Guy MASAVI - La cruelle confession de Maurice Lenipo - texte intégral

In Libro Veritas

La cruelle confession de Maurice Lenipo

Par Guy MASAVI

Cette oeuvre est mise à disposition sous licence Art Libre.

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

La confession de zinc de Maurice LENIPO


Dans le bistrot près de chez moi, tu en entends des vertes et des pas mures. Surtout, quand l'alcool aidant, les misères du passé jaillissent dans le présent.

Mon voisin de zinc portait un gant de cuir à la main droite. il parlait à voix basse avec un certain lyrisme à un compagnon d'infortune au visage ravagé par le vin et le tabac. On sentait dans le ton de son discours le besoin d'épancher un secret.


— J'en ai pris pour vingt ans, mais avec les remises de peine, j'en ai fait quinze. Mais, vois–tu,c'est en essuyant la lame du couteau que j'ai pris conscience de la gravité de mon geste, de l'inconsistance de mon acte. Avant il y avait eu le cri de cet homme, le sang qui gicle, et la chute de ce corps sans vie. Mais, mon mouchoir maculé de nos sangs mêlés qui glissait sur l'acier, me faisait réaliser combien notre existence pépère peut basculer bêtement au coin d'un terrain vague.

La nuit s'installait peu à peu sur la cité, en contre bas, rugissante de sirène et de klaxons. Une petite brise fraiche en ce début d'automne me fit relever le col de mon blouson, tandis qu'une douleur cruelle me saisissait. Je repris mon chemin en essayant d'oublier mes heures de planque, le corps sans vie de ma victime, et tout ce que je laissais derrière moi et qui allait faire basculer mon existence. Pourtant tout paraissait simple en apparence.

Dette de jeu , m 'avait dit le boss.

— Mais ne serais–tu pas un peu jeune pour ce job, qu'il rajoute en me fixant dans les yeux.

Je ne bronche pas, il peut lire toute ma détermination dans mon regard, même si c'est la première fois. Je sais inspirer la confiance.
J'avais tout préparé, la planque, le lieu où je l'aborde et le coup final, là en plein thorax. Il était fait le gaillard. Rien ne clochait. Pourtant, je ne savais pas qu'après un coup pareil, on ne peut plus recommencer. Sur la photo, il paraissait un brave type, du genre à qui l'on donnerait sa chemise ou le bon dieu sans confession. Un mec pépère, sans problème dont la seule tare était de jouer au poker comme un pied. Le con ! Quand je pense que le boss l'avait averti deux fois!

Un prurit mal placé vint soudain interrompre le flux de parole du narrateur. Le doigt salvateur qui le libéra de cet inconfort passager, essuya ensuite une larme sur sa joue. C'est dans ces gestes simples que l'on réalise combien un doigt peut–être précieux. Cette larme traduisait sans doute,l'émotion que produisait cette prise de conscience sous l'emprise de l'alcool triste. Son acolyte de table, l'œil torve, enfonça le clou.
— Mais comment ils–t ont serré ?

La question qui faisait mal, sans doute. L'homme au gant de cuir regarda un moment le plafond.

— Ben, avec mes empreintes. Dit–il en soupirant .
— T'avais laissé le couteau ? Reprit l'alcoolo soudainement réveillé par ce mystère.
— Non même pas.
— Ben, alors comment ça se fait, si t'a rien oublié sur les lieux du crime? Pas de couteau, pas d'empreintes, même pas d'ADN!

Le visage de l'ex–taulard s'empourpra. Il regardait à présent le sol sans oser regarder son interlocuteur.

    – Ben si, mon vieux j'ai tout laissé, mes empreintes et mon ADN! Mais pas le couteau, il était trop beau! Une lame de 22 cm , avec un manche en merisier! Tu imagines la merveille! Quand je l'ai ouvert, que j'ai vu cet acier tranchant, quelques minutes avant le crime, je me sentais le maitre du monde! C'est sans doute pour cela que j'ai frappé deux fois. Le premier coup a touché le cœur, la lame est entrée comme dans du beurre, probablement entre deux cotes. Le second, inutile, c'était pour le fun! Tu parles d'un fun, j'y ai laissé mes quatre doigts! Bordel.
Un Opinel, mon vieux, c'est criminel quand tu oublies la bague de sécurité!
Les flics, ils ont eu les empreintes et l'ADN! Mais pas mon Opinel! Je l'ai planqué, s'écria–t–il en faisant un bras d'honneur, brandissant sa main mutilée dont il avait retiré le gant.
Ainsi se confessa Maurice LENIPO, car tel était son nom. Ça ne s'invente pas !


Image postée par l'inscrit