In Libro Veritas

Les Caprices de Marianne

Par Alfred de Musset

Oeuvre du domaine public.

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SCENE II

Une autre rue.

COELIO, CIUTA.


CIUTA. - Seigneur Coelio, défiez-vous d'Octave. Ne vous a-t-il pas dit que la belle Marianne lui avait fermé sa porte ?
COELIO. - Assurément. - Pourquoi m'en défierais-je ?
CIUTA. - Tout à l'heure, en passant dans sa rue, je l'ai vu en conversation avec elle sous une tonnelle couverte.
COELIO. - Qu'y a-t-il d'étonnant à cela ? il aura épié ses démarches et saisi un moment favorable pour lui parler de moi.
CIUTA. - J'entends qu'ils se parlaient amicalement et comme des gens qui sont de bon accord ensemble.
COELIO. - En es-tu sûre, Ciuta ? Alors je suis le plus heureux des hommes ; il aura plaidé ma cause avec chaleur.
CIUTA. - Puisse le ciel vous favoriser ! (Elle sort.)
COELIO. - Ah ! que je fusse né dans le temps des tournois et des batailles! Qu'il m'eût été permis de porter les couleurs de Marianne et de les teindre de mon sang ! Qu'on m'eût donné un rival à combattre, une armée entière à défier ! Que le sacrifice de ma vie eût pu lui être utile ! Je sais agir, mais je ne puis parler. Ma langue ne sert point mon coeur, et je mourrai sans m'être fait comprendre, comme un muet dans une prison. (Il sort.)

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