arguments et revelations
Révélation 1.
Harmoniser les forces. Les faire parler, communiquer entres elles. Toute la masculinité du monde n'aura été jusqu'à ce jour qu'un vent non maîtrisé. L'eau est féminine. L'orage est féminin. La neige est féminine. Le vent et le feu sont masculins. Internet entre dans la théorie des vents. Le communisme aussi. Le vent c'est celui qui emporte. Non sous terre, non dans les cieux mais "là-bas". Plus loin. Le vent ne tombe pas. Au pire il tourbillonne. Il se déplace comme celui qui chasse. La neige tombe. La pluie aussi. Le brouillard pourrait convenir mais lui stagne, flotte. L'orage relie le ciel et la terre, il ne reste pas "entre les deux". Il lie les deux. Comme la femme l'est avec son enfant. Elle ne se déplace pas. Elle élève. Elle s'élève. La théorie du vent est contraire à la pensée de l'élévation. Elle est la pensée du lointain. Rimbaud est "l'homme aux semelles de vent". Il court sur le vent. Il ne va pas plus haut ou plus bas. Il va plus loin. L'horizon. L'horizontal: premier point.
Quand nous marchons, nous ne levons pas la tête. Il nous est naturel de regarder droit devant nous. Nous avons le sentiment que la terre est plate, qu'elle s'étale à l'infini. C'est depuis que nous la voyons ronde que nous observons le ciel. Parce nous avons la hantise de faire le tour et de retomber au point de départ. Mais il n'y a pas de départ, ni même de retour, il y a des avancées et des "reculements", des secousses. Il y a le temps qui défile. En ceci "facebook" nous renseigne. Car oublier n'est pas un mal. Nous avons à vivre et ce qu'il y a à vivre est devant. Une suite d'événements sans fin. Une course. Le monde, la vie, elle est devant. Ou derrière. Mais surtout pas en haut et encore moins en bas. Quand nous mourons, nous mourons ici. Nous sommes enterré là. Brûlé, tué, noyé là. Au point qui nous fixe. Qui arrête l'avancement. Notre âme ne s'envole pas. Elle se déplace. Toute la pensée du vent est à comprendre dans son intrinsèque déplacement. Entre la terre et le ciel. Au milieu du ciel. Le tai-chi. Etre et trouver le point d'équilibre. Chuter c'est tomber. Et tomber c'est mourir "là". Nous marchons, nous revenons en arrière mais jamais on ne s'élève. On va vers l'avant. Le vent nous porte. Nous emporte au dessus de la boue animale et terrienne qui nous habite.
Révélation 2.
Il y a méprise. Nous ne pouvons pas encore nous définir comme des "Hommes". L'humanité n'a pas encore commencé. C'est Artaud qui l'a dit! Voici donc mon introduction. Je crois qu'il est bon de partir de ce point: l'être sera humain quand il arrivera à se détacher entièrement de ses pulsions, afin de ne plus avoir de rapport avec l'animal, afin d'être assez léger pour pouvoir se déplacer librement. "Cela semble impossible et inintéressant car si nous perdons ce qui nous constitue, que nous restera-t-il?" Diront les peureux. Et moi je dis qu'il restera la liberté. Mais encore, effectivement, si la passion disparait, de quoi pourra se nourrir l'âme? Depuis toujours, c'est ce tiraillement qui fait de l'être doté d'une "conscience de soi" un puissant penseur, puisant la beauté dans les vices et dans la contradiction qui le mène parfois à pousser l'utopie plus loin en ayant cette obsession, toujours, de vouloir éloigner son "animalité". Et pourtant celle ci revient indéfiniment à la charge. Alors quoi? Mon premier positionnement consiste à dire que l'Homme n'est, pour l'instant, qu'un "animal pensant". Levi-Strauss en parlera mieux. Oui. En effet. Nous rêvons "être" mais nous ne "sommes" pas. Depuis que nous existons, nous n'avons pas trouvé de "case". Nous sommes coincés entre ces deux chaises que l'on nommera pour plus de clairvoyance: "Animalité" et "Humanité".
Développement. Plus nos rapports sont basiques et instinctifs (guerre, passion amoureuse), plus nous sommes proche de l'animal. Le cerf en période de rut est un passionné au sens où il met sa vie en jeu pour arriver à ses fins. On assimile la passion à un caractère humain. Sans doute parce que le mot est beau. Mais moi je dirais que la passion est animale. Ce qui n'est pas à bannir. Nous verrons plus loin qu'aller dans l'extrême mène forcement à l'impasse, à la fatalité. Ce qui nous est peut-être destiné. Car si nous perdons notre pulsion "eros", comment pourrons-nous continuer à se reproduire? Non. Il s'agirait plutôt de trouver un assemblage, un accord entre ces deux thermes qui s'opposent. Pourra-t-on dire un jour que l'on "maîtrise nos pulsions". Nous approchant ainsi, après avoir fait un travail de détachement complet, de la notion de "choix". Car aussi cela: plus nos rapports sont réfléchis, subtils et conscientisés (rhétorique, sagesse, recul), plus nous nous approchons de cette humanité que nous désirons tous. Nous avons été "entièrement animal" mais qui, aujourd'hui, peut affirmer que nous sommes "entièrement humain"? C'est pour cette unique raison que j'affirme les faits suivants. L'Histoire de l'Humanité et de tout ce qui comporte une majuscule, n'a jamais existé! On a décidé par orgueil que nous étions des Hommes mais aucune définition ne vient confirmer cette sublime étiquette. Nous tendons "à". Nous allons "vers". Voici donc un nouvel espoir et une magnifique opportunité qui s'offre à nous. Que nous manque-il pour devenir Homme? Où en sont nos limites? Nos capacités à maîtriser nos pulsions pour en découvrir le véritable parfum? La véritable liberté d'action?
Révélation 3.
Définition idéale. Rejoindre l'objectif en partant de notre idéal. L'Homme dans son idéal. Je serais tenté, après ce qui vient d'être éclairci, de dire que l'Homme idéal se devrait donc de devenir un être formel. Car tout ce qui concerne la forme contient un caractère humain. Pourquoi? Parce que la "forme" s'oppose au "fond". Et que le fond c'est les entrailles, l'animalité. Il remonte à la surface, il est hors de l'eau. Il n'est pas piégé par l'opacité, submergé par une eau noire qui l'aveugle. J'ai toujours cru que la forme était néfaste. Elle me renvoyait à l'idée de creux, de vide. Mais alors qu'est-ce qu'un être creux? Un être vide? En art, on dit d'un travail qu'il est trop creux, trop vide et donc sans intérêt. Et pourtant, n'y a-t-il pas, dans le vide, la plus grande des profondeurs? Le vide n'a plus d'obstacle, il est libéré de toute contrainte et peut y accueillir n'importe qu'elle idée qui passe. Une fois sorti de l'eau donc, en ayant mis de côté ses entrailles, le fond, l'animalité, ce que l'on appellerait véritablement: être humain, se servirait de sa couche extérieure comme de celle d'un ballon pour naviguer au dessus du marasme et de l'impasse des pulsions. Il sort du troupeau, du règne animal pour devenir: Homme. Cela le traumatise. A tel point qu'en tout temps, il s'oblige à inventer d'illustres Dieux bas de gammes, à son image. Il est le Roi des animaux. Mais il n'ose pas être son propre Roi, son propre Dieu. Le pouvoir est une arme encore trop puissante pour son esprit. Il n'a su l'utiliser que pour se défendre de son semblable qui allait devenir son pire ennemi. Ainsi, même si des bribes de tentatives ont été appliquées à certains endroits et à certains moments, comme le tantrisme, le bouddhisme et quelques aspects religieux, à chaque fois, c'est notre animalité qui a reprit le dessus. Pour la même raison qu'il pourrait avoir la vertue de "faire avancer", il préfère s'en référer à un être supérieur qui en revanche est humain parce que Lui maîtrise, Lui est détaché et peut ainsi faire ou choisir ce qu'il veut. Il y a un décalage. Nous cherchons en Dieu celui que nous pourrions être mais que nous ne sommes pas. Celui que nous n'arrivons pas à être. Notre fantasme. Dieu est donc pour l'instant, le seul être humain susceptible d'exister.
Nous n'arrivons pas à nous séparer totalement de ce corps qui est sous la mer, qui est lourd, plein, qui coule. Nous avons la tête qui sort de l'eau et notre corps qui se débat, en dessous, pour que la tête puisse continuer à voir en flottant. Puis une vague arrive. Elle est le moyen, non pas de s'élever, mais de pouvoir nous sortir entièrement de l'eau afin de nous déplacer dans le temps. Si nous arrivons à saisir une vague, nous sortons enfin de ce milieu opaque pour découvrir ce nouvel espace qui est l'air. Nous ne vivons pas sur la terre et n'y avons jamais vécu. Nous vivons dans de l'eau claire, dans de la boue ou dans de l'air. La terre est réservée au futur, à ce rêve formel fait de plantes et de nourritures spirituelles. A tel point que le sol pourrait enfin resté vierge. Notons pour l'occasion qu'entre la vierge et la verge, il n'y a qu'un "i" de différence. L'être idéal serait donc un être vide, creux, à travers quoi toute pensée pourrait passer. Un être léger, constitué uniquement de sa couche extérieure. Etre vide serait une grande qualité et la marque d'un intellectualisme croissant. Nous aurions réussi, grâce à notre intelligence, à devenir des êtres pensants, des Dieux, c'est-à-dire des êtres libres et par là même, en conséquence, des êtres entièrement humains.
Révélation 4.
Synthèse et ouverture. Si l'Homme s'appelle Homme, c'est parce qu'il n'est plus un animal. Mais s'il n'est plus un animal, il devient un Dieu. Et comme il en a peur et ne peut le maîtriser, il décale la divinité qu'il ressent chez lui. La dictature religieuse lui fait croire qu'il l'atteindra dans le monde des âmes. Mais là où je pense qu'il se trompe, c'est en plaçant la divinité ailleurs, dans un autre lieu, le ciel par exemple. Car la divinité, elle est en lui et autour de lui. Quand il fait de la musique, dessine, joue, quand il jeûne, prie, s'abstient à la sexualité, quand il transcende, en somme, sa nature. Parce que son instinct, à la différence de l'animal, est contre-nature. Il est une maladie, une faille qui peut se soigner s'il va au bout, s'il quitte la terre pour la laisser aux animaux et aux plantes. On peut dire qu'il a l'instinct de "faire de l'art", on peut dire aussi qu'il a l'instinct de se réaliser, de devenir ce qu'il peut être, au rang des fluides et des éléments vibrants de la nature. Le chien a des sentiments, le porc ressent la mort arriver, le dauphin, le danger. Ce n'est pas pour autant qu'on leur accorde la place d'Homme. Comme eux, nous avons des caractéristiques humaines mais comme eux, aussi, nous ne pouvons pas nous accorder cette place. Ainsi, la seule manière que je vois pour nous séparer radicalement (et non définitivement) de l'animal, serait de nous "vider", de nous "débarrasser" de toute pulsion et de toute "mémoire éducative" (ce qui supposerait sinon que nous ayons un maître, comme le chien, pour nous former en répétant à la lettre ce que cet être supérieur nous dicte). C'est pourquoi nous en arrivons à l'idée du vide, à l'idée du vent, du néant.
Ne plus avoir besoin de faire l'amour mais choisir de le faire. Ne plus avoir besoin de tuer. Ne plus tuer du tout. Voir même, dans une extrémité non suggérée, ne plus avoir besoin de manger, de dormir, mais choisir de manger ou de dormir. S'être détaché une seule fois complètement de l'animal pour pouvoir choisir de l'être à nouveau. C'est le point essentiel. Etre humain n'est pas une fatalité, un fait établi, mais bien une quête qui permettrait ensuite de mieux maîtriser, ou de maîtriser complètement l'élément qui nous entoure, la nature, l'espace, l'invisible. Rester là. En surface. Et admirer le tableau infini des rivières qui coulent. Devenir pierre et montagne. Se servir du vent pour se déplacer. Etre du vent et l'accepter. Ou bien passer un mois, une année, un siecle a faire l'amour sans s'arreter pour essayer de devenir "plaisir" ou "orgasme". Mettre à disposition les corps face aux 4 ou 5 forces qui régissent l'Univers. Se mettre soi-même à disposition. Etre disponible. Gagner de l'espace. Car si nous observons ce monde de plus près: quoi de plus animal que le métro? Quoi de plus animal que la prostitution? Que la hiérarchie? Que l'enfantement, le crime, la pauvreté, la peur, la guerre, la propriété? Et quoi, en revanche, de plus agréable que le détachement, l'attente, la solitude, l'élan de bonté, l'élargissement, la falaise, le vide?
Révélation 5.
Internet est le deuxième être humain après celui que nous nommons Dieu. L'argent est un animal. Car il s'entre tue. Internet est humain parce qu'il est du vent. Nous commençons à toucher ce qui existera dans mille ans. Nous le comprenons pas nous même. Notre esprit tout entier est aspiré puis remis dans le désordre. Nous ne pouvons plus rien saisir, cela s'en va, cela défile, il ne reste que le haut de notre pensée. Construction à partir d'ellipses. Cela se fait sous nos yeux. Cela nous brûle un peu. Plus faim, plus soif. Une simple borne à informations, un paratonnerre de données informatiques. Plus de consistance, le regard au dessus des éclairs. La profondeur est assimilable au développement et autres perches. Faisceau internet qui mitraille les tempes. Première étape. Le flot est trop important. Les images sont tout de suite emportées. Regarder un film pour se vider la tête. Manger avec les doigts. Informations qui circulent. J'ai entendu dire que. Echec. Puis remise à l'ordre. Recul et domination du désastre. Nous créons un nouveau ciel, une autre planète qui concerne, ou concernera l'esprit. Nous laisserons la nature où elle est car nous n'aurons comme autre préoccupation que de la regarder s'étendre. On sera juste au-dessus d'elle. Ce sera la mode. On voyagera latéralement. C'est ainsi qu'on se sauvera et qu'on sauvera notre origine. En la regardant avec nostalgie. Pour la reproduction, cela se fera par choc éléctronique. Par les ondes. Celui qui voudra toucher le sol devra être pieds nus. Ce sera la consigne. On pourra encore proposer des projets d'architectures harmonieuses mais pieds nus, toujours pieds nus.
Nouvelle intelligence. La continuité des êtres. Formule de vie envoyée par avion en papier et transformée en clé USB par la pensée. Sous le sol. Devant la bibliothèque. Devant le mer. Développer donc. Autant qu'il est possible. En gardant l'objectif de la transcendance. D'autres espaces plus fins. Car dans ce chamboulement qui force notre memoire à bouillir, qui force notre passage sur terre à s'éterniser, nous devons nous souvenir qu'une seule tête est capable de contenir l'ensemble du monde extérieur.
Olmo César.
Novembre 2009