Vincent Cuomo - Il était une fois la destinée - texte intégral

In Libro Veritas

Il était une fois la destinée

Par Vincent Cuomo

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Table des matières
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Il était une fois la destinée

            On ne choisit pas sa vie, au mieux une infime part de sa destinée. Du moins, si Dieu le veut.
           
            Je dois faire le vide dans ma tête, ne pas penser à l’acte que je vais perpétrer. Trop réfléchir conduit souvent à commettre une erreur fatale.
            Ce n’est pas la première fois que je me retrouve seul face à un ennemi, mais à chaque fois la même appréhension apparaît. Une appréhension positive, une montée d’adrénaline que connaissent tous les tueurs lorsqu’ils fixent leur victime d’un regard sombre.
            Je n’entends plus le bruit environnant. Je jette un dernier regard vers le ciel. Un jour, mes parents m’y accueilleront. Que pensent-ils de celui que je suis devenu ?
            Mon enfance s’est déroulée dans les favellas de Rio de Janeiro, entre les dealers et les balles perdues. Ça vous forge le caractère, une existence pareille. Quand vous côtoyez la misère et les dérives, vous faites ce qu’il faut pour survivre. Puis pour vivre. S’il faut voler pour vivre, vous volez. S’il faut tuer pour vivre, vous tuez.
 
            Je m’avance à pas lents vers le gars, comme si j’espérais qu’il ne me voit pas approcher. Ce type ne m’a rien fait. Les autres avant lui non plus. Dans une autre vie, on aurait peut-être pu se lier d’amitié. Mais quelqu’un, là-haut, en a décidé autrement.
 
             Les gouttes de sueur dégoulinent sur mon visage, plus crispé qu’à l’accoutumée. Mon arme est prête. Je sais comment je vais m’y prendre, et ce n’est pas sa grande carcasse typiquement germanique qui va m’effrayer. J’en ai vu d’autres ! J’ai décidé de le démolir, j’ai la puissance de frappe pour ça !
 
            Ça y est, nos regards se croisent. Enfin ! À chaque fois, c’est un moment émouvant, même s’il ne dure en général qu’une fraction de seconde. Je suis certain que ce misérable crève de trouille. Il connaît ma réputation, sait quel sort l’attend !
 
            Il crache par terre, se met à gesticuler dans tous les sens pour m’intimider. Ils font tous ça. En pure perte. Je le buterai comme les autres.
            Un signe de croix suffira, comme les fois précédentes. Comme pour les prochaines fois.
 
            Je regarde sur ma gauche, guette le signal de l’homme en noir. Dans trois secondes, j’aurai inscrit ce penalty. Dans trois secondes, je serai Dieu.