Edmond Rostand - Cyrano de Bergerac - texte intégral

In Libro Veritas

Cyrano de Bergerac

Par Edmond Rostand

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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Scène Première

RAGUENEAU, PATISSIER, puis LISE.
Ragueneau, à la petite table, écrivant d'un air inspiré, et comptant sur ses doigts.
PREMIER PATISSIER, apportant une pièce montée
Fruits en nougat !
DEUXIEME PATISSIER, apportant un plat
Flan !
TROISIEME PATISSIER, apportant un rôti paré de plumes
Paon !
QUATRIEME PATISSIER, apportant une plaque de gâteaux
Roinsoles !
CINQUIEME PATISSIER, apportant une sorte de terrine
Boeuf en daube !
RAGUENEAU, cessant d'écrire et levant la tête
Sur les cuivres, déjà, glisse l'argent de l'aube !
Etouffe en toi le dieu qui chante, Ragueneau !
L'heure du luth viendra, -c'est l'heure du fourneau !
Il se lève. -A un cuisinier.
Vous, veuillez m'allonger cette sauce, elle est courte !
LE CUISINIER
De combien ?
RAGUENEAU
De trois pieds.
Il passe. LE CUISINIER
Hein !
PREMIER PATISSIER
La tarte !
DEUXIEME PATISSIER
La tourte !
RAGUENEAU, devant la cheminée
Ma Muse, éloigne-toi, pour que tes yeux charmants
N'aillent pas se rougir au feu de ces sarments !
A un pâtissier, lui montrant des pains.
Vous avez mal placé la fente de ces miches
Au milieu la césure, -entre les hémistiches !
A un autre, lui montrant un pâté inachevé.
A ce palais de croûte, il faut, vous, mettre un toit...
A un jeune apprenti, qui, assis par terre, embroche des volailles.
Et toi, sur cette broche interminable, toi,
Le modeste poulet et la dinde superbe,
Alterne-les, mon fils, comme le vieux Malherbe
Alternait les grands vers avec les plus petits,
Et fais tourner au feu des strophes de rôtis !
UN AUTRE APPRENTI, s'avançant avec un plateau recouvert d'une assiette
Maître, en pensant à vous, dans le four, j'ai fait cuire
Ceci, qui vous plaira, je l'espère.
Il découvre un plateau, on voit une grande lyre de pâtisserie.
RAGUENEAU, ébloui
Une lyre !
L'APPRENTI
En pâte de brioche.
RAGUENEAU, ému
Avec des fruits confits !
L'APPRENTI
Et les cordes, voyez, en sucre je les fis.
RAGUENEAU, lui donnant de l'argent
Va boire à ma santé !
Apercevant Lise qui entre.
Chut ! ma femme ! Circule,
Et cache cet argent !
A Lise, lui montrant la lyre d'un air gêné.
C'est beau ?
LISE
C'est ridicule !
Elle pose sur le comptoir une pile de sacs en papier.
RAGUENEAU
Des sacs ?... Bon. Merci.
Il les regarde.
Ciel ! Mes livres vénérés !
Les vers de mes amis ! déchirés ! démembrés !
Pour en faire des sacs à mettre des croquantes...
Ah ! vous renouvelez Orphée et les bacchantes !
LISE, sèchement
Et n'ai-je pas le droit d'utiliser vraiment
Ce que laissent ici, pour unique paiement,
Vos méchants écriveurs de lignes inégales !
RAGUENEAU
Fourmi !... n'insulte pas ces divines cigales !
LISE
Avant de fréquenter ces gens-là, mon ami,
Vous ne m'appeliez pas bacchante, -ni fourmi !
RAGUENEAU
Avec des vers, faire cela !
LISE
Pas autre chose.
RAGUENEAU
Que faites-vous, alors, madame, avec la prose ?

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