In Libro Veritas

Voies de la déportation

Par Pelosato Alain

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

Introduction : quand le nazisme était maître du monde

Le large était barré par un banc de
nuages noirs, et le tranquille chemin
d'eau qui mène aux derniers confins de
la terre coulait sombre sous un ciel
couvert — semblait mener au cœur
d'immenses ténèbres.


Joseph Conrad
« Au cœur des ténèbres »



Je suis né après la guerre 39-45, je ne l'ai donc pas connue. Et pourtant elle fut toujours présente durant toute mon enfance. D'abord, parce que les adultes parlaient de ces évène-ments dramatiques récents, ensuite parce que la mémoire des disparus assassinés par la barbarie nazie, cette « présence d'une absence », m'a beaucoup marqué. La profonde tristesse de ma mère d'avoir ainsi perdu ses deux frères, le désespoir mortel de mes grands-parents qui ne survécurent pas à ces disparitions ont laissé chez moi, au fond de mon inconscient, une horreur irrémédiable du nazisme et du fascisme. Pourtant, ma mère ne s'était jamais vraiment étendue sur le sujet, par pudeur, pour ne pas effrayer les enfants... Mais, à chaque fois qu'elle parlait de ces tragiques évènements, elle ne pouvait cacher la terrible tristesse de ses yeux. C'est cela, peut-être, qui m'a le plus marqué. Et, cette fois encore, cinquante années plus tard, elle ne put me raconter l'arrestation de Virgilio par la Gestapo sans fondre en larmes.
Ce fut le cas aussi de mon amie Georgette lorsqu'elle raconta l'arrestation de son père par les Feldgendarmes. Mémoire tragique de toutes jeunes filles assistant à la fin tragique d'un de leurs plus proches parents. C'est pourquoi, en plus des témoignages directs de victimes de cette barbarie, je n'ai pas voulu manquer d'essayer de traduire la détresse des proches de disparus. Certains de ceux qui sont revenus de cet enfer, et ils sont peu nombreux, ont accepté d'apporter leur témoignage. A les écouter décrire leurs épouvantables conditions de vie, on se demande comment ils purent survivre. Le courage, la ténacité dans l'espoir, la résistance physique et psychologique de ces hommes furent exemplaires et ils eurent de la chance, beaucoup de chance. On le lira, souvent répété dans leur témoignage : « J'ai eu de la chance ! » Enfin, ils ont été libérés de cette horreur quotidienne juste à temps. « Encore quelques temps dans cet enfer et je serais mort », a dit l'un d'eux. Ils ont tous été déportés en 1944. Leur défaite s'annonçant dès le débarquement du 6 juin 1944, leurs bourreaux n'ont pas laissé leurs victimes en paix pour autant. Non ! Certains furent déportés après cette date et tous ont subi d'ultimes et atroces tortures en avril 1945, obligés, sous les bastonnades des SS, en bateau, en train, à pieds, exsangues, tels des « cadavres » (comme l'a dit l'un d'eux) vivant dans leurs tenues rayées, à fuir les alliés russes ou américains. Ils ont subi l'horreur de la terreur jusqu'à la fin, début mai 1945 pour ceux qui n'eurent pas l'occasion de s'évader.
Tous les témoignages recueillis ici montrent des condi-tions de survie terrifiantes. L'horreur de la torture, de la mala-die, des coups, des humiliations, la faim, l'homme abaissé plus bas que l'animal, les SS et les kapos pouvant tuer pour un simple froncement de sourcils, la mort omniprésente, quotidienne, comment tout cela, œuvre d'êtres humains — les nazis — fut-il possible ? L'horreur dépasse tant l'imagination que les nazis d'aujourd'hui tentent de faire croire que cela ne fut pas.
Si ! Cela fut ! L'horreur des camps de concentration exis-ta ! Pour les Juifs, Tziganes et autres « races » que les nazis avaient déclarées inférieures et qu'ils voulurent exterminer. Pour eux, il suffisait d'être pour mourir ! Pour les résistants qui eurent le tort de défendre l'indépendance de leur pays. Mais aussi, parfois, pour des motifs futiles, tel ce pilote italien du front de l'est, déporté à Dachau parce qu'il avait déclaré : « Si nous continuons à reculer, nous arriverons en Italie ! »
Parlez chers anciens déportés ! Parlez, racontez ce que la barbarie nazie est capable de faire. Et nous, n'oublions pas, enseignons à nos enfants que « le ventre est toujours fécond qui engendra la bête humaine ». D'ailleurs, les atrocités vécues furent si nombreuses, quotidiennes, présentes sans cesse qu'ils n'ont pas tout raconté. Parfois lors de rencontres ultérieures ou hors enregistrement, ils se souviennent d'autres évènements. Telle cette histoire du vieil Italien de quatre-vingts ans, déporté à Dachau parce qu'il recueillait des partisans dans sa ferme. Il avait été dénoncé comme malade par un Napolitain déporté. Le kapo l'obligea à se tenir debout sur un escabeau en tenant un autre à bout de bras... Le traître Napolitain fut condamné à mort par les autres déportés : à chaque « repas » ils faisaient tomber sa gamelle de soupe. Il est mort en trois jours ! C'était au block trente, chambre trois....

LA DEPORTATION

La déportation fut une vaste entreprise industrielle. A la fois d'extermination et d'esclavage. Le sinistre Gœbbels avait déclaré : « L'anéantissement par le travail est le meilleur et le plus productif. » Oswald Pohl, inspecteur général des camps de concentration formula clairement ce concept « d'extermination par le travail » dans son ordonnance du 3 mars 1942.
Quelques semaines plus tôt, la conférence de Wannsee mit au point la planification méthodique de l'extermination totale des juifs. Hitler, dans son livre « Mein Kampf » (mon combat) avait désigné ces derniers comme une sous-humanité qu'il fallait exterminer. La nuit du 9 au 10 novembre 1938 dans toute l'Allemagne, ses sinistres auxiliaires, les SA (Sturm Ab-teilung : formation paramilitaire créée en 1921 par Röhm) lan-cèrent le signal en arrêtant et massacrant les juifs.
Lors de ce pogrom organisé par les chefs nazis Heydrich et Gœbbels — on a appelé cette nuit la « nuit de cristal » en raison des innombrables vitrines brisées — trente mille juifs furent déportés dans le camp de Buchenwald. Déjà, quatre mille communistes avaient été internés à Dachau, arrêtés dans la nuit du 28 au 29 juin 1933 ; ils furent les premiers. Après l'incendie du Reichstag organisé par les nazis et imputé aux communistes, la loi du 28 juin 1933 permit d'organiser massi-vement ces arrestations qui allaient être suivies de celles des sociaux-démocrates, syndicalistes, intellectuels etc... Le nazisme triomphait, porté au pouvoir par les électeurs allemands. Car, toutes ces horreurs furent réalisées légalement, dans le cadre d'une législation élaborée par un Etat.
Comme le fut la création des camps de concentration, bien avant la guerre. Le premier camp de concentration qui ouvrit ses portes fut celui de Dachau (à côté de Münich) en mars 1933, suivi, cette même année, le 20 mars, par Oranien-burg. L'année 1936 vit la création en août de Sachsenhausen et le 3 juin celle de Buchenwald, situé sur un plateau à proximité de la charmante ville historique de Weimar. Un seul camp de la mort fut ouvert en 1937, le 17 juillet : Ravensbrück. Puis, le 3 mai 1938, Flossenbürg et le 8 septembre Mauthausen, après l'occupation allemande de l'Autriche, le 3 mars.
Mon Dieu ! comme ces noms allemands, de la langue de Kant et Hegel, de Gœthe et de Freud, comme ces sonorités sont devenues quelque part hideuses à entendre. Comme c'est triste pour le peuple allemand !
Comme si toute cette horreur ne suffisait pas, les autori-tés nazis ont cru nécessaire de créer une catégorie de déportés encore plus martyrisée que les autres : les « Nacht und Nebel ; les « nuit et brouillard » ; les « NN » ! Cette nouvelle « catégorie » fut créée par le décret du 7 décembre 1941, signé Keitel, le chef de la Wehrmacht à l'ouest — mais en réalité rédigé par Hitler lui-même. Ces déportés NN devaient complè-tement disparaître, ne laisser aucune trace, ni dans la mémoire, ni dans les archives ; nulle part ! Cette procédure NN fut abolie le 30 juillet 1944, mais, au moment de la débâcle des armées allemandes, ordre fut donné de ne laisser aucun « Nacht und Nebel » vivant aux mains des alliés...
Dans les témoignages que nous publions ici, quatre camps de la mort sont concernés. Dachau, prévu pour neuf mille détenus, en contenait trente-cinq mille à l'automne 1944. Quarante mille autres souffraient dans cent quatre-vingt-trois kommandos ! Une grave épidémie de typhus décima les dépor-tés au début de l'année 1945. Soixante-dix mille morts... Dora, l'usine où étaient construits les V1 et V2, creusée dans la col-line de Kohnstein, était dirigé par le fameux Werner von Braun, le même qui joua un rôle déterminant dans le dévelop-pement de la conquête de l'espace américaine après la libéra-tion. Vingt mille morts... Mauthausen, réservé à ceux qui de-vaient le plus souffrir. Sinistre carrière de laquelle les prison-niers devaient extraire des blocs de granit de trente à cinquante kilogrammes et, les portant sur le dos, gravir un escalier de cent quatre-vingt-six marches. Le grand plaisir sadique des SS (Schutz Staffel : police militaire du parti nazi créée en 1925) et des kapos était de frapper à mort le premier arrivé en haut pour le faire tomber avec son bloc de pierre, entraînant dans sa chute mortelle tous les déportés qui suivaient. Selon le témoi-gnage d'Henri Quément, recueilli par Marcel Ruby dans son ouvrage sur la déportation dans le Rhône, « l'ensemble du camp fut entièrement construit avec des pierres arrachées à la carrière et remontées à dos d'homme par l'escalier de la mort. » Deux cent mille morts... Natzweiler-Struthof, le seul camp d'extermination situé en France. On en parle peu. Il en est question plus loin dans ce livre puisque Cerbai Virgilio, mon oncle, y a été déporté. Hélas, il n'a pas pu apporter de témoignage puisqu'il mourut à Mauthausen. En effet, ce camp a été complètement évacué par les SS en novembre 1944, juste avant la libération, et tous les déportés transférés à Dachau. Mon oncle faisait partie du voyage et fut transféré ensuite de Dachau à Mauthausen. Schirmeck, Rothau, Natzwiller sont les noms alsaciens des lieux de ce camp. Vous les trouverez sur une carte routière ! A son ouverture, le 21 mai 1941, il enfermait cent cinquante prisonniers de droit commun, les « triangles verts » redoutés en tant que kapos, et sept mille en septembre 1944, avant son évacuation. Les déportés étaient occupés à produire des pierres de granit dans sa carrière meurtrière pour une entreprise berlinoise dont le principal actionnaire était Himmler, le chef des SS. Dans ce « Konzentrationslager » d'effroyables expériences médicales étaient réalisées sur des Tzi-ganes et des Juifs sélectionnés à Auschwitz. Dix mille morts ; sans compter, bien sûr, les sept mille déportés évacués fin 1944... Il nous faut aussi évoquer celui de Neuegamme, car Charles Jeannin, un de nos témoins, y a fait un court séjour. Juste avant la libération, tous les déportés présents y ont été massacrés. Quatre bâtiments de la marine allemande pleins de déportés que les nazis ne voulaient pas voir libres, furent coulés dans la rade. Les survivants achevés à la mitrailleuse... Cinquante-cinq mille morts... Enfin, comment ne pas parler du plus terrible d'entre tous : Auschwitz, en Pologne. Il comprenait en réalité trois installations différentes : Stammlager, camp de concentration ; Birkenau : camp d'extermination ; Monowitz : camp de travail. Marcel Ruby écrit à propos de ce camp : « Peu de déportés d'Auschwitz survivent aujourd'hui dans Rhône-Alpes. Ceux qui ont été pressentis n'ont pas accepté d'apporter leur témoignage. Cette extrême pudeur — qui a été respectée — se retrouve chez la majorité des déportés qui répugnent, même après un demi-siècle, à exposer leur effroyable calvaire devant des non déportés. » Lucien Ducastel, ancien déporté à Auschwitz, dans le témoignage qu'il apporta dans un document sur la résistance de la fédération du Rhône du P.C.F., rappela qu'il fut l'un des rares survivants du premier et seul convoi de déportés politiques résistants à destination d'Auschwitz. Ce fut un convoi « Nacht und Nebel ». Sur mille cent soixante-dix déportés, il comportait mille communistes ! Cent soixante-dix furent arrêtés entre septembre et décembre 1940, huit cents en 1941 et deux cents au début de 1942. Personne n'a pu établir le nombre exact des victimes d'Auschwitz ; on les estime entre huit cent mille et quatre millions de morts!!!! Enfin, Marcel Ruby, dans son ouvrage déjà cité, signale qu'il n'a pas trouvé « trace de déportés des camps d'extermination de Belzec, Chelmno, Sobibor, Treblinka où il n'y a pratiquement pas eu de survivants. » Sept millions d'êtres humains de toutes nationali-tés sont morts, déportés par les nazis.
Cette atroce entreprise industrielle d'extermination fut l'œuvre d'une idéologie qui a pu être mise en pratique grâce à la prise de pouvoir légale de ceux qui la défendent : les fascistes et les nazis, mais aussi, ne l'oublions pas, la victoire militaire de Franco en Espagne. Les témoignages que nous avons recueillis nous conduiront au travers de toute l'Europe, car la guerre jeta ses filets partout : en Espagne d'abord, en Italie, en Yougoslavie, en France (région lyonnaise, Bretagne, Lorraine) et, bien sûr en Autriche et en Allemagne. Ce fut en Italie que l'aventure fasciste fut la première à se développer.

L'ITALIE DE MUSSOLINI

Au début de la première guerre mondiale, le 23 mai 1915, l'Italie déclara la guerre à l'Allemagne. Les alliés lui avaient promis des territoires qui ne lui furent pas attribués ensuite. Les fascistes s'appuyèrent sur cette humiliation pour asseoir leur pouvoir. Le 25 mars 1919, Mussolini fonda les faisceaux de combat avec les « chemises noires ». Ce fut le début de l'ère du « manganello » (gourdin) et de l'huile de ricin, « remèdes » administrés aux opposants par les fascistes. Les années de la terreur noire commencèrent pour les progressistes italiens. Les « chemises noires » organisaient expéditions punitives et bastonnades contre les gens de gauche en tuant ainsi des milliers en 1920. Les syndicats fascistes briseurs de grève furent créés en 1921. En mai de cette année, trente fascistes furent élus au parlement, puis, le 29 octobre 1922, après la « marche sur Rome », coup de bluff bien organisé, Mussolini fut nommé président du Conseil par le roi. Cette fois, les « chemises noires » purent faire une entrée triomphale dans la capitale. Les Romains assistèrent ainsi à un spectacle inédit, présage de l'avenir maudit du pays : des milliers de « chemises noires » assis sur les escaliers blancs du monument à Victor Emmanuel II... La Milice succéda aux « chemises noires » en 1923. La monarchie — le roi Victor Emmanuel III — n'avait pas voulu arrêter les fascistes. Aux élections d'avril 1924, ils enlevèrent quatre cent cinq sièges sur cinq cent trente-cinq.
Quelques semaines plus tard, le 10 juin, la Milice assas-sinait le député socialiste Giacomo Matteoti. L'opposition, en quittant alors le Parlement en signe de protestation, laissa le champ libre à Mussolini qui en profita pour instaurer la dictature. A partir de 1928, le Grand Conseil Fasciste prenait les vraies décisions, le gouvernement se contentant de les entéri-ner. Hitler rencontra Mussolini à Venise ; le Duce (Mussolini) lui rendit la politesse à Berlin. En 1936, l'Axe Rome-Berlin naquit entre l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie pour le plus grand malheur du monde. Dans son pays, Pirandello était de-venu le chantre du fascisme. L'Italie déclara la guerre à la France le 10 juin 1940. Elle envahit la Grèce le 28 octobre...
Mais, plus tard, comme ce fut le cas dans l'entourage d'Hitler, dès les revers de la Wehrmacht sur le front de l'est, notamment à Stalingrad, une sourde opposition se développa contre le Duce. Cette opposition (qui n'avait rien de progres-siste !) se manifesta concrètement le 24 juillet 1943 : le Grand Conseil Fasciste — par dix-neuf voix contre sept — exigea la fin du pouvoir personnel de Mussolini. Le Maréchal Badoglio, nommé chef du gouvernement le fit arrêter le 25 juillet. Rapidement, le nouveau pouvoir exécuta un virage à cent quatre-vingts degrés en signant l'armistice avec les alliés le 8 septem-bre et en déclarant la guerre à l'Allemagne ! Juillet 1943 fut très riche en évènements pour l'Italie. Le 15ème groupe d'armées du maréchal anglais Harold George Alexander débarquait en Sicile le 10 de ce mois. Suivi par Montgomery en Calabre le 3 septembre et par Mark Wayne Clark à Salerne le 9 du même mois. L'avancée alliée s'avéra être très difficile : Rome n'allait être libérée que le 4 juin 1944. Le front s'était stabilisé dans cette région pendant de longs mois, laissant tout loisir à la répression des SS de s'exercer au nord, sous la « légitimité » de la « République » de Salo, une petite ville des bords du lac de Garde. En effet, l'Allemagne nazie et ses SS ne pouvait pas se permettre de perdre son prin-cipal allié sur le front sud. Elle allait réagir très violemment. Dès le 12 septembre 1943, un commando allemand, dirigé par Skorzeny, délivrait le Duce interné dans un hôtel des Abruzzes. Mussolini proclama alors une « République socialiste italienne » dont il installa le gouvernement à Salo sous la protec-tion des SS allemands. Les traîtres du Grand Conseil Fasciste furent jugés le 13 octobre.
L'Italie fut alors la proie d'une sanglante guerre civile, car entre temps, les opposants politiques et résistants avaient été libérés pendant la courte période du 24 juin au 12 septem-bre. A la fin de la guerre, le 27 avril 1945, les partisans arrêtaient Mussolini et ses ministres.
Le Duce fut exécuté le 28 à Donza, près de Côme. Son corps et celui de sa maîtresse pendus par les pieds furent exposés aux regards des passants. Le 2 juin 1946 le peuple italien plébiscita la constitution de la République.

L'ALLEMAGNE HITLERIENNE

Après la défaite de la première guerre mondiale et l'écra-sement de la révolution spartakiste (de novembre 1918 à jan-vier 1919), l'Assemblée nationale dominée par les sociaux dé-mocrates fonda la république de Weimar lors d'une réunion dans cette ville en août 1919. Les révolutionnaires Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht avaient été auparavant exécutés... Le pouvoir nazi naîtra des puissantes contradictions motrices de la république de Weimar.
Au début de 1934, Hitler se confia sur sa politique extérieure à Hermann Rauschning (auteur du livre « Hitler m'a dit ») : « La lutte contre Versailles, dit-il, est le moyen, mais non le but de ma politique. Vous pensez bien que les anciennes frontières du Reich ne m'intéressent pas. La restauration de l'Allemagne d'avant la guerre n'est pas une tâche suffisante pour justifier notre révolution.(...) La Russie des Soviets est un gros morceau à avaler. Ce n'est pas par là que je pourrai commencer. »
Bien sûr, après la défaite de 1918, Hitler assit également son pouvoir sur l'humiliation de son pays subie au traité de Versailles (juin 1919). Alors qu'Hitler avait été nommé Chan-celier le 30 janvier par Hindenburg, (président élu du Reich), le 27 février 1933 le Reichstag brûlait ! Les coupables furent immédiatement désignés : les communistes ! Ils allaient, les tout premiers par milliers, remplir le premier camp de concentration, celui de Dachau ouvert quelques semaines plus tard, où ils furent vite rejoints par d'autres opposants... Les nazis profi-tèrent de la situation pour décréter l'état d'urgence. La terreur s'assombrit pour devenir vraiment noire !
Le 10 janvier 1933 avait vu un véritable triomphe des nazis aux élections générales : 51,9% des voix ; trois cent qua-rante sièges sur six cent trente-neuf. Ils occupèrent les sièges des partis communistes, socialistes et des syndicats le 6 mars et créèrent la Gestapo. Tous les partis politiques dissous le 5 juin 1933, seul le parti nazi (parti national-socialiste) eut droit de cité. Comme le cite Luc Ferry dans son ouvrage : «Le nouvel ordre écologique », Hitler, qui fit preuve d'une incroyable cruauté envers l'espèce humaine, avait déclaré : «Dans le nouveau Reich il ne devra plus y avoir de place pour la cruauté envers les bêtes », dans un discours qui inspirera la loi du 24 novembre 1933 sur la protection des animaux. Sur le plan écologique, la loi du 1er juillet 1935 est « un monument de l'écologie moderne ». Ces lois furent commandées par Hitler qui en faisait une “affaire personnelle“ bien qu'elles correspondissent aussi aux vœux des nombreuses et puissantes associations écologistes de l'époque. » Voilà qui est curieux... Et Luc Ferry commente : ".. L'intérêt pour la nature, s'il n'implique pas ipso facto la haine des hommes, ne l'interdit pour le moins pas. (...) Il y a bien au principe des législations nazies la reprise du thème, en effet central, de la lutte du sentimentalisme romantique contre le classicisme des Lumières : la vraie nature, qu'il faut à tout prix protéger contre les méfaits de la culture, n'est pas celle qui a été transformée par l'art, et par là même humanisée, mais la nature vierge et brute qui témoigne encore de l'origine des temps. L'idéologie nazie (...) s'inscrit dans un débat déjà séculaire sur le statut de la naturalité comme telle." Hitler avait également d'autres chats à fouetter : pour garder le pouvoir au sein du parti, il devait régler ses comptes. Le 30 juin 1934, il le fit selon sa méthode habituelle : de manière sanglante. Au cours de la « nuit des longs couteaux », le chef des SA, Ernst Röhm, et ses collaborateurs furent assassinés par les SS. « Un voile de vraie tragédie plane en effet, sur la nuit trouble du 30 juin, où plus de mille membres du parti furent passés par les armes sans jugement, et où d'autres victimes complètement innocentes furent tout simplement assassinées », écrit Hermann Rauschning dans « Hitler m'a dit »...
Hitler ne souffrait pas de remords lorsqu'il justifia sa jus-tice sommaire devant le Reichstag. Qui voulait s'opposer à lui savait dorénavant à quoi s'en tenir... Du coup, il put tranquillement se faire plébisciter, le 19 août de la même année.
En 1938, l'Allemagne annexa l'Autriche et une partie de la Tchécoslovaquie. La France et la Grande Bretagne reconnaissant le fait accompli à Münich, Hitler put se permettre d'occuper le reste de la Tchécoslovaquie en mars 1939. Le 22 mai il signait le pacte d'acier avec l'Italie et le pacte de non-agression avec l'URSS, envahit la Pologne dans la foulée le 1er septembre, puis les Pays-Bas, la Belgique et la France. Le 10 juin l’Italie déclare la guerre à la France et les Allemands sont à Paris le 14 juin !
Enfin, le 20 janvier 1942, l'Etat nazi décidait de la «solution finale » : l'extermination de tous les juifs !

L'ESPAGNE DE FRANCO

En Espagne aussi, un dictateur fasciste prit le pouvoir à l'issue d'une longue guerre civile. Et lui le garda jusqu'à sa mort, car il ne voulut pas finalement participer à la guerre mondiale aux côtés de l'Axe.
Le 29 octobre 1933, Primo de Rivera fonda la Phalange. Après la victoire du front populaire aux élections du 16 février 1936, les fascistes engageaient la guerre civile. Le 29 septem-bre, Franco se proclama chef d'Etat (« Caudillo ») pour la durée de la guerre et à vie en août 1939. Le premier gouvernement franquiste naquit le 2 janvier 1938. La France et la Grande Bretagne reconnaissaient Franco le 27 février 1939 ; les Républi-cains espagnols vaincus le 1er avril, les fascistes défilèrent victorieusement à Madrid le 19 mai 1939. Par milliers, les combattants de la République vaincue accompagnés des réfugiés fuyant les armées de Franco franchirent les Pyrénées. En France, ils connurent l'internement, souvent dans des conditions inhumaines. Les membres des Brigades internationales (les volontaires de tous pays venus combattre aux côtés de la République espagnole) bien souvent livrés aux autorités de leur pays, furent à nouveau internés, parfois dans les camps de concentration en Allemagne. Dans les départements limitrophes de l'Espagne, les « guérilleros » espagnols jouèrent un rôle déterminant en combattant pour la libération du territoire français. Deux composantes politiques essentielles dans ces organisations de résistants : l'une communiste sous l'autorité du Parti communiste espagnol, en liaison avec la MOI française (résistants immigrés organisés par le PCF) et l'autre anarchiste. Ces hommes purent quitter les camps d'internement grâce à la solidarité des Français de gauche qui s'organisèrent pour leur fournir des contrats de travail. A la libération, les guerilleros tour-nèrent leurs espoirs vers une libération de leur pays du franquisme. De septembre à décembre 1944, ils tentèrent une action armée pour la reconquête de l'Espagne. Ils restèrent isolés dans ce dernier combat du val d'Aran. L'échec laissa une blessure ouverte chez ces hommes abandonnés...
Franco, en chef d'Etat reconnu, hésita dans un premier temps ; il rencontra Hitler le 23 octobre 1940 (peut-être pour le remercier de son appui lors de la guerre civile) ; Mussolini le 12 février 1941 et Pétain le 14 février 1941. L'Espagne franquiste commença à participer à la guerre aux côtés de l'Axe Berlin-Rome en créant, le 28 juin 1941, la division « Azul » composée de quarante-cinq mille Espagnols en croisade contre le bolchevisme ; mais Franco rappela cette division le 25 septembre 1942... La monarchie constitutionnelle fut prévue en 1947 par la « loi de succession » et Franco désigna Juan Carlos comme son successeur. Il fallut attendre la mort du Caudillo, le 20 novembre 1975, pour que l'Espagne retrouve la démocratie.
Ce pays joua un rôle important pour les résistants désirant rejoindre Londres pendant la guerre. Mais ce « passage » par l'Espagne fasciste ne se faisait pas toujours aisément. Trente mille Français y ont été internés sans jugement après avoir franchi clandestinement les Pyrénées. Mille deux cents furent tués par les patrouilles allemandes ou morts de froid ; cinq mille déportés après leur arrestation soit par les Alle-mands soit par les Espagnols.

LA YOUGOSLAVIE DES OUSTACHIS

La Yougoslavie, création de notre siècle (le premier décembre 1918), fut envahie par les Allemands, les Italiens, les Hongrois et les Bulgares en mars 1941. Ce pays fut démembré et le gouvernement royal s'exila. Les nazis créèrent de toutes pièces le 10 avril un Etat croate « libre » qui annexa une partie de la Serbie et de la Bosnie. Ce fut le règne des Oustachis qui massacrèrent les Serbes.
Mais la résistance s'organisait, notamment celle des communistes. A tel point que Josip Broz, dit Tito, chef des partisans communistes contre les forces de l'Axe dès 1941 créa, malgré l'opposition de Staline, un gouvernement provisoire qui décida que le nouvel Etat serait édifié sur une base fédérale et abolit la monarchie.
La conférence de Téhéran, réunie du 28 novembre au 1er janvier 1944 reconnut l'armée de libération yougoslave (les partisans dirigés par Tito) comme armée alliée. En 1944, l'armée de libération comprenait huit cent mille combattants. Les alliés cessèrent leur soutien aux royalistes et à Mihailovitch qui avait été nommé en son temps chef des résistants, les Tchetniks, par le gouvernement royal en exil.
Le 7 mars 1945 le gouvernement de Tito est au pouvoir.

LA FRANCE DE PETAIN ET LYON

La France, après la drôle de guerre, connut la débâcle et la défaite. Le Maréchal Pétain, nommé président du Conseil le 16 juin 1940 par le président de la République Albert Lebrun, signa l'armistice le 22 juin à Rethondes. Hitler avait exigé que cette signature se fît dans le même wagon que celle du 11 novembre 1918 ! Le 10 juillet, le Parlement donnait tous les pouvoirs au maréchal et précipita ainsi la chute de la République. Les députés et les sénateurs réunis ce jour-là avaient été élus en 1936. Seuls quatre-vingts parlementaires votèrent contre. La majorité des socialistes et radicaux votent « oui ». Quand aux parlementaires communistes, il n'y en a plus, car déchus de leur mandat depuis janvier 1940, en toute illégalité. Le prétexte avait été le pacte germano-soviétique.
Le 19 juin 1940, les Allemands étaient à Lyon. Ce fut la première occupation de la ville par l'armée allemande. Elle ne dura que jusqu'à l'armistice : la Wehrmacht repartit vers le nord, le dimanche 6 juillet 1940.
Elle occupa une grande partie nord de la France. L'Allemagne annexa les trois départements de la Moselle, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin qui faisaient désormais partie du Reich comme ce fut le cas de 1870 à 1918.
Cet été 1940 fut celui de l'accablement et de la désorientation de la population française, après l'effondrement mili-taire, l'exode et la destruction de la République. La vie démocratique n'existait plus, les partis dissous (sauf les collaborateurs), le PCF interdit depuis le 27 septembre 1939 suite au pacte germano-soviétique. D'ailleurs, les autorités de Vichy (le gouvernement français s'était installé dans cette ville) utilisa contre ce parti les lois édictées pendant la « drôle de guerre ».
Dans la partie du pays occupée, l'ordonnance du 20 juin 1940 de l'occupant stipule notamment : « Les attroupements de rue, la distribution de tracts, l'organisation d'assemblées publi-ques et de manifestations qui n'auront pas été au préalable ap-prouvés par le commandant allemand (...) sont passibles du tribunal de guerre. » Les syndicats CGT dissous, à Lyon subsis-tait l'Union départementale expurgée des unitaires communis-tes.
Organiser la résistance dans ces conditions ne fut pas facile : l'occupation au nord, un gouvernement au service de l'occupant au sud, les organisations démocratiques démantelées, les militants isolés, une population tétanisée. Comme le souligne Germaine Willard, historienne : « Les résistances de 1940 atteindront leur maturité en 1944 dans la résistance. » De son côté, Roger Pestourie, responsable des Bataillons de la jeu-nesse pendant la guerre affirme que Lyon « était une ville où l'action clandestine était très difficile, c'était une ville assiégée à la fois par la Milice, par la Gestapo, par la collaboration, par le pétainisme. »
L'année 1940 fut donc difficile pour tous les résistants. Il fallut reprendre contact, s'organiser. Ce n'est qu'en 1941 que de vrais groupes de résistants furent constitués.
Du côté communiste, les militants n'avaient plus leur parti bien organisé à disposition, celui-ci étant démantelé par la répression qu'il subissait déjà depuis la drôle de guerre. C'est pourquoi, comme l'a souligné Léo Figuières, responsable de la jeunesse communiste de la zone sud : « On nous interpelle parfois pour savoir si nous n'avions pas envoyé des communistes pour (. ..) noyauter (les mouvements de résistance gaullistes). Le problème est beaucoup plus simple. Des communistes qui, en zone sud, n'avaient pas « trouvé » le PC fin 40 début 41, mais qui entendaient résister, avaient choisi ces mouvements et contribué parfois à leur création. » En mai 1941, les communistes fondaient le « Front national » qui rassemblait les résistants de toutes opinions. Les FTP (Francs tireurs et partisans) furent, début 1942, les formations de combat du Front national. Le PCF organisa également des groupes de combat avec ses adhérents immigrés : la prestigieuse MOI (main d'œuvre immigrée). Prestigieuse, car, comme le souligne Pierre Ferra, mem-bre du groupe lyonnais « Carmagnole-Liberté » de la MOI : « Ce n'était pas le maquis à la campagne ; c'était dans les villes, avec tout ce que cela représente comme danger et comme tension nerveuse ». C'est le bataillon Carmagnole-Liberté qui exécuta Faure Pinguely, procureur des tribunaux de Vichy. Aragon immortalisa l'action d'un groupe parisien de la MOI, le groupe Manouchian, avec son poème « l'affiche rouge » superbement mis en musique par Léo Ferré : « Vingt-trois étrangers et nos frères pourtant, vingt-trois amoureux de vie à en mourir, vingt-trois qui criaient la France en s'abattant. » Après avoir arrêté les membres du groupe, les Allemands avaient apposé sur les murs de Paris une affiche rouge annonçant leur exécution. Elle montrait les visages émaciés de dix d'entre eux, en soulignant qu'ils étaient d'origine étrangère, presque tous juifs. « La chute du groupe Manouchian, due à une longue traque menée par la brigade spéciale n°2 (un service de la police de Vichy spécialisé dans la “lutte antiterroriste“ et qui devait plus tard s'intéresser à Rainer), fut une épreuve cruelle pour les FTP. (...) Si les visages semblaient patibulaires, c'est qu'ils avaient été photo-graphiés, on le sut plus tard, après des mois de tortures », indique Madeleine Riffaud dans son livre : « On l'appelait Rainer ». Pour avoir une idée précise de la tension extrême vécue par ces combattants, revenons au témoignage de Pierre Ferra : « Je vais citer l'exemple de mon entrée dans Carmagnole. J'ai été pris en main par un résistant italien. C'était un nommé Pierre. Il m'a dit : “Mon cher ami, tu es très jeune (fils d'immigré espagnol ayant vécu la guerre civile, il n'avait pas dix-huit ans lors de cette prise de contact), tu veux entrer dans la MOI, tu peux encore aller dans les Groupes francs, les groupes français, dans les maquis. Parce que tu sais, dans les MOI, les luttes sont très dures, tu vas vivre coupé de ta famille, de tes amis, avec des cartes d'identité pas à ton nom et si tu es pris tu seras torturé et fusillé. Alors, réfléchis bien... » Et voici comment vivait ce combattant de la MOI : « On était dans une très grande tension nerveuse du fait qu'on était résistant en ville ; on ne savait pas si le matin en se levant, on n'allait pas trouver la Gestapo à notre porte pour nous arrêter. On ne savait pas, quand on circulait dans les rues, si on n'allait pas être enlevé par la police allemande. La plus grande tension nerveuse qu'on a pu vivre, c'est lorsqu'on nous disait : “Chers camarades, il n'y a plus d'armes, il faut en récupérer.“ On nous donnait un périmètre et il fallait faire des patrouilles armées en ville pour désarmer les Allemands. » Quel courage ! Et notre ami ajoute : « Dans une période où il y a des relents de xénophobie et de racisme, il est bon de dire que les résistants immigrés ont été à la pointe du combat. » Les MOI étaient rattachés aux FTP. L'homme qui allait devenir le colonel Fabien vint réorganiser les Jeunesses communistes à Lyon. Il s'appelait Pierre Georges. Le précédent responsable, Marcel Bertone, avait été arrêté. Pierre Georges retourna à Paris pour prendre la direction des premiers groupes armés à la fin avril 1941. C'est Léo Figuières qui vint le remplacer. Deux « JC », Marcel Chadebech et Gil tirèrent sur un soldat allemand en plein jour, rue Victor Hugo, le 28 novembre 1942.
En novembre 1941, Henri Frenay et François de Menthon fondaient le mouvement « Combat » par la fusion de deux journaux clandestins : « Mouvement de Libération Nationale » et « Liberté ». Ce groupe entendait néanmoins « ménager le Maréchal Pétain dont le prestige est grand. » Ses « Groupes francs » constituaient son bras armé.
En décembre 1941 apparut « Franc-Tireur », issu de « France-Liberté » fondé par Auguste Pinton, Antoine Avinin et Noël Clavier.
Au printemps de la même année, Emmanuel d'Astier de La Vigerie créait « Libération » après le démantèlement par la police française de son premier réseau « Dernière colonne ».
Ces trois mouvements étaient les principales organisations de résistance de la zone sud. Capitale : Lyon ! Le premier tournant de la guerre fut l'attaque de l'URSS par l'Allemagne le 22 juin 1941. Ainsi, comme le souligne Germaine Willard : « Le 22 juin 1941 constitue bien un tournant, mais pour tout le monde : pour la guerre dans son ensemble, mais aussi dans le paysage politique français.
L'ouverture du front de l'est, est immédiatement soulignée par les rapports des préfets, comme un facteur de trans-formation de l'opinion française.(...) Fait caractéristique d'ailleurs, c'est alors que se structure la plupart des grands mouvements de résistance qui étaient à l'état de groupes assez dispersés et informels. » Petit à petit, l'opinion des Français évoluait. « La longévité de cette guerre dont le verdict semblait pencher, deux ans auparavant en faveur de l'Allemagne, a retourné bon nombre d'esprits sceptiques ou résignés » souligne Gérard Chauvy en parlant de l'année 1942 dans son ouvrage « Lyon 40-44 ». Cette année-là, le PCF organisa une grande manifestation du 1er mai à Lyon. De son côté, Jean Moulin, parachuté en France le 1er janvier, avait mission d'unir les mouvements de résistance. Il n'y parvint que le 26 janvier 1943, avec la création des M.U.R. (Mouvements unis de résistance), regroupement de Combat, Libération et Franc-Tireur. Le Comité directeur comprenait, sous la direction de Jean Moulin lui-même, Frenay et Bourdet pour Combat ; d'Astier et Copeau de Libération ; Lévy et Avinin pour Franc-Tireur. L'unification militaire avait été réalisée avec l'Armée secrète. Les communistes ne rejoignirent pas ce mouvement et continuèrent à agir au sein du Front national et des FTP, organisations agissant aussi bien en zone sud qu'en zone nord.
Et du côté de la collaboration ? Les fascistes français avaient vu l'instauration du pouvoir de Pétain d'un bon œil. L'année 1941 fut celle de l'organisation minutieuse de la collaboration économique mettant tout l'appareil de production français au service de l'occupant pour sa guerre à l'est.
Mais en quoi Hitler avait-il intérêt à mettre en place un gouvernement de Français, même s'il n'exerçait son autorité qu'en zone sud ? Hitler l'expliqua ainsi à Mussolini : « En ce qui concerne la France (...) obtenir (...) qu'un gouvernement français continue à fonctionner en territoire français est préférable à ce qu'un gouvernement en exil continue la guerre et que les troupes d'occupation soient occupées à l'administration du pays. »
Mais pour gouverner, il faut une assise populaire. Et les partis politiques sont le meilleur instrument de cette assise. Pour le régime de Pétain, il ne s'agissait pas de n'importe quel organisation politique ; toutes étaient interdites sauf... Le PSF (Parti social français) était l'héritier des Croix-de-Feu. A l'origine association d'anciens combattants, son président François de La Rocque en fit le PSF en 1936. Après la défaite, en 1940, il se déclara « aux ordres du Maréchal Pétain ». Mais les adhérents ne se présentaient pas en masse pour y militer. A partir de juillet 1942, ce parti évolua vers l'opposition et son président de La Rocque fut déporté en 1943, accusé de relations avec la résistance. Le PPF (Parti populaire français) fondé par l'ancien communiste Doriot, axait sa politique sur un anticommunisme forcené. Un congrès de ce parti se tint à Villeurbanne les 20, 21 et 22 juin 1941. C'est à l'aube du 22 que l'Allemagne attaqua l'URSS... L'anticommunisme du PPF put enfin s'exprimer à plein : il s'engagea à fond dans la guerre à l'est en s'appuyant sur la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchevisme). Ce parti collaborait activement avec le contre-espionnage de la Wehrmacht et avec le SD, service de renseignement nazi. Lors d'un meeting lyonnais organisé par les différents courants de la collaboration, on entendit Robert Brasillach — du journal, « Je suis partout » — déclarer : « La France ne saurait rester seule, il faut que notre patrie reprenne sa place dans le concert européen. » Dont le chef d'orchestre était l'Allemagne nazie...
En janvier 1943, le gouvernement de Vichy créa la Milice. Dirigée par Joseph Darnand, héritière du SOL (Service d'ordre légionnaire), elle fut l'auxiliaire efficace de la Gestapo. La Wehrmacht avait envahi la zone sud depuis le 11 novembre 1942. A l'occasion de cette deuxième occupation de Lyon, la Gestapo s'installa à l'école de santé militaire, avenue Berthelot. Déjà en 1942, l'effort de guerre allemand s'essoufflait, ses divisions s'enlisaient en Russie. Le front de l'est mangeait toute l'énergie du pays. Il fallait aux nazis une nouvelle main-d'œuvre pour produire des armes. Dans ce but, les déportés étaient déjà massivement utilisés dans une extermination productive. Mais cela resta insuffisant. Le gouvernement de Vichy organisa la « relève » sur la base du volontariat : un ouvrier volontaire pour travailler en Allemagne permettrait la libération de trois prisonniers. Cette politique ne portant pas ses fruits, les besoins de l'Allemagne se faisant plus pressants, le STO (Service du travail obligatoire) fut instauré en février 1943. Cette fois, les travailleurs désignés étaient obligatoirement embrigadés au travail en Allemagne. Beaucoup le refusèrent et entrèrent dans la clandestinité.

BARBIE ET TOUVIER

L'année 1943 vit l'arrivée à Lyon de Klaus Barbie et Paul Touvier. Klaus Barbie, Obersturmführer (lieutenant) SS d'à peine trente ans devint chef de la section IV du KDS-Lyon, ce que tout le monde appelle la Gestapo ! Le KDS réunissait la SIPO (police de sécurité) et le SD (service de sécurité). Cet homme arrêta Jean Moulin le 21 juin 1943, ce qui lui valut les félicitations d'Himmler en personne. En novembre, décoré de la croix de fer de première classe avec palmes il fut promu au grade d' Hauptsturmführer (capitaine). Il réussit à s'enfuir à la libération, les services secrets américains lui offrant le gîte et la « couverture », comme à des milliers d'autres anciens « experts » des services spéciaux nazis. On lui fournit une fausse identité au nom de Klaus Altmann. Il s'installa en Bolivie où il obtint la nationalité de ce pays en 1957. En France, il fut condamné deux fois à mort par contumace en 1952 et en 1954. Trafiquant d'armes, il joua un rôle éminent, en Bolivie, dans la prise de pouvoir du colonel Banzer en 1971. Il fit d'ailleurs plusieurs voyages aux USA dans les mois qui précèdent le putsch du colonel. En 1972, dans une interview qu'il accorda au journal France-Soir, il avoua alors être Klaus Barbie. Il fallut l'avènement d'un gouvernement de gauche en Bolivie pour que Barbie fût arrêté et transféré en France. Son procès dura du 11 mai au 3 juillet 1987 à Lyon. Il fut condamné à la réclusion à perpétuité. Il n'avait pas eu un mot de regrets pendant les cent quatre-vingt-dix heures de son procès.
Paul Touvier venait de Chambéry lorsqu'il fut nommé chef du deuxième service de la Milice à Lyon. La Milice avec ses Francs-gardes organisait minutieusement la traque des résistants, les arrêtait et les mettait à la disposition de la Gestapo. Les miliciens de Lyon et les GMR (Groupes mobiles de réserve) participèrent aux côtés des Allemands à la grande opération contre les maquis du plateau des Glières. Darnand lui-même se rendit sur les lieux... C'était en mars 1944. Les miliciens torturaient les prisonniers dans les locaux du deuxième service. Le 19 mai 1944, Emile Medina s'y défenestra ; il survécut et attesta les tortures subies. Marguerite Flavien, responsable FTP, l'imita le 13 juin 1944. Elle mourut ensuite à l'hôpital. Le milicien Ange Raphaël, planton dans ce service témoigna de ce qu'il avait vu dans la salle d'interrogatoire, baptisée Charles de Gaulle par les miliciens : « Pour ma part, je fus ap-pelé un jour dans ce bureau pour porter un seau d'eau. J'aperçus un homme tout nu, sanglant, couché par terre. Ils le traînèrent dans le hall qui était carrelé et lui jetèrent le seau plein d'eau. Ils le ramenèrent dans le bureau. Ils le torturèrent tant qu'il se jeta par la fenêtre. » Après l'exécution par les résistants à Paris de Philippe Henriot, talentueux propagandiste de Vichy, la Milice assassina à Rillieux sept juifs innocents devant le mur du cimetière. Ce jour dramatique du 29 juin 1944, Touvier était présent et donna des ordres quand les martyrs furent emmenés. Le seul témoin vivant de cette tragédie est Louis Goudard car il fut épargné par le milicien parce qu'il n'était pas juif. Maître Iannucci raconte la nuit vécue par onze personnes dans une cellule de dix mètres cube à peine : « Une longue nuit étouffante commença où personne ne dormit vraiment, car beaucoup d'indices leur faisaient croire qu'ils allaient être fusillés. Vers 22 heures, un jeune juif aux cheveux blonds bouclés se leva, s'adossa à la porte du cagibis et se mit à chanter un passage de La Tosca intitulé : “Le ciel brillera d'étoiles“, qui est le chant du prisonnier avant l'exécution. Les miliciens ne le feront pas taire. » La gendarmerie trouva les corps de ces sept hommes au matin, abandonnés devant le mur du cimetière...
Juste avant la libération de Lyon, Paul Touvier accompagné du chef milicien Henri Gonnet, se réfugia montée du Gourguillon chez l'abbé Vautherin. Ils y trouvèrent d'ailleurs Jeanblanc, qui avait été prisonnier de la milice encore quelques heures auparavant. Huit jours plus tard, le 3 septembre 1944, un groupe de résistants sonna avec insistance chez l'abbé. Quelqu'un les avait prévenus que l'ecclésiastique cachait un chef milicien. Mais ils ne trouvèrent pas Touvier qui put s'envoler quelques instants après leur départ. L'abbé Vautherin paya de sept ans de prison son soutien au fugitif. Pour intelligence avec l'ennemi, Paul Touvier, toujours en fuite, fut condamné à mort le 10 septembre 1946 à Lyon et le 4 mars 1947 à Chambéry. Il subit d'autres condamnations pour vol, bris de clôture. Clandestin, il menait alors une vraie vie de truand. Il finit par être arrêté. Lors de ses interrogatoires, il dit tout, dénonça tout le monde. Enfin, il s'évada du commissariat, les policiers ayant eu la drôle d'idée de le laisser seul dans un bureau ! Il n'eut qu'à sortir dignement des locaux de la police... Une cavale de près de cinquante années commença alors pour l'ancien chef de la milice... De couvent en couvent, d'église en église, « le chef Paul » réussit à vivre tout ce temps dans la clandestinité. « Comment ne pas considérer comme étrange l'extrême facilité de l'évasion de Touvier de la rue des Saussaies en 1947 ? Comment croire que la police n'ait pu retrouver un homme domicilié 1, place Fourvière, titulaire d'une carte d'identité et que les journalistes rencontraient aisément à une certaine époque ? » Questionnait Maître Iannucci au procès de Versailles. Touvier rencontra Monseigneur Duquaire, secrétaire particulier du primat des Gaulles, qui soutint alors avec constance ses demandes de grâce et d'amnistie. En 1967 Touvier bénéficia de la prescription. Une carte d'identité lui fut délivrée le 6 décembre ; domicile : 1, place de Fourvière, adresse de l'archevêché. En 1970, le procureur de la cour de sûreté de l'Etat demanda au commissaire Delarue une enquête sur le passé de Touvier. Le policier conclut que «l'activité passée de Touvier a été néfaste, crapuleuse et sans excuse. Elle a laissé des souvenirs encore brûlants dans les régions où il a exercé ses fonctions ». Le ministère de l'intérieur émit un avis défavorable à la grâce. Mais Mgr Duquaire ne s'en laissait pas compter pour si peu. Il rédigea un contre rapport qu'il transmit à Anne-Mary Dupuy, chef du cabinet de Georges Pompidou : le 23 novembre 1971, le président de la République signa le décret de grâce.
En 1973, le 9 novembre, Henri Ogier, juge d'instruction, reçut les premières plaintes de parties civiles pour crimes contre l'humanité déposées par Maîtres Joë Nordmann et Ugo Iannucci. En 1992, après de nombreuses péripéties judiciaires, le dépôt de nombreuses plaintes nouvelles, les juges retinrent la complicité de Paul Touvier avec la Gestapo dans la fusillade de Rillieux. Le dossier est renvoyé à Versailles. Le 20 avril 1994, la cour d'assises des Yvelines a condamné Paul Touvier à la réclusion à perpétuité pour crime contre l'humanité.

MAURICE PAPON : « CRIME DE BUREAU »

Le 8 juillet et le 20 octobre 1988, Maurice Papon et Mau-rice Sabatier étaient inculpés de crimes contre l’humanité. Maurice Papon et René Bousquet étaient inculpés respectivement le 22 juin 1992 et le 19 avril 1992 de crimes contre l’humanité. Maurice Sabatier est décédé le 6 février 1990 et René Bousquet est décédé le 8 juin 1993, en conséquence l’action publique contre eux s’est éteinte. Par ailleurs, Jean Leguay, délégué en zone occupée du secrétaire général de la police (René Bousquet) est décédé le 5 juillet 1989 avant son inculpation.
Seul Maurice Papon se retrouve vivant devant ses juges.
La chambre d’accusation de Bordeaux prononce la mise en accusation de Maurice Papon (né le 3 septembre 1910 à Gretz-Armainvilliers en Seine et Marne) et le renvoie devant la cour d’assises du département de la Gironde pour y être jugé.
Voici des extraits de cet acte d’accusation :
« Maurice Papon, par les actes qu’il a lui-même accomplis dans le cadre des opérations menées contre la communauté juive en donnant des instructions en vue du fichage des Juifs et en communiquant des listes de juifs aux services de police allemands et tous renseignements nécessaires les conc ernant, en organisant la préparation matérielle des convois, en donnant à cette fin tous ordres de transfert et en prenant toutes réquisitions utiles, a personnellement concouru en connaissance de cause aux arrestations suivies d’internements et de déportation des 15 juillet 1942, du 20 au 21 décembre 1943, du 10 janvier 1944 ainsi qu’aux séquestrations suivies de déportations de personnes déjà internées au camp de Mérignac du 21 août 1942, du 21 septembre 1942, du 25 novembre 1943 et du 13 mai 1944 menées à l’instigation de nazis auxquels il a apporté son aide et son assistance. (...)
« Il ressort clairement du dossier de Maurice Papon qui connaissait la politique maintes fois affirmée par les nazis d’éliminer le peuple juif s’est rendu complice en connaissance par aide et assistance des assassinats et tentatives d’assassinats commis par eux. (...)
« Maurice Papon ne saurait invoquer l’état de contrainte dans lequel il se serait trouvé. En effet, si l’on peut tenir pour acquis que les exigences allemandes ont été exprimées avec énergie et détermination et dans certains cas qu’elles ont été accompagnées de menaces de représailles contre les fonctionnaires de police français, il ne ressort pas de l’instruction que les pressions ainsi faites ont été d’une telle intensité qu’elles aient pu constituer une contrainte ayant aboli le libre arbitre de Maurice Papon. (...)
« (...) Il ne ressort de l’instruction aucune certitude quant à l’appartenance de Maurice Papon à la Résistance. Force est de constater, d’abord, qu’il n’a obtenu son affiliation en qualité d’agent occasionnel aux Forces Françaises Combattantes, ce à dater du 1er janvier 1943, qu’au mois de juin 1958, quelques mois après sa nomination à la préfecture de police de Paris, bien des années après l’expiration des délais généralement prescrits pour l’accomplissement des procédures de liquidation des réseaux. »
La cour d’assises de Bordeaux a rendu son jugement le 2 avril 1998. La sentence : dix ans de réclusion criminelle et de privation des droits civiques civils et familiaux. Maurice Papon est reconnu de complicité de crime contre l’humanité, coupable de l’arrestation de cinquante-six personnes sur les soixante-douze citées dans l’acte d’accusation. Il n’a pas à répondre de quatre des huit convois qui lui étaient imputés : ceux du 21 septembre 1942, 25 novembre 1943, 30 décembre 1943, 5 mai 1944. Il est donc reconnu coupable d’arrestations et de séquestration pour les quatre autres convois. Il est acquitté de la présomption de complicité d’assassinat.
Le journal « L’Humanité » dans un article signé Bernard Frédérick et Elisabeth Fleury, note : "L’hésitation des jurés, face à la terrible charge de complicité d’assassinat, renvoie aux lacunes du droit français en matière de crimes contre l’humanité, qui en fait des “crimes de droit commun commis dans des circonstances particulières“ (jurisprudence Barbie et Touvier ). Elle a sans doute aussi beaucoup à voir avec la mémoire douloureuse de ces années de plomb". Voyons également l’opinion de quelques parties civiles.
Maître Alain Lévy, avocat de la Fédération nationale des internés résistants et patriotes : « C’est la première décision et sans doute la dernière concernant un haut fonctionnaire de Vichy. Elle restera dans les annales judiciaires de notre pays et intégrera son histoire. (...) La cour et le jurés n’ont pas retenu la complicité d’assassinat. C’est inadmissible. Et c’est incom-préhensible. (...) On a l’impression que la cour et les jurés se sont arrêtés en chemin, dans leur délibéré. Comme si quelque part, il était impossible de reconnaître la culpabilité d’un haut fonctionnaire de Vichy dans l’envoi des Juifs vers leur exter-mination. »
Mais revenons à la guerre...

LIBERATION

Depuis la capitulation de la VIème armée allemande devant Stalingrad le 2 février 1943, la contre-offensive soviétique repousse les armées allemandes vers l'ouest. En mai les dirigeants de la résistance française constituent le Conseil national de la résistance, dont le premier président est Jean Moulin. Le 3 juin, se forme à Alger le Comité français de libération qui se proclamera gouvernement provisoire de la République française le 3 juin 1944 et s'installera à Paris le 31 août. L'été 1943 les alliés débarquent en Italie. En France, il faudra attendre le 6 juin 1944 pour le débarquement en Normandie et le 15 août pour le débarquement en Provence. Lyon est libérée le 3 septembre.
Quelques semaines auparavant, les 24 et 26 mai, les Américains bombardent les installations ferroviaires de la ville. Mais, comme ce fut le cas à Givors et Grigny le 25, de nombreuses bombes ratent leur cible et de nombreux civils sont tués.
Roger Pestourie constate que « cette insurrection que nous avions organisée pas à pas par des grèves, des manifestations, par des luttes armées, cette insurrection lyonnaise n'a pas obtenu les résultats escomptés (...) puisque nous n'avons pu empêcher que les ponts sautent, presque tous les ponts de notre ville. » Léo Figuières lui répond : «Avait-on trop tardé à faire intervenir dans la ville, les FFI qui se trouvaient à l'extérieur et à susciter ainsi une véritable insurrection comme à Paris ? Ces forces importantes de plusieurs milliers de combattants, diverses : aux côtés des FTP se trouvait l'Armée secrète, la plus importante et d'autres formations, lors de la retraite allemande après le débarquement des forces franco-alliées en Provence, ces forces avaient (...) harcelé les unités allemandes, leur avait infligé des pertes sérieuses et contribué à faire passer de leur côté des unités constituées de soldats de diverses nationalités soviétiques. En ce qui concerne l'intervention dans Lyon même, avant le 3 septembre, la question fut discutée parmi les chefs FFI. Les FTP y étaient favorables. D'ailleurs certaines unités FFI, en particulier les groupes armés urbains de la MOI, parmi lesquels le bataillon “Carmagnole“, avaient engagé le combat fin août à Villeurbanne et pratiquement libéré cette ville et le quartier Montchat. Mais une contre-offensive allemande avait entraîné des pertes sévères de part et d'autre. Cela pesa-t-il dans la décision de ne pas intervenir dans Lyon avant le départ du gros des forces allemandes ? C'est possible. (...) On devait tenir compte de la diversité des opinions sur la tactique à suivre. » Il faut également rappeler que « le commandement FTP de zone sud avait été gravement décapité quelques mois auparavant à la suite de l'infiltration en son sein d'un agent nazi et que la veille même de la libération de Lyon, le commandant des FTP cantonné dans la vallée de l'Azergues, André Tourné (colonel Lepetit) avait été gravement blessé par le mitraillage de son véhicule par l'aviation américaine. On conviendra que tout cela n'arrangea pas les choses. »
Laissons donc la conclusion à Léo Figuières : « Dans ces conditions, le 3 septembre 1944, bien avant que n'arrive le même jour l'avant-garde de l'armée franco-alliée qui remontait la vallée du Rhône, l'ordre fut donné aux FFI massés auprès de Lyon, d'entrer dans la ville. Ce matin-là, il n'y avait plus d'ennemis, que des tireurs isolés allemands attardés ou miliciens. »

L'époque où on utilisait les écoles pour en faire des prisons et des lieux de torture se termine ! Mais les nazis feront encore la guerre jusqu'à l'extrême limite de leurs forces. Le 8 mai 1945, le conflit meurtrier pourra prendre fin, l'Allemagne envahie à l'est par l'armée rouge et à l'ouest par les armées alliées occidentales.
Les déportés subiront l'horreur des camps jusqu'à la fin...


Chapitre suivant : Avertissement