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Les vampires ont inspiré de nombreux écrivains de langue française, et non des moindres, bien que, dans ce domaine, on parle plus complaisamment des écrivains anglo-saxons. Mais, si cet article est titré "Vampires français", tous ces vampires crées par des écrivains de langue française ne sont pas Français justement, mais Moldaves, Russes, Lithuaniens, Anglais, Brésiliens, Italiens ou Espagnols, voire Martiens...Mais, dans le domaine du vampirisme, n'est-ce pas le lien du sang qui détermine la nationalité ? Ces vampires restent donc finalement Français, comme leur père et mère....
Lord Ruthwen
("Lord Ruthwen ou Les Vampires", Cyprien Bérard, 1820)
Lord Ruthwen est un personnage de Polidori, soit ! Mais, Cyprien Bérard en fit une adaptation française. Or, ce personnage est à la source du mythe littéraire du vampire. Un homme de pouvoir et de sang...
"Le génie du mal ne meurt jamais pour le crime, et tel est l'horrible privilège d'un vampire ; (...) On court enfin au lieu où l'on avait déposé le corps de l'infâme Ruthwen, la terre est soulevée, la tombe s'ouvre ; ô surprise !... Une hideuse pâleur couvre le visage de l'odieux cadavre ; mais par un contraste miraculeux, il offre des vestiges sanglants de la vie. Ses yeux pétillants brillent d'une affreuse expression, ils lancent des traits de feu et ses lèvres rouges de sang s'agitent, se tournent, et semblent se repaître encore d'une effroyable pâture. (...) Le prince (...) ordonne que, pour prévenir de nouvelles calamités, un fer brûlant crève les yeux et traverse le coeur du monstre.
"Après cette exécution la mort cessa ses ravages."
Clarimonde
("La Morte amoureuse, Théophile Gautier, 1836)
"Oh ! comme elle était belle ! (...) Elle était assez grande, avec une taille et un port de déesse ; ses cheveux d'un blond doux se séparaient sur le haut de sa tête et coulaient sur ses tempes comme deux fleuves d'or ; on aurait dit une reine avec son diadème ; son front, d'une blancheur bleuâtre et transparente, s'étendait large et serein sur les arcs de deux cils presque bruns, singularité qui ajoutait encore à l'effet de prunelles vert de mer d'une vivacité et d'un éclat insoutenables. Quels yeux ! avec un éclair ils décidaient de la destinée d'un homme ; ils avaient une vie, une limpidité, une ardeur, une humidité brillante que je n'ai jamais vues à l'oeil humain ; il s'en échappait des rayons pareils à des flèches et que je voyais distinctement aboutir à mon coeur. Je ne sais si la flamme qui les illuminait venait du ciel ou de l'enfer, mais à coup sûr elle venait de l'un et de l'autre. (...) Des dents de la plus belle eau scintillaient dans son rouge sourire, et de petites fossettes se creusaient à chaque inflexion de sa bouche dans le satin rose de ses adorables joues. Pour son nez, il était d'une finesse et d'une fierté toute royale, et décelait la plus noble origine. Des luisants d'agate jouaient sur la peau unie et lustrée de ses épaules à demi découvertes, et des rangs de grosses perles blondes, d'un ton presque semblable à son cou, lui descendaient dur la poitrine."
Ouf ! Bandant non ? Et c'est cette merveilleuse personne qui s'offre à la vue de notre malheureux Romuald au moment de son ordination !
Et voilà ! il ne pourra plus jamais se débarrasser de cette vision d'amour... Un jour, le prêtre Romuald est appelé au chevet d'une mourante dont l'image hante ses pensées depuis le jour de son ordination...
"C'était en effet la Clarimonde telle que je l'avais vue à l'église le jour de mon ordination, elle était aussi charmante, et la mort chez elle semblait une coquetterie de plus."
Mais, ce n'est pas la première fois que meurt cette belle qui loge dans le beau palais Concini. Romuald la reverra...
Un jour, en sa présence, il se coupa le doigt : "Le sang partit aussitôt en filets pourpres, et quelques gouttes rejaillirent sur Clarimonde. (...) Elle sauta à bas du lit avec une agilité animale, une agilité de singe ou de chat, et se précipita sur ma blessure qu'elle se mit à sucer avec un air d'indicible volupté. Elle avalait le sang par petites gorgées, lentement et précieusement, comme un gourmet qui savoure un vin de Xérès ou de Syracuse."
Mais Dieu veille par l'intermédiaire de l'abbé Sérapion qui emmène Romuald sur la tombe de Clarimonde pour qu'il la voie telle qu'ell e est.
Après ouverture de la sépulture, Romuald aperçut "Clarimonde pâle comme un marbre, mains jointes ; son blanc suaire ne faisait qu'un seul pli de sa tête à ses pieds. Une petite goutte brillait comme une rose au coin de sa bouche décolorée." Grâce à l'eau bénite, le beau corps de Clarimonde "ne fut plus qu'un mélange affreusement informe de cendres et d'os à demi calcinés."
Kostaki
("Histoire de la dame pâle", Alexandre Dumas, 1849)
"... Un jeune homme de vingt-deux ans à peine, au teint pâle, aux longs yeux noirs, aux cheveux tombant bouclés sur les épaules. Son costume se composait de la robe moldave garnie de fourrures et serrée à la taille par une écharpe à bandes d'or et de soie."
Le portrait ci-dessus est celui du futur vampire, car dans le château des Brankovan situé dans les Carpathes, on connaît bien cette malédiction : " Oui, dans mon enfance, j'ai vu déterrer, dans le cimetière d'un village appartenant à mon père, quarante personnes mortes en quinze jours sans que l'on pût deviner la cause de leur mort. Dix-sept ont donné tous les signes du vampirisme, c'est-à-dire qu'on les a retrouvés frais, vermeils et pareils à des vivants ; les autres étaient leurs victimes." Raconte Grégoriska, le demi-frère de Kostaki. Ce dernier vient vampiriser celle qu'il aima de son vivant. "... Ma porte s'ouvrit lentement sans bruit, comme poussée par une force surnaturelle, et alors... j'aperçus Kostaki, pâle comme je l'avais vu sur la litière ; ses longs cheveux noirs, épars sur ses épaules, dégouttaient de sang ; il portait son costume habituel ; seulement, il était ouvert sur sa poitrine et laissait voir une blessure saignante.
"Tout était mort, tout était cadavre... chair, habits, démarche... les yeux seuls, ces yeux terribles étaient, vivants."
Cette nouvelle de Dumas nous permet de découvrir une nouvelle méthode de protection contre les vampires : "Prends un peu de cette terre imprégnée de son sang et applique-la sur la morsure qu'il t'a faite ; c'est le seul moyen de te préserver dans l'avenir de son horrible amour."
Ton ami, le vampire
("Chants de Maldoror", Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, 1868)
"On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours. Oh ! qu'il est doux d'arracher brutalement de son lit un enfant qui n'a rien encore sur la lèvre supérieure, et, avec les yeux très ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur son front, en inclinant en arrière ses beaux cheveux ! Puis, tout à coup, au moment où il s'y attend le moins, d'enfoncer les ongles longs dans sa poitrine molle, de façon qu'il n'en meure pas ; car, s'il mourait, on n'aurait pas plus tard l'aspect de ses misères. Ensuite, on boit le sang en léchant les blessures ; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l'éternité dure, l'enfant pleure. Rien n'est si bon que son sang, extrait comme je viens de le dire, et tout chaud encore, si ce ne sont ses larmes, amères comme le sel. Homme, n'as-tu jamais goûté de ton sang, quand par hasard tu t'es coupé le doigt ?
"(...) Nourris-toi avec confiance des larmes et du sang de l'adolescent. Bande-lui les yeux, pendant que tu déchireras ses chairs palpitantes ; et, après avoir entendu de longues heures ses cris sublimes, semblables aux râles perçants que poussent dans une bataille les gosiers des blessés agonisants, alors, t'ayant écarté comme une avalanche, tu te précipiteras de la chambre voisine, et tu feras semblant d'arriver à son secours.
"(...) Toi, jeune homme, ne te désespère point ; car tu as un ami dans le vampire, malgré ton opinion contraire."
Comte Szémioth
("Lokis", Prosper Mérimée, 1869)
Le comte Szémioth naquit quelques mois après que sa mère fut enlevée par un ours énorme. Celui-ci fut tué par les chasseurs et la dame sauvée. Mais elle devint folle...
Le comte est "un très grand et beau jeune homme, en robe de chambre boukhare, et tenant à la main une longue pipe turque" dont les animaux ont peur : "Le chien sautait gaiement et semblait plein de feu ; mais à quelques pas du comte il mit la queue entre les jambes, se rejeta en arrière et parut frappé d'une terreur subite."
"Pourquoi les animaux ont-ils peur de moi ?" Questionne-t-il.
Sa future épouse et... victime possède "une peau d'une blancheur vraiment extraordinaire... " ce qui rappelle au narrateur un ghazel persan où un amant célèbre la finesse de la peau de sa maîtresse : "Quand elle boit du vin rouge, on le voit passer le long de sa gorge."
Lors d'un repas, le narrateur raconta comment, lorsqu'il voyagea en Uruguay, il faillit mourir de faim s'il n'avait utilisé le moyen des gauchos pour survivre : "Saigner mon cheval et boire son sang." Ce qui intéressa fort le comte...
Une nuit que Szémioth dormait dans le même salon que le narrateur, il parla en rêvant et en mordant sauvagement son coussin : "Bien fraîche !... bien blanche !... Le professeur ne sait ce qu'il dit... Le cheval ne vaut rien... quel morceau friand !..."
Le comte Szémioth épousa la belle Julienne Iwinska. Et en guise de nuit de noces, celle-ci connut une mort atroce...
Le Horla
("Le Horla", première version, Guy de Maupassant, 1886)
Extrait d'un fragment de journal provenant de Rio de Janeiro : "Les habitants de plusieurs villages se sont sauvés, abandonnant leurs terres et leurs maisons et se prétendant poursuivis et mangés par des vampires invisibles qui se nourrissent de leur souffle pendant leur sommeil et qui ne boiraient, en outre, que de l'eau et quelque fois du lait ! " Et le narrateur d'ajouter : "Quelques jours avant la première atteinte du mal dont j'ai failli mourir, je me rappelle parfaitement avoir vu passer un grand trois-mâts brésilien avec son pavillon déployé..." Or, sa maison était située au bord de la Seine, "à Biesnard, auprès de Rouen, (au bord) d'un des plus beaux fleuves du monde."
Les symptômes du mal dont souffre la victime du Horla montrent bien une perte de substance vitale : "Figurez-vous un homme qui dort, qu'on assassine, et qui se réveille avec un couteau dans la gorge ; et qui râle couvert de sang, et qui ne peut plus respirer, et qui va mourir, et qui ne comprend pas - voilà !"
Un jour, la victime le vit, celui qu'il a baptisé Le Horla sans savoir pourquoi.
"... soudain je sentis qu'il lisait par-dessus mon épaule, qu'il était là, frôlant mon oreille.
"Je me dressai, en me tournant si vite que je faillis tomber. Et bien !... On y voyait comme en plein jour... et je ne me vis pas dans la glace ! Elle était vide, claire, pleine de lumière. Mon image n'était pas dedans... Et j'étais en face...Je voyais le grand verre, limpide de haut en bas ! Et je regardais cela avec des yeux affolés, et je n'osais plus avancer, sentant bien qu'il se trouvait entre nous, lui, et qu'il m'échapperait encore, mais que son corps imperceptible avait absorbé mon reflet."
Les Vampires martiens
("La Guerre des Vampires", Gustave Le Rouge, 1909)
Fabuleuse planète rouge ! C'est de Mars que sont venus un jour les vampires... Invisibles, ils ne pouvaient que mieux se repaître de notre sang. Robert Darvel a fait leur connaissance sur la planète Mars, dans leurs grandes tours de verre.
"...Un autre tableau me montrait un Erloor dévoré lui-même par un être que je n'avais jamais vu dans Mars et qui était formé uniquement d'une tête énorme et de deux ailes ; sur une troisième figure, ce monstre était à son tour happé par une masse informe d'une grandeur hors de proportion avec les autres personnages."
Ces Vampires sont invisibles, mais l'ingénieur Darvel s'est procuré un casque fait de matière translucide qui lui permet de les voir.
"Chaque niche du prodigieux Colysée de verre, sur lequel en ce moment Phobos et Deïmos épandaient leur radieuse clarté, était occupée par un monstre vaguement phosphorescent, une tête énorme, hideuse, entre deux ailes d'un blanc sale. Pas de corps et seulement en guise de mains, un fouillis de palpes ou de suçoirs qui grouillaient à la base comme un paquet de serpents. "Les yeux étaient larges et sans prunelle, le nez manquait et la bouche, à peine esquissée, était très rouge. (...) Cela me bouleversait qu'il pût exister des êtres invisibles dans cette planète que j'avais crue habitée uniquement par des sauvages inoffensifs ou de stupides Erloors.
Ces palpes, "organes au nombre de cinq de chaque côté, et que j'ai comparés plus haut à un paquet de vipères, étaient d'une force et d'une agilité extraordinaires."
Ces êtres invisibles sont, à leur tour, la proie d'un énorme vampire qui règne sur la planète.
"J"avais devant moi un gigantesque, un monstrueux cerveau, auquel cette montagne, haute comme le Mont-Blanc, servait de boîte crânienne! (...) ... Le courant électrique de la forêt, transformé par quelque procédé inconnu, fournissait à cet extraordinaire amas de cellules l'énergie nerveuse, pendant que les Vampires dévorés renouvelaient sa provision de phosphore, une fois qu'elle était épuisée."
Après de nombreuse aventures et la destruction des Vampires venus sur terre, "une légende s'est créée parmi eux ; ils affirment qu'un des Vampires a échappé au massacre et qu'il erre mélancoliquement dans la grande forêt khroumirienne. C'est à lui qu'ils attribuent la mort de leurs agneaux, les maladies de leurs enfants, et en général tous les faits inexplicables. Beaucoup assurent avoir entendu son ricanement désespéré résonner dans les solitudes, lorsque le pays est menacé de quelque malheur."
Duchesse Opoltchenska
("Le Gardien du cimetière", Jean Ray, 1919)
"Oh ! quelque chose d'atroce, d'épouvantable est passé... ! Là... contre la vitre, un visage d'enfer s'est collé... De terribles yeux vitreux, des yeux de cadavre, des cheveux d'un blanc de neige, hérissés comme des lances, et une bouche immense ricanant sur des dents noires, une bouche rouge comme du feu, ou comme du beau sang qui coule."
La duchesse ("issue des pays mystérieux où l'on n'a pu nier l'existence des lémures et des vampires") enterrée dans le cimetière de Saint-Guitton, vient chaque nuit vampiriser le narrateur.
"Quelque chose a froissé les vitres.
"Silence...
"La porte s'est ouverte très doucement.
"Quelqu'un ou quelque chose est entré dans la chambre.
"Quelle atroce odeur cadavéreuse !
"Des pas glissent vers ma couche...
"Et tout à coup, un poids formidable m'écrase.
"Des dents aigües mordent ma plaie douloureuse et d'atroces lèvres glacées sucent goulûment mon sang.
"Avec un hurlement, je me redresse.
"Et un hurlement plus hideux que le mien y répond.
"Ah ! l'épouvantable vision, et comme il m'a fallu toute ma force pour ne pas défaillir !
"A deux pas de ma figure, le visage de cauchemar apparu jadis à la fenêtre, me fixe avec des yeux de flamme et, de la bouche, affreusement rouge, un filet de sang suinte. Mon sang."
Comment oserais-je ajouter un seul mot au grand Jean Ray ?
Evelyn Grovedale.
("La jeune vampire" de J.H. Rosny Ainé, 1920)
"A l'époque où je l'ai connue, elle était fantastiquement jolie. J'entends par là qu'il se joignait à sa beauté quelque chose d'extraordinaire, je devrais dire de surnaturel. D'abord, sa face était exactement aussi blanche que cette feuille de papier, ce qui aurait dû la rendre un peu effrayante. Pour une raison ou une autre, cela ne la rendait pas effrayante du tout. Au contraire, elle était "fascinating" comme disent nos voisins. Evidemment, ses yeux, ses cheveux et sa bouche rachetaient la pâleur excessive de la peau ; je ne sais pas ce qui était le plus tentant, ou le buisson de flamme qui poussait sur le crâne, ou les yeux pathétiques, immenses et dévorants, ou les lèvres aussi rouges que la fleur du balisier...
"Le matin du quatrième jour (après sa mort) on trouva Evelyn Grovedale ressuscitée. (...) On eût dit qu'Evelyn était double...
Evelyn explique sa nouvelle... nature : "J'ai d'autres souvenirs... Ce sont des souvenirs d'un autre monde ! Ils sont là... à part - oh ! comme je les sens ! - et je ne peux pas les atteindre... J'ai peur de mon autre vie ! Je sens qu'il m'est arrivé, par-là, une aventure si épouvantable... que mon âme a dû partir." Et, plus tard, elle apportera des explications complémentaires : "... j'ai été six mois là-bas... Il y avait toutes sortes d'êtres. Des êtres comme moi... comme j'étais là-bas ! Des êtres qui ressemblaient à des créatures humaines et qui cependant étaient différents."
Lorsque son mari, très amoureux, embrasse cette très belle jeune femme, voilà ce qui se passe : "... leurs lèvres se cherchent dans un dévorant baiser. D'abord ce fut le délire. Tout s'effaça dans l'immense amour... Puis la faiblesse étrange que Bluewinkle connaissait trop bien s'empara de sa chair et de son cerveau ; il se sentit défaillir... il n'eut que le temps de se dérober à l'étreinte...
"Alors, il vit distinctement, une pourpre humide qui débordait aux commissures des lèvres d'Evelyn, et des filets rouges sur les dents argentines : - Du sang ! s'écria-t-il... Mon sang ! "
El Chupador
("Le Chupador", Claude Seignolle, 1960)
Il peint des chefs-d'oeuvre avec le sang de Pierre Le Martroy qu'il prélève dans son corps chaque nuit à son insu. "Ne laissant la moindre trace sur moi, ou autour de moi, mon sang fuit, s'évapore peu à peu..."
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"Face à moi, crispées sur le bois du lit, les deux mains, déjà oubliées derrière une montagne de granit, sont là... grappins de doigts crochus jetés à l'abordage de mon calme.
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"... j'ai le temps de voir, descendant du ciel de plâtre, semblable à une abjecte araignée au bout de son fil, une seringue trapue.
"Rapides, expertes, les mains vampires s'en emparent et me plantent en plein coeur son aiguille effilée comme un dard."
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"... on colporte qu'El Chupador, dont le nom signifie : suceur, travaille de curieuse façon : pour dessiner, il pique sa plume dans un carré d'étoffe mis en boule qu'il tient comme un encrier plein... on précise même que c'est un mouchoir de batiste... Il donne l'impression d'en tirer cette encre étonnante et inépuisable avec laquelle il nourrit son oeuvre..."
Or, ce mouchoir, avec lequel Pierre essuya un peu de sang d'une coupure de la commissure de ses lèvres, fut offert à El Chupador comme salaire pour son travail...
Carmilla
("Rouge Flamenco", Jeanne Faivre d'Arcier, 1993)
La vampire, que l'auteur a nommée Carmilla en hommage à Le Fanu, a des problèmes avec des fondamentalistes vampires qui refusent le modernisme, comme par exemple de financer des recherches sur la purification du sang...
Modernisme oblige, ici le vampirisme est un peu gore...
"Sa grâce voilée, sa sensualité décalée, retiennent l'attention des mortels. Découvrant ses épaules laiteuses, sa démarche ondoyante, ils songent à l'héroïne d'une fiction hollywoodienne : Laura, Ava Gardner dans Pandora."
Maintenant, en plus du Sida, vous courrez le risque de tomber sur une vampire ! Si c'est le cas, voici ce qui vous arrivera : "Dans une voiture, quelques minutes plus tard, il grommelle, en fouillant sous ses jupes : - Ce que tu es froide ! Il ne voit pas la mort venir. Carmilla lui brise les deux bras d'un coup sec, déchire sa gorge avec les dents. Elle s'abreuve longtemps à cette source vermeille. Le sang la réchauffe, l'électrise, fouette sa chair morte. Elle plaque son corps sur celui de l'inconnu, l'enserre dans une tenaille de fer. Des informations la traversent tandis qu'elle aspire la vie de sa victime. Il est coursier. Il s'appelle Jacques. Il a vingt-trois ans et vient de rompre avec une stripteaseuse de Pigalle...
"Il griffe, couine comme un lapin mordu par un renard, puis cesse de lutter, la vue brouillée, le cerveau obscurci par la montée du néant. Des spasmes d'agonie courent sur son torse que Carmilla étreint avec passion. Toute prudence oubliée, elle tête goulûment, sans surveiller la rue déserte. La saveur onctueuse de la vie, son parfum épicé, l'affolent."
Brrr !... Après cela, osez draguer une inconnue : on ne sait pas sur qui on peut tomber !