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Le Désespéré

- Catégorie : Romans / Nouvelles
- Par Leon Bloy
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- Date de publication sur In Libro Veritas : 7 janvier 2006 à 0h06
- Dernière modification : 3 janvier 2006 à 21h28
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Quand vous recevrez cette lettre, mon cher ami, j'aurai achevé de tuer mon père. Le pauvre homme agonise, et mourra, dit-on, avant le jour.
Il est deux heures du matin. Je suis seul dans une chambre voisine, la vieille femme qui le garde m'ayant fait entendre qu'il valait mieux que les yeux du moribond ne me rencontrassent pas et qu'on m'avertirait quand il en serait temps.
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482 pages
Le Désespéré
XXXII
tels furent, avec deux cents autres groupes non moins abjects, les convoyeurs au gâteau de Savoie de ce mendiant trop exaucé de la plus anti-littéraire popularité.
Victor Hugo était parvenu à tellement déshonorer la poésie qu'il a fallu que la France inventât de se déshonorer elle-même un peu plus qu'avant, pour se mettre en état de lui conditionner un dernier adieu qui fît éclater, comme il convenait, - en l'indépassable ignominie d'une solennité de dégoûtation, - la complicité de leur avilissement.
Ce monument, dont lui-même dénonce le ridicule il y a cinquante ans, pouvait, sans doute, convenir à Dieu qui s'en contentait en silence, puisque le ridicule des hommes est la pourpre même de l'interminable Passion du Roi conspué ; mais le plus grand poète du monde, - à supposer que Victor Hugo méritât ce titre, - ne peut absolument pas s'accommoder de cette coupole, bien moins respirable pour sa gloire que le tabernacle en sapin du plus humble de tous les tombeaux...
De toute cette exultation du goujatisme contemporain les Chartreux n'ont probablement rien su. Le déloge des journaux n'a pas encore escaladé leur solitude. Ils continuent de prier pour les très humbles et les très glorieux, pour les poètes qui se prostituent et pour les imbéciles qui lancent l'ordure au visage mélancolique de la Poésie et, quand ils meurent à leur tour, c'est assez, pour les inonder de joie, d'espérer que les anges invisibles planeront sur l'étroite fosse où on les enterre sans cercueil !
Victor Hugo était parvenu à tellement déshonorer la poésie qu'il a fallu que la France inventât de se déshonorer elle-même un peu plus qu'avant, pour se mettre en état de lui conditionner un dernier adieu qui fît éclater, comme il convenait, - en l'indépassable ignominie d'une solennité de dégoûtation, - la complicité de leur avilissement.
Ce monument, dont lui-même dénonce le ridicule il y a cinquante ans, pouvait, sans doute, convenir à Dieu qui s'en contentait en silence, puisque le ridicule des hommes est la pourpre même de l'interminable Passion du Roi conspué ; mais le plus grand poète du monde, - à supposer que Victor Hugo méritât ce titre, - ne peut absolument pas s'accommoder de cette coupole, bien moins respirable pour sa gloire que le tabernacle en sapin du plus humble de tous les tombeaux...
De toute cette exultation du goujatisme contemporain les Chartreux n'ont probablement rien su. Le déloge des journaux n'a pas encore escaladé leur solitude. Ils continuent de prier pour les très humbles et les très glorieux, pour les poètes qui se prostituent et pour les imbéciles qui lancent l'ordure au visage mélancolique de la Poésie et, quand ils meurent à leur tour, c'est assez, pour les inonder de joie, d'espérer que les anges invisibles planeront sur l'étroite fosse où on les enterre sans cercueil !
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