Anonyme - Les Kamasutra - texte intégral

In Libro Veritas

Les Kamasutra

Par Anonyme

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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CHAPITRE V

DE CERTAINES FORMES DE MARIAGE


Lorsqu'une jeune fille ne peut voir souvent son amant en particulier, elle doit lui envoyer la fille de sa nourrice, étant bien entendu qu'elle a confiance en elle et qu'elle l'a préalablement gagnée à ses intérêts. Dans sa conversation avec l'homme, la fille de la nourrice lui vantera la naissance de la jeune fille, son heureux caractère, sa beauté, ses talents, son adresse, sa maturité d'esprit et son affection, mais de façon à ne pas lui laisser soupçonner qu'elle vient de sa part ; elle excitera ainsi dans le coeur de l' homme de l'amour pour la jeune fille. A celle ci, en retour, elle parlera des excellentes qualités de l'homme, et spécialement de celles qu'elle sait lui être agréables.
Elle parlera aussi, en termes défavorables, des autres amants de la jeune fille, critiquera l'avarice et l'indiscrétion de leurs parents, le peu de consistance de leurs familles. Elle citera des exemples de filles des anciens temps, telles que Sacountala et d'autres, qui, s'étant unies avec des amants de leur propre caste et de leur propre choix, furent toujours heureuses dans leur société. Elle parlera aussi d'autres filles qui, mariées dans de grandes familles et bientôt tourmentées par des épouses rivales, devinrent misérables et, finalement, furent abandonnées. Enfin, elle parlera de l'heureuse fortune, de la prospérité inaltérable, de la chasteté, de l'obéissance et de l'affection de l'homme, et si la jeune fille en devient amoureuse, elle s'efforcera de rassurer sa pudeur, de dissiper ses craintes ou ses soupçons relativement à quelque malheur qui pourrait résulter de son mariage. En un mot, elle remplira exactement le rôle d'une messagère en instruisant la jeune fille de tout ce qu'elle saura de l'amour de l'homme, des endroits qu'il fréquente, des efforts qu'il a faits pour la rencontrer, et en lui répétant souvent :
“ Tout ira au mieux si l'homme vous enlève de force et à l'improviste. ”

Formes de mariage

Lorsqu'une jeune fille sera conquise et se comportera ouvertement avec l'homme comme si elle était sa femme, l'homme fera venir du feu de la maison d'un Brahmane, et après avoir semé sur la terre de l'herbe Kusha et offert un sacrifice au feu, il l'épousera suivant les préceptes de la loi religieuse. Ensuite il informera du fait ses parents ; car, dans l'opinion d'anciens auteurs, un mariage solennellement contracté en présence du feu ne peut être ultérieurement annulé. Après la consommation du mariage, les parents de l'homme se rendront graduellement compte de l'affaire ; et les parents de la fille seront aussi informés, avec les ménagements propres à gagner leur consentement et à leur faire oublier la manière dont le mariage a été conclu. Ce point obtenu, on achèvera la réconciliation par d'aimables présents et des procédés respectueux. C'est ainsi que l'homme doit épouser une fille, conformément à la forme Gandharva de mariage.
Si une jeune fille ne peut se décider, ou si elle ne veut pas exprimer qu'elle est prête à se marier, l'homme en viendra à ses fins par l'un les moyens suivants :
1. A la Première occasion favorable, et sous quelque prétexte, il devra, par l'intermédiaire d'une amie qu'il connaît bien et à laquelle il peut se fier, et qui est aussi bien connue de la jeune fille, la faire amener inopinément chez lui. Alors il ira chercher du feu dans la maison d'un Brahmane, et procédera comme il est décrit plus haut.
2. Si le mariage de la jeune fille avec quelque autre personne s'annonce comme prochain, l'homme fera tous ses efforts pour discréditer le futur époux dans l'esprit de la mère. Alors, ayant obtenu de la mère d'emmener la jeune fille dans une maison voisine, il ira chercher du feu dans la maison d'un Brahmane, et procédera comme ci-dessus.
3. L'homme devra se faire le grand ami du frère de la jeune fille, ledit frère étant du même âge que lui, adonné aux courtisanes et occupé d'intrigues avec les femmes d'autrui ; il lui prêtera son assistance en tout cela et, à l'occasion, lui fera aussi des présents. Il lui dira alors combien il est épris de sa soeur ; et l'on sait que les jeunes gens sont prêts à tout sacrifier, même leur vie, pour ceux qui peuvent avoir leur âge, leurs habitudes et leurs goûts. Ensuite, il se fera amener la jeune fille, par le moyen de son frère, dans quelque endroit sûr, où, après avoir été chercher du feu dans la maison d'un Brahmane, il procédera comme ci-dessus.
4. A l'occasion des festivals, l'homme fera donner à la jeune fille, par la fille de sa nourrice, quelque substance enivrante, et alors il la fera venir dans un lieu sûr sous un prétexte quelconque ; et là, après en avoir joui avant que son ivresse soit dissipée, il apportera du feu de la maison d'un Brahmane, et procédera comme plus haut.
5. L'homme, de connivence avec la fille de sa nourrice, enlèvera la jeune fille de sa maison pendant qu'elle est endormie ; et alors, après en avoir joui avant son réveil, il apportera du feu de la maison d'un Brahmane, et procédera comme plus haut.
6. Si la jeune fille se rend à un jardin, ou à quelque village des environs, l'homme, assisté de ses amis, tombera sur ses gardiens et, les ayant tués ou mis en fuite, il l'enlèvera de force et procédera comme ci-dessus.
Il y a, sur ce sujet, des versets dont voici le texte :
“ Pour les formes de mariage indiquées dans le présent chapitre, celle qui précède est meilleure que celle qui suit, parce qu'elle s'accorde davantage avec les préceptes de la religion, et, en conséquence, c'est seulement lorsqu'il est impossible de pratiquer la première qu'il est permis de recourir à la seconde. Comme le fruit de tout bon mariage est l'amour, la forme de mariage Gandharva est respectée, lors même qu'elle aurait été pratiquée dans des circonstances défavorables, parce qu'elle remplit le but qu'on se propose.
Une cause de mariage attribuée à la forme de mariage Gandharva, c'est qu'elle procure le bonheur, occasionne moins d'embarras que les autres formes, et qu'elle est essentiellement le résultat d'un amour préalable.”

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