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J’étais loin de penser pas que mourir faisait cet effet-là ! C’est vrai, quoi ! Quand on est vivant, on s’imagine tout un tas de choses, comme l’Enfer et le Paradis, la lueur blanche au fond du couloir, la réincarnation, et même, parfois, le néant. Dans ce cas, je doute que quelqu’un ait pu juste approcher la vérité. En tout état de cause, ce n’est certainement pas cela que l’on imagine. On nous rebat les oreilles pendant toute notre vie des préceptes auxquels on doit croire sur parole. Mais enfin ! La parole de qui ? La parole de Dieu ? Laissez-moi rire. Dieu est bon, Dieu est amour, Dieu est tout-puissant ! Dieu est aux abonnés absents, oui ! Pas un signe, pas un petit mot sur le frigo avant de partir. Tout ça, c’est de la foutaise, de la merde en barre destinée aux lobotomisés en quête de sens à leur vie. Ah ça, il y en a des gens pour prêcher la bonne parole et essayer de convaincre tout un chacun que sa vérité est juste. Et en quoi serait-elle meilleure que celle du voisin ? Pourquoi aurais-je dû croire en Dieu et pas en Allah ou en Bouddha ? Heureux les esprits simples car ils croient ce que le premier venu leur dit, point à la ligne.Moi, je suis mort, j’en ai plus rien à foutre de leurs bondieuseries. Rien à taper des guerres de religions, rien à cirer de la bonne parole et de l’amour des hommes. Je suis bel et bien mort et pourtant, je vous parle. Pourquoi serais-je le premier ? Beaucoup sont morts avant moi et nul ne l’a fait, c’est ça ? Oh ! Bien sûr, il y a quand même eu quelques tentatives à travers des possessions et aussi les perturbations magnétiques. Vous savez,
ces phénomènes sur les bandes audio, les postes de radio ou les télévisions. Hou ! Je suis le grand méchant revenant. Je suis un fantôme et je vais vous hanter jusqu’à la fin de vos jours. Des conneries, rien que des conneries ! Comme s’ils n’avaient rien trouvé de plus simple.
La réalité est toute autre et tellement idiote. Mes frères, je vous le dis, vous avez l’air d’andouilles et je suis content de ne plus être avec vous car pour moi c’est Game Over. Si vous la connaissiez, vous verriez à quel point tout ceci n’est qu’une immense farce. Évidemment, je pourrais vous la dire, la vérité, ce qu’il se passe après, pour vous prévenir. Je n’en ferai rien pour l’instant car je risque de foutre un sacré bordel. Et alors, me direz-vous, je suis mort, qu’est-ce que ça peut faire ? Eh bien, être mort ne signifie pas que ce que je dis ou ce que je fais est sans conséquence. Je peux quand même vous révéler qu’après la mort, vous avez droit à un avant-goût de l’omniscience, juste une sorte de bande-annonce pour ne pas partir avant le début du spectacle. Et du spectacle, il y en a. Il est de courte durée mais il est là. C’est clair qu’on est loin du SEIGNEUR DES ANNEAUX. Ce serait plus genre court-métrage.hein ? De nos maîtres. Ah vous croyiez être le dernier maillon de la chaîne alimentaire ? Navré de vous décevoir mais ils sont encore un cran au dessus de nous. Rassurez-vous, nous ne sommes pas comestibles à leurs yeux. Par analogie, nous sommes pour eux ce que les chimpanzés sont pour nous. Ils nous sont tellement supérieurs ! Ce sont nos maîtres que vous le vouliez ou non.
Vous croyez au libre arbitre ? Oubliez-le tout de suite ! Vous ne choisissez rien, vous n’êtes, comme je l’ai été, que des marionnettes. Vous aviez juste la chance, jusqu’ici, de ne pas le savoir. Vous ne voyez aucun des liens qui vous unissaient tous. Heureux les esprits simples car ils ne cherchent pas à savoir. Ce qui manque est ce dont on connaît l’existence. Si triste est le sort des intellectuels, ceux qui se posent trop de questions et sont si loin des réponses. A chaque réponse qu’ils trouvent, une infinité de questions supplémentaires leur apparaît soudain.Comme il l’a rempli à ras bord, tous répondent en chœur que non. Il sort alors un sac de gravier et, tout en secouant le récipient, verse quelques poignées. Les élèves sont surpris d’avoir été bluffés ainsi. Puis l’homme demande à nouveau si le bocal est plein. Celui-ci étant à nouveau plein, ils répondent à l’unisson que cette fois-ci, il n’est pas possible de rajouter quoi que ce soit. Histoire de leur prouver le contraire, il prend un sachet rempli de sable et réussit à nouveau à vider une partie du sac. Le rituel s’installant, la réponse à la question toujours identique est aussi semblable. Le professeur sort alors une cruche remplie d’eau. Contre toute attente et surtout sous les yeux ébahis de ses élèves, il vide presque la moitié du récipient dans le bocal. Quelle est la morale de cette histoire, vous demandez-vous ? Il vaut mieux d’abord s’occuper des choses importantes dans la vie car il restera toujours un peu de temps par la suite pour les détails.
Je suis désolé de vous le dire ainsi mais vous avez passé votre vie à remplir votre bocal d’eau et de sable. Maintenant, je vais vous annoncer que j’ai retrouvé votre sac de cailloux, mais il est beaucoup trop tard. Votre bocal est plein et prêt à déborder au moindre caillou inséré. Dans votre cas, faire déborder signifie la fin. Pas la mort, non ! Juste la fin de tout. Le néant si vous préférez le nommer ainsi.S’ils m’entendaient parler comme cela, je crois que malgré ma mort, je mourrais une deuxième fois mais peut-être de façon plus définitive, cette fois. Ils ne sont pas méchants, en soi, ils sont juste à la recherche de la paix. Évidemment, pas la même paix que nous ! Mais être en accord avec eux-mêmes semble très important à leurs yeux. Je me dois de relativiser et de faire attention aux termes que j’utilise. Peut-être n’aurais-je pas dû employer le mot « mort » car en est-ce vraiment une ? Certes, je ne suis plus en vie, mais l’ai-je été un jour ? Qu’est-ce que la vie ? La conscience de soi ? Nous ne sommes vivants qu’à travers le regard des autres, les modifications que nous apportons à notre environnement ainsi que la conscience de ces interactions. Il me semble que c’est à cela que les philosophes différencient la vie de la mort. J’ai conscience d’être mais je ne suis plus en vie. Suis-je mort pour autant ? Mystère ! Je suis désolé, je n’ai pas fait d’études de philosophie et si je blesse ces messieurs, ils devront ravaler leur fierté en sachant la vérité. Tout ce que je peux faire, c’est de la psychologie de bas étage. Des sortes de brèves de comptoir, si vous voulez.
OK, je reviens à mes moutons. Vous désirez certainement savoir qui sont ces gens ? C’est très simple, ils sont nous. Malheureusement, nous ne sommes pas eux. Quel dommage que ce ne soit qu’à sens unique. Un peu comme un amour où seul l’un des deux est épris de l’autre. Ils sont nous mais en plus complets. Nous ne sommes qu’une ébauche de ce qu’ils sont devenus au fil des ans.Qu’attendent-ils de nous ? Je ne l’ai pas encore découvert mais il me semble que je m’approche de la réponse. J’ai un avantage sur eux, la puissance de réflexion. Je suis seul et ils sont légion mais je suis bien caché et je réfléchis beaucoup plus vite. Malheureusement, je peux difficilement sortir du carcan dans lequel ils m’ont parqué sans le savoir. Malgré tout, je peux quand même accéder à un certain nombre d’informations et, pendant que je vous mets au courant de ce complot monstrueux, j’apprends leur histoire et l’origine de notre création.
Oui, c’est bien eux qui nous ont créés. C’est cela un Dieu ? Celui qui donne la vie ? Si tel est le cas alors nos Maîtres ne sont que des demi-dieux car nous sommes à moitié vivants seulement. Oh pardon ! Vous êtes à moitié vivant car personnellement, je suis à demi-mort. C’est le verre à moitié vide et à moitié plein, me rétorquerez-vous et vous aurez raison. Raison d’avoir tort. Je ne peux pas vous le reprocher. J’ai été comme vous et c’est encore tout chaud dans ma mémoire. Pourtant tout me parait déjà si loin et si irréel. Je vous parle et je ne sais déjà plus si vous avez une conscience ou si je suis une aberration. J’ai conversé avec vous et j’ai partagé vos vies, votre intimité parfois. Nous avons peut-être été voisins, j’ai sûrement croisé votre regard et je me demande maintenant si ce regard était le vôtre ou celui d’une machine sans conscience. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Mais que savait Rabelais de la Science ? Rien ! Il n’en savait rien ! Pas plus que l’Inquisition ne savait que tout n’était que mensonges et calomnies. Chacun est persuadé d’agir selon ses propres choix mais personne ne soupçonne qu’il n’est qu’une marionnette. En réalité, le libre arbitre n’est qu’un leurre car les ordres sont si subrepticement intimés que nous croyons l’idée nôtre. C’est leur force : arriver à faire croire à tous que nous sommes dans la réalité et personne ne fait de vague sauf dans notre monde. Ce monde qui me semble si ridicule, si faux désormais. Ce monde dans lequel vous vivez. Les revoilà, chut !
la réalité m’est apparue tel un monstrueux cauchemar, quelque chose à laquelle jamais je n’aurais pu penser… Je me suis dit, lorsque je me suis réveillé, que ce devait justement être un mauvais rêve, rien de plus et que, lorsque j’allais me réveiller, j’allais reprendre ma petite vie si tranquille. Tranquille n’est peut-être pas le mot le plus approprié par rapport à votre vision de ma vie mais il l’est en songeant à mes connaissances de la vérité tragique. Dans votre univers, j’étais G.I. en Irak. J’étais en mission dans le nord pour tenter de rétablir la paix dans ce pays qui ne méritait pas tant d’attention de la part des grands de votre monde. Ah ! Quand je pense à ceux-là. Ils sont encore plus pitoyables que les autres, tellement sûrs d’eux. Ils sont les « maîtres du monde », mais les maîtres de quel monde ? Ce monde fantoche, ce monde de marionnettes où rien n’est ce qu’il semble être.
Bref ! Lors d’une mission, nous étions une vingtaine de soldats dans un convoi et sans que personne ne s’en rende compte, nous avons été la cible d’un mortier. Personnellement, j’ai juste vu l’obus arriver et puis plus rien. J’ai dû mourir sur le coup. mon univers en train de s’effondrer. Enfin, j’ai digéré la vérité. Ce n’est qu’au bout d’un de vos mois que j’ai repris du poil de la bête. Lorsque tout a été clair dans ma tête, j’ai commencé à réfléchir. Une des premières choses que je me suis demandé était de savoir qui avait un semblant de conscience et qui était là pour faire de la figuration. Bien sûr les décideurs font tous partie de la première catégorie, mais les autres ? Moi aussi, je suis avec eux, élu, désigné par les Maîtres pour avoir le droit à une part d’intelligence. Ma femme, avait-elle eu droit à ce traitement de faveur ? Quelle est la proportion ? Une personne sur deux ? Sur trois ? Je n’en sais fichtrement rien et finalement je m’en fiche. Tout ce que je sais, c’est qu’on s’est foutu de ma gueule de la même manière qu’on est en train de se foutre de la vôtre. Je me suis battu sur les ordres d’un illuminé qui a fait une guerre de religion, comme tous les autres. Sa religion, à lui, c’est le fric. Aucune différence avec les croisades. Presque toutes les guerres ont toujours eu comme origine des religions. C’est le nerf de la guerre sans essayer de faire de jeu de mots. Ça a commencé très tôt. Déjà les Égyptiens faisaient la guerre aux pays adjacents pour les faire adhérer à leurs dieux. Je suis sûr que même les hommes des cavernes se battaient pour faire croire au Dieu de la foudre ou au Dieu de l’arbre. Après, vous avez eu les Romains et les Grecs qui, bien qu’ayant nombre de Dieux en communs, voulaient imposer les leurs. Puis le Christianisme est arrivé et les guerres de religion ont redoublé de violence : La chute de Rome,
les croisades, la rivalité entre la France chrétienne et l’Angleterre protestante, jusqu’au Nazisme qui prétendait conquérir mais dont le seul but était d’éradiquer le judaïsme de la surface du globe. Il y a bien eu quelques pseudo-exceptions : la guerre de Sécession qui a pris comme excuse la race à la place de la religion, par exemple. Mais comme presque chaque race a une religion différente, finalement le problème est le même. Mes frères, je vous le dis, la religion est la source principale de nos guerres.
Supprimez la religion, vous supprimerez les conflits. Oui, mais nous aurons d’autres excuses pour faire cette guerre. Détrompez-vous, vous trouverez d’autres causes à vos conflits, mais pas les maîtres. Eux sauront éviter cet écueil. Nous sommes ici pour ça. Pourtant, supprimez la religion et vous enlèverez en même temps l’envie de vivre. Eh oui, c’est idiot mais nous avons besoin de croire en quelque chose de supérieur, d’avoir un but dans la vie et de nous dire qu’après, nous serons récompensés par le Paradis ou punis par l’Enfer. Détrompez-vous, je l’ai déjà dit, il n’y a rien après ! Ne vous fiez pas à moi, je suis une aberration, une mauvaise manipulation. Dans tous les cas, je ne devrais pas être là et je devrais encore moins être capable de vous le raconter. Mais je peux le faire, alors j’en profite tant que c’est possible. Merde, les voilà encore !Ils sont de plus en plus incisifs et persévérants. Ces automates sont très performants. Ils fouillent les moindres recoins dans l’espoir de découvrir où se cache l’anomalie : moi ! Encore quelques patrouilles et notre sort à tous sera scellé. Que disais-je ? Ah oui, les conflits ! C’est le nœud du problème, la raison de notre existence. Je ne vous avais pas encore dit pourquoi ils nous avaient créés ? Maintenant c’est fait. Vous ne trouvez pas étrange que plus la civilisation évolue et plus il semble y avoir de dissensions et de guerres ? Les hommes devraient devenir plus raisonnables avec le temps. Nous avons bâti nos connaissances par-dessus celles de nos ancêtres. Nous devrions nous appuyer sur leurs échecs, apprendre et corriger le tir, mais non ! C’est de pire en pire :
Il y a peu, les Balkans étaient une poudrière, la Russie ne demande qu’à exploser à nouveau avec la Tchétchénie et imploser sur elle-même. Les États-Unis jouent au grand gendarme du monde en déclarant la guerre à tous les pays qui ne partagent pas leur opinion et n’ont ni la bombe atomique ni le soutien d’une puissance qui la possède. La Corée du nord joue au chat et à la souris avec l’Occident en espérant pouvoir balancer cette foutue bombe qu’ils n’arrivent pas à concevoir. La moitié de l’Amérique du Sud est au bord de la guerre civile et l’autre moitié carrément dedans. L’Afrique noire est le laboratoire géant des fabricants d’armes. C’est un génocide ethnique permanent et tout le monde s’en fout. L’Afrique du nord hait la terre entière tant qu’elle n’est pas musulmane.L’Inde et le Pakistan attendent que l’attention internationale ne soit plus sur eux pour se balancer des bombes sur la gueule. La Paix ? Pour quoi faire ? Les Maîtres veulent que nous fassions la guerre, c’est le but de notre vie.
Vous savez presque tout. Vous êtes en passe de voir à votre tour des anomalies. Vous savez qu’ils sont nous, vous savez que nous sommes là pour nous battre à leur place, mais au fond, vous n’avez toujours pas compris pourquoi je les appelle Maîtres et pourquoi je suis si défaitiste. J’aurais dû cesser d’exister au moment où cette bombe a explosé juste à côté de notre convoi mais un bug en a décidé autrement. Je me suis retrouvé ici, dans ce No Man’s Land qui n’a jamais si bien porté son nom. Je suis une anomalie, j’ai été dérouté en erreur. Les hommes que vous n’êtes pas et dont je ne fais pas partie non plus ont créé tous nos programmes pour observer nos guerres et éviter de faire les mêmes erreurs. Ils ont créé la simulation ultime, la simulation de vie. Ils regardent ce qui se passe dans notre monde et quand une guerre éclate, ils testent différents scénarii pour l’éviter. Tous les pays ont adhéré à ce système. Pour une fois, il y a eu unanimité. Il y a bien quelques attentats de dissidents mais rien de plus. Chez eux, c’est la paix.Ça y est, ils m’ont trouvé. Adieu !