"Viens..." -- Jodelle
Viens,Laisse là ce printemps que tu maudis toujours
Car je maudis autant le bruit du temps qui court,
L’été que l’on endure à la force du deuil
Et qui te claquemure au fond de ton fauteuil.
Viens,
Laisse là ta cuisine et l’ouvrage du mois,
La pensée qui marine et le fiel en émoi…
Vendémiaire est regain, ses relents plus songeurs,
Même si l’incertain vendange nos humeurs.
Viens,
Laisse les faux débats, l’injure et les non-dits,
Le brame est un combat pour l’amour, pour la vie.
Je veux chasser l’ennui à brides abattues,
Que tu oublies ces nuits gisantes et têtues.
Viens,
Si ton corps se raidit, le mien fera violence
Aux roues qui prêtent vie à tes pas en absence
Et nous irons à deux où l’érable en partance
Allume de ses feux un lac en nonchalance.
Viens,
Brumaire est à la porte et diminue les jours,
Les fruits de sa comporte embaument le séjour ;
Si la feuille s’y meurt, elle danse l’instant
D’une ronde aux couleurs de soleils éclatants.
Viens,
Nous laverons nos yeux aux ramées qui s’envolent
Et bousculent par jeu les nuées qui s’affolent,
Nous piquerons nos doigts aux bogues des châtaignes
Et tu riras de moi bien que je ne m’en plaigne.
Viens,
Je me fous de l’hiver, il me semble si loin ;
N’aie crainte de Frimaire, on verra bien demain…
Au plus fort du glacis, le vent souffle une histoire
Et Saint Martin fleurit les berges de la Loire…
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