Caroline Miftari - L'ange gardien du démon : tome 4 - La Voie vers la Paix Éternelle - 1ère partie - texte intégral

In Libro Veritas

L'ange gardien du démon : tome 4 - La Voie vers la Paix Éternelle - 1ère partie

Par Caroline Miftari

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

Le réveil du Dragon

Bien que Vladislaus fût léger, le soutenir ainsi était pénible à son dos et à sa cheville. Il dormait presque sur son épaule si ce n’était pas pratiquement. Le roi se demandait si les démons que son fils avait vus étaient toujours à leur poursuite. Probablement, parce qu’une forte odeur de soufre les entourait partout où qu’ils aillent. Valerious secoua un brin son fils qui ouvrit à peine les yeux.

- Allons, fiston, réveille-toi ! gronda-t-il.

Arrivé à l’intérieur de la chapelle, il le déposa sur un banc devant l’autel pour le secouer encore avec plus d’entrain.

- Je t’en prie, réveille-toi ! fit-il en lui tapotant la joue.

Vladislaus ouvrit quelque peu les paupières.

- Je sais que tu es fatigué, même très fatigué. Mais si tu t’endors ainsi, les démons vont te capturer.

Il parlait en faisant des signes pour qu’il comprenne ce qu’il lui disait. Son fils réagit à peine en relaissant tomber sa tête sur le banc pour se rendormir.

Avait-il donc tant souffert pour qu’il daigne à dormir de la sorte ? En tout cas, l’odeur de soufre approchait toujours plus. Et apparemment la chapelle ne les éloignait pas. Avec un certain haut-le-cœur, il vit une ombre s’approcher de la porte. Et le démon qui avait pris son fils en otage apparut à l’embrasure, décapité mais semblant guidé par quelque chose pour venir dans leur direction.

- Oh non ! s’exclama le roi de terreur avant de secouer encore plus ardemment son fils.
Vlad ! Voyons, tu dormiras plus tard ! Vlad !

Mais rien n’à faire. Il se demanda même si ce n’étaient pas ces démons qui les entouraient très probablement qui sonnaient son fils pour mieux s’emparer de lui. Il se redressa vivement en faisant barrage au démon.

- Il faudra me passer sur le corps si tu veux mon fils, menaça Valerious avec colère.

***

C’était le calme plat.

Gabriel ouvrit lentement les yeux pour sortir du noir de son inconscience. Le coup avait été rude, violent, cruel et humiliant. Le crachat qu’il avait reçu en pleine tête collait à la poussière et le recouvrait entièrement. Et bon Dieu, où était passé Michel ? Il ne le sentait plus dans les parages. Probablement que Dieu l’avait rappelé à l’ordre, vu que personnes des cieux ne devaient intervenir pour l’aider. Hariel et son frère Michel… Ils avaient été deux, ce qui n’avait pas dû passer inaperçu aux yeux de Dieu. C’était injuste ! Lucifer était énorme, et il était seul pour le combattre et protéger le prince d’une horde de démons.

Il sentait déjà la colère et la tristesse de l’abandon le submerger.

- Seigneur, laissez-moi au moins Michel pour m’aider à combattre ce démon ! geignait-t-il. Je n’ai pas l’habitude de l’affronter, ce n’est pas mon domaine. Pourquoi me punir ?

Rien ne lui répondit.

Rageant ! Tout aussi humiliant qu’un crachat de Lucifer ! Tout aussi violent ! Il se sentait rabaissé, ignoré, démuni…

Une colère intense monta en lui avec férocité sous ses émotions. Son sang bouillait dans ses veines de haine envers Lucifer, lui-même, Dieu, son frère… Tout le monde !

- Vous allez voir ce qu’il va prendre puisque on me laisse lâchement tomber.

Il sentit la puissance monter en lui comme le feu et se leva en poussa une poutre qui le maintenant coincé sur le sol avec une énergie brutale, au point qu’elle traversa le reste du toit en partie encore en état. Il sentait la rage lui monter au corps avec puissance et faire sortir ce qu’il n’avait pas sorti depuis quinze siècles.

Il se sentit grandir et grandir encore, son corps se déformer au fur et à mesure que sa rage augmentait. Le reste du toit de la chaumière qu’il avait traversé lors de sa chute explosa et le reste du bâtiment avec lui. Des griffes remplacèrent ses ongles, une couronne de cornes remplaça ses cheveux et une longue queue armée de piques en guise de balancier poussa. Son visage se déforma pour laisser place à un museau aux crocs acérés et un long cou. Ses ailes restèrent de plumes mais grandirent elles aussi, immenses, majestueuses, et sa peau d’écailles était d’or et d’argent. Heureux de pouvoir laisser sa fureur sortir avec tant de rage, le Dragon maintenant bien éveillé poussa un rugissement de colère et de liberté invraisemblables. Son cri résonna à travers la nuit comme un coup de tonnerre.
Rejetant la tête en arrière, il cracha des langues de flammes comme si ce feu intérieur brûlait de sortir avec sa fureur.

***

Valerious resta coi quand il entendit ce rugissement au-dehors et le démon qui avait commencé sévèrement à s’approcher stoppa net. Ce n’était pas le cri du Diable en colère. Non, c’était autre chose.

Vladislaus ouvrit les yeux sur le cri et se redressa même sur son séant pour fixer le plafond avec un certain encouragement et de l’espoir dans un léger sourire de confiance. Valerious ne comprit pas ce comportement et son fils retomba sur le banc pour s’endormir à nouveau, n’en sachant pas plus. Mais le démon se détourna du cri et reprit son attention sur son fils.

***

La première chose que Gabriel vit sous son aspect de Dragon fut Lucifer qui fut complètement hagard sous cette soudaine apparition. Ce dernier le regarda avec une certaine crainte car il le dépassait d’une bonne tête. Gabriel se cabra, prêt à bondir. La vue de Lucifer le répugnait monstrueusement, il le détestait, il souffrait d’être sur Terre à cause de lui et uniquement à cause de lui.

Un feu de colère monta de sa poitrine et il cracha une énorme boule de flammes en direction du Démon. Lucifer fut instantanément englouti de feu dans un hurlement strident de douleur et probablement de rage. Une fois le souffle coupé, le Dragon cessa de faire jaillir les flammes et se rua vers le Diable pour venir le frapper à grands coups.
Lucifer tenta de se défendre mais en vain. Les crocs du Dragon se plantèrent dans sa nuque et il hurla de douleur dans une giclée de sang noir, les griffes de son ennemi se plantant dans la chair de sa tête.

- Lâche-moi, saleté ! hurla-t-il à l’intention de Gabriel qui ne lâcha pas prise.

Avec la force de la colère, Lucifer arriva tant bien que mal à saisir son agresseur par la gorge et l’étrangler. De courte durée, car une nouvelle crachée de feu lui envahit le visage une nouvelle fois et il lâcha prise en reculant. Dans sa douleur, aveuglé par la souffrance, il heurta le mur d’enceinte du château et s’écroula dans la cour en percutant celui de la chapelle du bras.

***

Valerious retint un hurlement quand le mur de la chapelle s’effondra dans un grand fracas dans un nuage de poussière et de débris qui atteignirent le démon qui n’avait pas eu le temps de réagir pour les éviter. Il regarda autour de lui quand le calme fut quelque peu revenu et eut un haut-le-cœur en voyant que Lucifer était effondré dans la cour, un bras dans une partie effondrée de la chapelle. Vivement, il récupéra son fils quelque peu éveillée sous ce tumulte et le porta comme un enfant pour le cacher derrière la table de l’autel, hors de vue du Diable. Ce dernier se redressa en secouant sa monstrueuse tête et se remit sur ses jambes pour faire face à quelque chose dehors. Mais quoi ? Qu’est-ce qui pouvait l’avoir frappé de la sorte pour le projeter ainsi avec autant de violence ?

Une gigantesque langue de feu vint à le toucher et le Diable recula avec douleur sous des hurlements. Un nouveau fracas se fit entendre et Valerious voulait en savoir plus. D’autant plus que son château subissait des dégâts énormes !

Curieux… Oui, il voulait voir !

Il jeta un œil à son fils toujours assoupi puis vers la brèche. Un hurlement autre que celui de Lucifer se faisait entendre. Mais de quoi cela pouvait-il donc provenir ?

Il regarda à nouveau son fils qui ne bronchait pas dormant paisiblement et lui murmura :

- Je ne vais pas loin, je veux juste voir !

Il abandonna Vladislaus pour courir vers la brèche immense dans le mur de sa chapelle et regarda au-dehors. Il fut bouche bée en voyant que deux titans se battaient avec une violence inouïe dans l’enceinte dans son château qui commençait sérieusement à ressembler à un véritable champ de ruines. Il voyait parfaitement ce Dragon. Mais où était Gabriel ?

Il regarda dans le ciel pour tenter de l’apercevoir mais il ne le vit pas.

- Gabriel ! appela-t-il.

Immédiatement, le Dragon se tourna vers l’appel et le fixa. Valerious fut sidéré en reconnaissant les yeux au regard vert de Gabriel dans cette créature splendide.

- Est-ce bien vous ? demanda le roi subjugué.

Un coup violent fut porté au Dragon qui reçut une sévère griffure dans le cou et il hurla de douleur avant de rendre le coup par un violent coup de sa queue garnie de piques. Ces derniers frappèrent Lucifer à la poitrine et il s’écroula sur la tour de guet qui tomba à son tour en ruines.

- Eh ! hurla le roi avec stupidité en voyant les dégâts. Mon château !

Pendant que Lucifer fut à terre, le Dragon Gabriel en profita pour lui bondir dessus et lui planter ses griffes et ses crocs dans la chair sans se soucier des dégâts commis au château de son ancien mentor. Avec une force stupéfiante, Gabriel emporta Lucifer dans les airs dans un grand battement d’ailes. Le roi fut presque projeté en arrière sous la force du vent que dégagèrent ces dernières et il regarda les deux êtres disparaître entre les nuages avec un certain soulagement.

Il allait s’en retourner à la chapelle retrouver son fils quand un violent tremblement secoua la terre avec une violence ahurissante au point qu’il manqua de perdre l’équilibre. Il se tourna vers la brèche dans le mur d’enceinte et vit le Dragon cogner sévèrement avec rage Lucifer enfoncé dans un cratère au milieu du village. Il avait dû l’emmener entre les nuages pour ensuite le projeter à terre pour ensuite le rosser avec colère. Lucifer semblait sans défense face à cet adversaire redoutable et il avait du mal à se libérer de sa poigne de fer.

Il le reprit à bras-le-corps et remonta dans le ciel avec son ennemi pour disparaître une nouvelle fois dans les nuages. Valerious attendit pour voir la suite des événements et il vit à nouveau les deux créatures apparaître. Le Dragon tenait sévèrement Lucifer entre ses griffes et plongeait avec lui droit vers le sol qu’ils heurtèrent avec encore plus de violence que précédemment. Cette fois, le roi tomba au sol au milieu des gravas en fixant la scène avec une certaine épouvante. C’était effrayant ! Le dragon frappait, crachait des flammes, frappait encore, volait avec son adversaire pour le jeter encore une fois au sol avec de plus en plus de violence et de colère. Lucifer n’arrivait même pas à se défendre sous les coups rapides et précis du Dragon. Si Lucifer était combattu, son fils serait libre de monter au Paradis dans les bras protecteur de ce Dragon…

- Mon Dieu, Vladislaus ! se souvint-il avec angoisse. Combien de temps l’ai-je donc laissé seul ?

Il se rua vers les restes de la chapelle en évitant les débris et un cri resta coincé dans sa gorge quand il vit une scène inacceptable.

Il avait manqué à sa mission de protéger son fils des démons.

***

Vladislaus rêvait inlassablement depuis un bon moment de tout et de rien. Des bruits parfois assourdissants le sortaient quelque peu de sa torpeur mais ne le réveillèrent pas pour autant. Mais dans ses rêves, il voyait une ombre de menace flotter au-dessus de lui. Quelque chose qui le terrorisait, qu’il avait déjà rencontré et qu’il avait surtout subi récemment.
Il sentait aussi une certaine vague d’abandon. Il ne sentait plus la présence de son père censé veiller sur lui pendant que Gabriel combattait Lucifer sous sa forme majestueuse de Dragon qu’il avait entendu et vu dans un songe au point qu’il s’était réveillé quelque secondes pour se sentir rassuré. Et il était replongé dans ce sommeil, épuisé. Mais il se sentait sinistrement seul, ou plutôt abandonné. Car seul, il ne l’était pas, lui sembla-t-il.

Quelque chose semblait se dégager des gravas non loin de lui et il sentit la panique le gagner dans son sommeil. Cette ombre qui s’approchait… Il voulait ouvrir les yeux, voir ce que c’était et fuir, mais il n’y parvint pas, comme si ses paupières refusaient de s’ouvrir sous un sommeil trop lourd. Il devait trouver la force de se réveiller, de s’échapper…

Ses rêves se brouillèrent et des scènes de cauchemars lui envahirent l’esprit. Il se revit en Enfer, entouré de démons furieux et de loups assoiffés de sang et de chair humaine. Une violente douleur s’empara de son être entier et de son esprit. Avec horreur, il sentit que quelque chose s’empara à nouveau de son âme avec une sans-gêne monumentale, tel un viol, et se sentit à nouveau plongé dans la douleur et les ténèbres. Il sentit qu’on lui pompa à nouveau toute son énergie, serré entre les mains de quelque chose qui eut comme un soupir de soulagement et de satisfaction.

Dieu, c’était atroce ! Cette douleur… Non, ça recommençait ! Le démon qui l’avait tenu en otage pendant un temps l’avait repris ! C’était la même souffrance, la même puanteur, le même désespoir ! Il tenta de se débattre, de se libérer, de mordre, de frapper mais impossible d’effectuer le moindre mouvement car tout n’était que torture au moindre geste.
Seul le noir vint à l’envahir et c’est là qu’il put enfin voir des images en se sentant plonger dans les abîmes de la damnation.

Son père était là, le regardant avec un air nauséeux mêlé de rage et de honte. Il semblait fortement en colère également, à s’arracher les cheveux qu’il s’empoigna.

Une violente décharge se fit sentir dans sa tête et le noir total l’envahit sous la souffrance et il ne vit plus rien, ne ressentant que la douleur.

***

Valerious regarda le démon s’emparer de l’âme de son fils avec fureur. Jamais il n’aurait dû le laisser une seule seconde ! Maintenant, son fils était à nouveau sous l’emprise du démon qui l’avait repris entre ses griffes, fusionnant son corps avec celui de Vladislaus. La tête décapitée repoussa pour faire réapparaître celle de son fils défunt et non son âme si belle et lumineuse, impatiente de voir le Paradis pour le repos éternel.

Dracula maintenant de retour, ce dernier vint à cracher son venin.

- Vous avez toujours été un père indigne envers moi ! Encore une fois vous m’avez abandonné à mon propre sort, faisant de moi un monstre que vous allez à nouveau regretter !

- Oh non, Vladislaus ! sanglota Valerious. Pardonne-moi !

Son souci matériel sur son château avait finalement eu raison de son fils, comme il l’avait fait autrefois en se souciant plus de la guerre que du bien-être de Vladislaus qui lui avait à nouveau glissé entre les doigts.

Pour seule réponse à son accablement, Dracula lui envoya un rictus méprisant et amusé avant de rire aux éclats.