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J’aime ton visage. Tes lignes sont si parfaites que tu sembles tout droit sortie d’un conte de fées. Tes joues rosées, discrètement poudrées, font ressortir les deux petites fossettes que tu arbores fièrement de chaque côté de tes lèvres lorsque tu souris. Ces lèvres pulpeuses que tu entretiens avec délectation pour donner le meilleur de toi-même lorsque tu embrasses. Ton menton aussi a une fossette en plein milieu. Elle te donne une sorte d’air sérieux qui s’évapore immédiatement au moindre sourire. Même si tu prends un visage grave, tes yeux rieurs donnent l’illusion du bonheur. Oui, c’est ça. Tu sembles nager dans le bonheur. Maintenant aussi, tu parais heureuse, malgré les circonstances. Rien ne peut te faire perdre ta bonne humeur. C’est grâce à tes yeux. Ils sont en forme d’amande, imperceptiblement inclinés : plus haut à l’extérieur qu’à l’intérieur. Quand c’est l’inverse, les gens ont un air toujours triste. Oui, mais là, c’est un air gai, enjoué, rieur. C’est comme ça que tu es, en toutes circonstances. Tes immenses cils ne font qu’accentuer cette impression et te rendre plus sexy. Et que dire de tes sourcils, si joliment épilés. Tu as dû passer tant de temps à les affiner pour qu’ils atteignent cette perfection.
Aujourd’hui est un grand jour : tu t’es faite belle. Certes, tu es naturellement jolie mais aujourd’hui, tu t’es spécialement arrangée. Ce n’est pas un grand jour à cause de ça mais c’est la raison pour laquelle tu es si soignée. Je t’avais préparé une surprise, alors tu t’es mise sur ton trente et un. Tu n’as rien oublié. Tout est parfait. Je te regarde avec délectation, envie même. Chaque détail de l’anatomie de ton visage est un appel à l’amour. Ton petit nez si discrètement retroussé, un peu mutin te donne cet air coquin, particulièrement lorsque tu fais semblant d’être contrariée en le retroussant.
Tes lèvres ornées d’un de ces nouveaux rouges à lèvres effet mouillé me mettent dans tous mes états. J’ai envie, voire besoin de fusionner avec elles, de les mettre en contact avec les miennes, de goûter leur parfum. Mais ce qui me rend le plus fou, ce sont tes cheveux. Ils sont absolument magnifiques. Pourquoi est-ce que je fantasme d’abord sur les cheveux des femmes ? Je n’en sais fichtrement rien. La seule chose que je sais, c’est que les tiens m’ont tout de suite fait un effet bœuf, pour parler crûment. Longs, ondulés, presque frisés, roux, ils m’ont achevé lorsque tu t’es retournée la première fois. Je t’avais suivie parce que justement j’avais repéré ta chevelure. Tu t’es alors retournée et l’adéquation parfaite entre tes cheveux et ton visage m’a frappé comme dans une vision biblique. Il arrive si souvent que des filles avec de jolis cheveux ait un visage qui détonne. Toi, tu étais parfaite à cet instant et tu l’es encore aujourd’hui. C’est même injuste pour toutes les autres femmes. A côté de toi, elles semblent toutes si ternes, si fades, si laides. Je n’ai eu de cesse de te séduire jusqu’au grand jour, aujourd’hui où je t’ai pour moi seul, pour toute la vie.
Je suis heureux car je peux te regarder, admirer ton visage autant que je le veux. Je peux passer mes mains sur tes joues, les glisser dans tes cheveux, t’embrasser encore, tu ne me demandes pas de m’arrêter. Tu en veux encore et moi, je ne suis pas prêt de m’en lasser. Je passerais ma vie à te toucher, te sentir, te regarder. Bien sûr, il n’y a pas que ça dans la vie mais dans la mienne, si.
Mais je manque à tous mes devoirs. Veux-tu boire quelque chose ? Non ? Très bien, c’est toi qui choisit. Je suis à tes ordres. Tu es si silencieuse. Je reconnais que je suis très bavard et que je ne te laisse pas beaucoup de place dans la conversation. Mais j’ai tellement de choses à te dire, à te raconter.
Je me souviens qu’après t’avoir vue dans la rue, cette fois-là, je t’ai suivie longtemps. Tu avais l’air pressée mais semblais ne pas savoir où aller. J’admirais tes cheveux roux, tes longues jambes et tes fesses aux courbes exceptionnelles. J’ai remarqué que tu faisais des allers-retours devant une clinique. Et puis j’ai compris pourquoi tu faisais les cent pas : tu attendais quelqu’un ; une autre jeune femme. J’ai supposé que c’était une amie. J’ai su plus tard qu’elle était ta sœur. Elle était tombée enceinte mais l’enfant n’était pas désiré. Tu attendais avec angoisse sa sortie de la clinique où elle venait de se faire avorter. Lorsqu’elle est enfin sortie, le soulagement qui se lisait sur ton visage faisait plaisir à voir. Je te l’avoue, maintenant : je t’ai espionnée. J’ai écouté la conversation que tu avais, de loin, en étant très attentif. J’ai une très bonne ouïe.
En retournant à ta voiture, tu t’es arrêtée près de moi et tu m’as demandé l’heure. C’était notre premier contact ! Le temps s’est ralenti comme pour me permettre de profiter de quatre de mes sens. J’ai pu te voir, te sentir, te toucher et t’entendre. Seul le goût m’a fait défaut. Tout est monté à mon cerveau en quelques millièmes de secondes. J’étais envoûté. Tu m’as certainement trouvé étrange, englué dans mes pensées, figé devant toi, probablement un peu niais. Et toi, tu t’en souviens ? Non ? Je comprends.
Moi, je suis tombé en arrêt mais une femme ne fonctionne pas ainsi. Une femme prend le temps de connaître quelqu’un avant de le remarquer vraiment.
Après cette rencontre, j’étais complètement obsédé par toi. Je te voyais partout. Mon corps était mu par l’espoir de te croiser à nouveau. Ton visage était imprimée sur ma rétine, ton parfum fixé dans mes narines. Je ne vivais que par toi, pour toi, à travers toi. Je crois que c’est à ce moment précis que je suis tombé amoureux. Un vrai coup de foudre comme il n’en existe que dans les films à l’eau de rose.
Je t’ai suivie à nouveau pour ne pas te perdre, pour avoir ton adresse. Ça n’a pas été facile. Tu étais rapide mais tu n’as pas réussi à me semer. Bien sûr, tu n’as pas essayé car tu ne m’avais pas du tout remarqué. Mais nous sommes ensemble ce soir et c’est là l’important. Tu es rentrée directement chez toi car tu avais invité ta sœur à passer ces moments difficiles en ta compagnie. Non seulement tu es belle mais en plus, tu es gentille et serviable comme j’ai pu le confirmer par la suite à de nombreuses reprises.
Cela fait maintenant un an que notre rencontre a eu lieu. Il s’est passé tellement de choses pendant cette période que j’aurais du mal à faire un résumé. Nous nous sommes revus assez souvent. Au début, je m’arrangeais pour être sur ton parcours. T’ayant suivie, je commençais à connaître tes habitudes et tes horaires. C’était facile de m’asseoir ici ou là et d’attendre que tu passes. J’étais dans le square par lequel tu rentrais à ton appartement. Je me suis inscrit dans la même salle de gymnastique que toi. Je me suis aussi mis à fréquenter le petit marché où tu faisais tes courses le samedi matin.
Puis le temps aidant, nous nous sommes vus différemment. Des habitudes se sont installés entre nous. Tu avais toujours des tas d’idées de sorties et moi, j’étais toujours au courant. Tu te souviens du Zoo ? C’était une bonne idée que tu as eue. Tu as voulu à tout prix emmener ta sœur. Je n’étais pas pour mais je ne pouvais rien faire. Et le bowling ? Là aussi, c’était bien. Je n’ai pas trop apprécié quand l’autre gros lourd à côté t’as draguée ouvertement devant moi. On aurait presque dit que tu étais consentante. Je sais, j’ai une fâcheuse tendance à la jalousie. Tu n’es pas la première à me le dire. Mais chacun à ses petits défauts, non ?
Le temps est passé si vite et il s’écoule encore tellement rapidement ce soir en ta compagnie. Chaque instant avec toi est un bonheur sans cesse renouvelé. Tu le dis, si je t’embête ? Ne me laisse pas parler tout seul si tu n’as pas envie. Je sais que la situation ne se prête pas forcément à un grand débat mais je ne veux pas paraître grossier en monopolisant la parole.
Hier, tu as reçu la lettre enflammée dans laquelle je t’invitais. Je n’étais pas là lorsque tu l’as ouverte mais j’imagine que tu étais folle de joie comme moi je l’ai été quand je t’ai ouvert la porte. Tu te trouvais debout devant moi, en robe de soirée, parée de tes plus beaux atours. Tu as eu un moment de flottement, te demandant si tu ne t’étais pas trompée de lieu. Benoît n’était pas là. C’est normal, la lettre était signée de sa main. Il te donnait rendez-vous ici et te déclarait son amour.
J’ai appris rapidement que tu craquais pour lui. Dès les premières semaines de notre relation. Tu m’as fait très mal, je dois bien le dire. Hélas pour toi — et tant mieux pour moi —, tu étais bien trop timide pour le lui avouer.
Tes conversations avec ta sœur ne laissaient planer aucun doute quant à tes sentiments. Il me semble que tu l’as rencontré au club de sport. Je n’étais pas là. Je n’étais pas encore inscrit à cette époque. Il a fallu que je m’absente juste un peu pour que ton esprit s’en aille le rejoindre. Ton cœur entier lui était désormais réservé. Je l’ai vite compris. Je ne suis pas bête, inutile de me faire un dessin.
L’usurpation s’est révélée facile puisque tu ne savais pas où il habitait. Moi, je me suis renseigné. Il le fallait. Les choses ne pouvaient pas se dérouler autrement. Il a un appartement assez coquet même s’il est bien typé « homme ». tu vois ce que je veux dire ? Pas très rangé ni très décoré. Lorsqu’il m’a ouvert la porte, il n’a pas été très surpris, je lui avais dit que je passerai. C’est un bon endroit, les clubs de gym pour sympathiser, tu ne trouves pas ? Avec lui, ça n’a guère été difficile. Tu lui parles « voiture » ou « foot » et tu l’accroches immédiatement.
Il a, très gentiment, écrit tout ce que je lui dictais. Il était un peu lent au début — à cause de son œil au beurre noir, disait-il — mais je sais que c’était une mauvaise excuse. Un peu plus et il disait que c’était de ma faute s’il ne pouvait pas écrire plus vite. Il a même fallu recommencer deux fois car du sang gouttait sur le papier. Ça ne fait pas très sérieux sur une lettre d’amour, n’est-ce pas ? Au bout du compte, il a fini par écrire exactement comme je le désirais. Je ne sais pas si l’arme que je tenais dans ma main y était pour quelque chose mais il y a mis tout son cœur avant de le perdre. Je sais que tu craquais énormément pour lui. C’est vrai qu’il est beau, sportif, riche, intelligent et mort.
Bref, il y a eu un moment de flottement et tu m’as demandé s’il habitait ici mais tu n’avais pas l’air d’y croire. Probablement m’avais-tu reconnu. Oh ! Je ne t’ai pas fait peur. Il n’y avait vraiment aucune raison. Tu me connaissais pour me voir en de nombreuses occasions. Tu avais aussi vu que j’avais sympathisé avec lui. Alors je t’ai simplement dit qu’il était sorti faire une course mais qu’il n’allait plus tarder. Je t’ai fait entrer dans mon petit chez moi qui n’est pas bien grand mais je suis assez fier de la déco. Je t’ai offert un verre à boire et tu as accepté sans discuter. Je suis allé chercher le sabre que j’avais soigneusement préparé et j’ai fait mon office pour notre bonheur.
Une chose que je ne t’ai pas demandé et qui est importante à mes yeux : es-tu pour ou contre la polygamie ? Je suis quelqu’un qui a beaucoup de succès et je ne peux pas me permettre de me contenter d’une seule femme. Mes autres femmes sont déjà là à t’attendre fébrilement dans leur chambre. Elle sont neuf mais ne demandent qu’à t’accueillir. Tu ne dis pas non ? Je prends cela pour un oui alors et j’en suis ravi. Tu vas voir, elle vont te recevoir avec tous les honneurs qui te sont dus.
Voilà, tu sais tout, maintenant. Déjà une heure que tu es arrivée. Déjà une heure que je te parle et que j’admire ton visage. Je vais être obligé de te laisser quelques minutes. Appelle-moi si tu as besoin de quelque chose. Je vais tout nettoyer avant que les tâches ne s’incrustent. Heureusement que j’ai posé ta tête sur une grosse serviette épaisse. Le canapé n’aurait pas aimé. Par contre, j’ai complètement oublié ton corps. Je devais avoir la tête ailleurs.