Construite de toute évidence comme un complément au célèbre
bonheur des uns qui fait le malheur des autres, cette boutade n'est sûrement pas un appel à l'égoïsme qui nous pousserait à nous occuper de nos petites affaires au lieu de nous tourner vers les problèmes des autres.
Elle était employée, dans les conversations familiales, comme une barrière à ne pas dépasser sous peine de tomber dans le voyeurisme, une espèce de frontière entre la compassion et la curiosité malsaine...Le récit du malheur des autres n'apporte en effet pas grand chose aux uns et aux autres s'il n'est pas suivi d'actes pour consoler, pour aider, pour partager...Une "certaine" presse ,voire
la presse , devrait davantage chercher à informer plutôt qu'à émouvoir par le spectacle de la douleur des gens, lors de grandes catastrophes par exemple...
Il est d'ailleurs plus facile de faire partager le bonheur et la joie que
les problèmes et les peines.Confier à quelqu'un son chagrin ne signifie pas s'en défaire, on continue à porter le même poids qu'avant, on ressent le même déchirement, on sait tout au plus que l'autre peut mieux nous comprendre, tandis que si l'on partage son bonheur, celui-ci s'en trouve paradoxalement grandi, multiplié...C'est peut-être cela l'amitié:partager ses joies avec l'autre, et se tenir constamment prêt à lui venir en aide; c'est, sentiment ambigu, être plus heureux de pouvoir le secourir que triste de le savoir dans l'ennui...
Mais, sur ce sujet aussi, on a déjà beaucoup écrit, je ne me
risquerai pas davantage, ayant cherché à exprimer l'essentiel de ce que l'on appelle aujourd'hui mon
ressenti... L'essentiel...Le livre essentiel, le seul qui ait vraiment de l'importance, n'est-il pas celui sur le père, la mère, l'enfance?Tout écrivain y vient, parfois tôt, parfois tard,parfois de manière déguisée, romancée, parfois directement(
Mémoires de...).N'est-ce pas là d'ailleurs la raison première qui motive l'acte d'écrire?C'est en tout cas ce que m'ont aussi révélé ces mots confiés au papier...