Introduction : fin des années quatre-vingt
C’est l’agonie du communisme après une très longue maladie. La fin de l’Urss après le putch contre Gorbatchev, la chute du mur de Berlin, la “révolution“ en Roumanie avec ses horreurs médiatiques (je relis aujourd’hui avec plaisir les textes de Dan Simmons sur cette période).Une période terrible pour moi, l’enfant de la guerre et des sacrifices inouïs de la lutte contre le fascisme et le nazisme.
Dès 1984, je commençais à être fatigué de militer au PC. Ce monde me révulsait. Mais je ne voulais pas l’admettre et je m’agrippais à cet héritage de l’antifascisme du PC que la famille de ma mère a si cher payé.
C’est d’ailleurs cette année-là que je mis en place le lent mais irréversible processus de ma disgrâce au PC. Il fallait préparer les élections cantonales de 1985. La situation du PC était très difficile politiquement car les ministres communistes venaient de quitter le gouvernement. Le PS local à Givors allait évidemment favoriser la perte du siège de Conseiller général tenu par Camille Vallin depuis…. 1945 ! Avant le Comité de section qui devait décider de qui devait être candidat, Camille Vallin, en bon stalinien, déclara au journal Le Progrès que c’était lui le meilleur. Je ne partageais pas cet avis, cet article me mit en colère et je fis part sans prudence de cette colère à mon amie Yvette qui s’empressa de rapporter mes propos irrévérencieux à Vallin. Je maintins néanmoins ma position contre la candidature de Vallin (il fallait renouveler !) au comité de section et au comité fédéral. Je fus battu bien sûr. Il faut dire qu’aux élections cantonales précédentes, en 1979, j’avais été désigné par la section et la fédération pour prendre la relève de Vallin. Tout était décidé quand soudain, Jean-Paul Magnon secrétaire fédéral, me fit savoir, avec ses manières de maquignon, que je ne pouvais plus être candidat car le maire communiste de la commune voisine, Roger Tissot,
s’y opposait. Je pris cela comme une trahison de la part de mon ami Roger que j’avais contribué magistralement à faire élire comme maire mais je décidais de suivre les ordres fédéraux en déclarant que je n’étais plus candidat, ce qui mit en colère bien des camarades de la section. Je n’en fus pas remercié pour autant par le PC par la suite…
En 1989, aux élections municipales de Givors, tout le monde était étonné que je ne sois pas en tête de liste. Non ! C’était Vallin qui restait accroché à son poste de maire. Lors de l’hiver 1988, après les élections présidentielles qui ont vu le triomphe historique de François Mitterand, je me souviens d’avoir couvert les murs de portraits de Vallin pour la campagne municipale. Il fallait que tout soit clair : je ne tenais pas du tout à être maire PC, mais alors pas du tout… D’ailleurs, lorsque quelques années plus tard en 1993, Vallin, très tendu, m’annonça que ce ne serait pas moi le maire mais le petit Passi, il fut étonné de ma réaction passive. Dans ma tête je plaignis les Givordins d’avoir un maire aussi mauvais et dans les premières années de son mandant je m’évertuai à l’aider à prendre un peu de compétence sans réussir car l’intéressé lui-même souhaitait rester dans sa crasse.
En 1995 d’ailleurs, sous le prétexte du manque d’argent je fus licencié par le PC sans indemnité ni remerciements… Je dus donc réintégrer mes fonctions à la mairie de Pierre Bénite après douze années de détachement. Pas facile !
Voilà donc l’ambiance générale.
J’avais jusqu’alors exercé mes talents dans l’écriture au service de Vallin en tant que membre de son cabinet et au service du PC comme journaliste à la Voix du Lyonnais, hebdo de la fédération. Je fus même sollicité à la mairie de Givors pour remplacer un rédacteur du journal municipal qui faisait (aux frais de la mairie) l’école de quatre mois du PC…
Cette (encore petite) prise de distance fut suffisante pour que je décide désormais de ne plus écrire pour les autres, mais d’écrire pour moi-même.
Je composai un premier livre dont je soumis le manuscrit à l’éditeur du PC (Messidor) qui me demanda de le réécrire (ce que je fis) et qui devint Au fil du Rhône, histoires d’écologie qui remporta un certain succès. Mais ce qui m’intéressait c’était la fiction. Le fleuve inspirait beaucoup mon goût macabre avec ses flots sombres et puissants qui cachaient de noirs mystères. Je rédigeais alors Vorgines, un recueil de ténébreuses histoires fluviales et de témoignages de riverains. Je devenais un spécialiste de l’anthropologie du fleuve.
Maintenant, il fallait trouver un éditeur. Je pris les pages jaunes de l’annuaire et j’envoyais mon manuscrit au premier éditeur de la rubrique : “ALEAS“. A ma grande surprise, je reçus un coup de fil de l’éditeur qui me proposa un rendez-vous. Je me rendis donc dans leurs locaux à Lyon, et je compris au fil de la conversation qu’il y avait un malentendu car, je m’en rendis compte, ce monsieur avait été interviewé par l’Humanité Rhône Alpes et, me connaissant, il crut que je venais à lui sur la base de son interview… L’entrevue se passa bien, mais quelque temps plus tard je l’appelais et il m’informa qu’il refusa mon manuscrit. Je l’envoyais alors au journal Le Progrès qui éditait un livre régional par ci par là. Je fus assez surpris de lire dans les colonnes de ce journal un grand article sur mon manuscrit avec citations et critique très très positive…
Cela m’encouragea et je pris la décision de m’autoéditer. Après cette décision j’eus une autre idée : j’étais journaliste bénévole à la revue “Naturellement“ et responsable national du Mouvement national de lutte pour l’environnement (MNLE) dont c’était la revue officielle. Je leur proposais de publier ce livre sous l’égide de Naturellement ce qu’ils acceptèrent avec enthousiasme. Il faut dire qu’à l’époque (en 1994) le rédacteur en chef en était mon ami Jacques Mogenet, très compétent journaliste, membre de l’association des journalistes pour le nature et l’écologie (JNE) qui parraina avec Sylvie Mayer mon entrée dans cette association dont je suis toujours membre…
Je publiai le livre et le présentait à Givors (j’étais alors Maire-adjoint). Je fus surpris du succès public de cette présentation. Une foule compacte vint pour acheter le livre et se le faire dédicacer. Ayant financé moi-même sa publication je rentrai dans mon argent sans déficit. Je proposai à la librairie Flammarion à Lyon de le vendre ce qu’ils firent, ainsi qu’au rayon livre de Carrefour à Givors.
Quelque temps plus tard, cette librairie fut détruite par un incendie et les éditions Messidor déposaient le bilan. Ce signe du destin aurait dû m’interpeller, mais j’étais parti dans la voie de l’édition et de l’écriture et rien n’aurait pu m’en empêcher… Pourtant je faisais souvent part d’une certaine paranoïa humoristique en déclarant : « Le premier éditeur qui m’a édité a fait faillite et la seule librairie qui vendait mon deuxième livre a brûlé ! »
Je ne me décourageais pas pour autant.
Lorsque je cherchais un éditeur pour Vorgines, j’avais envoyé mon manuscrit aux éditions Ouest-France. Très longtemps après, l’éditeur me contacta en me disant qu’il ne publierait pas mon livre mais qu’il m’en commandait un autre sur le fleuve Rhône : un livre plus touristique et historique agrémenté de témoignages vivants. Je le rédigeai donc et ce fut Le Rhône fleuve lumière. L’éditeur en fit deux éditions : une édition reliée (toujours en vente) et une édition cartonnée avec un titre différent : En descendant le Rhône. Cette dernier bien que beaucoup moins chère ne se vendit pas et quelques années plus tard je le vis en vente en livres d’occasion alors que l’éditeur m’avait informé qu’il le mettait au pilon.
Lors de la rédaction de ces livres, j’avais acheté le “Que sais-je ?“ sur le Rhône chez un bouquiniste. Voyant cette édition très ancienne et épuisée je proposais aux Presses Universitaires de France (PUF) de leur en écrire un autre. Quel ne fut pas mon étonnement (et ma satisfaction) de recevoir un courrier d’acceptation. Je me fis un très grand plaisir à rédiger ce “Que sais-je ?“. Mais là encore je tombais mal ! Les PUF traversaient de très graves difficultés (ah oui ! le monde de l’édition n’est pas facile…) et ils furent très occupés à restructurer leur société et le livre fut très mal distribué (la bibliothécaire de Givors me fit part de ses difficulté à se le procurer…)
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