dessus-au bord de la route- au bord du chemin-dans ma tête voyagée.
Il est là ,dans sa toile de bure bleu-nuit, gris-foncé. Il fuit , il revient mais c'est toujours le même, le grand voyageur des forêts noires.
Je sais, il est là, robe de lin large, moine errant, pèlerin de l'univers, une robe large qui cache son sexe et sa poitrine. Je n'ai jamais su s'il était homme ou femme.
Corps de baudruche, poupée de farine et de paille humide.
Pas d'yeux, pas de bouche, pas de regard, Poupée de chiffon malade. Fantôme.
Pourtant ils sont là aussi, tous les autres, autres renvoyés au bout du quai, sur la ligne désaffectée de la vie. Les autres, ennemis et amis de mes nuits. Ils étaient mes
frères, mes sœurs, mon père, ma mère, tous à moi, tout à moi, ensemble , unis , serrés contre ma poitrine lorsque la porte du wagon était fermée dans le bruit du fracas du diable.
Je l'aimais bien la grosse dame, une choucroute posée sur sa grosse tête rose, la bouche cerise, légèrement coupée; et le petit bonhomme au chapeau de paille d'Italie qui tenait la main de la gentille sorcière qui pleurait son balai perdu.
Oui, ils sont tous là, dans ma valise.
Avec les poupées, toutes les poupées de chiffon échevelées, maltraitées, cassées au milieu des voitures majorettes, mon cortège, de mes rêves de princesses et de chevaliers qui s'effacent dans les motifs pastels de la chambre et les odeurs de Vikx
vaporub des jours de grippe sous la couette. Oui, tous là.
Carolina: Toutes, ici, aujourd'hui
Olga:- Oui. Ici. Là. Là-bas. Un peu partout. Partout en chacun de nous. Une petite part du rêve, une petite part de nos peurs. Un carton d'invitation comme celui là.
Paquita.- J'ai reçu le même.
Claudine:-Moi aussi.
Kate: -Une invitation? Une soirée? Un événement? Alors on continue?!
Olga:-Alors on joue, de la fantaisie, des bêtises, des gourmandises, un petit peu d'eau lithinée?
Gaelle :-Oui merci.
Olga :-un petit verre; Elle dispose les verres devant elles et les sert de l'eau lithinée. Vous savez c'est de l'eau lithinée.
Paquita: Un jour, il m'a dit » tu seras grande , un jour».
Paquita.-Ils sont laids, gluants, avides, blafards, ils s'en vont, ils reviennent,ils courent, ils me poursuivent...
C'est pour ça que j'ai la ligne. Maintenant je sais courir très vite . En course de vitesse, je suis devenue imbattable.
En course de haies aussi, d'ailleurs.Je suis la reine des sauts d'obstacles. Toutes les nuits, je cours , surtout les nuits d'hivers. Je cours après les cœurs perdus. Je m'améliore. Je n'abandonne jamais mon entraînement, même pendant la canicule.
Je croyais les avoir semer à force de courir vite. Je croyais être libre , enfin; mais ils m'ont rattrapée, ils sont encore là.
Elle sort un carton d'invitation
Magalie:-Il disait fais ta valise! On s'en va! Et on partait! On ouvrait la valise on vidait les placards et les tiroirs, et les bruits de train emplissaient la chambre. Du lit à l'armoire un Catalan-Talgo ou un Fribourg-Madrid s'arrêtait dans une gare, repartait, s'arrétait à nouveau; redémarrait, obéissant aux ordres d'un chef de gare en habit de lumière qui semblait diriger tous les Trans-Europ-Express de la terre, comme il aurait toré le plus fougueux des taureaux de l'Estrémadour. Fais ta valise, je vais chercher les billets. Sa voix retentissaient dans les escaliers: Sur les remparts de Séville!
A l'auberge de Loras Pastias!
Ce n'était pas Carmen qui le laissait tomber, c'est moi qui était restée plantée là avec ma valise...
Paquita: Combien de fois , moi aussi; fais ta valise; fais ta valise;
Lugano-Venise.
Fais ta valise
Londres-Istambul. Fais ta valise.
Madrid, Séville, Bilbao, fais ta valise.
Cordoue, Barcelone, Salamanque, Mexico Pose ta valise.
Bogota; Lima, Santiago...Là c'était toi, Magalie, je l'ai su plus tard, après la corrida.
Le taureau dans la poussière, lui dans tes bras et moi en train de faire ma valise.
Indiana Keith, qui rentre:- Salut les copines! Le train était encore à l'heure!
Carolina:-A l'heure, à l'heure, oui, encore une fois fais ta valise , fais ta valise.Vite, pas assez vite!ET j'étais restée là, la chambre de l'hôtel «Sol y ombra», vide, seule, la valise ouverte, renversée, renvoyée contre le mur.
Vous étiez toutes petites, toutes innocentes,dans ce bel après-midi. Et ils les avaient prises , pendant qu'il fermait les charnières de la valise sur mes petits doigts. Cassés.
Ils étaient brisés. C'était rouge,rouge de sang, bleu, bleu de peur; noir, noir comme l'angoisse. L'angoisse qui ne m'a plus quittée.Je suis restée là, jusqu'à ce qu'il arrive. Fais ta valise.Le suivre, vite. Sang, douleur sans cri. Le suivre, vite , jusqu'à quand.?
Lisbeth: Et le piano,?
Indiana: Longtemps, longtemps après. Sans lui.
VOIX:-IL y a un piano. Un drap qui recouvrait le piano est enlevé.
Kate: Oui, les soucis, la vie, le temps... oui je sais , banal, tout ça...Mais quand même quand il ne reste plus que la poupée laide abandonnée sur le sofa...On en oubli même de rire.
INDIANA KEITH:-Moi, j'ai voulu tout oublié, lui, les valises, toutes les autres, le
passé, l'enfance, la vieille petite Europe triste. Je voulais du Sud, des suds, de quoi rêver, de quoi m'embarquer ailleurs, vers de tout petit bonheur. On m'aurait proposé Hambourg, ou Berlin; Les hurons de Chicoutimi ou le Grand hôtel de Wathveiller que je serai partie. Mais non, ce fut un autre sud, plus chaud plus humide plus tropical; une histoire de tropique mouillé.
La Louisiane, voilà de quoi rêver. Son soleil voilé, sa chaleur, ses odeurs, les musiques du sud.
Couleurs du sud, mes préférées.
Le bleu, encore et toujours. Les outremers comme un voyage. Un outre temps, pour passer outre.
Et puis le noir, celui du Mississippi. Celui qui chante noir et noir c'est blues et blues c'est bleu encore.
Elle part dans un grand éclat de rire.
Magalie:»J'étais tellement perdue. Je me suis acheté une bague, une autre bague. Une qui ne me rappelait rien. Une bague avec une grosse pierre rouge pour mieux gommer l'or et les diamants, une bague lourde, rien qu'à moi.Combler ce grand vide, éteindre tout ce en quoi je croyais, tout ce en quoi nous croyions ensemble, l'avenir, les petits riens et tous les mots tendres.
Terrible, j'en ai pris pour un an, deux peut-être. Et puis un jour, tiens un 22 septembre, twenty two on September, comme on disait là bas.je n'ai plus eu une larme à me mettre aux paupières, mes doigts, mes mains les bras, libres. Je n'avais plus qu'à faire croire aux autres que je pleurais encore. Juste là au piano. Le rubis rouge d'un éclat sanglant, les premières notes , le silence de la salle , et ces mots qui se brisent comme une déchirure... elle chante.
«...Twenty two, on September
everywhere for remember
in my life and in my hearth
looking for him forever...
Twenty-two on september....»
Les autres reprennent:»... Twenty two on September.....» Ad libitum.
Voix:» Je n'ai rien oublié. Et celle reprise par ce joueur de saxo?
Maria Dolores:»La servante de Indiana Keith.
-Toutes les feuilles étaient bien rangées et les stylos aussi. Les noirs avec les noirs, les bleus avec les bleus, les rouges avec les rouges, les taillés avec les taillés, les pas
taillés avec le taille-crayon, les notes avec les notes , noires, blanches,une porté par-çi, une porté par-là, tout bien aligné, aucun problème, pas de souci pour retrouver les partitions.
Mais avant que je vienne! Quel bordel!
Ah, j'en ai vu !!!
Certaines qui laissaient traîner leurs chaussures partout, en plein milieu, dans toutes les chambres. Il y en avait même une qui arrangeait toutes ces chaussures autour d'une chaise...
D'autres c'était leurs bijoux, bagues, colliers , sautoirs de perles, colliers africains, bracelets, or, argent, cuir, métal doré, ficelles,bouts de soie, fils d'acier, du toc, du vrai, du moisi, du tendance ,du passé, repassé, démodé, du je le mettais l'été dernier, ou je l'avais au Grand Hôtel de Wathweiller.
D'autres, c'était leurs poupées, leurs fantômes de l'enfance comme elles disaient.
Un vrai bordel.
Ranger, classer, aligner.Heureusement que j'étais là, Madame le personnel de maison.
Heureusement! Heureusement que j'étais là pour les retrouver, les poupées, les bagues et tous les objets qu'elles transportaient. Elles n'étaient pas toujours commodes, certaines étaient très maniaques, pas faciles à vivre...
Mais je retrouve tout le monde, chacune est retournée gentiment à sa place.
Unjoli petit carton, une invitation pour un événement, les cinquante ans de je ne sais trop qui et chacune est pomponnée, légèrement liftée, chacune a sa petite valise, le visage toujours aussi bien lithiné, prête à flamber comme un nouvel été.
Voix» Avez vous emmené votre objet familier pour le grand événement?
Kate:- « C'est vrai qu'elle est moche sa poupée, avec ses yeux bizarres, son chapeau troué, et en plus elle a même pas de sourire. C'est vrai qu'elle fait jamais un sourire, même un tout petit. Pourtant elle l'aime sa poupée. Elle m'a dit surtout de pas l'oublier sa poupée , de la mettre bien au milieu de la valise. Ah, j'en ai entendu de ses amis qui disaient, bon juste pour causer, comme on dit»bizarre ta poupée , comme si
elle regardait à l'intérieur, tu jouais avec quand tu étais petite... ce regard tout de même.»
Pourtant elle l'aime sa poupée.
Olga: « Tu n'as pas encore compris ou tu fais semblant.
La fonction de l'objet transitionnel, c'est pourtant connu. Y a pas à faire un dessin.
Sa poupée c'est comme le taureau pour l'autre, le torero, c'est juste le miroir de l'autre.
Claudine: »Mais si elle l'a choisie pour exister face à elle, c'est clair comme de l'eau lithinée....
Indiana: l'eau lithinée est parfaite pour les single pur malt écossais, sa transparence assure la couleur intacte de ces «beverages».
Olga»Oui, bon. Elle l' a choisit comme ça juste pour vouloir la changer. C'est fou ce que les gens sont névrosés!
Croire qu'une poupée vous entend, vous comprend , vous.... C'est du délire.
Bon, quelque part, entre guillemets, elle n'a pas tort, ça lui fait une compagnie.
Est-ce-que celles qui ont apporté une bague, un cendrier, un pot, un collier,un mouchoir, une mèche de cheveux leur parlent aussi???
Peut-être.
Bien, dans ce cas, cette gare est un concentré d'hallucinées.
Bon je vous laisse , un instant; mon porte monnaie me cherche, il n'aime pas que je m'éloigne...Il a peur dans le noir.
Claudine:» -Moi, c'est pour l'enfant que je suis venue. Non je n'ai rien apporté.
Il fallait amener quelque chose?
L'enfant d'abord. L'enfant prioritaire.
Il faut s'occuper de l'enfant, du bébé, avant tout.
Indiana:-»Mais pendant combien de temps? Combien de temps encore?
Encore so still and a next time. Quickly.
Paquita: moi les enfants. ..Moi j'aurais pris les diamants.
Gaelle:-» Survenu de nulle part, l'enfant était partout. Il demandait sans cesse qu'on l'écoute, qu'on l'aide. Il était en chacune de nous. Il avait peur d'être seul. Il avait peur du noir. Il fallait le conseiller, lui expliquer...
Enfin, ça le rassurait qu'on l'appelle «bébé».
Moi, j'aurai voulu qu'il grandisse, oui dans tout ça j'aurai bien voulu.
Qu'il se débrouille un peu tout seul.
D'un autre côté je ne pouvais pas le laisser sur le sofa comme sa poupée.Je ne pouvais tout de même pas le laisser dans une salle d'attente. Oh quelqu'un aurait bien fini par l'emporter. Mais c'était mon rôle, hein, de m'en occuper. Vous l'aviez voulu ainsi.
Une question de morale .Je ne pouvais pas quitter la scène tout de suite.
Faire ses adieux définitifs, oui, mais pas la première fois sans un minimum de retours.
Magalie:-»Maintenant, c'est dur de faire du théâtre...enfin je veux dire de jouer quoi!
Parfois ça se passe bien, même au mieux, ça libère, ça fait rire.
Mais maintenant, là, tout de suite, ici, maintenant, et puis nous se sommes pas toutes seules.Non je n'y arrive plus!
Plus d'idée! Un flop. Même la chaise elle a du mal, pourtant pour une chaise quand même, c'est pas si compliqué que ça...de jouer à la chaise.
T'es là, posée, tu bouges pas, t'attends juste que quelqu'un vienne pour s'asseoir.
Eh bien, même elle, ici, ce soir, elle est pas dedans.
Indiana s'installe au piano, elle joue.
Magalie-..»Enfin, il y a de la musique. La pianiste, elle, elle joue bien.
Oui, pour ça oui.! Ça détend... pam... papapam...Incroyable...Mi. Mi. Si.Si. Si Do La. Poum poum. Papapam.Elle fredonne twenty two on September. Incroyable. Ce que ça dégage.
Voix:» Celles qui désirent m'adresser un message peuvent le faire par écrit et le déposer à côté des sachets lithinés.
Kate:-»Ecrire maintenant. Maintenant que l'enfant s'est endormi, maintenant que les papiers sont classés,maintenant que les chaussures ont été rangées, maintenant que seule la musique et la voix se mêlent à nos vies. L'espace vide, la forêt de nos ténèbres, les affiches de nos voyages, les traces de nos amours,les sachets lithinés de nos cœurs perdus, les robes de nos bals, les bals de nos amours, les fantômes de l'enfance,les voitures majorettes et les poupées cassées;écrire pour tout cela, écrire pour «faire théâtre». Enfin...
Gaelle:-Ecrire,mais comment?
Jouer, pour toi, pour moi , pour nous encore là , à nouveau.
Peut-être. Voyons. Regardons nous. Regardez moi.
Ah... l'enfant s'est réveillé. Vous aussi, vous entendez ses cris. Alors, écrire ce sera pour plus tard. Il faut encore jouer.
Carolina:-»C'est à dire que moi je ne sais pas jouer. Je ne suis pas venue pour jouer.
Paquita: Ecrire, non plus. Pourquoi écrire, sur quoi et comment?
Indiana:-Il faut dire qu'il était beau.
Lisbeth: mais ils sont tous beaux!
Claudine:-Beau, nostalgie, oui, à l'époque tu me disais »c'est vrai qu'il t'aime »
J'avais peur qu'il parte retrouver son indienne, là-bas du côté de chicoutimi, sa cabane au Canada, le froid et la neige pour oublier le chaud et les ocres du Sud...
Magalie:-Et alors? Il est parti chez les Hurons?!
Claudine-Après, je sais plus, je l'ai rencontré à l'épicerie. Il achetait du gros sel et du tapioca et des sachets lithinés, il était membre d'un cercle de chevalerie et de tir à l'arc.
Paquita: Zim Zoum les flèches de l'amour, l'amour zim zoum , envolées, ...volare....lalalala...cantare...lalalala...
Lisbeth:-»Chut! Taisez vous, les nuages se sont envolés.
Maria-Dolores:Où sont ils allés? Louisiane ou forêt noire? Wathveiller ou Val d'amour?
Indiana:Venise ou Pékin? Un wagon-lit première classe ou une sortie de scène?
Olga:Moi, moi, je sais,je les ai retrouves... ils étaient partis chez les Hurons!!!
Kate:Le ciel est à nous, pour chacun de nos rêves.
Lisbeth:Une femme: »Tu rêves, mais je suis bien sur terre dans une gare, égarée quelque part.Ecume de nos larmes, écumes de nos joies. Les délices bleus du premier matin.
Olga:Une nouvelle journée de soleil et les escargots dorés qui t'attendent sur la nappe du petit déjeuner.
Lisbeth:Je t'avais apporté une larme fraîche cueillie dans le matin.
Olga-Dans une gare égarée?
Lisbeth:-Et je dévorais les minutes en trempant le croissant tiède dans la tasse de lait.
Paquita:Et alors, l'écume?
Tu sais celle, qu'en riant tu disais fumer?
Carolina:- Je sais cette fumée d'écume , mer de nos voyages, abandonnée dans les coins de nos gares sans voyageur.Ecumer, écumer, écumer encore.
Paquita:-Fumée, écume, rire, larmes, toi , nous, et puis tous les autres. Ils sont nombreux ce soir.
Carolina:-Oui,plus nombreux que d'habitude.
Maria:-Vous les connaissez tous?
Carolina:-Non, mais qu'est-ce qu'ils sont beaux. Ils sont venus pour nous?
Kate:- Pour nous, pour eux, pour nos tous petits coeurs, tu sais, pour l'écouter jouer, pour l'entendre chanter, pour la voir danser.Alors, écume,dis,dis bateau-ivre,dis l' écume de tes nuits.
Gaelle:-Je sais, je suis, tu es, il est, nous sommes , vous êtes écumes de ces jours.
Olga:-Raison, cœur, tu as raison, juste un verre d'eau lithinée pour éclaicir l'écume de nos nuits. Etre d'écume ou ne pas être. Etre du jour ou de la nuit? Etre d'avant ou de maintenant? Etre bleu ou rouge.? Etre de chair et de sang.? Etre noir ou transparent?
Je crois que le voyage n'est pas terminé. Je vois encore le bleu de nos écumes, la fumée de nos rires, le collier qu'elle t'avait donné, tes doigts encore posés sur le blanc d'ivoire,Regarde il y a encore des sachets lithinés.
Magalie:-Le piano, à nouveau sur fond noir. Toi ma belle, ma rebelle, ma bien aimée c'était sur fond rouge. Mais toi, tu es vraiment partie. Je ne sais plus comment.
Loin de moi, déjà depuis quelques années. Mais pas perdue. Non, pas perdu. Juste égarée. Comme nous.
Le piano, encore sur fond noir, la chanson du 22 Sepembre.
Kate:-Il en reste plein de lumières, c'était Broadway sur Ciel.
Paquita:-Tant d'espoirs partagés pour un meilleur, ailleur.
Magalie:-Ce rythme lancinant sur fond rouge sang, comme les perles de ce collier marocain, donné, offert; pierres de goulimines venues du désert.
Tu es partie comme tu étais venue. Comme un air de chanson. Cette musique écouté, re-écouté, sur fond sable, à en perdre le rythme et le temps.
Espoir. Désespoir. Espoir. Perdue. Résolue.
Solitaire. Solitairement perdue.Tu es là encore, Indiana Keith, à ton piano, tes doigts
qui jouent encore, notes aprés notes, noir aprés noir , croches, dièses, bémol,adagio,
reprise; scherzo, vivace, molto vivace.Silence. Ad libitum.
Bleu. Mon ciel est bleu. Tu es le bleu de mon ciel. Tu es dans ce bleu que j'aime, le bleu que tu aimais aussi. ... elle chante. Twenty two on september...
Voix:» One , two, Record. One two Record . Play time again. Yes just you. No.
Why? I don't know. Oui. Peut-être. Vous avez raison.
Claudine:-Demain quand nous serons revenues de cette traversée dans ces eaux troubles, même nos bras se tendrons de désir.
Pour un jour, au bout du fond du monde, là où la lune n'entre pas, là où vous êtes, où la lune n'est pas unrêve. Vous trouverez peut-être votre bonheur sur toutes ces bouches qui vous appellent.Déçues d'avoir cru, d'avoir pensé que vous pouviez vous souvenir du jour, quand bien même vos doutes vous inspiraient.
Vous chercherez une bouche et peut-être la vie vous donnera la sienne avec douceur et vous murmurera à l'oreille qu'elle aimante les amants...
Olga:et la lune descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s'étendit sur toi avec la tendresse souple d'une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. .. »
Indiana: » ... et tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j'aime et ce qui m'aime/ l'eau ,les nuages, le silence et la nuit. La mer imense et verte; l'eau informe et multiforme;le lieu où tu ne seras pas ; l'amant que tu ne connaîtras pas; les fleurs monstrueuses;( elles le disent ensemble au fur et à mesure, indiana joue) ; les parfums qui font délirer; les chats qui se pament sur les pianos, et qui gémissent comme les femmes, d'une voix rauque et douce... »
Olga: Oui , Baudelaire...
Paquita: Joue, joue, Indiana... Chante.
Kate:-Oui, joue, chante Indiana
Gaelle: La voix s'est tue. On dirait qu'il n'y a plus personne...
Paquita:-On dirait...
Kate:'...comme on dirait la vie...
IndIANA:Moi, dans ma vie,j'ai toujours eu des chats, des chats noirs, et des pianos.
Maria:-Des chats, et des chats, Tcha tcha tcha.Chiwawa, galipette, faire zazen chez les hurons, boucan et bataclan, des noms, des prénoms; nostalgie, amour passé, repassé...à venir...qui sait...il y toujours un voyage possible chez les hurons.
Lisbeth:-et tu oublies les sachets lithinés qui n'en croient plus leurs yeux à force de blanchir et d'édulcorer.
Carolina: -nous,ici,il y a un siècle.
Lisbeth: Déjà. Tu crois.
Indiana-Oui,déjà. Les souvenirs de champs de coquelicots...
Maria:- Rangés, trop rouges
Olga:-le chemin bordé de bleuets parfumés...
Maria: - trop bleus... trop d'allergies... rangés eux aussi...
Magalie:-le train de nuit... Paris – Moscou...
Maria:- oui, oui, hum Paris; Moscou...
Olga:-La mezzanine... toi sur le lit...toi dans mes bras...
Magalie: y'a t-il un toit pour nos paysages, un abri pour nos amours; non chut tais toi, ne pas tout ranger, ...Je ne veux pas tout comprendre, je ne veux pas tout mettre en ordre.
Indiana:elle joue, elle chante-Je pense à vous souvent
je continue quand même
d'aimer les bateaux blancs
que le désir entraine.
je manque de vous souvent
mais je m'en vais quand même
laissez voler le vent qui souffle sur la peine...texte de Marc Lavoine et Françoise Hardy.
Toutes: chèr(e) ami(e).
je vous envoie ces quelques mots
pour vous dire qu'il ne fait pas beau
et que j'ai mal seule depuis que j'ai vous ai perdue je vous ecris ces quelques fleurs
Avec mon coeur à l'intèrieur
Je vous fais toutes mes excuses. ...(suite à voir)
Indiana:- Oui, laissez moi mes voix intérieures, je veux encore beaucoup de gares et d'arrêts sur image. Mes portraits d'êtres chers en paysages.
Olga:- mes hommes en paysages...
Carolina: -Stop, encore un peu, encore une image toi là avec ton bonnet noir et ton pull noir aussi, je te garde pour toujours dans mon armoire avec mes pulls, avec ceux qui grattent mais aussi ceux qui sont doux; mohair et angora.
Maria :Cachemire et fil de soie.
Claudine:-Il se fait tard, on entend plus rien, ou est passée la voix, Il fait froid mais
je suis bien contre vous, nous ne craignons plus rien, je sens le temps qu'il fait, la couleur de la mer, et celle de ses yeux, la couleur de nos rêves, je vois tout ou presque, même les bises de papiers et les écumes de nos sachets lithinés.
Paquita:-Je n'ai plus envie de parler. J'ai sommeil. Juste dans mes pensées. Laissez
moi rêver que le train de nuit est arrivé et qu'il m'emporte loin, ma valise est encore prête .
Olga: -parfois il me semble qu'ils sont présents, là où justement nous ne sommes pas,
peut-être juste à côté, justement, oui.
Magalie:-Peut-être et que c'est nous qui, ne pouvant répondre à nos noms, c'est nous qui allons vers eux.
Claudine:-J'ai comme un vague souvenir de quelque chose, de quelque chose, oui, qui fut et qui n'est plus
qui fut et qui n'est plus , non, et qui n'a plus de nom, non.
Paquita: ...ni de prénom, non.
Indiana: -et nous nous flottons, oui
sans plus de nom, non
sans plus de nom de père, de mère, de frère, de sœur.
Olga:- sans plus de tables, non plus ,sans plus de table, non plus, non
sans plus rien
sans plus rien oui
à part ce vague souvenir de quelque chose.
Claudine:-de quelque chose, oui
tout, dissout,
tout, dissout ou englouti,ou oublié,
Maria: -Ou oublié au fond d'un trou
au fin fond d'un grand trou noir
au fin fond d'un grand trou noir de mémoire,oui
un grand trou de mémoire blanche , c'est ça!
Un grand trou de mémoire blanche, oui!
Elles s'assoient sur leurs valises, en sortent un objet, poupée ou autres; elles prennent une photo, une lettre, un cahier et commencent à parler, voix en désordre , en murmures, en plaintes, en cris, enphatiques, lyriques, chacune dans leur monde, puis peu à peu , le chant Twenty two on september, revient dans leurs bouches...elles chantent jusqu'à ce que la mélodie cesse. NOIR. Petite musique au piano.
-J'imagine quelle sera ta surprise
-Jamais je n'ai eu le courage de le faire
-De le dire; Là. Enfin.
-Encore, encore un tango avec toi
-C'est l'unique photo de toi
-On a bien rigolé avec les hurons
-Un petit sachet d'eau lithinée
-Des années, des années
-cinquante- ans , peut-être
-Sans réponse, sans réponse, sans réponse.
-Lithiner, je te lithine, tu me lithines, on se lithine.
-Mon amour.
-22 on September
-Bleu, bleu, encore bleu.
-Noir.
-Moi j'aime le sud
-Collier de perles de goulimines
-Rouges; encore rouges...ad libitum.
-Twenty two on September...
NOIR.