CHAPITRE X
DE LA MANIERE DE COMMENCER ET DE FINIR LE CONGRES ; DIFFÉRENTES SORTES DE CONGRES ET QUERELLES D'AMOUR
Dans la chambre de plaisir, décorée de fleurs et embaumée de parfums, le citoyen, en compagnie de ses amis et serviteurs, recevra sa femme, Qui viendra baignée et parée, et il l'invitera à se rafraîchir et à boire librement. Il la fera ensuite asseoir à sa gauche ; puis, prenant sa chevelure et touchant l'extrémité et le noeud de son vêtement, il l'embrassera délicatement avec son bras droit. Ils se livreront alors à une plaisante conversation sur différents sujets, et pourront aussi parler, à mots couverts, de choses qui seraient considérées comme peu séantes en société. Ils pourront chanter, avec ou sans gesticulations, jouer des instruments de musique, causer de beaux arts, et s'exciter l'un l'autre à boire. Enfin, lorsque la femme n'en pourra plus d'amour et de désir, le citoyen renverra le monde qui sera autour de lui, donnant à chacun des fleurs, des onguents, des feuilles de bétel ; et lorsqu'ils seront enfin seuls tous les deux, ils procéderont comme il a été écrit dans les précédents chapitres.
Tel est le commencement de l'union sexuelle. A la fin du congrès, les amants, avec modestie et sans se regarder l'un l'autre, iront séparément au cabinet de toilette. Ensuite, assis à leurs mêmes places, ils mangeront quelques feuilles de bétel, et le citoyen appliquera de sa propre main sur le corps de la femme un onguent de pur santal ou de quelque autre essence. Il l'embrassera alors de son bras Gauche et, avec des paroles aimables, la fera boire dans une coupe qu'il tiendra dans sa propre main, où il lui donnera de l'eau à boire. Ils pourront manger des sucreries ou autres choses, à leur fantaisie, et boire des jus frais, du potage, du gruau, des extraits de viande, des sorbets, du jus de manguier, de l'extrait de jus de citron mêlé de sucre, ou toute autre chose qui soit au goût du pays et connue pour être douce, agréable et pure. Les amants peuvent aussi s'asseoir sur la terrasse du palais ou de la maison, pour y jouir du clair de lune et se livrer à une agréable conversation. A ce moment aussi, la femme étant couchée sur ses genoux, le visage tourné vers la lune, le citoyen lui montrera les différentes planètes, l'étoile du matin, l'étoile Polaire, et les sept Rishis ou la Grande Ourse.
Ainsi finit l'union sexuelle.
Le congrès est de différentes sortes, comme suit :
Congrès d'amour.
(Lorsqu'un homme et une femme qui s'aiment depuis un certain temps se trouvent enfin réunis après de Grandes difficultés ; ou lorsque l'un d'eux revient de voyage ; ou lorsqu ils se réconcilient après s'être séparés à la suite d'une querelle, leur congrès s'appelle le congrès d'amour. Il se pratique suivant la fantaisie des amants, et aussi longuement qu'il leur plaît.
Congrès d'amour subséquent.
Lorsque deux personnes se réunissent, leur amour mutuel étant encore dans l'enfance, leur congrès s'appelle le congrès d'amour subséquent.
Congrès d'amour artificiel.
Lorsqu'un homme pratique le congrès en s'excitant lui même au moyen des soixante-quatre manières, telles que le baiser, etc. ; ou lorsqu'un homme et une femme ont commerce ensemble, quoique chacun d'eux aime une personne différente, leur congrès s'appelle congrès d'amour artificiel. En pareil cas, il faut employer tous les procédés et moyens indiqués par les Kama Shastra.
Congrès d'amour transféré.
Lorsqu'un homme, du commencement à la fin du congrès, tout en opérant sur la femme, ne cesse de penser qu'il jouit d'une autre qui a son affection, cela s'appelle le congrès d'amour transféré.
Congrès à l'instar des eunuques.
Le congrès entre un homme et une porteuse d'eau ou une servante de caste inférieure à la sienne, qui dure seulement jusqu'à ce que le désir soit satisfait, s'appelle congrès à l'instar des eunuques. On doit s'abstenir, dans ce cas, des attouchements extérieurs, des baisers et des diverses manipulations.
Congrès décevant.
Le congrès entre une courtisane et un paysan, celui entre citoyens et villageoises ou femmes de banlieue s'appellent congrès décevant.
Congrès d'amour spontané.
Le congrès entre deux personnes attachées l'une à l'autre, et qui s'effectue au gré de leur fantaisie, s'appelle congrès d'amour spontané.
Ainsi finissent les sortes de congrès.
Nous allons parler maintenant les querelles d'amour.
Une femme qui aime passionnément un homme ne peut souffrir d'entendre prononcer le nom de sa rivale, ni d'avoir aucune conversation à son sujet, ni d'être appelée de son nom par inadvertance. Si pareille chose arrive, alors commence une grande querelle : la femme pleure, se met en colère, agite sa chevelure, frappe son amant, tombe de son lit ou de son siège, et jetant à droite et à gauche guirlandes et ornements, s'étend de son long par terre.
L'amant, alors, doit essayer de l'apaiser par des paroles conciliantes, et en même temps, il la relèvera avec précaution et la mettra sur son lit. Mais elle, sans répondre à ses questions, avec une colère toujours croissante, courbera la tête de son amant en tirant ses cheveux, et, après l'avoir frappé une fois, deux fois, trois fois sur les bras, la tête, la poitrine ou le dos, se dirigera vers la porte de la chambre.
Suivant Dattaka, elle doit alors s'asseoir, l'air courroucé, près de la porte, et verser des larmes ; mais elle ne doit pas sortir, pour éviter de se mettre dans son tort. Au bout d'un certain temps, lorsqu'elle juge que son amant a dit et fait tout ce qu'il pouvait pour se réconcilier, elle doit l'embrasser en lui faisant d'amers reproches, mais aussi en lui laissant voir un vif désir du congrès.
Lorsque la femme est dans sa Propre maison et qu'elle s'est querellée avec son amant, elle doit aller à lui et lui témoigner toute sa colère, puis le quitter. Mais ensuite, le citoyen lui ayant envoyé le Vita, le Vidushaka ou le Pithamardal pour l'apaiser, elle doit revenir avec eux à la maison et passer la nuit avec son amant. Ainsi finissent les querelles d'amour.
En résumé :
Un homme qui emploie les soixante quatre moyens indiqués par Babhravya atteint son but et s'assure la jouissance d'une femme de la plus haute qualité. Il aura beau disserter savamment sur d'autres sujets, s'il ne connaît pas les soixante-quatre divisions, il n'obtiendra que peu d'estime dans l'assemblée des lettrés. Un homme, dépourvu d'autre savoir, mais bien au courant des soixante-quatre divisions, aura la prééminence dans toute société d'hommes et des femmes. Comment ne pas respecter les soixante-quatre parties , si l'on considère qu'elles ont le respect des lettrés, des savants et des courtisanes ? C'est à raison de ce respect attaché aux soixante-quatre parties, du charme qu'elles possèdent et des mérites qu'elles ajoutent aux attraits naturels des femmes, que les Acharyas les appellent chères aux femmes. Un homme versé dans les soixante-quatre parties est chéri de sa propre femme, des femmes des autres et des courtisanes.
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