In Libro Veritas

Fandom

Par Pelosato Alain

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Table des matières
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Année 1999 : le tournant

Je me souviens de cette fin de millénaire à Givors ma petite ville fluviale. Une nuit de novembre 1998, c’était un vendredi, les jeunes maghrébins de la place Henri Barbusse où j’habite, la place de la mairie, (ils se présentaient eux-mêmes comme “les rats de la place“) se déchaînèrent en dessous de mon immeuble. Cris, plutôt “aboiements“ habituels ne faisaient que faire monter mon stress alors que je me débattais avec une panne de mon ordinateur… A un moment donné je descendis et le spectacle qui m’attendait dépassait tout ce que je pouvais imaginer dans le cadre de la déchéance humaine : de jeunes arabes de quinze à dix-huit ans complètement ivres qui avait vomi dans tous les coins et particulièrement dans le local poubelle où ils avaient élu domicile… Une énorme merde bien roulée et bien moulée trônait dans notre escalier au milieu d’une mare de dégueulis. Je vous prie de croire que les échanges furent relativement violents mais l’adversaire était déjà mal en point… Ce qui m’ennuyait le plus n’était pas la gêne occasionnée (bien que cela eût beaucoup d’importance) mais la déchéance de ces jeunes complètement ivres, chouttés au shit…
- On fait la fête M’sieur ! On fête la sortie de prison d’un copain…
Eh bien cet événement fut la goutte qui fit déborder le vase ; je n’en pouvais plus des problèmes à la mairie où j’étais maire-adjoint, du tapage nocturne et des agressions quotidiens alors que la police n’osait plus venir dans ce centre ville où j’habite en face de la mairie et surtout le laissé aller du maire et des élus et du PC… On ne pouvait plus se faire livrer une pizza, le facteur se faisait agresser régulièrement, un vrai enfer. Le lundi suivant je fus incapable de me lever, plongé dans une profonde dépression. Je ne m’en suis pas encore relevé aujourd’hui (17 août 2004)… En ce qui concerne la délinquance, je n’étais pas encore sorti d’affaire le pire était encore devant moi…

C’est dans cette ambiance, dans cet état de faiblesse extrême que je reçus la demande de Bailly… Cela explique certainement ma grande crédulité. Ceci dit, je ne fus pas le seul dans ce cas : les éditions Lefrancq furent les premières dupes…
Il m’a fallu une certaine expérience du fandom pour m’apercevoir que les livres « sélectionnés » par Marc Bailly pour ma collection Fictions avaient été refusés par d’autres éditeurs. Nous faisions la voiture balai des auteurs français et belges de SF…
Le problème c’est que Bailly voulait vivre de cette activité et que moi je me sentais coupable de ne pas y arriver car, franchement ses livres ne se vendaient pas… Mais ma dépression faisait son œuvre et j’avais du mal à y voir clair…

Comme je le disais, je n’avais pas fini avec mes problèmes de la zone sensible dans laquelle j’habitais et où j’habite d’ailleurs toujours.
Par une froide soirée d’un samedi de janvier 1999, je revenais des courses avec mon épouse et je fus étonné de voir une concentration de jeunes arabes dans le local à poubelle de mon immeuble (à partir du hall d’accès à l’ascenseur on voit le local à poubelles au travers des vitres. Ils étaient tous debout, serrés les uns contre les autres, le regard sombre et plein d’esprit de vengeance. Habitué des squats dans cet endroit je ne m’attardais pas sur cette curieuse image. Pourtant j’aurais dû ! En effet quelques jours auparavant, une bande armée de Givors avait attaqué le bureau de Poste de Tain L’Hermitage. Les gendarmes étaient intervenus et une fusillade avait éclaté. Un jeune de mon quartier fut grièvement blessé. Ce samedi là nous venions d’apprendre que le jeune était mort des suites de ses blessures. Je sortais d’arrêt maladie. J’avais encore en tête la fête des quatre-vingts ans de Camille Vallin qui s’était déroulée quelques semaines auparavant et au cours de laquelle je me trouvais à la même table que lui et d’éminents membres du bureau politique du PC… Je pensais alors que le PC justement n’était pas étranger à cette situation de violences urbaines à force d’avoir toujours laissé les délinquant garder le dernier mot sous prétexte d’exploitation capitaliste.
Quelques minutes plus tard, de retour de chez moi avec mes sacs Carrefour pleins j’entendis des cris, les aboiement habituels mais bien plus forts en bas de chez moi. Je descendis pour voir mais j’arrivai après la bataille : je sentais une forte odeur d’essence. Tous mes voisins de l’immeuble étaient rassemblés visiblement très énervés. Il y avait également mon ami Roger Long (que j’eus la tristesse de perdre après une longue maladie qui l’a emporté quelques mois plus tard…)
- Que se passe-t-il ? Lui demandai-je.
- Ils ont essayé d’incendier l’immeuble. On les en a empêchés et cela a fini en bagarre ; regarde : ils ont cassé les vitres…
Nous avons passé la nuit en bas sur le trottoir à monter la garde. La police a fini par venir en tenue de combats et avec un véhicule de la BAC. Un certain nombre de jeunes et de moins jeunes continuaient à rôder par là sans vergogne.
Je m’adressai à un groupe, (j’observai parmi eux un chef de bande membre d’une très grande famille algérienne de Givors) et poliment leur fis part de nos problèmes. Je n’eus droit qu’à des moqueries et en conclusion :
- On sait ! Les flics sont tous venus nous respirer les doigts pour voir s’ils sentaient l’essence…
Pas d’élu de la mairie. Le maire prévenu par la police nous a envoyé… Mohammed Benhoui, le président de l’association des algériens qui avait montré une petite agressivité due certainement à son impuissance, sans apporter quoi que ce soit. Raymonde, mon épouse, téléphona à Passi le maire pour insister auprès de lui afin qu’il vienne montrer son soutien aux gens de l’immeuble. Il vint dans la voiture de son papa qui conduisait… Et sa venue n’apportait pas grand-chose…
Le lendemain dimanche, il neigeait. La fatigue de la nuit blanche se faisait sentir.
Néanmoins, je me dis qu’il fallait que je prenne en photo les vitres cassées dans le hall d’entrée. Je me saisis de mon appareil Polaroïd, je fis quelques photos et, pour admirer la neige tomber, m’avançai sur la place sur laquelle les forains remballaient leurs stands. J’avais noté du coin de l’œil un nouveau rassemblement de jeunes arabes dans la coursive du rez-de-chaussée de l’immeuble d’à côté (coursive appelée pompeusement « galerie commerciale » par le premier adjoint mais dans laquelle aucun commerce n’a jamais tenu face aux agressions de ces jeunes qui en avaient fait leur quartier général). Soudain un jeune sortit de ce couloir en haut des escalier en briques rouges et m’interpella :
- Quesse tu r’gardes ? Fousl’camp !
Je vis alors rouge ! Je m’élançais vers le groupe, je m’introduisis au milieu d’eux et les interpellai verbalement avec une violence certaine dans les mots. Je fus étonné car, au-delà de leur agressivité, je vis dans leur regard qu’ils étaient, quelque part, désemparés… Je leur parlai à la figure en envoyant moult postillons… Une maman arabe ouvrit sa fenêtre et appela les jeunes (ou moi ?) au calme. Ils finirent par quitter les lieux.
Je retournai donc au bas de mon immeuble et sonnai chez moi à l’interphone demandant à Raymonde d’appeler la police de ma part en tant que maire-adjoint. Puis, confiant, je me rendis à l’angle pour attendre le véhicule de police.
Celui-ci ne vint jamais…
Lorsque je pris position sur le trottoir je vis arriver la sœur du jeune homme qui venait de mourir. Je m’adressai alors à elle pour lui expliquer ce qui était arrivé. Mais elle ne me répondit pas, le visage crispé par une curieuse et profonde inquiétude…
Par contre, quelque temps après je vis arriver deux frères de cette grande famille d’algériens de Givors dont je parle plus haut.. Lorsqu’ils descendirent de voiture devant moi je notai le même éclair d’inquiétude dans le regard du plus petit. Je les interpellai immédiatement :
- Houahou ! C’est la mobilisation générale !
- Quesse tu fous là ? Tire-toi ! Me dis le plus gros.
- Calme-toi lui dit son frère.
Puis en s’adressant à moi :
- Reste pas là, tu vois bien qu’il est énervé…
- Je vais te tuer ! gronde son gros frère.. Je te nique, je nique ta grand-mère. Enculé…
Enfin bref, je passe sur le langage châtié de ces individus et finalement le gros me pris par le bras et m’entraîna vers mon domicile en continuant à m’insulter… Je me laissai entraîner un moment puis je lui criai dessus comme je savais si bien faire maintenant et il me lâcha dans un recul de frayeur… Néanmoins, je décidai de rentrer chez moi… A peine arrivé, j’entendis les premières explosions de pneus des voitures incendiées… J’appellai la police, mais il n’y avait qu’un seul agent au commissariat. C’était dimanche. Mais comment ? Après la nuit que nous avions passée, en sachant que les « jeunes » préparaient quelque chose suite au décès de l’un d’eux on avait laissé le commissariat sans flic ?
Voilà pourquoi je ne devais pas être où j’étais, pourquoi je gênais…
Quelques mois plus tard, l’un des deux frères, le gros, fut arrêté pour attaque à main armée, en flagrant délit. Cela faisait des mois qu’il était pisté par la brigade criminelle. Je dois dire qu’après les événements de janvier j’avais été porter plainte contre lui et son frère. Le procès suite à ma plainte eut lieu quelques temps après son arrestation. J’avais demandé un soutien au maire à mes collègues élus car je connaissais la famille depuis longtemps pour m’en être occupée dans le cadre de mes fonctions pour un soutien social et un relogement (voyez comment je fus remercié…). Personne ne vint sauf une conseillère municipale qui eut le courage de venir me rejoindre au palais de justice. Plusieurs frères et sœurs du prévenu se trouvaient dans la salle. Le voyou fut introduit par des hommes armés et équipés de gilets pare balle. Il boitait car il avait été blessé lors de son interpellation. Il passa tout son temps à faire des signes à son frère assis au fond de la salle avec une sœur ; à tel point que le président du tribunal lui rappela que c’était son procès, et qu’il pourrait au moins s’y intéresser. Je fus évidemment appelé à la barre. Mon avocat m’avait dit que la condamnation serait difficile car il n’y avait pas de témoins. Je fus quasiment humilié par l’avocat de ce gangster. Finalement cet individu fut condamné à deux mois de prison ferme car son frère avait indiqué que « pour me calmer » le gros m’avait tenu par le bras pour me conduire chez moi, ce qui rendait plausible mon témoignage… Après l’incendie de vingt-trois voitures en janvier, personne n’a été arrêté, madame le commissaire se plaignant dans la presse de n’avoir eu aucun témoignage. Finalement je fus le seul à avoir fait condamner un dangereux individu pour ces faits…

En cette année 1999, la situation des éditions Naturellement ne s’annonçait pas trop mal. Si nous étions restés à un niveau modeste de production, nous nous en serions tirés. Mais Bailly souhaitait vivre de son activité littéraire. Il fallait donc une production suffisante pour dégager des ressources. Encore eût-il fallu que cette production soit de la qualité nécessaire…
Bailly me proposa de publier des auteurs anglo-saxons reconnus. Cela demandait une traduction et des à valoir énormes. De plus, j’ignorais alors qu’il faisait la voiture balai de l’édition en éditant les livres que les autres éditeurs avaient refusés. Ainsi nous avons fait appel à François Truchaud pour la traduction de deux Masterton. Je me souviens encore des appels téléphoniques de ce brave Truchaud qui s’inquiétait car j’avais toujours du mal à le payer… Le problème c’est qu’il refusait de travailler avec un ordinateur. Il tapait ses traductions à la machine. Je recevais ses manuscrits par la poste et lorsque j’ouvrais l’enveloppe pour sortir la liasse de feuillets il s’en dégageait également une forte odeur de fumée de tabac. Je lui fis la remarque un jour au téléphone pour plaisanter en ajouter que fuler nuit gravement à la santé. Il n’a pas eu l’air d’apprécier.
Il en était de même avec certains auteurs français. Ainsi en septembre 1999, Bailly me proposa de publier L’Ogresse de Michel Pagel. Je savais pertinemment que Michel s’était vu refuser ce livre par plusieurs éditeurs. Bailly lui promit un à valoir de 10 000 FF. Je pensais qu’une telle somme n’était pas dans nos capacités de paiement. Bailly insista sur la qualité de l’ouvrage (ce que je ne nie pas) et sur les ventes qui permettraient de régler cette somme. Je ne suis jamais parvenu à la régler car les ventes furent plus que modestes. Je n’avais même plus les moyens d’envoyer des exemplaires du livre aux (nombreux) membres du jury du “Grand prix de l’imaginaire“ (je me suis toujours demandé en quoi ce prix était “grand“…), exemplaires qui m’avaient été demandés par la charmante Kati, secrétaire du jury… Or, Joëlle Wintrebert (qui n’est pas aussi jeune mais qui est également charmante) trouva le moyen de dire à Michel que si son livre avait été envoyé par l’éditeur aux membres du jury il aurait eu le grand prix. J’imagine la colère de l’auteur qui ne se priva pas de m’écrire : « Vous êtes en dessous de tout ! » Finalement, Michel me proposa un arrangement : les éditions Naturellement lui cédaient les droits de son livre faute d’avoir pu payer les à valoir. Ce que je fis volontiers. Je dois dire aussi que le fait d’avoir édité ce livre lui a donné une seconde vie. Pierre Pelot, qui écrivait alors des chroniques dans l’Huma (qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour gagner sa chienne de vie d’auteur !) en publia une dithyrambique sur L’Ogresse. Michel trouva alors d’autres éditeurs. J’en suis très heureux pour lui.
Nous avions aussi édité un livre de Pierre Pelot (Nos armes sont de miel). Pas de chance, au moment où il fallait payer nous étions au bord du gouffre, avec une dette énorme auprès de l’imprimeur. Sachez tout de même qu’au début je payais les auteurs ! Je ne fus plus en mesure de le faire quand les déficits s’accumulèrent. Je demandais à Bailly d’expliquer cela à son auteur. Malheureusement Bailly n’a jamais fait aucun effort pour défendre son entreprise, au contraire, il développait la démarche infantile de dire partout que j’étais responsable de tous les maux de l’édition (comme il l’avait fait avant au sujet de Lefrancq). Je me souviens d’un e-mail agressif de Pelot que Marc m’avait transmis dans lequel l’auteur se plaignait amèrement d’avoir déjà fait un infarctus du myocarde à cause du stress littéraire et que là on se conduisait à la manière du fanzinat, etc. Je comprends, mais ces auteurs si véhéments pour réclamer leur dû croyaient certainement avoir fait des ventes somptueuses… Or, avec les auteurs français je n’ai jamais dépassé des ventes de quelques centaines d’exemplaires… La plus faible vente fut celle du livre Le meilleur tireur de l’est. A tel point que l’auteur m’envoya deux lettres recommandées pour contester le chiffre de vente. Ensuite, Pelot me traita avec le plus parfait mépris.
En fait, il faut comprendre que ces écrivains de SF (encore que Pelot a su varier ses productions littéraires) veulent vivre de leur plume. Et que leur plume ne leur rapporte pas grand-chose. Il est facile alors de s’en prendre aux éditeurs…
D’autre part, j’ai remarqué à quel point l’auteur est sympa avec l’éditeur avant la signature du contrat et à quel point ensuite il devient impitoyable, agressif… Agressivité inversement proportionnelle aux résultats des ventes de son livre. Mais heureusement ce n’est pas le cas de tous les auteurs.

Au printemps de 1999, je fus invité par Marc à une espèce de convention belge de SF à Bruxelles, dont il était le coorganisateur avec une bibliothèque dont la directrice est extrêmement charmante. C’est là que je fis la connaissance de Graham Masterton qui apparut comme un jeune cadre très jovial en compagnie de sa fidèle épouse, une belle femme mûre blonde. Ce qui m’a surpris c’est la quasi absence de public. Très faible participation. Je pris conscience alors que dans ce genre de manifestation il y a beaucoup de gens qui ont des choses à vendre et très très peu qui achètent. Toutes les expériences que j’ai faites ensuite n’ont fait que confirmer cette analyse. C’est pourquoi je ne me rends plus à aucune convention.
C’est à Bruxelles aussi que je fis connaissance avec Daniel Conrad (le pseudo de Yannick Pierre) qui était alors rédacteur en chef de la défunte revue Ténèbres à laquelle je fus le premier abonné et sans doute je restais le seul… Lui aussi n’était pas venu pour acheter mais pour vendre… Il me proposa d’éditer un recueil des interviews réalisées par Ténèbres. Ce projet m’intéressait mais je vis qu’il froissait Marc Bailly et je décidais dans ces conditions de ne pas donner suite (ce en quoi j’ai eu tort !). Mais Daniel Conrad me proposa un autre projet : un recueil de nouvelles déjà publiées dans Ténèbres et sélectionnées par lui et son compère Benoît Domis également rédacteur en chef. Ce fut Ténèbres 2000. Je courais encore un risque en publiant cet ouvrage et, pourtant, je ne fus pas remercié par Daniel Conrad par la suite… Ceci dit, voici ce qu’il écrivit dans la préface de cet ouvrage : « Grâce à la passion et au courage d'un valeureux éditeur, Alain Pelosato,... ». A la fin, ils remercient et dédient cette anthologie à « Maître Alain Pelosato, notre mécène ».
Tout ce beau monde s’occupe désormais de Dreampress.com une sarl (société à responsabilité limitée) dont Benoît Domis est le gérant il est en compagnie de Daniel Conrad « directeur littéraire », Laurent Français « directeur artistique » et François Cazals « directeur marketing et projets spéciaux ». Nos amis doivent avoir une sacrée rigueur de gestion : ils ont publié deux livres ! Il est vrai que ne rien faire est le meilleur moyen de ne pas courir de risque… Ils ont d’ailleurs réalisé l’exploit de publier quatorze numéros de Ténèbres en quatre ans et ils se sont arrêtés… Ceci dit, sur leur site, ils annoncent l’objectif d’éditer des œuvres littéraires mais ils se sont déclarés au tribunal de commerce comme société d’activités de banques de données (code activité : 742Z). On ne comprend pas très bien… Pas très transparent tout cela.

A Bruxelles, je fis connaissance également de deux personnages incontournables de la SF Belge : Jacques Van Herp et Henri Vernes, ce dernier passa sa journée à démolir l’œuvre de Stephen King. Van Herp fit un excellent exposé sur les origines de la SF. Je me souviens encore d’une anecdote au sujet de Van Herp. Avant le dépôt de bilan de Lefrancq, ce dernier publia un recueil de nouvelles et une biographie d’un auteur américain, Fritz Leiber, ouvrage préparé et traduit par Van Herp. Je fis la remarque suivante à Bailly : le livre était plein de fautes. Il me répondit que c’était de la faute à Lefrancq ! Soit ! peut-être que l’éditeur n’avait plus les moyens de se payer un correcteur… mais un auteur ne doit-il pas aussi présenter un travail impeccable ? Or, mon expérience a montré que les auteurs de SF sont loin, très loin, dans leur majorité de faire un bon travail dans ce domaine.
Je me souviens bien d’un débat avec des écrivains et des scénaristes, dont Doug Headline qui réalisa quelques années plus tard Broceliande. Tous affirmaient que si on voulait faire une carrière dans l’écriture il ne fallait faire que cela. Il y avait aussi Serge Lehman qui venait de recevoir le prix Bob Morane (un des prix les plus inutiles du lot… et je ne parlerai pas du prix Masterton, encore pire) avec sa directrice de collection Marion Mazauric qui quitta ensuite les éditions J’Ai Lu pour fonder les éditions Au Diable vauvert. Je fus surpris (peut-être pas tant que cela, avec le nom qu’elle porte) en 2002, lors des élections présidentielles qu’elle signât l’appel à voter Robert Hue. Serge Lehman fumait comme un pompier… J’espère qu’il a arrêté depuis car je ne manquai pas de le lui faire remarquer. Bien plus tard Serge Lehman me proposa d’éditer en recueil les articles qu’il avait publiés dans le journal L’Humanité (des articles de prospective scientifique) ainsi qu’un recueil de ses nouvelles. Nous échangeâmes des courriers, je lui envoyai deux contrats, il les modifia et les signa, puis je les signai moi-même… et ensuite je n’ai plus eu aucune nouvelle de lui… (c’est le cas de le dire !)
D’autres rencontres me laissent un agréable souvenir comme celle avec Jacques Goimard, délicieux personnage incontournable dans le monde de la grande édition et celle avec le fabuleux artiste qu’est W. Siudmak dont les peintures m’ont toujours enchanté sur les couvertures des livres. Je me fis un grand plaisir de lui faire part de mon admiration et je m’aperçus que cela le toucha. Dans un autre registre j’aurais aimé rencontrer Nicollet, mais ce plaisir ne me fut jamais accordé. (Nicollet illustra les couvertures des livres des éditions Oswald…)
Il y avait un autre illustrateur à cette manifestation : Gilles Francescano. Je lui fis également part de mon admiration pour ses illustrations de couverture de la série des Robert E. Howard au Fleuve Noir. Il eut l’air d’en être surpris… Il travailla à plusieurs reprises pour les éditions Naturellement et collabora bénévolement à Sfmag. Aujourd’hui, il publie dans le magazine L’Ecran fantastique sa rubrique “Mine de rien“ qu’il avait inaugurée dans Sfmag.

J’ai toujours eu du mal à payer les illustrateurs, comme j’ai toujours eu du mal à payer tout le monde d’ailleurs, n’ayant jamais d’argent, ma paie passant en entier pour combler les brèches qui s’élargissaient jour après jour. Le seul qui eut une attitude réellement dure, quasiment fasciste avec moi fut Jozelon que j’avais sollicité pour illustrer la couverture d’un livre de ma collection d’un auteur débutant : Le Souffle du rêve de Bernard Henninger. Il demandait bien cher…
Ce brave Bernard Henninger, comme certains auteurs, se voyait déjà entamer une grande carrière professionnelle rien que parce qu’il avait été édité. Il n’avait pas compris qu’être édité ne suffit pas, loin de là. Il m’envoya moult lettres recommandée pour me mettre en demeure de publier son deuxième livre car j’avais eu l’imprudence de signer un contrat avec lui mais les difficultés s’accumulant je ne pouvais plus me le permettre. D’ailleurs quelque temps après je déclarai la société en cessation de paiement. Je reçus les mêmes réactions agressives de la part d’un autre auteur. J’avais publié de lui une œuvre théologique Dieu et les extraterrestres. Et comme il insistait pour me demander de publier son deuxième, par honnêteté je lui fis part de nos difficultés et que j’étais sur le point de déposer le bilan. Alors l’agneau se transforma en loup et il m’envoya également plusieurs lettres recommandées dont une à mon travail à la mairie de Pierre Bénite en me menaçant du tribunal en essayant de me faire croire que je pouvais être condamné pour faillite personnelle etc. Bref il voulait toucher ses droits d’auteur avant le dépôt de bilan. Je suis consterné en me rappelant que cette personne devait devenir pasteur….

Au moment où je faisais la connaissance de Daniel Conrad j’avais reçu un manuscrit assez étrange de Séréna Gentilhomme intitulé Les Nuits étrusques. J’avais lu une nouvelle de cette auteur dans Ténèbres justement. Et j’avais apprécié son style (dont malheureusement elle ne saura jamais varier…). J’en avais parlé à Daniel, pensant le voir heureux que j’eusse l’intention de publier une de ses auteurs. Je fus étonné de le voir relativement jaloux… Je publiai donc ce livre, mais ce ne fut pas sans de pénibles péripéties. Je demandais à mon neveu illustrateur d’illustrer une scène du livre (c’est un livre qui cultive le mauvais goût, mais avec beaucoup de style). Séréna ne fut pas enchantée, pourtant le dessin représentait parfaitement la scène. D’autre part, elle m’envoya le livre sous forme de plusieurs fichiers Word, un pour chaque chapitre. Conformément au contrat signé qui demande un seul fichier j’aurais dû lui demander de me regrouper tout cela ; je ne le fis pas pour ne pas l’ennuyer. Mal m’en prit car j’oubliai le petit texte de remerciement au début. La couverture ne lui plaisant pas elle se saisit de cet oubli pour protester et je décidai donc de retirer le livre avec la couverture de son choix. Ce qui fait que le livre existe avec deux couverture et comme je l’avais pressenti alors, aujourd’hui les bouquinistes vendent à prix d’or l’édition avec la couverture de mon neveu mais hélas, je n’en tire aucun bénéfice financier sinon de la satisfaction morale.
Puis, Bailly me proposa "Jeunesse cannibale", un recueil de nouvelles de ce courant littéraire italien de l’horreur. Je demandais à Séréna de le traduire. Elle accepta de le faire pour 5000 FF. Elle le fit et le livre fut publié mais, comme presque tous les livres de Marc Bailly, il se vendit très mal !
L’édition de cette ouvrage me fit engager une relation littéraire avec une de ses auteurs : Alda Teodorani. Le maquettiste du livre avait fait une erreur sur son nom et avait écrit « Aldo » au lieu de « Alda ». Cette charmante écrivaine d’horreur m’écrivit pour me signaler la faute et me demanda en guise de “réparation“ d’éditer son livre “Belve“ ce que je fis avec plaisir en demandant à mon père de le traduire ce qu’il fit gentiment. Quelque temps après sa publication elle vint me rendre visite en France avec son ami. Ce fut une rencontre très agréable et nous convînmes de quelques projets que je ne pus mettre en œuvre pour cause de dépôt de bilan. Alda est restée correspondante de Sfmag en Italie.
Le livre qui s’est le mieux vendu fut X-files, 5ème saison. Il ne rapporta pas d’argent pour autant car il nous coûta 40 000 FF de droits pour l’agent littéraire (il faut payer en une fois l’agent français et l’agent américain…) et 37 500 FF pour la traduction réalisée par Daniel Conrad et Benoît Domis qui furent payés rubis sur l’ongle. Finalement un gouffre financier comme d’habitude. Et ce n’est pas la pub que Ténèbres nous a faite gentiment qui a arrangé les choses…

L’année 1999 fut également la première année au cours de laquelle les éditions Naturellement furent présentes au salon du livre à Paris. Je n’ai pas grand-chose à en dire : peu de livres vendus mais énormément d’auteurs qui se sont présentés avec un manuscrit. Là aussi, beaucoup avaient à vendre et peu achetaient…

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