gare de lyon
elle a le front marqué d’un pli
l’œil noir inquiet scrute l’envie
elle appuie ses mains sur ton bras
si doux mercredi sous mes doigts
elle est belle comme une veuve
l’œil fixé sur la crue du fleuve
son sourire ourlé de peur bleue
se fige et dissèque mes yeux
qui se détournent débordants
folle folie pour son amant
cet incendie qui s’est longtemps
grimé au gris d’un amour blanc
en rougissant nous fait vivants
immenses joies fous renaissants
seuls dans paris emprintané
des soleils de nos yeux mêlés
genève le ballet amer
recule honteux et délétère
elle se méfie trace autour
de ton corps des cercles d’amour
sur son épaule et sur la mienne
appuie ta paume méridienne
je vois ta main gauche enlacée
celle qui tint mes doigts serrés
j’ai vu le gouffre et le danger
j’ai suivi l’ange des noyés
presque étonnée de voir le sang
déflorer rouge l’amour blanc
la fièvre ne me quitte plus
bourdonne arrache mes nerfs nus
maintenant les nuits sursautées
spasme électrique des journées
ton absence se fait matière
vide insupportable appel d’air
j’attends ta lettre au crépuscule
je vis je meurs me noie me brûle
quel fruit naîtra de ce printemps
rouge image du précédent
quels enfers s’ouvrent sous nos pieds
quel brasier donc ai-je attisé
au soufflet de tes yeux pêcheurs
au trouble qui s’invite à l’heure
où le jeu meurt de ses blessures
l’amour nous a eus à l’usure
1er juin 2003
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