Steve Pitcher - LE SIMURGH, Volume 1, numéro 3 - texte intégral

In Libro Veritas

LE SIMURGH, Volume 1, numéro 3

Par Steve Pitcher

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Table des matières
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"Clivage" -- Bernard Hananel

   Une ligne, un fil, un reflet dans l’octobre des larmes. Une balance indécise qui pèserait nos âmes.
  Il y a ce mille-feuille d’une éternelle absence. Cette galette d’émoi que je reviens lire au croissant lunaire tel un scorpion étrange, novembre solitaire. Edelweiss au corps charnu de mygale, je me glisse entre les strates de cette dune de pages… Scrute au fond de toi. Cherche encore sous l’écorce un peu de sève d’antan, quelques grains de pollen d’un poème languissant.
   La dune des sables émouvants est pourtant faïencée de quelques rides de joie qui s’étendent et se creusent. Les plus injustes de toutes - les plis d’amertume - curieusement dessinés par la charrue du temps et la répétition des sourires. En fin de compte, le bonheur nous rend laids, moches et tristes.
   Une ligne, deux… puis trente par page, comme toujours chez toi. La feuille est noircie de cette écriture un peu ronde, féminine.
   Ton écriture.
   Tu me disais que j’étais un homme à tout faire. Ne plus jamais sourire devant tes mots qui m’ont enivré si longtemps. Je porte mes rêves en érosion, mes jouissances en exode.
   Je suis devenu un homme à tout fuir. Une lettre, deux… trente par an, comme toujours chez toi. Je vais et je vogue sur les vagues à l’âme, le parti pris du silence, du détachement, s’éloigner du cœur de peur d’y jeter l’ancre. Jeter l’encre des mots dans le sillon des phrases. N’être que fil d’horizon, ligne de fuite, de chance, de vie… Le fil, ne pas perdre le fil de l’amour.
   Inventer une machine à coudre les destins que nous puissions y voir clair enfin.    Fil du rasoir, invisible, imprévisible, qui peut se couper tout seul sans crier gare. Gare ? Un rail alors ? Pour faire croire que le fil est plus solide ? Que la vie est un train ? Un train de vie ? J’ai pris l’habitude de courir dans les wagons… de cette manière, ma vitesse additionnée à celle du train me permet d’arriver bien avant les autres à bon port.
   Et, au terme du voyage, te retrouver peut-être sur ce quai de papier. J’ai dépassé le vide et la folie des âges, les vérités suprêmes, les espoirs hasardeux, pour te reconquérir dans une phrase ou deux.
   Dans tes lettres quelques lambeaux de chair s’accrochent, voudraient se recomposer, revivre, façonner de nouveau la mousse des insouciances, repousser le vide.
   Mais triste, je sais, il s’agit de me taire… Alors je marcherai longtemps sur l’automne inflexible, triste sagittaire éparpillant tes syllabes, à l’aura de tes mots dépassant la lumière, jusqu’au bout du vingt décembre.
   Je voudrais… mais chut. Le silence est d’or, les écrits sont d’ambre. Le bonheur nous rend laids… rends-les moi ces secondes de bonheur.
   Mille billets un peu jaunis, château de cartes postales, mille pages dorées, adorées, tombées à la saison des feuilles mortes.
Tout doit finir un jour. Tu ne m’écriras plus sous le marbre, dans la cendre. J’attendrai devant la stèle, à mon tour d’y descendre.
   Tes lettres vont me manquer, tu sais.

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