Sopor aeternus.
La raison commune pour moi n’est plus de miseEn ces nuits sans fin où, dans un état second,
Au gré de mes rêves ces heures je baptise
Dont on dit couramment qu’elles n’ont pas de nom.
Talentueux goûteur des passions indolores,
Fureteur obstiné des dédales humains,
En imagination sans relâche j’explore
Les hauts lieux, les bas-fonds à portée de ma main.
Les bordels de Tokyo, la muraille de Chine,
Les arcanes noueux du cerveau de Satan,
Le long nez de Cléo dont j’ai fait ma copine,
La Vénus de Milo qui ses deux bras me tend.
Cette nuit au hasard de ma route incertaine
J’ai découvert gisant dans un profond ravin
Une splendide auto d’allure souveraine,
L’épave d’une Rolls Royce des années vingt.
La carcasse rouillée sur la roche repose,
Les pneus sont lacérés, les sièges loqueteux,
Mais sur le long capot, dressé comme il s’impose,
Spirit of Ecstasy brille de tous ses feux.
Ouvrant avec effort la portière grinçante
Je pénètre courbé dans cet étroit abri
Où je m’allonge sur la banquette puante
Dont très vite j’oublie les relents de moisi
Car, enseveli dans son extase mystique,
Le fœtus racorni que je suis devenu,
Lové dans l’utérus de l’Eve métallique,
A retrouvé la paix, il n’en sortira plus.
*********** Toi, lecteur inconnu que tenaille le doute,
Si tu viens à trouver mon tombeau de hasard
Sans t’y attarder, de grâce, poursuis ta route,
Où se plaisent les morts, tu le sauras plus tard