In Libro Veritas

Les Caprices de Marianne

Par Alfred de Musset

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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SCENE V

Le jardin de Claudio. - Il est nuit.

CLAUDIO, DEUX SPADASSINS, TIBIA.


CLAUDIO. - Laissez-le entrer, et jetez-vous sur lui dès qu'il sera parvenu à ce bosquet.
TIBIA. - Et s'il entre par l'autre côté ?
CLAUDIO. - Alors, attendez-le au coin du mur.
UN SPADASSIN. - Oui, monsieur.
TIBIA. - Le voilà qui arrive. Tenez, Monsieur, voyez comme son ombre est grande ! c'est un homme d'une belle stature.
CLAUDIO. - Retirons-nous à l'écart, et frappons quand il en sera temps. (Entre Coelio.) COELIO, frappant à la jalousie. - Marianne ! Marianne !
êtes-vous là ?
MARIANNE, paraissant à la fenêtre. - Fuyez, Octave; vous n'avez donc pas reçu ma lettre ?
COELIO. - Seigneur mon Dieu ! Quel nom ai-je entendu ?
MARIANNE. - La maison est entourée d'assassins! mon mari vous a vu entrer ce soir ; il a écouté notre conversation, et votre mort est certaine, si vous restez une minute encore.
COELIO. - Est-ce un rêve ? suis-je Coelio ?
MARIANNE. - Octave, Octave ! au nom du ciel, ne vous arrêtez pas ! Puisse-t-il être encore temps de vous échapper ! Demain trouvez-vous à midi dans un confessionnal de l'église, j'y serai. (La jalousie se referme.)
COELIO. - O mort ! puisque tu es là, viens donc à mon secours. Octave, traître Octave ! puisse mon sang retomber sur toi ! Puisque tu savais quel sort m'attendait ici, et que tu m'y as envoyé à ta place, tu seras satisfait dans ton désir. O mort ! je t'ouvre les bras ; voici le terme de mes maux. (Il sort. On entend des cris étouffés et un bruit éloigné dans le jardin. )
OCTAVE, en dehors. - Ouvrez, ou j'enfonce les portes !
CLAUDIO, ouvrant, son épée sous le bras. - Que voulez-vous ?
OCTAVE. - Où est Coelio ?
CLAUDIO. - Je ne pense pas que son habitude soit de coucher dans cette maison.
OCTAVE. - Si tu l'as assassiné, Claudio, prends garde à toi ; je te tordrai le cou de ces mains que voilà.
CLAUDIO. - Etes-vous fou ou somnambule ?
OCTAVE. - Ne l'es-tu pas toi-même, pour te promener à cette heure, ton épée sous le bras ?
CLAUDIO. - Cherchez dans ce jardin, si bon vous semble ; je n'y ai vu entrer personne ; et si quelqu'un l'a voulu faire, il me semble que j'avais le droit de ne pas lui ouvrir.
OCTAVE, à ses gens. - Venez et cherchez partout !
CLAUDIO, bas à Tibia. - Tout est-il fini comme je l'ai ordonné ?
TIBIA. - Oui, Monsieur; soyez en repos, ils peuvent chercher tant qu'ils voudront. (Tous sortent.)

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