Le charnier de Timisoara
Conclusion Conclusion générale RESUME DU MEMOIRE Ce qui est traité dans ce mémoire, c’est le processus médiatique de la révolution. Comment un pays tout entier peut épouser en quelques jours, en quelques heures, une idéologie totalement différente ? Quelle est la part des médias dans ce processus ?
Au-delà de l’intérêt historique évident, une telle étude peut permettre de mieux comprendre les évènements actuels. En d’autres termes, il doit être possible de dégager un schéma de fonctionnement des médias et de le calquer sur des situations contemporaines. Et ce dans le but de mieux les appréhender. Peut-être existe-t-il même, un lien de cause à effet direct entre le pouvoir des médias et le changement idéologique. Mais devant la faible probabilité de l’existence d’une telle équation, il est préférable d’attendre l’analyse des premiers éléments. Au moment de définir la problématique, je n’ai pas exclu la possibilité d’arriver à briser le mythe de l’outil propagande. Le postulat selon lequel la propagande était un outil de lobotomisation de masse n’a pas été retenu. C’est donc sans avis à priori que j’ai commencé les recherches.
Evidemment, il n’était pas possible, pour des contraintes, de temps et d’espace, de faire le tour de toutes les révolutions communistes qui ont rythmé les 90 dernières années de notre histoire. Il a fallu faire un choix cohérent. Le premier des critères de sélection était, et cela peut paraître évident, d’avoir un rapport avec le communisme. Le second concernait les spécialités médiatiques. Les trois révolutions choisies, même si plusieurs médias ont été utilisés, ont la particularité d’avoir été orchestrée autour de médias spécifiques. Ainsi, la révolution bolchevique de 1917 se distinguait par l’utilisation massive des journaux, les révolutionnaires cubains ont donné ses lettres de noblesses à la radio et l’insurrection roumaine est reconnue mondialement comme la première «télérévolution». Le panel des médias étant fournis, le choix pouvait être arrêté. Il s’agirait donc d’étudier la révolution russe de 1917, la révolution cubaine guidée par Fidel Castro de 1958 et la chute du régime communiste de Ceauşescu en 1989.
Si chacune de ces révolutions est différente, ne serait-ce que par l’histoire et la culture des pays, j’ai délibérément pris le choix de suivre une trame commune pour les présenter. Non pas dans le souci de les comparer, puisque je n’y vois pas d’intérêt particulier, mais plutôt dans le but de dégager une trame commune à chacune d’elles. Et si une telle correspondance existait, alors il serait peut-être possible de l’adapter à d’autres situations. Ce raisonnement, s’il peut paraître alambiqué, m’a conduit à présenter les évènements révolutionnaires de façon dynamique. Et mis à part l’étude de l’insurrection roumaine, dont la complexité m’a forcé à faire une étude linéaire et chronologique des faits, les évènements sont présentés par des thématiques qui s’adaptent à chaque révolution. Par exemple, si les repères historiques sont étudiés dans chaque cas, les sous-parties s’adaptent au déroulement des évènements propres à chaque révolution. J’ai voulu dynamiser la lecture de ce document, en attribuant les mêmes noms de parties à chaque grande insurrection. Comme dans une arborescence de site web par exemple. La navigation dans le mémoire est donc moins fastidieuse.
Dans la trame commune, j’ai souhaité commencer par présenter les repères historiques de chaque pays au moment des faits. Si ces parties peuvent sembler inappropriées, j’ai jugé nécessaire de resituer les évènements dans leur contexte. Cette partie éclaire le lecteur sur des faits, qui peuvent être oubliés ou ignorés. Des grands évènements historiques qui ont précédés, accompagnés et suivis les révolutions. Car, et cela est évident, le mécanisme d’une révolution est très complexe, et afin de l’appréhender dans les meilleures conditions, il est indispensable de la «contextualiser». Ces repères sont suivis du déroulement chronologique des évènements. S’il se peut qu’il y ait des répétitions, ces repères brefs ont surtout été introduits afin d’être consultés rapidement au cours de la lecture du mémoire. Sur un plan cognitif, la visualisation du déroulé permet de mieux absorber l’information nouvelle. Après ces courts rappels, l’étude du rôle des médias commence.
Une introduction, présente le plan et les premiers éléments de réflexion. Les parties suivantes sont propres à chaque grande partie et à chaque média. Le «zoom» est une partie que j’ai voulu un peu décalée du reste du mémoire. Il s’agit ici de concentrer le regard sur un point précis de la révolution, une personne ou un fait, en rapport avec les médias bien entendu. Ces «zooms» ne sont pas des analyses poussées des éléments les plus importants. Ils permettent de poser un regard différent sur les évènements. Il s’agit là encore d’une partie divertissante pour briser la monotonie d’un mémoire massif. Le gros plan de la révolution de 1917, a été effectué sur Vladimir Maïakovski, le génial poète propagandiste, à l’origine du mouvement futuriste. Pour la révolution cubaine, j’ai choisi de m’attarder sur le personnage du «Che». Son effigie est floquée sur les murs des jeunes adolescents et pourtant il exécrait le culte de la personnalité. Victime de son romantisme révolutionnaire, il méritait que lui soit consacrée une partie. Enfin, l’évènement mis en relief dans la révolution roumaine est l’histoire du charnier de Timişoara. Un charnier fictif dont la découverte fut pourtant annoncée par les télévisions du monde entier. Un phénomène de surenchère médiatique, un cas d’école. Une petite conclusion vient également clore chaque partie. Il s’agit ici de faire le point sur les évènements et de réfléchir à plusieurs questions qui ont émergé au fil des recherches. C’est le lecteur qui tirera ici ses propres conclusions. Après ces parties, la conclusion générale viendra synthétiser les grands résultats et proposer quelques axes de réflexions autour l’aspect monolithique de l’information.
Le mécanisme complexe qui permet à une révolution d’aboutir est constitué de nombreux ressorts et rouages. Pour continuer avec cette image, on pourrait comparer les médias à l’huile qui permet aux rouages de ne pas se bloquer. Les médias de par leur racine étymologique servent de moyen pour atteindre un objectif. Etudier ces révolutions c’est finalement revenir aux sources de l’information. Il est évident que les révolutionnaires chercheraient à communiquer leur idéologie au plus grand nombre. Et si la méthode varie, le seul moyen reste l’utilisation des médias. Pour résumer, si les médias ne sont pas les éléments déclencheurs de l’insurrection, ils en sont les alliés inconditionnels. Et au bout du compte, ce n’est pas la nature du média qui modifie le message mais plutôt le contexte qui choisit le type de média le plus adapté. En Russie, les journaux ne servaient à informer qu’une minorité de personnes. 20% de la population seulement, la classe dirigeante, l’intelligentsia russe et quelques nobles. Pour porter la révolution au cœur du peuple, il a fallu un train cinématographique et des centaines de milliers d’affiches et de photographies. A Cuba, c’est le poste à transistor qui était au milieu de toutes les attentions. Il était difficile, voire même impossible d’emmener des caméras en haut de la Sierra Maestra, quant aux journalistes de presse écrite ils provenaient surtout de l’étranger. L’industrie cubaine se limitait à la culture du tabac et de la canne à sucre, la majorité de la population était paysanne et illettrée. En 1990, en Roumanie, et c’est là sans doute l’exemple le plus perfide, c’est la télévision qui fut utilisée. Le choc des images provoqua la suffisance des journalistes qui se sont bien gardé d’enquêter face à l’aspect sensationnel de l’information.
Alors oui, et ce n’est pas une surprise, le rôle des médias fût prépondérant dans les révolution communistes. Oui sans les médias, les révolutions n’auraient pu avoir lieu. Oui les insurgés étaient conscients de ce potentiel. Et oui les abus ont conduit à des manipulations plus que grossières. Tout ceci est évident aujourd’hui, pour une personne qui est née avec la télévision. Et pourtant je n’ai jamais appris à décrypter les médias. C’est aujourd’hui, en écrivant ces lignes, que je formule pour la première fois, cette mise en garde envers l’utilisation sans connaissance de cause des médias.