Usha - Kercheval 1 : La fin d'un monde - texte intégral

In Libro Veritas

Kercheval 1 : La fin d'un monde

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE X




15.

        Dans la ronde Salle du Conseil, les Généraux Naguire et Mirande faisaient le point de la situation avec le Professeur Cronylle.

    – Soldats et matériels n’ont pas encore tous rejoints les Alphas, mais nous avons récupéré le gros de nos Forces Armées, fit Guénole Mirande. Dehors, la vie se réorganise lentement et les ravrilliens commencent à prendre leurs marques. La Générale Barandir sait que nous ne sommes pas aussi dociles et conciliants que ceux de Myrale, ses dispositions seront vite contraignantes ! Sans compter qu’elle voudra retrouver nos Forces Armées, ainsi que les enfants de Son Altesse !

    – Belgam, comment va la petite Rylène ?

    – Son état est toujours critique, sa vie en danger, répondit le Chirurgien. Elle a subi autant d’interventions que son petit corps pouvait en supporter. Mais il y en aura d’autres encore, dont de chirurgie réparatrice. Des mois douloureux l’attendent, si elle passe le cap délicat ! Je ne pourrai être certain qu’elle vivra que dans quelques semaines. Elle aura bien besoin de tout l’amour de son frère pour surmonter le deuil commun, en plus des chocs opératoires.
    – Et, Kercheval… ?
    – Maintenant qu’il a réalisé la triple perte, il est complètement sonné, abattu. Les Salles d’Urgences de l’Hôpital ne débordant plus de blessés, je vais pouvoir enfin m’occuper de lui et l’orienter vers le meilleur thérapeute possible.

    – J’espère qu’il y a toujours quelqu’un auprès de lui ? s’inquiéta Ventil. Et, surtout, qu’il n’a accès à aucun objet dangereux pour son intégrité physique ! ?

    – Kolar, un infirmier et un cuisinier se relayent selon les exigences de son emploi du temps. Seuls des compléments vitaminés et protéinés lui sont administrés vu qu’il demeure prostré sur son lit, sans plus aucun emportement.

    – Bien. Une fois que la situation – façon de parler – sera revenue un peu plus calme, j’irai le secouer, lui rappeler qui il est et ce qu’il représente pour Gayerlan !

    – N’y va pas quand même trop fort, Ventil. Il n’est rien resté au gamin pour faire un début de deuil à peu près correct : il n’a pas voir que les cercueils scellés de ses cadettes décédées, vu l’état des corps ! Et, pour ce qui est de Kavel, il n’y aura sans jamais de dépouille dans le cercueil qu’on placera dans la Crypte Royale quand on aura repris le Palais ! Nous avons tous été touchés, de près ou de loin, par les dégâts et pertes humaines de l’Invasion… Mais pas à ce point !
        Ventil se leva, marchant de long en large, mains croisées dans le dos, légèrement penché en avant.
    – Oui, quels jours funestes ! Presque toutes les familles ont été touchées. Gayerlan saigne de partout ! Le pire de la réalité présente est au–delà de nos prévisions les plus pessimistes : en pertes humaines et en destructions !… En un sens, heureusement que Kavel n’est plus là pour voir ça ! Il nous faut en fait, avec les Stratèges, revoir toute notre organisation ! Maintenant que nos Forces Armées sont repliées dans les Alphas, que nous dirigeons tout depuis cette montagne creuse, la population a grand besoin de savoir que nous avons tout, sauf baissé les bras et notre pantalon ! Les derniers arrivés disent que tous se demandent ce qu’il est advenu des Soldats qui devaient les défendre, quel a été le sort de la famille princière – certains chuchotant que Salma Barandir les a fait arrêter et exécuter !

*

        De nouvelles valises en métal avaient été apportées dans l’appartement de Kercheval qui, s’ennuyant à mourir, avait été se pencher au–dessus de leur contenu.

    – Mais quand a–t–on préparé tout cela ? Je ne me suis aperçu de rien ! Oh, cet ordi n’est pas à moi… c’est un de ceux de papa !

        Serrant précieusement le mince appareil contre lui, il alla se rasseoir sur le large lit dont la tête montait haut, en rouleaux, avec de courts montants latéraux au niveau des oreillers.

    – Bon, j’espère que tu n’as pas changé tes Codes d’Accès… Ah, voilà… C’est quoi, ce fichier : Premières Dispositions…


        Kercheval avait posé ses mains sur la paroi vitrée le séparant de la chambre stérile où se trouvait Rylène, bandée, plâtrée, intubée, dans un coma artificiel.

    – Bats–toi, ma Ry, je n’ai plus que toi ! Tu dois vivre les prochaines années dans une Principauté libre ! Et c’est là ma tâche… Oh, dieux, je suis encore si jeune, donnez–moi la force…

*

        Ventil soupira en venant se rasseoir, le regard vers un grand écran au mur.

    – Kavel devait normalement s’exprimer, ce soir, sur Channel Freedom, via le satellite… Je vais m’en charger, bien que je ne sois guère connu du grand public !
    – Je le ferais bien, glissa Belgam, je suis connu mais je ne sais rien des aspects militaires de résistance !
        Avant que Ventil ne puisse se remettre debout, l’écran s’alluma.
    – Mais qui est donc dans le Studio d’Enregistrement…


        Tout d’abord, ce fut une voix métallisée, électronique, qui se fit entendre :

    – Quotidiennement à partir de ce jour, Channel Freedom interrompra tous les programmes en cours de diffusion, émettra via la télévision et la radio, sur des fréquences préréglées et aléatoires, jusqu’à ce que les envahisseurs soient renvoyés chez eux.
        Une autre voix, celle–là familière à certains, s’éleva, encore hésitante, un peu bafouillante, mais les mots ne laissaient aucun doute quant à la détermination et aux projets de celui qui les prononçait !

    – Gayerliens, pour les jours, mois, ou encore années, sinistres qui nous attendent, je veux vous assurer qu’en dépit des premières apparences, vous n’êtes pas abandonnés ! Tous, nous avons été touchés et nous souffrirons encore longtemps dans notre cœur et notre chair. Je suis avec vous, au plus près, à un point que vous ne pouvez imaginer !… Depuis plusieurs jours, les ravrilliens prennent le contrôle de la Partie Ouest de notre Principauté. Les Forces Armées ont rompu le combat, pour le reprendre autrement, dès maintenant !… Vous devez ces mesures à votre Prince qui s’était préparé à cette inévitable invasion, à notre défaite programmée ! Il voulait encore tant de choses, mais il fut parmi les premiers à tomber, ainsi que deux de ses filles. Kavel IX ne nous laisse pas seul, car nous avons les hommes et les matériels qui nous donneront la victoire, au bout du compte. Nous commencerons par protéger les Territoires Miniers que la Générale Salmanille Barandir convoite, qui seront très bientôt une précieuse Zone Libre. Ensuite, nous ne lui laisserons aucun répit ! Je vous laisse entre les mains des plus brillants éléments militaires et autres de la Principauté. Dès demain, pour la connexion, vous aurez des nouvelles des différentes Régions. Fin de Transmission.


        Ventil posa sa main sur l’épaule de Kercheval. Le jeune homme tressaillit, relevant la tête qu’il avait plongée entre ses bras.

    – Excusez–moi, Général… Je sais qu’on devait mieux préparer ce communiqué… Le brouillon était dans l’ordi de mon père… Là, j’ai rapidement parlé avec mon cœur, il fallait que je fasse quelque chose avant de laisser place aux hommes de terrain !
    – Ce que vous avez dit, Kercheval, c’était ce que la population voulait entendre. Le positif et le négatif, la franchise !
        De l’émotion éclata dans les yeux violets du Général.
    – Vous faites preuve d’un courage peu commun… Sincèrement, je ne pensais pas que vos dix–huit ans tout frais en étaient capables… Votre père serait fier de vous. Gayerlan est fière de vous. Kercheval, en tant qu’Héritier du Trône, vous êtes le Chef des Armées. Je suis à vos ordres, fit–il en s’inclinant profondément.
        Il posa ensuite un écrin sur la table du studio d’enregistrement.
    – Vous n’y croyez pas, mais votre père, lui, consultait régulièrement l’Oracle, reprit–il. Il savait qu’il ne survivrait pas. Il a donc fait forger cette Chevalière, celle que seul porte le Prince de Gayerlan ! Elle vous revient. Elle dit qui vous êtes, et ce, jusqu’à ce que vous soyiez Béni lors du Sacre Officiel, que vous puissiez être couronné.

    – Comment est–ce que je pourrais… Comment est–ce que je pourrais être à la hauteur…
    – Vous apprendrez vite, tout ira bien. Ne pensez qu’à ce que vous êtes : Kercheval de Vénétach des Avardès, 37ème Prince de Gayerlan !

    – Général, je ferai tout pour Gayerlan, pour réaliser les projets de mon père et les vôtres pour notre liberté future !… Mais, d’ici là… Autorisez–moi à être faible, encore une fois…

        Kercheval se blottit dans les bras de Ventil qui le serra longuement contre lui, en réalité infiniment soulagé du sursaut du jeune homme, trouvant enfin un futur Souverain plein de promesses, retrouvant espoir.

        Dans la clandestinité, le futur Prince de Gayerlan avait pris ses responsabilités !

*

* *