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Par Pelosato Alain

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Table des matières
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Conventions et prix “littéraires“

Beaucoup d’écrivains de SF francophones ont un double complexe d’œdipe : ils veulent faire comme leur Papa de la littérature générale (certains d’entre eux la définissent ainsi) ou comme leurs frères aînés des USA…
Ainsi ils créent de nombreux et multiples “Prix“ dont je ne peux hélas vous fournir une liste exhaustive tellement il y en a…
Ainsi par exemple (citation) :
Voter au prix Rosny-Aîné est un devoir pour les amateurs de SF, déclare Joseph Altairac, secrétaire du prix, à la convention SF 2004 de l’Isle sur la Sorgue.
Bon ben c’est parti nous voilà venus avec de la passion, l’idée de trouver du plaisir et nous voilà repartis avec un DEVOIR ! Ceci dit, cela montre à quel point tout cela est sans base solide : cet appel a quelque chose de pathétique (j’utilise la même expression que Stéphane Nicot à propos de l’appel à la souscription que j’avais lancé pour Sfmag) car visiblement ils manquent de participants…
Comment fonctionne ce prix ? Eh bien il part bien sûr d’un bon sentiment et je n’ai absolument rien à reprocher aux organisateurs, c’est le principe même du prix littéraire en général que je n’approuve pas.
Les organisateurs regardent ce qui se publie dans l’année dans le domaine de la SF au sens large du terme en dressent la liste et la publient sur Internet. Ensuite n’importe qui peut voter. Ce vote préalable constitue une première sélection. Ensuite, le jury (composé des organisateurs de la convention) désigne les lauréats parmi cette première sélection. Il va de soi que cette méthode d’attribution ouvre la porte à n’importe quelle organisation de votes puisqu’il n’y a quasiment aucune règle. Il est donc parfaitement simple de mobiliser ses fans pour être présélectionné… D’ailleurs, j’ai souvent noté des manifestations de mode, des jeunes écrivains qu’on encense brusquement comme par exmple Mélanie Fazi en 2004 qui recueille bien des récompenses. Jean Pierre Fontana, président du Grand Prix de l’Imaginaire dont il est le fondateur (voir mon interview de lui dans Sfmag…) – lorsqu’il était encore collaborateur de Sfmag – m’avait invité à chroniquer Trois pépins du fruit des morts de Mélanie Fazi, or je n’avais pas pu aller plus loin que le tiers du livre tant je me suis ennuyé. Qu’à cela ne tienne, Jean Pierre me proposa une chronique dithyrambique que j’acceptais de publier pensant (peut-être à tort ?) avoir été fatigué lors de la lecture de ce livre… Voilà qui donne une lourde responsabilité à Mélanie.
J’en viens donc au “Grand Prix de l’Imaginaire“ (GPI). Pourquoi “Grand“, serait-ce qu’il y en a des petits ?
J’ai raconté plus haut l’épisode de Michel Pagel à propos de ce prix qu’il aurait raté à cause de moi avec L’Ogresse. Qu’à cela ne tienne l’erreur est réparée avec d’autres éditeurs depuis
Il y a un grand nombre de membres du jury, tous des personnages importants de la littérature SF en France. Il faut leur envoyer un exemplaire à chacun des livres publiés. Si vous ne le faites pas vous n’avez bien sûr aucune chance d’obtenir le prix. Donc un auteur en voudra à mort à son éditeur s’il n’a pas les moyens de le faire…
Le mieux était de demander à son président ce qu’il en avait à dire. J’ai donc posé la question à Jean-Pierre Fontana (voir l’interview complet dans Sfmag) :

Comment fonctionne ce jury ?
Nous sommes une quinzaine de membres . Cela n’a pas toujours été le cas. Il y a eu des périodes de moindre quantité si je puis dire. Le jury actuel est composé de professionnels du genre : écrivains, directeurs littéraires, traducteurs, critiques, graphistes, journalistes... et d’un "simple lecteur" comme se qualifie lui-même Angelo Cosimano, rescapé en quelque sorte des membres "fondateurs" du Prix. Actuellement, le secrétariat est assuré par Cathy Martin-Le Gat et Jacques Baudou.
Nous nous réunissons une fois l’an, en général à Paris - mais il y a eu des exceptions - et nous délibérons. A l’origine, le Grand Prix de la Science-Fiction Française - c’était sa dénomination d’alors - se limitait à couronner un roman et une nouvelle francophone. Depuis quelques années, s’ajoutent un roman et une nouvelle d’auteurs étrangers, un roman jeunesse, un essai, un traducteur, un graphiste, sans oublier un prix spécial attribué à une personne ou une œuvre qui n’entrent pas dans l’une des catégories précédentes. Et enfin, depuis trois ans je crois, pour récompenser un acteur de la promotion de nos littératures en Europe, nous avons ajouté un prix européen.

Comment sont faits les choix des livres ?
A plusieurs reprises au cours de l’année, nous procédons à des pré-sélections. C’est-à-dire que chacun d’entre nous propose, d’après ses lectures, une liste d’œuvres qu’il souhaite voir mis en compétition. Ainsi, au fil des mois, dans chacune des catégories, des titres se retrouvent pré-sélectionnés. Fin août, la pré-sélection est resserrée à deux ou trois titres par membre du jury et par catégorie. Jusqu’au jour de la réunion - disons début octobre - où les délibérations vont naturellement déterminer à la majorité absolue qui seront les lauréats ou lauréates

J’ai participé moi-même à d’autres “Prix“.
Le prix “Ozone“ était attribué par les lecteurs d’Ozone et ensuite de Sfmag. Quand nous avons prix la relève nous avons continué. C’était Bailly et sa clique qui “dépouillaient“ les résultats. Comme ça se passait en Belgique et moi je suis à Lyon je ne pouvais pas voir comment ils procédaient. Bien sûr on ne peut pas les accuser de manipuler le vote sans preuves mais comment avoir les preuves que cela a été fait honnêtement ? D’ailleurs petit à petit, les lecteurs ne votaient plus car comment choisir honnêtement si on n’a pas tout lu ?
Le Prix “Bob Morane“ attribué par l’équipe de Phénix. Je ferais tout simplement la même remarque que ci-dessus.
Je fus membre également à la demande Bailly, du jury du prix “Graham Masterton“. Cette idée me plaisait. Le fonctionnement aussi. Sauf que je n’ai jamais eu l’honneur de connaître les autres membres du jury, Bailly ne communicant pas la liste (on peut penser qu’elle était trop étroite pour être publiée…) On nous demandait de dresser une liste personnelle d’œuvres susceptible d’être nominées au prix puis chacun recevait la liste générale et votait pour une première sélection puis sur la base de cette première sélection il y avait vote définitif. Jamais aucun de mes choix n’a été retenu. Pour ceux qui connaissent ce prix, vous remarquerez que systématiquement les ouvrages primés étaient issus des collections de Marc Bailly.
Je finis donc pas démissionner de ce jury fantôme.

Les conventions maintenant. Elles n’ont jamais vraiment emporté de grands succès ! Sauf celles qui ajoutaient à la littérature l’audio visuel : cinéma et télé. D’ailleurs il y a de très grosses conventions sur les séries télé de SF qui rassemblent beaucoup de monde.
Les conventions d’écrivains, elles, sont très étriquées. Je dis toujours que le peu de monde qui y va s’y présente pour vendre et il n’y a personne pour acheter… C’est une partie du petit club de la SF française qui se retrouve. C’est très sympa, très amical et très convivial. Ceci dit, cette partie devient de plus étroite, les conflits sont nombreux car le marché de la littérature de SF est si mince que la concurrence fait rage… J’aime bien ce que fait Jo Taboulet à Roanne : avec modestie il essaie de rendre la SF attractive. Je ne suis jamais allé à Nantes à Utopia, mais vu de loin comme ça je trouve cela pas mal à condition qu’ils ne se fassent pas phagocyter par le petit club fermé et étroit… D’ailleurs une partie de l’équipe de Sfmag qui s’est rendue à Nantes a fait les frais des calomnies rapportées sur moi par une partie de ces écrivains qui meurent de faim car ils ont décidé de “vivre de leur plume“ et auraient voulu que les éditions Naturellement le leur permettent, mais hélas, ce n’est pas l’éditeur qui décide comme a voulu le faire croire Ayerdhal avec sa stupide pétition du “Serf“, mais les lecteurs. Et Ayerdhal avait le vin très mauvais à Nantes en 2003…
J’en ai rencontré beaucoup de ces écrivains dont certains ont du talent mais de là à vivre de sa plume…
Il faut noter que les grands éditeurs ne participent jamais à ces conventions. Une perte de temps pour eux ?

Il faut que l’on retrouve une vraie littérature populaire… Cela n’est pas encore acquis car, par souci de reconnaissance, la SF cherche à se faire admettre dans des cercles d’élites et en le faisant (et même en échouant) elle ne fait que se couper mieux des lecteurs. D’autant plus que lorsque nous essayons de la rendre populaire avec un magazine en kiosque, une partie non négligeable de ceux qui se prennent pour cette élite se met à démolir systématiquement notre entreprise.
Qu’à cela ne tienne : le monde de la SF ne se réduit pas à ces gens. J’en ai la preuve quotidienne avec Sfmag en qui les lecteurs passionnés reconnaissent au moins le talent de chercher à rendre la SF populaire.