Patrick S. VAST - La métamorphose de John Archibald Kinley - texte intégral

In Libro Veritas

La métamorphose de John Archibald Kinley

Par Patrick S. VAST

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Table des matières
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À la fin du mois de juin 1865, la guerre de Sécession qui avait opposé durant quatre ans les États du Nord à ceux du Sud, se terminait définitivement par la défaite de ces derniers. La question de l’esclavage qui avait été l’un des motifs de déclenchement de cette guerre civile, n’en était pas pour autant résolu, dans la mesure où beaucoup n’acceptèrent pas son abolition. Et c’est ainsi que dans la nuit du 24 au 25 décembre 1865, le Ku Klux Klan fut fondé par six jeune officiers sudistes. Prenant l’apparence de fantômes, le but premier des membres de cette organisation, était d’effrayer les Noirs. Mais très vite, les exactions commencèrent, et c’est dans ce contexte que ce déroule l’histoire qui va suivre.

 

Joe avait été durant toute sa vie un esclave dévoué. Il était né dans la plantation des Kinley où ses parents avaient été amenés enchaînés après avoir été achetés par le maître des lieux. Quand celui-ci était décédé, c’est à son fils, John Archibald Kinley, qu’était revenu le domaine. Joe avait alors 15 ans ; à partir de ce jour, il avait servi avec zèle son nouveau maître, lui restant fidèle pendant et après la guerre civile. Jamais il n’aurait cru finir là où il était maintenant : pendu à la plus grosse branche d’un pommier. Il avait eu beau jurer à son maître qu’il n’avait pas commis le vol dont il était accusé, celui-ci n’avait rien voulu entendre.

Joe était pendu, pieds nus, simplement vêtu de sa chemise et de son pantalon élimés, son visage d’ébène marqué par la souffrance. Ses yeux étaient exorbités, sa langue pendait.
Jusqu’au dernier instant il avait supplié, mais en vain.

Trois cavaliers étaient alignés devant lui ; ils étaient vêtus d’une chasuble blanche, et une cagoule de même couleur leur couvrait entièrement la tête. Deux d’entre eux tenaient une torche à la main, encadrant un troisième qui tira légèrement sur les rênes de son cheval, et s’approcha du pendu. Il releva alors sa cagoule jusqu’en haut du front, et le regarda bien en face. Il se passa aussitôt quelque chose d’incroyable. Les yeux du pendu semblèrent soudain briller d’une étrange lueur, et se plantèrent dans ceux du cavalier. Celui-ci tressaillit, et une expression d’angoisse passa sur son visage osseux. Il rabattit nerveusement sa cagoule, et fit un signe à ses deux compagnons. Alors ces derniers s’avancèrent vers une grande croix de bois qui avait été plantée un peu à l’écart du pommier, et jetèrent leur torche à ses pieds. Aussitôt, la croix s’enflamma, et les cavaliers partirent au galop.

Ils chevauchèrent sous la pleine lune, ressemblant ainsi à des fantômes sortis du néant.

Une fois qu’ils furent parvenus à un croisement, celui qui s’était approché de Joe, se sépara de ses compagnons, en prenant une route bientôt bordée de champs de coton qui nimbaient la nuit de reflets laiteux. Au bout de quelques miles, le cavalier arriva à une vaste maison de marbre blanc encadrée de pommiers, et dont quelques fenêtres étaient éclairées.

John Kinley, le maître des lieux, alla lui-même conduire son cheval à l’écurie, où il se débarrassa de sa tenue de chevalier du Ku Klux Klan, organisation dont il était le représentant pour l’État de Géorgie.

Vêtu de sa redingote, et portant ses bottes qu’il ne consentait à quitter que pour se mettre au lit, il alla rejoindre dans l’un des salons de la vaste maison, Henriette, son épouse.

Elle était issue d’une famille française qui s’était installée dans l’État de Louisiane un siècle plus tôt, et John l’avait rencontrée lors d’une réception à La Nouvelle- Orléans. Ce dernier qui parlait très bien le français, avait toujours coutume de s’adresser à elle dans la langue de ses ancêtres.

— Voilà, le travail est terminé, lui annonça-t-il.

Henriette lisait, assise dans un fauteuil. Elle était vêtue d’une robe de mousseline de couleur bleu turquoise. Ses cheveux bruns tombaient sur ses épaules, et tranchaient avec la pâleur de son visage. Elle avait tout juste vingt-cinq ans, alors que John en comptait quinze de plus. Elle n’appréciait pas sa façon de traiter les personnes de couleur du domaine, et lui avait demandé de respecter la nouvelle loi et de les affranchir. Mais John ne s’était pas vraiment exécuté. Officiellement, les esclaves étaient libres, mais dans les faits, ils devaient rester dévoués corps et âme à celui qui demeurait leur maître absolu. La défaite du Sud avait rendu John très hostile à leur égard. Et lorsque le régisseur du domaine lui avait fait part qu’une importante somme d’argent avait disparu, sans chercher à comprendre, il lui avait ordonné de choisir un esclave au hasard.
Le régisseur en voulait tout particulièrement à Joe, sans même savoir pourquoi. Il l’avait amené à John, scellant ainsi le destin funeste de celui qui avait toujours travaillé dur dans la plantation, tout comme ses parents qui s’y étaient épuisés jusqu’à en laisser leur vie.

Henriette leva les yeux de son livre, et regarda son mari en s’efforçant de lui communiquer toute la peine qu’elle ressentait. Mais celui-ci voulait rester inflexible, et lui souhaita simplement une bonne nuit.

Il héla une servante, qui l’accompagna jusqu’à sa chambre avec une lampe. Une fois devant la porte, John lui prit la lampe, et entra dans une pièce spacieuse, richement décorée. Il posa la lampe sur une table, puis s’approcha d’une large fenêtre. Il écarta l’un des rideaux pour regarder au dehors, et soudain se figea.

La lune éclairait parfaitement les pommiers qui se trouvaient en face. Et à l’une des branches du plus haut des arbres, il y avait homme pendu, qui se balançait doucement, comme poussé par un léger souffle de vent nocturne.

John s’écarta prestement de la fenêtre, et se mit à transpirer abondamment, tandis que sa respiration s’accélérait.

****

Il dormit très mal cette nuit-là ; Joe vint hanter son sommeil, et il se réveilla plusieurs fois couvert de sueur et haletant. Mais au petit matin, il parut comme si de rien n’était.

Il portait sa redingote qu’il avait passée par-dessus une chemise blanche agrémentée d’une lavallière noire, et était bien sûr chaussé de ses bottes impeccablement cirées. Il avait pris soin de lisser ses cheveux bruns qu’il peignait en arrière, ainsi que ses favoris qui donnaient un peu de relief à son visage osseux.

Il prit un copieux petit déjeuner dans la cuisine avec le régisseur qui l’entretint des affaires du domaine.

Henriette n’était pas encore levée, mais elle avait coutume de lire jusque tard dans la nuit, et de traîner au lit le matin.

La journée se passa normalement ; mais le soir venu, en s’approchant de la fenêtre de sa chambre, John revit le pendu, en ayant la certitude cette foi qu’il s’agissait de Joe.

Il vida une flasque de whisky avant de se mettre au lit, et sombra dans un sommeil de brute, ce qui lui permit au moins de connaître une nuit sans cauchemars.

Le lendemain soir, une importante réunion était organisée au domaine, pour célébrer le « Sud éternel », celui « qui allait se relever de la défaite », selon les dires des invités, et notamment George Harwell et Franck Stewart, les deux hommes qui accompagnaient John lors de la pendaison de Joe.

***

On était au printemps et il faisait doux lorsque les invités arrivèrent. On avait installé des tables devant la maison, sur lesquelles boissons et victuailles abondaient.
Des lampions avaient été accrochés aux pommiers environnants, et le Dixie Flag, le drapeau confédéré qui avait accompagné les armées du Sud sur les champs de bataille, avait été hissé en haut d’un mat. Un orchestre jouait des valses, et les invités, en uniforme de l’armée sudiste pour les hommes, en robe d’apparat pour leurs épouses, devisaient gaiement, quand la nuit commença à tomber. Petit à petit, celle-ci s’imposa, et la lune et les étoiles vinrent suppléer les lampions, se mêlant ainsi à la fête.

Les réjouissances allèrent bon train, et l’on était déjà bien avancé dans la soirée, quand John qui était en grande discussion avec George Harwell et Franck Stewart, tressaillit soudain. Comme surgi de l’obscurité, pendu à la branche d’un pommier, Joe se mit à le narguer. John secoua la tête afin de chasser cette vision ; il y parvint, mais demeura fort troublé.

Et lorsque quelques instants plus tard, Joe réapparut, le maître des lieux pria ses deux compagnons de l’excuser, et s’en alla.

***

Henriette qui se trouvait dans la maison, vit son mari passer précipitamment et emprunter l’escalier menant à l’étage. Elle eut un mauvais pressentiment, et le suivit. Une fois montée, elle eut juste le temps d’apercevoir John se précipitant dans sa chambre, dont il ne referma même pas la porte. Elle s’y rendit, et à peine fut-elle entrée, qu’elle poussa un cri.

John était tourné vers la fenêtre, le canon de son colt contre sa tempe.

Le cri de son épouse le fit sursauter, et il se retourna brusquement. Il avait maintenant le bras pendant le long du corps, tenant du bout des doigts son colt, et respirait avec peine.

— John, que se passe t-il ? demanda Henriette.

Il secoua la tête, posa sur son épouse un regard plein de détresse, et répondit :

— Je suis perdu ; Joe ne me laisse plus tranquille.

— Joe ! s’exclama Henriette. Mais il n’est pas…

— Mort ? fit John avec lassitude ; je le croyais. Mais il faut bien admettre qu’il existe de mystérieuses forces. En tout cas, je suis persuadé que je ne trouverai plus jamais le repos. Alors il vaut mieux…

— Non ! fit Henriette, donnez-moi votre arme.

Avec un bruit sourd, le colt tomba sur le parquet de la pièce ; John l’avait lâché sans même s’en rendre compte, et demeurait misérable dans son uniforme de l’armée confédéré : une armée vaincue où avait servi avec zèle un homme qui l’était tout autant désormais.

Henriette eut pitié de lui. Alors que depuis plusieurs mois, elle le méprisait, regrettant de s’être unie à un homme qui n’était qu’un esclavagiste, incapable de comprendre les valeurs d’humanisme qui étaient les siennes, comme celles de sa famille, elle avait soudain envie de l’aider, de le protéger.
Mais John lui demanda d’aller rejoindre les invités, et de l’excuser auprès d’eux, de dire qu’il avait eu un malaise, sans gravité, mais nécessitant du repos. Henriette accepta, et s’en alla de la chambre après avoir ramassé le colt.

****

La situation de John ne s’améliora pas dans les jours qui suivirent. Joe lui apparaissait de plus en plus souvent. Consciente qu’il risquait de mettre fin à ses jours par n’importe quel moyen, Henriette lui proposa de se rendre à La Nouvelle-Orléans, où elle connaissait une vieille Noire qui habitait dans Bourbon Street, et était dotée de pouvoirs lui permettant de délivrer du mauvais sort, quiconque avait à le subir. John fut tout d’abord réticent, mais son tourment devenant de plus en plus insoutenable, il finit par accepter.

Et c’est ainsi qu’il prit le train avec Henriette pour la Nouvelle-Orléans, un matin de bonne heure. Il était entendu qu’ils séjourneraient chez les parents de cette dernière, et se rendraient en secret chez Mama M'Ba, la guérisseuse qui représentait désormais, le seul espoir pour John de retrouver une vie normale.

****

Le voyage dura très longtemps, et John avait très mauvaise mine quand ils arrivèrent à destination. Son peu d’entrain finit d’alarmer les parents d’Henriette, qui s’étonnaient qu’il ait pu quitter son domaine pour plusieurs jours. John leur livra une vague explication, et dès que ce fut possible, Henriette l’emmena jusqu’au quartier français, et plus particulièrement à Bourbon Street.
Cette rue était constituée en grande partie de maisons à étages en bois. Alentour, il y avait des Noirs qui jouaient de la musique ; ils accompagnaient d’une guitare ou d’un banjo des chants de travail mélangés à d’autres que l’on entendait d’habitude à l’église.

John avançait dans la rue en étant très mal à l’aise à la pensée qu’il avait odieusement contribué à l’assassinat de l’un des leurs. Il était vêtu d’une simple redingote, et avait choisi un banal melon pour se couvrir la tête plutôt qu’un stetson.

Henriette et lui arrivèrent bientôt à l’endroit où demeurait Mama M'Ba : une maison en bois comme beaucoup d’autres, peinte de couleurs vives.

Ils montèrent un escalier dont les marches craquaient sous leur pas, et gagnèrent une pièce dépourvue de meubles. Un jeune garçon d’à peine douze ans vint leur demander en français ce qu’ils voulaient. Henriette commença à lui expliquer le but de leur visite, et le jeune garçon l’invita à le suivre. Elle s’exécuta après avoir prié John de l’attendre. Elle revint assez rapidement avec le jeune garçon, qui demanda cette fois-ci à John de venir avec lui. Celui-ci eut tout d’abord un mouvement d’hésitation, puis finalement se décida à tenter le tout pour le tout. Il se retrouva très vite dans une pièce sombre, où une odeur de renfermé étreignait la gorge. Assise derrière une table, se tenait une femme de couleur, plantureuse, vêtue d’une robe bariolée et portant un turban autour de la tête.

John était très mal à l’aise, et resta immobile devant celle qui était de toute évidence Mama M'Ba, trônant dans la pièce aux murs de laquelle étaient suspendus des objets hétéroclites.

— Alors, comme ça, tu as fait pendre le pauvre Joe ! fit soudain Mama M'Ba.

John ravala sa salive. C’était la première fois de sa vie qu’une personne de couleur ne l’appelait pas « Maître », et se permettait en plus de le tutoyer.

— Oui, réussit-il tout de même à dire.

— C’est très ennuyeux ça, continua Mama M'Ba. Car Joe était un être sacré ; en le tuant, tu t’es damné.

John ne put cacher sa colère.

— Si j’ai fait tout ce trajet depuis la Géorgie pour entendre qu’il n’y a plus aucun espoir…

— Attends donc ! fit Mama M'Ba ; tu es bien pressé, alors que tu as le temps devant toi.

Elle plongea la main sous sa robe et en sortit une petite ampoule qu’elle tendit à John.

— Croque cette ampoule ! ordonna-t-elle.

— Mais… mais, bredouilla John, si je la croque…

— Tu n’a donc pas la foi ! gronda Mama M'Ba. Comment veux-tu être délivré du sortilège si tu n’as pas la foi ?

John prit l’ampoule, et en tremblant, l’introduisit dans sa bouche. Il se mit aussitôt à transpirer abondamment.

— Allez, croque ! s’exclama Mama M'Ba.

On entendit un craquement.

— Maintenant, poursuivit Mama M'Ba, avale le liquide et les morceaux de verre, il le faut !

John avait le front inondé de sueur. Il eut du mal à déglutir, fit les plus grands efforts pour y parvenir, et quand il eut tout avalé comme on le lui avait ordonné, il parut épuisé.

— Très bien, fit Mama M'Ba, tandis que son regard devenait bienveillant. Tu as passé la première épreuve. Maintenant, il te reste la seconde, sans doute la plus difficile pour toi.

— Que dois-je encore faire ? demanda John, dans un souffle.

Les yeux de Mama M'Ba se mirent à briller d’une étrange lueur.

— Il te faut affranchir tes esclaves, dit-elle. Les traiter avec humanité, les respecter, les payer convenablement pour tout le travail qu’ils accomplissent, et aussi ne plus les loger dans des cabanes comme tu le fais. C’est compris ?

— C’est compris, dit John en grimaçant un sourire.

— Tu dois respecter absolument cette obligation, insista Mama M'Ba ; sinon, tu seras définitivement perdu, et je ne pourrai plus rien pour toi. Allez, retourne chez toi maintenant.

John hocha la tête, tourna les talons et partit d’une démarche mal assurée.

****

Pour John, cette visite à Mama M'Ba avait représenté l’épreuve la plus terrible de sa vie. Même en se remémorant les durs combats qu’il avait menés durant la guerre civile, il ne se souvenait pas d’avoir connu autant la peur.

Mais une fois de retour au domaine, il oublia tout, et surtout la terrible mise en garde de Mama M'Ba.

Il n’affranchit pas ses esclaves et continua de les maltraiter, ou du moins n’ordonna-t-il pas à ceux qui supervisaient leur travail de cesser de leur donner leur ration quotidienne de coups de fouet. Il continua d’appartenir au Ku Klux Klan, et s’il ne participa pas à de nouveaux lynchages, c’est tout simplement parce que George Harwell l’avait prévenu que les autorités d’Atlanta allaient prendre des mesures à ce sujet, afin de ne pas trop fâcher celles de Washington.

****

Un mois s’écoula, pendant lequel John retrouva pleinement sa joie de vivre, car Joe avait cessé de venir le perturber. Mais un matin, il eut le regard attiré par ses mains.

Plus il les regardait, et plus il lui semblait que sa peau avait pris une couleur foncée.

Il finit par se dire que sa vue n’était plus si bonne qu’avant, et qu’elle commençait à lui jouer des tours ; puis il partit vaquer à ses occupations. Mais le lendemain, en se rasant, ce fut la peau de son visage qui lui parut avoir prise une couleur foncée.
Et de plus, en passant la main dans ses cheveux, il lui sembla évident qu’ils commençaient à devenir crépus.

Il se dit alors qu’il avait besoin de repos, ou d’une paire de bésicles. Il passa la journée à chevaucher aux alentours, se passant même de dîner.

Il regagna sa maison à la nuit tombée. Il croisa son épouse dans le hall d’entrée, et celle-ci se retint pour ne pas pousser un cri en le voyant. Il monta vite dans sa chambre, certain de ce qu’il allait découvrir. Mais ce fut encore pire que ce qu’il redoutait. Il s’approcha d’une psyché, et tressaillit. Le miroir lui renvoya l’image d’un homme à la peau couleur d’ébène et aux cheveux crépus, et dont les traits du visage s’étaient également modifiés. Son nez, ses lèvres avaient pris une tout autre apparence, de telle façon qu’il était devenu le parfait sosie de Joe.

Il se laissa tomber sur une chaise, et demeura inerte, ne trouvant juste que la force de demander qu’on ne l’importune pas, quand une servante vint frapper à la porte pour lui annoncer que le souper était prêt.

****

La nuit était déjà bien avancée lorsqu’il quitta le domaine sur son cheval. Il galopa sous la lune, et lorsque soudain il vit venir vers lui une quinzaine de cavaliers tout de blanc vêtus, il ne chercha même pas à leur échapper. Il nota simplement que George Harwell avait certainement décidé de passer outre les décisions d’Atlanta.

****

Les membres du Ku Klux Klan lui barrèrent la route, et il ne tenta pas de résister.

Tout alla très vite. Il fut jeté à terre, ligoté, et conduit au pommier où avait été pendu Joe, sous les insultes des cavaliers cagoulés.

Près de l’arbre, avait été plantée une nouvelle croix prête à être embrasée. Quand on passa la corde autour de son cou, une certaine paix avait envahi l’âme de celui qui n’avait pas écouté les recommandations de Mama M’Ba, mais qui ne demandait plus qu’à expier ses crimes.

Il fut pendu, et lorsque son corps ne fut plus qu’une sorte de pantin inerte, un cavalier s’approcha de lui.

Il souleva sa cagoule jusqu’en haut du front, et le visage bouffi par le Bourbon de George Harwell apparut. Celui-ci regarda bien en face le pendu, et alors, il se passa quelque chose d’incroyable.

Les yeux du pendu semblèrent soudain briller d’une étrange lueur, et se plantèrent dans ceux du cavalier.